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  • Haras qui rit

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    Alors que son parti cantonal est à feu et à sang, la jeune (et, je l’affirme, prometteuse) députée UDC Céline Amaudruz, nullement effarouchée par le fatras et le fracas du combat des étalons suprêmes, dépose au Grand Conseil une résolution (610) visant à « maintenir durablement le Haras national d’Avenches ».

    A l’UDC genevoise, on a le sens des priorités. Entre deux charges de hussards qui s’étripent, certains savent maintenir la quiétude du trot. C’est peut-être un peu plus lent. Mais au moins, on va quelque part. Et « quelque part », dans ce parti-là, c’est toujours mieux qu’ici.

     

    PaD

     

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  • Anciens et Modernes

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    J’ai toujours détesté, en politique, l’argument de l’âge. Dans un sens comme dans l’autre. Il n’est pas de jeunes ou de vieux politiciens, il n’en est que de bons ou de mauvais. Maudet brillait déjà dans la vingtaine, c’est vrai, mais Konrad Adenauer, qui rendit à l’Allemagne son honneur, fut, bien au-delà de ses 80 ans, un grand chancelier. Il n’y a pas plus un problème d’âge qu’il n’y aurait un problème de sexe, ce sont là des catégories inventées pas des jaloux ou des impatients. Je vous dispense de l’épicène, par indulgence.

     

    En mai 68, j’avais dix ans, je me souviens parfaitement de tout, j’avais quelque peine à comprendre qu’on pût contester de Gaulle sur la seule question de l’âge. Qu’on le fît sur son modèle de société, sa conception royale du pouvoir, l’étouffement de l’audiovisuel, le mandarinat dans les Universités, tout cela méritait en effet discussion. Mais qu’on se contentât de l’attaquer sur ses 77 ans était un peu court. Cet homme qui avait libéré son pays, donné le droit de vote aux femmes, réglé la question algérienne, offert à la France une nouvelle Constitution, élevé le verbe comme nul ne le fit avant lui, était sans doute plus jeune, dans la tête (et moins bourgeois !) que nombre de contestataires.

     

    C’est de cette époque qu’est née ma méfiance viscérale à chaque fois que venait poindre sur la scène une Querelle d’Anciens et Modernes. Que sont devenus les Michel Noir qui, du côté de 1990, avaient tenté un putsch sur le « vieux Chirac » ? Qu’est devenu le jeune Rocard qui tenta, au Congrès de Metz, en 1979, d’avoir la peau du vieux Mitterrand ? Où sont-ils, aujourd’hui, ces jeunes loups aux soubresauts de cabris ? Où sont-ils, dans les livres d’Histoire ?

     

    Ainsi, Antonio Hodgers. Toujours jeune, toujours beau, toujours sautillant, toujours cabri. Un politicien charmant, doux en toutes choses : mobilité douce, verbe doux, idées douces. La perpétuelle illusion d’une humanité meilleure, transcendée par le Rayon Vert. Toujours, la jeunesse brandie contre l’archaïsme. Toujours, la douceur contre la rudesse. Toujours, le grand mythe du Centre (un Centre doux, of course), contre cet antagonisme ringard et dépassé que serait le clivage gauche-droite.

     

    L’archaïque, en l’occurrence, ce serait Ueli Leuenberger. Le Climatique. Qui réagit avec beaucoup d’humour, dans « Le Matin » d’aujourd’hui, à ces attaques au pistolet à eau : « Je ne vais tout de même pas me teindre les cheveux en noir ! ». Ou encore : « C’est le vieux contre le jeune, le beau et le moins beau, le mince et le gros, l’alémaniaque et celui qui apprend le suisse allemand ». Bref Ueli assume. Son âge. Ses cheveux blancs. Son esquisse d’embonpoint. Ses rides. Mais aussi son vécu, son expérience, sa combativité politique, ses réseaux. Tout ce qui fait un homme.

     

    Un homme, oui. Pas un jouvenceau.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • UDC genevoise : l’opaque obscurité de l’aube

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    Sur le vif - Lundi 03.05.10 - 12.36h


    Dans ce petit cénacle d’hommes dont le protagoniste (entendez l’acteur principal), Soli Pardo, se trouve être un redoutable comédien, la tragi-comédie que vit l’UDC genevoise doit être mesurée à l’aune des masques et bergamasques dont elle se travestit elle-même. A se demander si le véritable organe de tutelle de cette section cantonale ne devrait pas être la Fondation d’art dramatique, plutôt que la garde noire de Christoph Blocher, laquelle fera mercredi, à Genève, une apparition signalée.

     

    A côté des quelques chefs de l’UDC genevoise qui ont laissé la situation parvenir aux confins de la putréfaction, le Nœud de Vipères, de Mauriac, apparaît comme un sympathique bac à sables pour tourtereaux pré-pubères. Disons qu’il y a Yves Nidegger, Soli Pardo, Eric Leyvraz, et, tapi dans une embuscade de polichinelle, Eric Stauffer. Ajoutons que le produit cartésien des détestations possibles, dans ce carré d’as, confine à l’infini. Longtemps, il fut variable, Là, certaines rancœurs semblent se polymériser.

