- Page 2

  • Le Ralliement ou la Mort

    Imprimer



    Édito Lausanne FM – Mardi 13.11.07 – 07.50h

    Le parti radical est-il en danger de mort ? Ce grand vieux parti, qui a fait la Suisse moderne, lui a donné un nombre incroyable de grands hommes, ce pilier des institutions et de l’économie, a-t-il pour destin, comme l’entrevoit son meilleur spécialiste, l’historien vaudois Olivier Meuwly, de n’être plus, bientôt, qu’une chapelle respectueuse, et respectée, un Grütli laïque, un témoin, sous verre, de ce que fut la grandeur de la Suisse, entre 1848 et la fin du vingtième siècle ?

    Ce parti, dont l’Histoire me passionne depuis des décennies, vit des heures très difficiles, le coup de grâce ayant été donné avant-hier par l’échec de Charles Favre au Conseil des Etats, où les radicaux, depuis l’aube de la Suisse moderne, avaient toujours été présents. Qu’il se rapproche trop de l’UDC, et on dira qu’il perd son âme, joue les clones, se dilue dans une identité qui n’a rien à voir avec la sienne. Qu’il scelle alliance, forte et loyale, avec la vieille démocratie chrétienne (dont presque rien, au plan national, ne le sépare, et plus personne, aujourd’hui, ne se soucie du Sonderbund), et on lui fera grief d’un centrisme aussi lâche qu’improbable.

    Seule, pourtant, cette seconde solution est la clef de la survie. Une grande fédération politique, en Suisse, et sans tarder, regroupant les radicaux, les libéraux bien sûr, et les démocrates-chrétiens. Il y a deux ans et deux jours, invité à m’exprimer par un club de réflexion politique de Martigny, j’avais dessiné cette hypothèse, en évoquant la profondeur des racines historiques des uns et des autres. Le legs inestimable de la Révolution française, avec sa tradition républicaine, pour les radicaux; le message de lumière du pape Léon XIII, son Encyclique de 1891, « Rerum novarum », sur la Doctrine sociale de l’Eglise, cette réponse non marxiste, en pleine Révolution industrielle, à la condition ouvrière. Ce deuxième pan étant, bien sûr, l’une des origines, avec le Sillon, de ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie chrétienne.

    Eh bien la richesse entremêlée de toutes ces racines, aujourd’hui, entre le socialisme et l’UDC, peut donner naissance à une grande fédération, libérale quant à l’économie, ouverte à l’Europe et au monde, se distinguant de l’UDC par son ouverture à l’étranger, à l’Autre, au sens large. Cette droite – car c’en est une – assumée comme telle, pourra rejoindre l’UDC dans sa lutte pour la responsabilité individuelle, l’économie de marché libre et compétitive. Elle ne la rejoindra pas, s’en distinguera même farouchement, dès que viendra poindre l’odeur du nauséabond.

    L’avenir du radicalisme ? C’est de cesser d’être radical tout seul, ce mot d’ailleurs ne veut plus rien dire au grand public, et n’est simplement plus compris par les gens. Non, l’avenir de ce parti, c’est d’apporter tout ce qu’il est, toute sa richesse, à quelque chose de plus grand, à la rencontre des attentes modernes du peuple suisse. Qui est conservateur sur le plan politique, libéral sur le plan économique, et qui n’est certainement ni renfermé sur lui-même, ni xénophobe.

    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 4 commentaires
  • Un syndic inspiré

    Imprimer

    Il y a parfois, comme cela, de minuscules mais nucléaires déclarations, denses comme un éclair d’été, qui valent tous les discours. Ainsi, tout à l’heure, au 1230h RSR, le syndic radical d’Aigle, Frédéric Borloz, résumant avec génie l’autisme de son parti en matière de communication électorale : « On s’est un peu congratulés entre nous », a-t-il bien voulu concéder.

     

    Donnez-nous dix Borloz, et le grand vieux parti est sauvé. Non, deux ou trois, ça suffira déjà. Pourvu qu’ils réapprennent à parler au peuple. En une formule, qui volera de clocher en clocher, toute de cruauté et de bonhomie mêlées, l’oracle d'Aigle a tout dit, tout résumé. Franchement, bravo.

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • Poignards en plastique

    Imprimer



    Édito Lausanne FM – Lundi 12.11.07 – 07.50h

    Deux élus de gauche, pour le canton de Vaud, au Conseil des Etats, c’est une première, et il convient, avant tout, de féliciter les deux gagnants. Ils étaient, l’un et l’autre, de bons candidats ; leur victoire, c’est à eux-mêmes qu’ils la doivent.

    Voilà donc, pour la première fois depuis 1848, le parti radical, le grand vieux parti qui a fait ce canton et qui a fait la Suisse, absent de cette Chambre des cantons dont il aura écrit quelques riches heures. C’est une défaite historique, une de plus depuis le 21 octobre, et qui vient toucher le cœur même du radicalisme romand, son Arche sainte : le canton, que dis-je le pays, de Druey et de Delamuraz.

    Le vieux parti, oui, n’échappera pas à une remise en question totale de ce qu’il est, du poids des habitudes, de la vieillesse écornée de ses réseaux, de sa nullité en matière de communication. Cela passera, bien sûr, par un changement de tête, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps, mais aussi par un vigoureux travail de redéfinition politique.

