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  • Jean Romain joue avec le feu

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    « Le port de tout costume religieux est interdit sur la voie publique à toute personne ayant un domicile ou une résidence dans le canton de Genève, ou y exerçant une activité régulière. Les accessoires religieux ne sont pas concernés par cette interdiction ». Au nom de l’universalisme républicain opposé à la résurgence des communautarismes, le député radical Jean Romain, par ailleurs nouveau parlementaire crédible au Grand Conseil genevois, joue avec le feu. « Même moi, je n’aurais pas osé », déclare Oskar Freysinger.

     

    Il existe, à Genève, depuis le Kulturkampf et Antoine Carteret (seconde partie du dix-neuvième siècle), une solide tradition d’anticléricalisme dans une certaine frange des radicaux. Consciemment ou non, Jean Romain renoue, de facto, avec cette tendance qu’on croyait révolue, ou juste cantonnée à la garde noire de certains conseillers d’Etat. Depuis la loi de Séparation de 1907 (deux ans après la France), Genève est une République laïque, ce dont nul ne se plaint, en tout cas pas le soussigné. L’Etat ne s’y occupe pas de religion, tout au plus fixe-t-il des cadres pour que ces dernières puissent cohabiter dans le respect mutuel. Bref, les choses se passent bien, chacun peut s’exprimer, le croyant, l’agnostique, l’athée, sans compter l’excellence d’un dialogue interreligieux favorisé par la présence du Conseil œcuménique des Eglises.

     

    C’est donc bien mal connaître Genève que de chercher à y rallumer des querelles dont personne ne veut. Il y a, dans tout Genève, au maximum une dizaine de prêtres en soutane, quelques bonnes sœurs qui ne font strictement de mal à personne, des popes orthodoxes d’une belle qualité intellectuelle à Chambésy, de rares rabbins, un imam. Punkt, Schluss. Les quelques burqas qu’on y aperçoit, en août, ce sont des touristes, ne tombant donc pas sous le projet de loi de Jean Romain. Dès lors, à quoi bon, au nom d’un « universalisme » mathématique, où tout est pris en valeur absolue, sans la moindre ductilité d’approche, chercher noise à quelques hommes et femmes de paix pratiquant, dans le canton, la religion qu’ils ont choisie, et vêtus selon leur rite ? Toutes choses ne gênant personne, à part Jean Romain lui-même. Un projet de loi incompréhensible. Surtout de la part d’un esprit de cette qualité.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Bal masqué

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 17.06.10

     

    Burqa, soutane, même combat ? Au nom du principe d’universalisme contre les corporatismes, le député radical Jean Romain répond oui, en demandant l’interdiction, dans le canton, « de tout costume religieux sur la voie publique à toute personne ayant un domicile ou une résidence dans le canton ».

     

    Autrement dit : tu es porteuse de burqa, ma sœur, mais touriste, ça passe. Tu es porteur de soutane, mon frère, résidant à Tannay, ça passe encore. Tu portes la même soutane, mais tu habites Céligny, ça casse. Putains d’enclaves ! Tu es pope orthodoxe au Centre de Chambésy, ça casse. Tu es ensoutané à mort, mais résidant au Vatican et de passage pour un Congrès sur le sexe des radicaux, ça passe.

     

    Tu es rabbin, mon cher cousin, t’en fais quoi de ton grand chapeau ? C’est un habit ? Et la kippa ? Tu la relègues dans ta poche ? Ben dis donc, y a du boulot pour la maréchaussée, dans la ville de Calvin ! Au début, le Verbe, et puis juste après, la verbalisation, et le bal masqué pour se changer, au violon.

     

    Reste l’essentiel : a-t-on songé à inventer un habit de fonction pour radicaux anticléricaux trop zélés ? Ceux qui ne peuvent pas entendre le seul mot « religion » sans sortir leur flingue. Cet habit existe. Peu sacerdotal. Mais seyant et pratique contre la bougeotte. Ca s’appelle la camisole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Avec Loichemol au Kosovo, décembre 1998

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    Que les anges du bizarre habitent nos vies...