     

    Tout cela, digne des inoubliables « Ouménés de Bonada » de Michaux, demeurerait trempé dans l’encre noire d’une anthropologie imaginaire, ou d’un exotisme de racaille, si cette sympathique amicale n’était l’aile genevoise du premier parti de Suisse, 29% aux dernières élections fédérales, au secrétariat central duquel le Sonderfall Genf commence à donner un urticaire de plus en plus grattant. Bref, la descente de mercredi pourrait bien avoir des allures de mise sous tutelle. Un deal du type : « Nous prenons le pouvoir de Berne, nous vous offrons un beau tableau d’Anker en échange, surtout ne bougez plus, nous nous occupons de tout ».

     

    D’ici là, sans doute, quelques ultimes sursauts de cannibalisme interne. Où les plus retors ne sont pas nécessairement ceux qu’on croit. Ni les plus théâtreux. Ni les plus levantins. On imagine – en poussant un peu – la virée bernoise de mercredi à l’image de certaines scènes de Visconti, sur le Tegernsee, dans les petits matins de brume où valsent les lapins. Ou alors, en hommage au protagoniste, du côté de Salo, quelques années plus tard, là où se lève le jour et tombent les régimes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Despot éclairé

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 03.05.10

     

    Quelques robustes et étincelants morceaux de fromage valaisan, dont un alpage de la Loutze (Mayens-de-Chamoson) hors du commun, du vin blanc, un peu de charcuterie, un géant helvéto-serbe de deux mètres, un barde de Savièse ayant quelque succès en politique, une future conseillère d’Etat vaudoise, un gourou de la pensée scolaire devenu député radical, c’était samedi, 17h, Librairie les Trois Mondes, rue Leschot. Partage, lumière, chaleur. Tout ce qui manque au Salon du Livre.

     

    Et si la majesté du livre, son incomparable puissance, relevait par essence de l’intimité d’un cercle plutôt que du fracas d’une foire ? L’hôte des lieux, samedi (à part le libraire, charmant), c’est Slobodan Despot. Les éditions Xénia. Petite boîte (deux personnes), travail acharné, des trésors d’originalité dans le choix des bouquins, du « Valais mystique » à la liste des saints orthodoxes, en passant par un essai sur le cancer du col de l’utérus (on vaccinerait trop, du fric pour les pharmas), ou encore le très troublant « Portrait d’Eric », par Eric Werner.

     

    Petite boîte, deux personnes, pleines d’énergie. Il n’y a que ça de vrai : les PME, il y a ceux qui en parlent, et ceux qui les vivent, sept jours de boulot sur sept pour le patron, mais l’ivresse inégalable de se sentir libre. C’était comme samedi, aux Trois Mondes : on s’y sentait bien, on s’y sentait libre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Merci Billag

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    Sur le vif - Dimanche 02.05.10 - 18.36h


    Deux millions pour gommer deux mots : « idée suisse ». Petite info sortie aujourd’hui dans le SonntagsBlick, puis confirmée par la SSR. On va enlever « idée » : un million ! On va jeter « suisse » : un million ! Il avait fallu, déjà, quelques millions, à l’époque, pour ajouter ces deux mots. Là, il en faut deux pour les ôter. C’est cher, l’écriture.

    A noter que les mots « idée suisse », dans le logo, ne s’évaporeront que pour l’extérieur. A l’interne, on les gardera. Comme « ajout à la marque ». Nous voilà rassurés.

    Ainsi, après s’être appelée « La SSR », puis « SRG SSR idée suisse », l’entreprise devient « SRG SSR ». Donc, deuxième titre le moins abominable du trio, le tout premier en date ayant été le seul à peu près soluble dans l’air. Et l’autre, à rallonge, l’une des plus ahurissantes dénominations de boîte depuis l’invention du pneu crevé et des rapports épicènes, toutes choses par ailleurs cousines dans l’ordre de l’abject.

    Des logos dont l’estampille sonore aurait été conçue pas des sourds, le visuel par des aveugles, l’impact poétique par des employés d’arsenaux, la force de frappe par des buveurs de tisane.

    Tout cela, pour quelques millions. Les millions pour écrire. Les millions pour effacer. Les millions pour réfléchir. Les millions pour se reposer de l’effort cogitatif. C’est cher, phosphorer. Merci Billag.

    Pascal Décaillet

     

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  • Eric Leyvraz quitte la présidence de l’UDC genevoise

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    Sur le vif - Dimanche 02.05.10  13.30h

    À un an des élections municipales, le président de l’UDC genevoise, l’homme au légendaire nœud papillon, le très populaire Eric Leyvraz, jette l’éponge. "Je pars de la présidence de l'UDC pour le cimetière de Peissy, je garde encore une faible marge", vient de nous déclarer, avec l'humour et la courtoisie qui sont les siennes, ce gentleman de la politique genevoise. Les raisons exactes de ce départ doivent encore être établies, mais tout le monde connaît la situation très difficile dans laquelle patauge et crapahute la section genevoise du premier parti de Suisse. Revers aux élections cantonales, bisbilles internes, appétit du MCG qui veut les manger tout crus. Toutes choses ayant conduit le chef suprême, Christoph Blocher, à venir à Genève, il y a quelques semaines, pour une remontée de bretelles faisant passer le général Massu, en comparaison, pour un animateur de macramé en sandales, sur les hauteurs du Larzac.