    Et puis, il y a eu Jacques Neirynck, et son appel à ne pas voter pour le ticket de droite. Dieu sait si cet homme multiforme, créatif, génial à certains égards, m’est sympathique, je lui ai même consacré un film de la série « Plans fixes ». Mais là, je ne comprends plus. La cohérence, la crédibilité – déjà friables – de la démocratie chrétienne suisse ont été atteintes par cet étrange appel, ignorant allègrement que la politique est affaire d’alliances à long terme, et surtout que le Centre, cette vaste illusion, n’existe pas.

    Oh, certes, la victoire de la gauche n’est pas due à ce coup de poignard en plastique du PDC : l’écart est bien trop grand. Mais tout de même, aussi puissant soit le fédéralisme des sections cantonales, il est étonnant qu’un seul homme, au nom d’une sensibilité personnelle, puisse ainsi casser la grande alliance républicaine qui, en tant d’occasions, a permis de faire avancer la Suisse moderne, celle du radicalisme avec la démocratie chrétienne. À ce petit jeu-là, vouloir plaire à la gauche, non seulement la droite perd des voix dans ses propres troupes, mais, surtout, elle n’en gagne pas une seule, en retour, au sein de la gauche, laquelle ne fait jamais de cadeaux.

    En politique, le Centre n’existe pas. En politique, il y a la droite, il y a la gauche. Nées du conflit entre ces deux pôles, comme une étincelle de deux silex, peuvent émerger des solutions centristes. Mais par résultante, par antagonisme dialectique. Se poser là au milieu, et dire « Je suis au Centre », ne saurait tenir lieu de message politique. C’est une position qui ruine le courage, et qui ruine la politique.

    La démocratie chrétienne, à l’exception d’ultra minoritaires chrétiens-sociaux, fait partie, que je sache, de la famille des partis bourgeois. Qu’elle en soit l’aile sociale, familiale, soit. Mais elle en fait partie. Qu’elle ait des états d’âme face à l’UDC (dont Guy Parmelin, au demeurant, n’apparaît pas comme la plus extrême des excroissances), cela se peut concevoir. Mais qu’elle entraîne les radicaux dans la chute, il y là, oui, un problème de loyauté et de cohérence qui se pose. Le slalom, c’est bien. La politique, c’est mieux.


    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 4 commentaires
  • Les copains d'abord

    Imprimer



    Édito Lausanne FM – Vendredi 09.11.07 – 07.50h



    Sept pigeons s’aimant d’amour tendre. Entre eux, nulle césure, nulle fracture, pas l’ombre d’une querelle. Un nid douillet, de tièdes habitudes, ronronnantes et roucoulantes. On s’entend bien, on aime se retrouver, heureux d’être là, ensemble. Nul intrus. Pas même une colombe. Cette émouvante et volatile conception du bonheur, c’est le gouvernement genevois.

    Avec l’élection de Robert Cramer au Conseil des Etats, il était après tout imaginable, dans la droite genevoise, de faire pression sur ce magistrat, tenter d’obtenir son départ, provoquer une partielle, et, pourquoi pas, soyons fous, reconquérir son siège, faisant ainsi rebasculer à droite la majorité du gouvernement. Mais c’eût été prendre des risques. C’eût été se lancer. C’eût été provoquer un mouvement. C’eût été faire de la politique. Alors, non. On a préféré la tiédeur du nid commun, le confort d’une cohabitation. On a privilégié le bonheur de cette barque du dimanche : les copains d’abord.

    On connaissait déjà les gouvernements où l’on ne s’entend pas : Messieurs Mugny et Tornare avaient même inventé, pour le plus grand plaisir des chroniqueurs des très riches heures de l’exécutif de la Ville de Genève, le vol de l’assiette. Il y a aussi, parfois, de délicieux binômes antagonistes : Stich et Delamuraz, Blocher et Couchepin, et tant d’autres encore. Il y a des gouvernements avec des ruptures de collégialité, on l’a vu avec les socialistes vaudois. Et puis, il y a le nid des pigeons : tellement occupé à chasser toute idée de fissure dans son image, le Conseil d’Etat genevois donne l’impression de filer le parfait amour. Pire : il le file.

    Dans l’affaire Cramer, l’argument a été avancé, sans rire : le magistrat a beau se retrouver, cumul oblige, devant un poste à 250%, on n’ira pas lui chercher noise. Comprenez-nous, nous sommes une si bonne équipe. Voir arriver un intrus, à mi-législature, voilà qui nous perturberait. Les pauvres magistrats : un psychologue, peut-être ? Ou alors un thérapeute de groupe, ou un bon massage ? Ou un bain chaud, avec mousse ?

    La politique, ce sont des rapports de force. Le système suisse amène des représentants de partis totalement antagonistes à siéger ensemble. Pour confronter, de façon dialectique, leurs conceptions de la Cité. Et, pourquoi pas, pour s’engueuler bien fort, les éclats font partie de la vie politique. Mais pas pour nous jouer la comédie du roucoulement. On connaissait déjà les gouvernements qui ne s’entendent pas. Il y a pire : ceux qui s’entendent trop bien. Ça n’est pas exactement pour la quiétude interne de leur club que leurs différents électeurs, de gauche comme de droite, les ont envoyés servir, au plus haut niveau, les intérêts de la République.