     

    Au théâtre Dododna de Pristina, capitale du Kosovo, ce lundi 7 décembre 1998, 19h, aucun des spectateurs n’avait ôté sa doudoune : la température, dans la salle, ne dépassait pas 8 degrés ! Dans une odeur de foin et de bétail qui m’avait rappelé les salles paroissiales de nos villages valaisans, on n’y jouait rien moins que « Les Chaises », de Ionesco, et « Ubu Roi », de Jarry. Deux pièces mythiques du répertoire français du vingtième siècle, un lundi soir, dans un pays en guerre ! Nous étions là, avec Hervé Loichemol, dans le public, éblouis par la motivation de cette petite troupe, par le metteur en scène, Faruk Begolli, et les acteurs, Florie Bajoku et Luan Jatsa, l’un et l’autre diplômés de l’Ecole de théâtre de Pristina.

     

    C’est vrai, en apprenant lundi la nomination de Loichemol à la Comédie, c’est la folle image de cette soirée qui s’est imposée à moi. L’inconfort de ces sièges. La turquerie des toilettes. La buée qui sortait de la bouche des acteurs, sur la scène. Des enfants de dix ans qui avaient traversé Pristina seuls, à pied, sans leurs parents, dans la nuit de décembre, pour venir voir jouer deux grands auteurs français, dont l’un d’origine roumaine. Et Loichemol, natif de Mostaganem. Et, dans la rue, des Roms, des Serbes, des Macédoniens, des Albanais. Et, dans la tête de Loichemol, en constante référence, le souvenir de son séjour à Sarajevo, Bosnie.

     

    Dans cette minuscule salle de Pristina, ce soir-là, était passé comme un « ange du bizarre ». Lié à la guerre, à l’étrangeté même du Roi Ubu, au froid de canard, à l’apartheid absolu entre « Théâtre albanais » et « Théâtre serbe », en alternance sur des planches aussi vermoulues que la situation politique du moment : un monde, doucement, était en train de s’effondrer.

     

    L’univers de Loichemol, dans sa création dramaturgique, c’est justement cet « ange du bizarre ». On aime ou non, certains détestent. Même les grandes causes qu’il embrasse, il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il les attaque par le décalage de la fiction. Puisse-t-il, à la Comédie, fuir le premier degré de la militance au profit de la fermentation inhérente à toute œuvre digne d’être montée. Car même si, étymologiquement, le théâtre « montre », il n’est pas dit qu’il soit là, avant tout, pour démontrer. Les « Lehrstücke » de Brecht, par quoi ont-elles survécu ? Par l’objet démontré, ou par le ressort dramaturgique contenu dans l’écriture même de l’un des plus puissants auteurs de la littérature allemande ?

     

    Après Benno Besson, Claude Stratz, Anne Bisang, c’est une nouvelle ère qui va s’ouvrir. Puisse-t-elle nous surprendre, nous séduire. Nous heurter. Ce nouveau directeur, puissions nous le haïr. Ou l’aimer. Sentir qu’il nous parle. Puisse le verbe continuer d’habiter ce lieu où souffle l’esprit.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Salaud de peuple

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    Sur le vif - Mardi 15.06.10 - 12.53h


    « Le show politique se poursuit » : étrange titre pour qualifier un débat politique démocratique, sous la Coupole fédérale ! Ce titre, c’est pourtant celui d’un communiqué de presse du parti libéral-radical, tombé en fin de matinée, où les très sages, très cérébraux, très raisonnables responsables du Grand Vieux Parti qui a fait la Suisse et leurs néo-cousins patriciens paniquent totalement à l’idée que l’Accord Suisse – Etats-Unis sur l’UBS puisse être soumis au référendum facultatif.

     

    C’est vrai, le peuple, c’est sale. Et ça pue. Ca vient vous foutre en l’air votre si belle ouvrage parlementaire. Vos navettes. Vos nuances. Vos conférences de conciliation. Vos négociations secrètes avec les milieux bancaires. Avec l’Oncle Sam.

     

    De fait, l’idée même que le souverain ultime de ce pays puisse être amené à se prononcer sur un compost aux essences si munichoises, ne manquerait pas d’un certain sel. Le sel qui vient d’en bas. Le sel noir de la colère. Celui qui amène le peuple, un certain dimanche, à oser le mot que tant de corps intermédiaires ont oublié : le mot non.