    Ce climat de chienlit s’accompagne, depuis plusieurs semaines, de nombreux départs : le très littéraire Soli Pardo, elliptique comme un croissant lunaire, qu’on imagine mieux à la reconquête de Fiume que dans la gestion quotidienne, a quitté la présidence, justement pour laisser la place au conciliant vigneron de Satigny ; le fidèle Eric Bertinat, qui assumait avec vigilance le secrétariat général depuis le paléolithique inférieur, s’en va aussi. Et maintenant, le nouveau président lui-même, qu’on donnait à Noël comme le seul sauveur possible. Cela commence à faire beaucoup.

    En attendant, tapi dans l’ombre, le très gourmand Eric Stauffer affûte ses appétits et se pourlèche les babines. Reste à savoir, au final, s’il lui restera beaucoup à se mettre sous la dent, la proie donnant plutôt l’impression de se désintégrer toute seule, ce qui est une version classique du suicide politique, autre thème si cher à D’Annunzio, le grand prophète du déclin, sur les bords sublimes du lac de Garde.

    Pascal Décaillet

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  • Saint Jean et l’éblouissante noirceur des maudits

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    Notes de lecture - Samedi 01.05.10 - 15.40h

     

    Le livre que je viens de terminer commence par une soirée chez Cocteau en 1927 et s’achève par une causerie avec Malraux en 1971. Peu d’entre nous connaissent aujourd’hui le nom de son auteur, qui fut pourtant l’un des journalistes les plus remarqués de la fin de la Troisième, de la Quatrième, puis de la Cinquième République : Robert de Saint Jean (1901-1987) nous entraîne, dans son « Journal d’un journaliste », dans un caléidoscope de célébrités, au premier plan desquelles son ami de toujours, son « amour platonique » pendant 60 ans, Julien Green.

     

    Ce que furent l’activité journalistique de Robert de Saint Jean, ses champs d’enquête, le livre ne nous en révèle rien. Nous savons que l’auteur travailla, notamment, pour Paris-Soir, le Parisien libéré ou Paris-Match, en passant par l’hebdomadaire gaulliste Carrefour. Son labeur quotidien, dans son journal, il n’en parle pas. Ce qu’il met en avant, ce sont des noms, avant tout des écrivains, des personnalités, des « dîners » (incroyable, ce qu’on pouvait « dîner » dans ces années-là !), des rencontres.

     

    Et c’est l’Histoire de France qui défile, de Gaulle ou Pétain, Gide ou Céline, Briand, Claudel, Mauriac. L’Histoire de France, et celle de l’Europe : à plusieurs reprises, Robert de Saint Jean rencontre Mussolini, notamment en mai 1935, alors que le Duce est au sommet de sa gloire, sans doute en ce milieu des années 30 (juste avant l’expédition d’Abyssinie) l’homme politique le plus admiré en Europe. Bref, il fréquente les grands, notre homme, y prend manifestement plaisir, a bien dû se prendre, à certains moments, pour Joinville ou pour Plutarque, avec le vent de l’Histoire (celle de ces années-là) toujours prêt à vous faire tourner la tête.

     

    Et ma foi, il raconte plutôt bien. Ainsi, cette rencontre aux Invalides, le 22 octobre 1935, avec le maréchal Pétain : « Dans l’antichambre, les portraits de Condé et de Vauban dominent des rangs de chapeaux mous et des melons. Pétain : la majesté du sénat romain, avec la froideur britannique. Droit, sans embonpoint, avec un étonnant regard d’acier. La veine temporale à peine marquée. Des rancœurs, toujours plus âpres chez les vieillards, à cause du temps qui leur est mesuré ». On n’est pas très loin de certaines descriptions de l’Imperator par de Gaulle, dix-neuf ans plus tard, dans le premier tome des « Mémoires de Guerre ». Deux ans plus tôt (21 mai 1933), c’est un autre maréchal, Lyautey, que rencontre notre journaliste, chez Maurois. Un an avant la mort du « pacificateur » du Maroc.

     

    A lire. Par qui ? Par tous ! Tous ceux qui aiment se laisser porter par l’Histoire de France, ses grands esprits, ses écrivains, ses hommes d’armes, ses figures de gloire et de défaite, l’éblouissante noirceur de ses maudits. Oui, vous avez bien lui, quelques lignes plus haut : Condé et Vauban dans l’antichambre du Maréchal, aux Invalides. L’époustouflant vainqueur de Rocroi, premier prince du sang, qui combattra le Roi son cousin, et que Louis XIV finira pourtant par absoudre. Et puis, le défenseur, le fortificateur. La Ligne Maginot, trois siècles avant. A cette petite différence près : l’œuvre de Vauban, elle, tiendra. A laquelle de ces deux puissantes références le vainqueur de Verdun allait-il le plus puiser ses désirs ?

     

    A tous, excellente lecture !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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