    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 1 commentaire
  • Trop d'impôts

    Imprimer

    Chronique parue dans le Nouvelliste du 08.11.07

     

    L’UDC, dans son programme de législature présenté mardi par le chef du groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, accompagné pour l’occasion du Jurassien Dominique Baettig, le hussard qui vient d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique au National, le dit très clairement : les Suisses payent trop d’impôts. Faire baisser la pression fiscale sera l’un de ses trois objectifs majeurs pour les quatre ans qui s’annoncent. A cela s’ajoutent d’hallucinantes disparités d’un canton à l’autre : une étude de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, par exemple, révélait lundi que les habitants du bout du lac payaient deux fois plus d’impôts que la moyenne suisse !

     

    L’UDC, à droite, n’est certes pas le seul parti à tenir ce langage, mais c’est assurément celui qui l’assume avec le plus de clarté, donnant le ton, dans ce domaine, à une décrispation du discours aussi bienvenue que salutaire. Longtemps, en effet, en Suisse, et sans doute depuis la guerre, il était comme tabou, sauf à passer pour un mauvais citoyen, de remettre en cause le poids, fût-il éreintant, de la fiscalité sur les individus, les ménages, les entreprises. C’est que toutes ces joyeuses ponctions étaient pour la bonne cause : les écoles, les hôpitaux, les routes, les tunnels, la sécurité. Pour le mieux-vivre, la cimentation sociale, on payait, on faisait confiance à l’Etat pour gérer au mieux l’argent du peuple.

     

    Aujourd’hui, ce lien de confiance est sérieusement entamé. Il y a eu trop d’abus, dans trop de domaines de gestion publique, à la Confédération, dans les cantons, les communes, les grandes régies, trop d’argent dépensé sans compter, souvent pour engraisser les intendances et les apparatchiks, sauvegarder les prés carrés. Sans compter les placards dorés. La relation du contribuable avec l’Etat s’en trouve altérée. Et ceux qui gèrent les deniers publics, de plus en plus, doivent s’attendre à répondre de leurs choix.

     

    En clair, il ne suffit plus que l’Etat se plante au centre de tout, en proclamant : « Je suis l’Etat ! ». Il y a, de plus en plus, une volonté citoyenne de reprendre le dessus, ne plus se laisser traire ni tondre sans broncher, rappeler que l’argent avec lequel certains édiles font joujou n’est autre que le patrimoine des familles, qu’il aurait pu être investi autrement, dans la croissance. En déclarant la guerre à la pression fiscale, l’UDC épouse les préoccupations d’innombrables concitoyens. Dans ce domaine, elle voit juste.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La plaie, la cicatrice

    Imprimer

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du 08.11.07


    Il y aura 75 ans demain, l’armée suisse, à Plainpalais, tirait sur la foule. Le 9 novembre, cette frémissante date, fille de la tragédie et du destin, qui fut à la fois Brumaire, Nuit de Cristal et chute du Mur, aura donc aussi, et au fer rouge, marqué la mémoire genevoise. Le revoilà, ce temps des passions, que nous fait si bien revivre Claude Torracinta, dans son documentaire, tout récemment rediffusé.

     

    13 morts, 65 blessés. En comparaison internationale, surtout pour l’époque, l’événement reste à vrai dire bien modeste. Heureux pays, heureuse ville, n’en finissant plus de commémorer ce qui hélas, chez nos voisins, relèverait du banal : fusillés du Mont-Valérien, déportés de Drancy, martyrs italiens des Fosses ardéatines, millions d’Allemands morts au combat. Cela, juste, pour rappel des dimensions.

     

    Alors, pourquoi la plaie, la cicatrice ? D’autres armées, si souvent, ont tiré sur leur propre peuple, c’est monnaie courante, à commencer par Clemenceau qui fait donner la troupe contre les Vignerons du Midi ; et tant de grèves, dans tant de charbonnages, ou de houillères, par les fusils matées.

     

    Mais c’était la Suisse, et c’était Genève. En tirant, c’est le corps social qu’on a lacéré, ce qui nous unit et nous rassemble, l’essence même de la Suisse, sans laquelle ce pays ne serait rien. C’est cela qui fut grave. Car sans le lien, sans la solidarité, notre pays est mort. Et c’est cette grande peur-là, dans la mémoire du 9 novembre 1932, qui, à chaque fois, s’empare de nous, et nous saisit.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 0 commentaire
  • Les chiffres du destin

    Imprimer



    Edito Lausanne FM – 08.11.07 – 07.50h

    C’est un peu une combinaison cabalistique qui serait inscrite dans les astres. Une date, fatidique, inéluctable, semblant porter en elle la tragédie et le destin. Cette date, c’est celle de demain : le 9 novembre.

    Je cite de mémoire, et j’en oublie sans doute beaucoup : il se trouve que le 9 novembre aura été, pêle-mêle, la date de Brumaire, la prise de pouvoir par Bonaparte ; celle de ce jour où l’armée a tiré sur la foule, à Genève ; celle de la Nuit de Cristal, en Allemagne ; celle, dans le même pays, un demi-siècle plus tard, de la chute du Mur de Berlin.

    Brumaire. Coup de force saisissant. Un homme de trente ans, déjà auréolé de mille victoires en Italie, en Egypte, met fin, en quelques heures, au régime du Directoire. Les grenadiers remplacent les parlementaires. Une nouvelle aventure commence, dans l’Histoire de France. C’était un 9 novembre.