     

    Pascal Décaillet

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  • Argent public

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    « Pas un centime d’argent public n’a été versé à la famille Kadhafi, émanant des caisses de l’Etat de Genève ». Déclaration, mot pour mot, de François Longchamp, hier soir.

     

    Ce qui frappe toute oreille un peu sensible au langage et à ses nuances, c’est l’adjectif « public ». Est-ce gratuitement que le président du Conseil d’Etat genevois a tenu à insérer ce mot?

     

    Puisqu’il n’y a pas d’argent « public », y aurait-il eu de l’argent privé ? Si oui, François Longchamp le sait-t-il ? Donnera-t-il, entre jeudi et vendredi, des informations aux députés à ce sujet, lors de la séance du Grand Conseil ?

     

    Ces questions-là, en l’état, sont posées.

     

    Pascal Décaillet

     

    PS: il reste toujours, sémantiquement, la possiblité d'argent public n'émanant pas de l'Etat de Genève. De l'argent fédéral, par exemple?

     

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  • Hervé Loichemol : excellente nouvelle !

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    Sur le vif - Lundi 14.06.10 - 17.28h

     

    Elle aura été laborieuse, la succession d’Anne Bisang à la tête de la Comédie, à Genève, elle aura fait couler de l’encre, de la salive, fait sortir Charles Beer de sa réserve, mais toutes ces difficultés, devant l’excellence du résultat, s’évanouissent. C’est Hervé Loichemol qui sort du lot, fou de théâtre et de littérature, allumé des planches, provocateur dans la Cité.

     

    Depuis le premier spectacle que j’ai vu de lui, « Rester Partir » de Bernard Chartreux en 1984, c’est toujours avec un pincement de désir et de folle curiosité que je vais voir ses pièces. Il y a Yves Laplace, son complice de toujours, avec lequel il monta, en 1989, l’éblouissante « Nationalité française » (sur fond d’Algérie française, dans laquelle Loichemol a grandi). Il y a Heiner Müller (Hamlet-Machine, Quartett), il y a le Koltès de la "Solitude des Champs de coton", il y a Brecht, Sade, Olivier Py, Michel Beretti, et une impressionnante quantité d’auteurs contemporains.

     

    Avec Loichemol, le théâtre est dans la cité, il nous interpelle, nous remet en question, nous heurte, nous dérange. Surtout, il nous jette des horizons, sur le chemin. Il ouvre le jeu. On l’aimera ou non, on l’encensera, on le conspuera, il ne laissera jamais indifférent. Là où certains se contentent de passer les murailles, en voilà un qui existe, haut et fort. A prendre ou à laisser. Essayez de prendre : ça vaut la peine.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ziegler, Jean

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Ma modeste contribution au Larousse de l'an 2325

     

    Ziegler, Jean, 19 avril 1934, Thoune. Célèbre fils d’artilleur, connu pour ses feux d’artifice. Homme de feu, de flammes, de poudre, de silex. Enfant déjà, lisait Andersen, « La petite fille aux allumettes ». Homme de soufre, de phosphore, incendiaire des convenances, mélancolique de l’or des morts. Vieux fou, docteur en droit, a cru toute sa vie aux livres, oligarque de la parole, prunelles en éveil comme mille promesses de l’aube.

     

    A certains virages de son parcours, les pistes se troublent. De Denges à Denezy, de Cuba à Tripoli, des chaudrons de l’archaïsme à la beauté dansante des filles du feu, de livres noirs en nuits blanches, les traces de sa biographie se jouent de l’enquêteur. Un jour dans les entrailles primitives de l’Afrique, le lendemain sur une terrasse genevoise, soleil couchant, citant Hölderlin.

     

    Vice-président honoraire de l’Association zimbabwéenne de pyrotechnie lunaire, homme de foi, emmerdeur public no 1, diva des salles d’audience, madone des projecteurs, prince de l’incantation. Classé personnalité suisse la moins rasoir du vingtième siècle par un jury d’érudits en 2130. A promis de revenir pour la fin du monde, coiffé de douze étoiles. Aux élus, il vendra ses livres à prix d’or. Aux damnés, il les offrira gratuitement. Avec obligation de les lire, les lire, et les lire encore.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Jacques Deillon : naissance d’un talent

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    Il n’a eu que deux lucarnes très étroites pour exister, il en a tiré le maximum. Deux apparitions, c’est par exemple Elvire dans le Dom Juan de Molière. Tirer parti de la brièveté pour éblouir. Habiller en intensité la fulgurance de sa présence dans la lumière. Il s’appelle Jacques Deillon, je ne le connaissais pas jusqu’ici, il a 21 ans, il préside les Jeunes UDC à Fribourg.