    9 novembre 1932, quartier de Plainpalais, Genève. L’armée tire sur la foule. 13 morts, 65 blessés. Surtout, la mémoire des Genevois, pour longtemps, meurtrie, lacérée même, par l’événement.

    9 novembre 1938. Dans l’Allemagne hitlérienne, la Nuit de Cristal. Une immense opération de pogroms, à l’échelle nationale, organisée d’en haut, le feu dans les synagogues, les vitrines des magasins juifs cassées. L’un des jours de honte de l’Histoire allemande.

    Et puis, si l’Histoire est tragique, il arrive aussi, parfois, qu’elle soit porteuse de bonheur et d’espoir. Le 9 novembre 1989, j’étais à la Radio Suisse Romande. Je préparais les bulletins d’actualité de l’après-midi, les flashes. Et, tout à coup, dépêche urgente, cinq étoiles : « L’Allemagne de l’Est ouvre toutes ses frontières ». Il y a deux ou trois moments, comme ça, dans une vie de journaliste, où vous restez tétanisé, quelques secondes, avant de réagir.

    Et c’étaient Kohl, et Genscher, haranguant la foule dans cette nuit magique, devant la porte de Brandebourg. Et c’était surtout Willy Brandt, déjà malade, fatigué, le visage marqué, sa légendaire impassibilité atteinte par l’émotion. Willy Brandt, l’ancien chancelier social-démocrate, celui qui s’était agenouillé devant le monument du ghetto de Varsovie. Willy Brandt, l’honneur retrouvé de l’Allemagne.

    En Histoire, les dates ne sont pas rien. Les combinaisons de chiffres, certaines récurrences, comme celle du 9 novembre, oui, nous donnent à réfléchir sur le hasard et le destin. Car si l’Histoire est tragique (ça, oui, à coup sûr, et elle le sera toujours), peut-être, parfois, comme certaines suites de martingale, est-elle aussi malicieuse. Et, très rarement, souriante, comme un croissant de lune, entre deux nuages.

    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 0 commentaire
  • L'épître aux pourceaux

    Imprimer


     
    Édito Lausanne FM – Mercredi 07.11.07 – 07.50h

    Faire baisser les impôts, défendre l’indépendance de la Suisse face à l’Union européenne, exclure les délinquants étrangers. C’était, présenté hier par son chef de groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, le programme de législature de l’UDC, pour les quatre ans qui viennent.

    Caspar Baader avait pris soin, pour l’occasion, de s’accompagner du Jurassien Dominique Baettig, un homme haut en couleurs dont on n’a pas fini de parler, le spadassin qui a réussi l’exploit d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique, au National. Au pays des évêques de Bâle, installés à Porrentruy ! Le signal, hier, était tout, sauf gratuit : on imagine Agamemnon, tenant conférence de presse au lendemain de la chute de Troie, pour présenter un certain Ulysse, roi d’Ithaque, l’homme de la ruse du cheval, l’homme de la victoire. L’UDC sait mettre en avant ceux qui remportent des victoires.

    La fiscalité, l’Europe, les étrangers. On pensera ce qu’on voudra de ce triptyque, mais il est simple et clair. Tout le monde le retiendra. Voilà donc un groupe parlementaire qui arrive à Berne, pour quatre ans, avec une stratégie, des priorités, l’art de les exposer de façon précise et accessible à tous. Je défie tout auditeur, toute auditrice, en cet instant même, de me donner les trois priorités des radicaux, ou des socialistes ! Oh, je vois déjà le délicieux et cultivé Fulvio Pelli me rétorquer qu’en politique, tout est toujours compliqué, que nous sommes en train de tuer cette mandarine et nuancée dimension du complexe et du convexe, qu’on ne peut pas tout résumer en trois mots.

    Eh bien, Monsieur Pelli a tort. Comme il a eu tort, sur toute la ligne, dans sa campagne, en matière de communication. Bien sûr que les dossiers sont complexes. Mais le rôle d’un politique, ça n’est pas de jeter aux pourceaux quelque archaïque grammaire, histoire de leur montrer combien ils sont pourceaux, et combien il faut admirer l’élite de maîtriser tout ce charivari.

    Non. Le rôle d’un politique, c’est de traduire la complexité en têtes de page, en priorités. Un politique, ça n’est pas un expert gorgé de chiffres, ça doit déjà être un médiateur. Cela fait partie de son job, de son mandat, de son lien privilégié avec l’électeur. Reprenons le triptyque de l’UDC : baisser les impôts, se montrer plus dur face à la délinquance étrangère, défendre l’indépendance du pays face à l’Union européenne. Quoi qu’on en pense, voilà qui est clair. Et qui, manifestement, à en juger par les 220.000 signatures déjà recueillies par une certaine initiative, ou par le vote des Suisses quand on les consulte sur l’adhésion à l’Europe de Bruxelles, colle parfaitement aux préoccupations des gens. Les grincheux, les perdants, les complexes et les convexes, appellent cela, avec un arrogant mépris, du populisme.

    Non. Cela s’appelle, simplement du professionnalisme. La force de l’UDC, c’est qu’elle a des années d’avance dans la manière de concevoir le libellé d’un message politique. On peut, de l’Aventin, passer son temps à le regretter, comme on pleure les lampes à huile, ou la vapeur. On ferait mieux, du côté des autres partis, de se remettre un peu en cause. Dégager des priorités claires, apprendre à les communiquer, parler aux gens un langage qu’ils puissent comprendre, c’est, après tout, le moins qu’on puisse attendre des élus du peuple. Car, s’ils sont élus, ils sont aussi, et avant tout, le peuple.

    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 3 commentaires
  • Kubrick, pour toujours

    Imprimer



    Édito Lausanne FM – Mardi 06.11.07 – 07.50h

    Trois heures et demie de film, dont chaque plan est un chef-d’oeuvre. Chaque éclairage, un intérieur à la Rembrandt. Chaque paysage, un Turner. Un univers musical d’exception. Le XVIIIe siècle recréé, en 1975, comme personne n’avait jamais réussi à le faire, et sans doute ne le fera jamais.

    La première fois que j’ai vu Barry Lyndon, c’était, adolescent, à sa sortie. Et puis, voilà, comme pas mal de gens de ma génération, j’ai passé ma vie à voir et revoir cette absolue perfection de l’histoire du cinéma. Sept ou huit fois sur grand écran, en tout cas.

    Et puis, hier soir, Barry Lyndon passait à la télévision. Alors, bien sûr, un tel film sur petit écran, c’est un peu la Ronde de nuit sur timbre-poste, ou transformer un oratorio de Haendel en sonnerie pour portable. Je m’étais donc dit que cette fois, non, je ne m’abandonnerais pas. Ou alors juste trois minutes, pour l’œil, pour l’oreille.

    Seulement voilà, lorsque Barry Lyndon passe à la télé, c’est chaque fois la même histoire. Je m’assieds, juste trois minutes, juré, juste revivre ce premier choc d’adolescence. Et, trois heures et demie plus tard, dans cette interminable et sublime scène finale où Lady Lyndon, l’extraordinaire Marisa Berenson, n’en finit plus de signer ses traites sur fond de trio de Schubert, je suis toujours là, rivé, charmé, fasciné.

    Ce film-là est une magie. Le génie de Kubrick, son acharnement au travail, pendant cinq ans, sur le plus infime millimètre de détail, le labeur acharné sur la lumière, le reflet du feu de bougie sur la pâle beauté d’un visage, les scènes d’intérieur entièrement tournées aux chandelles, les tonnes de cire fondues pour l’occasion, la délirante précision des scènes et des costumes, le choix des musiques. Dire que Kubrick est perfectionniste est un faible mot : il est carrément malade, fou du détail, brûlé de l’intérieur par le feu de l’œuvre. Jamais nul ne nous a, à ce point, transféré dans une époque. Ce film, dans tous les sens, y compris racinien, nous transporte. Vers le XVIIIe. Mais aussi, vers le lieu intérieur de nos passions.

    Il faut bien comprendre : Barry Lyndon n’est pas un film historique. Ça n’est pas un film à costumes. Derrière ces paravents, c’est à travers l’incertitude de nos propres destinées que nous guide Kubrick. Le XVIIIe, c’est nous, Redmond Barry, c’est nous. L’enfant qui meurt, c’est le nôtre. Le premier baiser à Marisa Berenson,sur premier fond de trio de Schubert, c’est le miroir de nos émois. Et ce héros, Redmond Barry, cet ambitieux Irlandais capable des plus perfides trahisons comme des plus grands actes de bravoure, c’est l’humain, dans sa fragile ambiguïté, que nous sommes tous. Le baiser, sur la bouche, en pleine fureur de la bataille, au capitaine irlandais qui l’avait protégé, et que la rafale ennemie vient d’abattre, n’est-elle pas l’une des plus fortes scènes du film ?

    Et puis, ce film raconte une histoire, tirée du roman de Thackeray. Le destin d’une vie, simplement, une ascension, une inexorable chute. L’imperméabilité, juste encore quelques années avant la Révolution française, entre l’aristocratie et les autres classes sociales. Ce film, ce sont les derniers feux de l’Ancien Régime, les ultimes vestiges d’un ordre qui se meurt.  Et le chemin d’un homme, hasardeux et picaresque, à travers les régiments britanniques ou ceux de Frédéric de Prusse. Et aussi, d’un château l’autre, une errance, à la lumière de jeux de carte où le hasard le dispute au destin, dans l’un moments les plus raffinés de l’Histoire humaine. Le XVIIIe, juste avant la Révolution. Un film à costumes, qui nous renvoie à la nudité de notre condition humaine, face à la mort.

    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 0 commentaire
  • Election partielle

    Imprimer

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du lundi 05.11.07

     

    Élection partielle
     
    Ce qui m’a le plus frappé, de retour sur la place genevoise après de longues années de politique fédérale, c’est la surprotection dont semblait jouir Robert Cramer de la part de l’univers entier : politiciens, y compris la droite, journalistes, et même les humoristes, ne brocardant, tout au plus, que son goût pour, disons, le terroir.
     
    Là, j’ai cru saisir que les choses étaient un peu en train de changer. Alors, j’ai passé mon week-end à sonder la droite pour voir qui, attiré par l’éventualité, à vrai dire bien improbable, d’une élection partielle, engouffrerait son destin dans cette aubaine. Et, à ma grande surprise, nos héros de l’Entente, à commencer par les plus vifs lorsqu’il s’agit de planter quelques banderilles sur des affaires de tram ou de régies, ne voyaient strictement aucune urgence à se lancer dans l’aventure d’un scrutin anticipé.
     