     

    Je viens de visionner, à l’instant, le duel Pilet-Blocher sur Infrarouge, enfin disons le super show Pilet épicé de quelques apparitions de l’ancien conseiller fédéral. Avec, en vedette annexe, un Pierre Maudet dont on se demande pourquoi ça n’était pas à lui d’affronter Blocher, en invité principal. Avec, aussi, un sympathique Vert vaudois, très jeune aussi, Raphaël Mahaim, jeté en pâture au tribun zurichois comme on lance un morceau de tendre viande à un loup, au moment du goûter.

     

    Jacques Deillon, donc. Langage clair. Verbe rapide, parfaitement maîtrisé, sans dérapage. Pas peur de déplaire. Pas peur des ricanements d’arrogance de Pilet, vieille technique. Pas peur de l’interpeller directement. Les mots s’enchaînent, les idées aussi. Naissance d’un talent politique.

     

    Comment ne pas penser à la naissance de Pierre Maudet, « un jeune qui est déjà vieux », m’avait dit de lui un ancien conseiller d’Etat genevois perclus de jalousie. Maudet, oui, ce grand escogriffe un peu gauche, que nous avions été parmi les premiers à repérer.

     

    Une chose est sûre : on reparlera de Jacques Deillon, sur la scène politique de Suisse romande.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Un maire en Suisse doit être suisse

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    Non à l'émiettement de la citoyenneté

     

    Interrogé, il y a bien longtemps, dans « L’Heure de vérité » (c’était le temps où il y avait encore des émissions politiques à la télévision française), sur l’octroi du droit de vote aux étrangers dans les scrutins locaux, l’ancien Premier ministre Raymond Barre avait répondu sèchement : « Le droit de vote appartient aux citoyens français ».

     

    Il considérait, Barre, que les droits politiques étaient indissociables de la nationalité. C’est, chez nous, ce que pense l’UDC. Mais aussi, à Genève, une partie des libéraux, sans doute aussi des radicaux (le groupe qui les représente à la Constituante est-il représentatif ?), évidemment le MCG. Bref, tout un brave petit monde. Qui pourrait bien, un certain dimanche où le texte final sera soumis au vote, se coaliser dans le sens du non. Il aurait, par ailleurs, mille autre raisons de le faire.

     

    Il ne s’agit en aucun cas, ici, de méconnaître l’apport des étrangers (je déteste le snobisme sociologique du nouveau mot « migrants », ne parlons pas de « migrantes et migrants ») dans la construction de notre pays. À Genève, ils sont 38% et contribuent largement à la prospérité du canton. Plus encore : ils lui donnent une pluralité bienvenue qui fait de ce bout du lac un échantillon de la planète elle-même. C’est rare. Et c’est appréciable.

     

    Non, ce dont il s’agit, c’est la définition de l’appartenance républicaine. Il y a, dans ces octrois partiels, droit de vote par ici, d’éligibilité par là, une fois commune, une fois canton, comme un émiettement de ce principe indivisible qui s’appelle la citoyenneté. Sur le plan théorique, on nous dit que la commune est souveraine et n’a pas à calquer ses droits sur ceux de la nation. Je veux bien. Mais une ville en Suisse se trouve être aussi une ville suisse, immédiatement perçue comme telle par l’extérieur, qui se contrefout de notre système à trois étages. Le maire de Genève qui accueille un chef d’Etat incarne autant, sur le tarmac, le pays que la ville. Il incarne la Suisse, oui, tout le mystère et tout le charme de ce petit pays, son système politique, ses lois, son fédéralisme, sa démocratie directe. Et c’est au maire d’une ville suisse que le souverain étranger serre la main.