    Alors, quoi ? L’homme, décidément trop fort, les aurait-il tous anesthésiés, comme il a gentiment chloroformé, hier soir, 18.15h, les auditeurs de la RSR ? Ou plutôt, les actuels caciques de l’Entente auraient-ils à ce point étouffé toute relève ? Il y a portant des gens pour reprendre le flambeau. Le courageux radical Thomas Buechi, parmi quelques autres, en fait partie.
     
    À vrai dire, Robert Cramer n’a rien à se reprocher. Il a parfaitement raison d’user de toutes les ressources dont-il dispose, la ruse, la malice et le charme. Et quand on a, face à soi, une droite aussi apeurée qu’elle est belle parleuse, on aurait tort de se gêner.
     
    Pascal Décaillet
     

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 2 commentaires
  • ADN: la nausée

    Imprimer


    Édito Lausanne FM – 05.11.07 – 07.50h


    Adolescent, j’étais fasciné, avec beaucoup de mes camarades et grâce à un prof de biologie hors normes, par la double hélice de l’ADN, Watson et Crick, jeunes et brillants Prix Nobel 1953. Ce même Watson, au demeurant, qui vient de tenir, sur les Africains, des propos pour le moins étonnants.

    L’ADN, les chromosomes, le bagage génétique, il y a là, bien sûr, de quoi émerveiller la pensée. Nous sommes dans l’intime de l’intime, la structure profonde d’un être humain, ce qui le constitue, matériellement.

    D’où ma nausée – je pèse les mots – face à ce qu’on pourrait appeler « le grand retour de l’ADN », non plus dans l’ordre de la science, ni même dans celui de la police scientifique ou de la justice, mais, cette fois, dans celui de la récup politicarde d’étage zéro. En France avec Sarkozy, en Suisse avec une motion UDC dont nous avons appris l’existence hier, voici que le recours à l’ADN se banalise comme feuille d’automne, à tous les vents jetée, pour un rien.

    L’UDC, c’est un conseiller national zurichois, Alfred Heer. Il veut rendre le test ADN obligatoire pour le regroupement familial de certains étrangers. L’ADN. C’est-à-dire une intrusion dans le corps, dans l’intime, la sphère la plus personnelle. Il faut le dire, la banalisation de cette pratique relève de l’inacceptable.

    Et puis, quelle étrange conception de la filiation ! Le lien de paternité, ou de maternité, que je sache, n’est pas toujours régi par la loi du sang. Il y a, par exemple, des adoptions, des reprises d’enfants orphelins par de tierces personnes. Et le lien, dans ces cas-là, serait-il moindre que celui qui procède des chromosomes ?

    Surtout, voilà qu’on va chercher une technique de pointe d’identification des humains, utile dans la lutte contre certaines formes de criminalité, pour en faire un acte de tous les jours, banal. Il y a là une surexposition de la loi du sang qui, pardonnez-moi de le dire, rappelle d’autres époques, qu’on croyait révolues.

    Il fut un temps, oui, pas si lointain, où on allait chercher les gens pour connaître certaines caractéristiques de leur mère, de leur grand-mère. C’était l’époque où l’immonde s’amusait à tutoyer la généalogie. L’UDC, premier parti du pays, gouvernemental et responsable, aurait tout à gagner, très vite, à prendre ses distances face à certains apprentis-sorciers, dans ses rangs. Tout comme elle aurait dû, sans ambiguïté, se démarquer, ce printemps, à Genève, des auteurs d’une affiche sur les « Pacsés inféconds ». Tout le monde y gagnerait : l’UDC en crédit, la politique suisse en salubrité.

    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 3 commentaires
  • Une pièce sans personnages

    Imprimer

     

    Mon commentaire sur l'évolution de la démocratie chrétienne suisse - Giornale del Popolo - Samedi 03.11.07

    D’abord, il y a ce tailleur noir. Superbe. Le noir de Ruth Metzler, devant les parlementaires qui la trahissaient, le 10 décembre 2003. Le noir de l’adieu, le noir du deuil, celui des temps difficiles et des déserts à traverser. Ce jour-là, la démocratie chrétienne suisse était poignardée par ceux-là même qui avaient, pendant plusieurs décennies, fait un magnifique bout de route avec elle, dans l’Histoire suisse : les radicaux. Ce jour-là, le PDC touchait le fond. Oui, le fond glacé du torrent, où erre la mort.

    A partir de ce moment-là, il n’avait plus qu’à organiser sa renaissance. Car après la mort, pour un démocrate chrétien, c’est bien connu, il y a la vie, non ? Et aujourd’hui, quatre ans après la journée noire, la reconquête, doucement mais sûrement, est en marche. Cela, très clairement, grâce à deux personnes : Doris Leuthard et Christophe Darbellay. Enfin, quelqu’un ! Enfin, des chefs. Enfin, des responsables, une ligne, une stratégie, un plan de bataille, le don de la communication. Finies, les années grises, finis les passants sans relief, trop sages, trop technocrates, les Deiss et les Koller.

    Car la politique, avant tout, loin de n’être que des idées, ce sont des hommes, des femmes. Des tempéraments, des ambitions (et pourquoi pas personnelles ?), un passé, des cicatrices, des combats. Pouvoir personnel ? Et alors ? Mieux vaut cela que l’impuissance impersonnelle, les fantômes raseurs de murs que ce parti, beaucoup trop, a mis en avant depuis le départ, en 1986, d’un certain Kurt Furgler. Oui, le PDC, cruellement, pendant une vingtaine d’années, a été comme une pièce de théâtre sans personnages, sans scénario, sans jeu de lumières. Et sans doute, aussi, sans spectateurs.

    Pendant ce temps, et à cause de cette inexistence de la « droite traditionnelle », l’UDC n’a fait que progresser. Un chef charismatique (Blocher), du courage contre la grisaille et le politiquement correct. Une dionysiaque fureur de conquête, dont la dernière proie, ces huit dernières années, et aujourd’hui avalée, aura été la Suisse romande. Dieu sait si je ne partage pas les thèses de l’UDC, notamment sur l’immigration et l’image de l’Autre, mais comment ne pas admirer la puissance créatrice, stratégique et communicative de ce parti ?

    Le drame de la démocratie chrétienne suisse, pendant toutes ces années, c’est d’avoir érigé le Centre comme but en soi. On arrive, on se pose, on prend des grands airs de sacristie, et on dit : « Je suis au Centre ». Cela n’a aucun sens, cela est lâche, cela discrédite la politique. Le Centre, oui, pourquoi pas, mais comme résultante de forces antagonistes (et même d’une dialectique, au sens où l’entendent Aristote ou Hegel), pas comme finalité ! Cet extrémisme du Centre a fini par accréditer l’image d’un parti de slalomeurs, un coup à gauche, un coup à droite : la trahison permanente. Pour parler clair, le Centre n’existe pas. En politique, il y a la droite, il y a la gauche. Et c’est tout.

    Pour continuer sa progression, encore timide, vers l’horizon 2009, le PDC doit clairement restaurer sa crédibilité au sein de la droite. Social, certes, ouvert, égalitaire, européen, tout cela est excellent, mais dans une famille de pensée, clairement, d’inspiration libérale. A cet égard, les récents rêves de « tripolarité », où un PDC confortablement installé au Centre voterait une loi avec les Verts, et une autre avec les radicaux, est une pure illusion, la ruine de tout crédit, de tout honneur. Ce serait une erreur fondamentale.

    L’avenir de la démocratie chrétienne suisse, c’est se remettre à travailler avec son partenaire de toujours (au plan fédéral) : les radicaux. Aujourd’hui, à part le souvenir, bien éclipsé, du Sonderbund, à part la loi des clans, dans les cantons, presque plus rien ne sépare ces deux grandes familles de pensée. La prochaine grande aventure de la droite traditionnelle, en Suisse, c’est de réinventer les valeurs qui la rassemblent. Il serait bon que l’actuel président du PDC suisse, Christophe Darbellay, se montre un peu moins timide dans ce grand dessein. Il serait bon, aussi, que les grandes figures du PDC assument un peu mieux la troisième lettre de leur parti, ce « C », qui est sa fierté, son honneur, son ancrage dans l’Histoire, face aux facilités des modes et à l’esprit du temps.

    Pascal Décaillet

    Lien permanent Catégories : Editos Giornale del Popolo 2 commentaires
  • Lapin, chapeau, Joseph

    Imprimer


    Édito Lausanne FM – Vendredi 02.11.07 – 07.50h


    J’ai beaucoup de respect pour Marianne Huguenin et Joseph Zisyadis. Mais il faut le dire clairement, ce matin, le tour de passe-passe d’hier pour permettre à l’un de reprendre la place de l’autre au National relève du scandale politique. Imaginez, un seul instant, qu’une telle combinazione eût été le fait de personnalités UDC : nous en aurions eu pour des kilomètres de condamnations éditoriales, pendant des jours. Alors que je trouve très gentille (pour parler par euphémisme) la manière dont certaines interviews de Madame Huguenin, hier, ont été conduites. À coup sûr, le ton, face à un élu homme et de droite, eût été infiniment plus musclé.

    Pour résumer, le dimanche des élections fédérales, seule Marianne Huguenin a été élue par le peuple. Joseph Zisyadis, lui, ne l’a pas été. On peut le regretter, car l’homme est talentueux et charismatique, mais c’est ainsi. Quelques centaines de voix le séparent de l’onction populaire. Et hier, on apprend, comme par hasard, que Madame Huguenin aura, tout compte fait, beaucoup trop de travail à l’exécutif de la ville de Renens, ne pourra donc pas conjuguer les deux charges. Elle renonce à siéger sous la Coupole. Et hop, magie, lapin, chapeau, revoilà Saint-Joseph, auréolé de Providence.

    Joseph Zisyadis, dans cette affaire, a-t-il mis Marianne Huguenin sous pression ? Je n’en sais rien, et de toute façon, ça n’est pas lui le problème. Il y a, clairement, une responsabilité morale, devant le peuple qui l’a élue elle (et nul autre) de Madame Huguenin. Trop de travail à Renens ? Possible, mais alors il fallait s’en rendre compte plus tôt, et renoncer à une candidature au National. Non, se faire élire, avec tout ce que ce mot implique de confiance, de lien, avec le peuple, et se démettre juste après, est tout simplement indigne de la démocratie. Que Madame Huguenin soit quelqu’un de très bien, de courageux, de minoritaire, n’y change rien : ce qu’elle a fait là n’est pas acceptable.