     

    Si un étranger de Suisse s’est à ce point intégré dans Genève qu’il est jugé digne d’en devenir le maire, alors on peut attendre de lui qu’il ait, parallèlement, poussé l’intégration jusqu’à demander une nationalité suisse qui ne lui serait d’ailleurs en aucun cas refusée. Et dont je conviens volontiers qu’elle doive être facilitée. Car enfin, il faut cesser de considérer Genève comme un monde en soi, une sorte de Monaco-sur-Rhône qui ne serait pas totalement partie prenante avec une Confédération dont elle partage intimement le destin depuis 195 ans.

     

    Car ce même étranger, si bien intégré qu’il parviendrait aux portes de la Mairie, il serait actif dans la vie politique ou associative depuis des années. Et il n’aurait jamais songé, pendant tout ce temps, à demander le passeport suisse ? Il accepterait la seule citoyenneté municipale genevoise, totalement intriquée dans le système de références et de représentations de la Confédération suisse, et n’aspirerait qu’à celle-là, insulaire, hors sol ? Il faudrait juste lui recommander d’ouvrir une petite centaine de nos livres d’Histoire, il en est d’excellents, pour qu’il comprenne ce qu’est la Suisse, comment elle s’est lentement construite, comment Genève s’y est rattachée à la chute de l’Empire, à quel point d’innombrables valeurs suisses nous habitent.

     

    Il ne s’agit pas ici de compétences. Bien sûr qu’un étranger peut diriger la Ville de Genève aussi bien qu’un Suisse, pourquoi pas mieux, cela n’est pas en cause. Mais il s’agit de la dignité indivisible d’une appartenance. Il s’agit aussi de se demander ce qui peut se passer dans la tête d’une personnalité politique étrangère, à Genève, active des années sur le plan municipal, et que n’aurait jamais traversé l’idée d’embrasser un destin plus global, qui s’appelle l’aventure suisse. Il y a des moments, dans la vie, où il faut choisir son appartenance.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Gérard Deshusses et le pays de Canaan

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    Sur le vif - Vendredi 11.06.10 - 19.09h

     

    C’est un petit homme au regard vif, en politique depuis longtemps, prof de français ayant laissé d’excellents souvenirs à ses anciens élèves. Et là, que brigue-t-il ? La place de Dieu ! Il n’a pas froid aux yeux, Gérard Deshusses, lui qui n’a qu’un seul défaut.

     

    Car dans moins d’un an, Dieu s’en va. « Fatigué de porter ses misères hautaines », guidé par son destin (et, accessoirement, mais ne le dites pas trop fort, par cette saloperie de tournus qui vous oblige, putain de merde, à casser l’Eternité après douze ans seulement, alors que le regretté Louis XIV a régné 72 ans), Manuel Tornare (que mille vierges le bénissent) tournera l’immaculée splendeur de ses talons vers d’autres horizons. Et Deshusses, qui guettait, aimerait bien le remplacer, lui le Doux, à côté de l’Amère. Deshusses, oui, qui n’a qu’un seul défaut.

     

    Car il est cultivé, charmant, travailleur, respecte l’aigu lorsqu’il dit « débat », n’use de l’épicène que pour faire carrière, sait que le fond de l’homme est noir et violent, que la colère est sainte, le meurtre sublime. Et son esprit va vite. Tant de qualités, fourmillantes, primesautières, pour un seul défaut.

     

    Sur sa route pour l’investiture aux côtés de la Régente, il trouvera un bon docteur Moustache endormeur de méfiances, un sympathique prof de théâtre, et sans doute le pays de Canaan, laissé en déshérence par Dieu, au moment de son départ. En vérité je vous le dis, frères lecteurs, il est digne de les combattre. Lui le preux, le fulgurant. Lui, cultivé, lettré, qui n’a qu’un seul défaut. Le même que Dieu d’ailleurs : mais pourquoi donc est-il socialiste ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Sur les murs, l’Enfer

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    « Post Tenebras Egalité ». C’est le slogan – puissamment pensé – de la Ville de Genève. A découvrir, dans les jours qui viennent, sur 200 affiches.

     

    Il y a des gens qui sont payés, à la Ville, pour trouver ça ? Et tiens, puisqu’on parle monnaie, ça va chercher dans les combien, cette honorable plaisanterie, pour les contribuables ?

     

    Jean-Pierre Jobin, le Méphisto du slogan qui gifle et qui percute, est-il dans le coup ? Rouget de l’Isle, les Soldats de l’An II ont-ils été consultés ?