    Ce qui nous amène à la position de certains journalistes. On a eu l’impression, hier, qu’il fallait certes condamner Marianne Huguenin, mais pas trop. Parce qu’elle est femme, parce qu’elle est bien. Cela, dans notre univers éditorial, s’appelle une surprotection. On la surprotège, comme on a, pendant une décennie, surprotégé, par exemple, Ruth Dreifuss. Encore une fois, imaginez le traitement qu’aurait subi, dans les mêmes circonstances, un ignoble UDC, homme, fumeur de tortilleux cigarillos, suintant les soirées d’arrière-salle champêtre et l’accordéon folklorique ? Il aurait été, tout simplement, exécuté.

    Tandis que là, mansuétude, retenue. Alors qu’il y a, clairement, déni démocratique. Notre système politique, fondé sur la qualité du lien entre les élus et leurs électeurs, mérite mieux que ce genre de manipulations.






    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 11 commentaires
  • Morue au cidre

    Imprimer

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du 01.11.07

     

    Il aime la cuisine, passionnément, et aussi la politique. Pour autant, il affirme détester la cuisine politique, mais, aussitôt, son nez s’allonge, tant il excelle dans les concoctions d’officine. Ueli Leuenberger, 55 ans, candidat genevois à la présidence nationale des Verts, est l’un des hommes qui montent sous la Coupole fédérale.

     

    Il y a le politique, il y a l’homme. Le premier, venu de la gauche dure, dont il n’est au fond jamais sorti, est aussi Vert que je suis Javanais. Le second, aimable, cordial, sachant composer avec l’adversaire, se révèle beaucoup plus suisse, dans la pratique, que la dureté de son idéologie. Cet homme complexe est tissé de contrastes. C’est une partie de son charme.

     

    Une origine modeste, une enfance dans la campagne bernoise, des débuts à la Spirou, comme groom dans un hôtel lucernois, une volonté de fer, un parcours de vie qu’il ne doit qu’à lui-même, et qui fait plaisir à voir. Au fond, jusqu’à cette récente déclaration de succession à Ruth Genner, ce cuisiner raffiné, spécialiste de la morue au cidre, avançait plutôt caché, laissant chauffer, à petit feu, son ambition.

     

    Là, il se lance. Il aura contre lui beaucoup de monde, à commencer par la frange féministe du parti. Mais peu importe. Il a raison de se plonger dans cette bataille. Habile, bilingue, passionné, il donnerait à ce parti, trop éparpillé dans un fédéralisme d’un autre âge, l’ossature et la cohérence nationales qui lui font encore défaut. Oui, franchement, Ueli Leuenberger ferait un excellent président.

     

    Pascal Décaillet

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 5 commentaires
  • Quelque part, les saints

    Imprimer


    Édito Lausanne FM – Jeudi 01.11.07 – 07.50h

    Les courges, les potirons, les sorcières à deux francs, les monstres en massepain, c’est comme les étoiles d’été, comme les starlettes de la Croisette, comme une Harley-Davidson dans le désert du Nevada. Ça brille un instant, et puis, très vite, ça passe.

    Halloween. Il y a, jour pour jour, sept ans, 1er novembre 2000, j’avais fait un commentaire pour dire mon mépris de la mode Halloween, pure entreprise commerciale, et réhabiliter la Toussaint. On m’avait traité de vieux grogneux, de vieux conservateur, bougon, complètement déconnecté de l’esprit du temps, aveuglé par son attachement viscéral au christianisme, toutes choses au demeurant parfaitement exactes.

    Il n’a pas fallu sept ans pour que je sois vengé. Promenez-vous dans les rues : combien de courges, combien de folies orangées, si ce n’est dans quelque grappe résiduelle de démocrates-chrétiens genevois, avez-vous vues sur votre chemin ? Eh oui, la mode Halloween, c’est déjà fini. Alors que la Toussaint, voyez-vous, cette fête ringarde, grise comme une terre d’automne, simple et silencieuse, ce dérisoire appel des vivants à la mort, est toujours là.

    C’est comme le christianisme, Mesdames et Messieurs, ou le judaïsme, ou l’Islam, mais aujourd’hui, oui, parlons du christianisme. Combien de beaux esprits, modernes comme une nouvelle génération d’I-Pod, énergumènes de cocktails accrochés comme des éphémères sur les sunlights de la nouveauté, nous annoncent la mort du christianisme ? Cela n’est pas nouveau. Cela dure depuis deux mille ans. Et cela est très bien ainsi. Il est normal, il est juste, qu’une religion, pour survivre, doive constamment se battre, s’affirmer, livrer des exemples de vie. Et ces exemples, chez les Chrétiens, cela s’appelle des saints.

    J’ai sous les yeux, ce matin, un merveilleux petit bouquin, publié en 2003 par les Editions Hazan, à Paris, signé Rosa Giorgi, traduit de l’italien, et qui s’appelle « Les Saints ». Ils sont tous là, Basile, Marthe, Justine, Hippolyte, Grégoire, Ambroise, Isidore le laboureur, Eustache, Monique, Marguerite de Cortone, Charles Borromée, Marc l’Evangéliste, et tous les autres aussi. L’iconographie, de Fra Angelico et Piero della Francesca, est époustouflante de beauté. Et ces fragments de vie, tout sauf simples, avec ces moments de doute, de renoncement, de faiblesse, et tout à coup, ces fulgurances de lumière.

    Voilà. Ce matin, j’ai voulu vous parler de saints. Ils sont sur nos fresques, dans des niches lointaines. Et puis peut-être, aussi, sont-ils là. Au milieu de nous. Quelque part.


    Lien permanent Catégories : Editos Lausanne FM 4 commentaires