     

    On a comparé avec le triptyque du Maréchal ? On a offert une francisque au lauréat du concours d’idées ?

     

    On a pensé aux âmes sensibles ? Elles s’imaginaient qu’après les ténèbres, faute de lumière, il pût au moins y avoir le néant. Une forme de repos éternel, limbé, dans la ouate de l’éternité.

     

    L’Enfer, ce sont trois mots qui ne se supportent pas.

     

    L’Enfer, ce sont les mots des autres, lorsqu’ils veulent imposer un langage, le mouler sur une idéologie.

     

    Au-delà des derniers fleuves, plus loin que l’Enfer, il y a le militantisme féministe drapé dans l’officialité.

     

    Amitiés épicènes.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Âmes soeurs

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 10.06.10

     

    Je me suis retrouvé hier matin, sur le coup de 07.30h, face à un fou transgénique qui m’a lancé : « Je suis une maîtresse enfantine ». Je me suis d’abord dit qu’il se gaussait, me cherchait, j’ai guetté un pré où l’affaire aurait pu se régler. Je l’ai contemplé : c’était bien un homme, pourtant, nous n’étions ni chez Michou ni à Hambourg, quartier du port. J’ai pris peur.

     

    Et l’homme a confirmé : « Je suis maîtresse enfantine ». J’ai rougi, j’ai pâli, j’ai frémi à ses yeux, genres, grammaires, kabbales se sont mélangés dans mon esprit embué, d’étranges pensées salerniennes m’ont envahi, maires, mairesses, j’ai cherché le masculin de l’amertume, j’ai pensé aux points cardinaux, aux boussoles du côté du Pôle Nord.

     

    Il faut dire que j’avais là, face à moi, le meilleur des hommes. Il y avait, à côté de lui, toute l’animalité taurine d’Olivier Baud, comme une mise à terre, pour me rassurer. Je me suis dit que, si cet homme-là était une maîtresse, que serais-je, moi-même ? Une ombre ? Une lueur ? Une inconnue dans l’équation ? Une disparition ?

     

    J’ai pensé aux genres et à leurs mélanges, aux confluences, aux eaux du Rhône et celles de l’Arve, aux semi-créatures de Platon, dans le Banquet. J’ai pensé, aussi, à la géométrie. La définition de la droite. Le plus court chemin d’un point vers l’autre ? Et si c’était, simplement, la course d’une âme, quelque part, vers sa sœur ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Neuf membres : un faux problème

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    Commentaire publié dans le Giornale del Popolo - Jeudi 10.06.10

     

    Un Conseil fédéral à neuf membres : le Conseil des Etats, aujourd’hui, va se pencher sur la question, via une motion du Vert vaudois Luc Recordon. Si le thème n’a rien de tabou (il est bel et bien urgent de réformer le gouvernement), la proposition, hélas, apparaît comme un peu courte : c’est d’une refonte beaucoup plus drastique que l’exécutif suisse a besoin.

     

    Sur un point, les Verts ont raison : certains Départements actuels, celui de Moritz Leuenberger (ministre en exercice depuis le Neandertal) et celui de Didier Burkhalter sont de taille disportionnée. Alors que celui d’Ueli Maurer doit sans doute laisser pas mal de temps libre à son titulaire pour des lectures (bandes dessinées ?), des parties de golf, ou simplement siroter un drink (bio, of course).

     

    Le nombre de sept, si biblique soit-il, n’a rien, non plus, de tabou. On peut l’élever à neuf, l’abaisser à cinq, cela n’a, en soi, aucune importance. Ce qui compte, c’est dans quel contexte de réforme beaucoup plus globale ce changement de nombre interviendrait. Si la Suisse se dotait d’un vrai gouvernement, en dégageant du temps pour les ministres, en laissant des secrétaires d’Etat assister aux commissions parlementaires, le nombre de cinq ferait parfaitement l’affaire.

     

    Et puis, ne soyons pas naïfs ! De qui émane ce projet de réforme ? D’un Vert ! Cosigné par un autre conseiller aux Etats Vert, le Genevois Robert Cramer. Donc, d’un parti qui aurait, immédiatement, tout à gagner à un collège plus large : il pourrait, sans tarder, y placer l’un des siens. Par exemple qui ? Par exemple, Luc Recordon ou Robert Cramer ! Ah, les braves gens, ah que le monde est bien fait lorsqu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même !

     

    Passer à neuf membres, why not ? Mais il n’y aurait là qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Les vraies questions sont ailleurs : rompre avec ce système de passants, où on ne fait que boucher les trous, parce que certains, en pleine législature, alors qu’ils ne sont ni malades ni touchés par un scandale, décident de déposer les plaques. En finir, aussi, avec ces candidats à l’éternité, ces Moritz Leuenberger qui n’en peuvent plus de s’accrocher. Elire des gens en fonction d’un programme, pourquoi pas des listes. Ensuite seulement, il serait temps de voir s’il faut trois, cinq, sept, neuf ou onze ministres.

     

    Le projet Recordon est donc de pure convenance pour le bien des Verts. Il ne repose sur aucune réflexion globale, ne propose aucune anticipation imaginative de réforme, ne tire pas les leçons terribles du dernier rapport des commissions de gestion sur la gouvernance en temps de crise (affaire UBS). Il ressemble à une refonte administrative de l’équipage du Titanic, alors que personne ne songerait à pointer son nez dans le hublot. Histoire d’entrevoir cette sublime masse bleutée, qui s’appelle l’iceberg.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le Conseil d’Etat genevois prédit le passé

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    Sous la forme d’un fastidieux catalogue énumératif, dans lequel on peine à voir émerger l’esquisse d’une priorité, le Conseil d’Etat genevois vient de publier son programme de législature.

     

    Un peu catalogue Veillon, un peu catalogue des vaisseaux, un rien annuaire téléphonique, un chouïa Redoute, ce document n’est rien d’autre qu’une juxtaposition. Sans mise en évidence par ordre d’urgence. « Gouverner c’est choisir », avait dit le plus grand homme d’Etat (peut-être le seul, d’ailleurs) de la Quatrième République, Pierre Mendès France. Là, le Conseil d’Etat ne choisit pas vraiment. Alors, gouverne-t-il ?

     

    Peut-être, enfin, pourrait-on, dans un abcès de folie qu’on voudra bien nous pardonner, rêver qu’une fois, les « programmes de législature » soient brandis AVANT les élections, ce qui permettrait d’élire des équipes sémantiquement cohérentes, et non des patchworks de fortune.

     

    Parce que là, un programme d’action avancé au septième mois d’un mandat qui en compte 48, on pourrait presque se dire que c’est un peu tard. Mais ce serait médire.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Et pisse, haine !

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 07.06.10

     

    Ils ont pris l’escabeau, ils ont ouvert l’armoire, sur la pointe des pieds ils ont trouvé, tout là-haut, le keffieh. Lavé, repassé depuis la dernière manif. Ils ont même déniché le mode d’emploi, comment se l’enrouler correctement pour faire palestinien. Ils ont respiré bien fort. Ils se sont sentis devenir des héros.

     

    Et puis, ils sont allés sur le pont du Mont-Blanc, et ils se sont mis à hurler. Epicène, le slogan : « Nous sommes toutes et tous des Palestiniens ! ». Des fiancés de la nuance, nos héros d’un jour : « Israël assassin ! », « Israël terroriste ! », « Israël criminel ! ». Tout devant, Ueli le Climatique, Carlo le Magnifique, et le si bon docteur Rielle, alias Papy Moustache, qui aime le monde entier, sauf Israël.

     

    Ils ont braillé un moment, et puis ils sont allés boire une bière. Il faisait si chaud, la journée était si belle. Même le keffieh, ils ont fini par l’ôter. Ils ont regardé passer les filles, qui étaient si belles, certains l’ont remis, le keffieh, l’étoffe des héros, elles adorent ça, les passantes.

     

    Et puis, ils ont traîné au bord du lac, la soirée était magique. Adieu Gaza, adieu flottille, adieu les abordages. Leur esprit, déjà, était ailleurs. Très tard, après pas mal de bières, ils sont rentrés chez eux. Ils ont mis le keffieh à la machine, lavage doux, sans essorage. Pour la prochaine fois où ils sortiront, jouer les héros.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • L’homme qui fait fuir les cygnes

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    Sur le vif - Dimanche 06.06.10 - 09.24h

     

    « Israël terroriste ». C’est en tête d’une manifestation hurlant ces deux mots que le conseiller national Carlo Sommaruga, hier, défilait sur le pont du Mont-Blanc, à Genève. Peu après, on a pu entendre le même personnage donner libre cours longuement à sa haine d’Israël, sans contradicteur, sur les ondes publiques.

    Ces braves gens qui manifestaient hier à Genève, avec leurs keffiehs, leurs drapeaux turcs et palestiniens, on apprécierait aussi de les entendre lorsque des bus scolaires israéliens sont la proie des roquettes de ce si cher et si charmant Hamas.

    On apprécierait, aussi, de recueillir leur point de vue si nuancé et documenté sur le transit, par Gaza, de toutes sortes d’armes visant, rien de moins, qu’à détruire Israël.

    Mais cela, on ne l’entend jamais. On perpétue, sans la moindre nuance, la bonne vieille tradition unilatéralement pro-palestinienne de la gauche suisse. On sort le keffieh, mythologie oblige, on vient brailler « Israël terroriste » sur le pont du Mont-Blanc, on ne donne jamais ce qualificatif à ceux d’en face, on cite sur les ondes quelques vagues Conventions de Genève, on se retranche derrière le paravent du droit international, et puis on rentre chez soi. Persuadé d’avoir participé à quelque chose d’héroïque, de grand.

    Alors qu’on a juste fait peur aux cygnes qui passaient. Avec de rauques hurlements. Ah, les braves gens !

     

    Pascal Décaillet

     

    PS: il y a, jour pour jour, 66 ans, une "flotille" un peu moins amatrice venait, sur les côtes de Normandie, contribuer à libérer l'Europe du plus abominable régime que ce continent ait connu. Là oui, je pense qu'on pouvait parler d'Etat terroriste.


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  • Hainard comme Cagney, le sale type

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    Sur le vif - Samedi 05.06.10 - 15.27h

     

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    Il y a, dans l’affaire Hainard, quelque chose qui ne va pas.

     

    Encore une fois, je ne connais pas le détail de cette affaire, ni M. Hainard personnellement, et suis bien éloigné, ces temps, de la vie politique neuchâteloise. Mais il y a, depuis le début, quelque chose qui ne va pas. Qui sent mauvais. Et qui ressemble à une exécution.

     

    Il y a quelques semaines encore, personne, à part à Neuchâtel, ne connaissait le nom de Frédéric Hainard. Pas plus que les Neuchâtelois n’ont entendu parler d’Isabel Rochat ou de Michèle Künzler. C’est ainsi. Les verticalités juxtaposées de nos existences cantonales.

     

    Et puis, d’un jour à l’autre, patatrac ! La Suisse romande entière, par papier orangé ou ondes publiques, découvre que sévit, du côté de Neuchâtel, un ignoble individu, incarnation du péché. Le sale type, à l’état pur. Immédiatement, sans la moindre forme de procès, on l’appelle « Le Sheriff », on l’affuble systématiquement de ce nom, « Hainard le Sheriff », comme « Achille aux pieds légers » ou « Ulysse aux milles ruses ». L’étiquette est collée, exit Frédéric, va pour le Sheriff. On le déleste de son identité, on en fait une figure. D’ailleurs, très vite, exit Hainard, on se contente de dire « Le Sheriff ».


    Et puis, on le montre. On balance sa photo. Tous les matins. Wanted ! Le Sheriff mis à prix, c’est classique dans les plus grands westerns, où il est si excitant que les fonctions de bien et de mal s’inversent. Comme ressort narratif, c’est génial : les gens adorent ça. Comme il faut bien un peu de biscuit, on accumule les témoignages. On fouille sa vie publique. On passe au crible sa vie privée. Il y a un film de 1938, un chef-d’œuvre de Michael Curtiz, « Angels with dirty faces », où l’éblouissant James Cagney incarne le mal absolu. Frédéric Hainard est jeté en pâture, jour après jour, comme un homme à la face sale. Il est le Cagney de l’histoire, le sale type.

     

    Paradoxalement, plus on crée et peaufine cette figure du mal, moins le public n’est informé de la nature exacte des griefs qu’on adresse à cet abominable personnage. L’image du sale type s’impose, avec une telle puissance de dévastation qu’elle éclipse toute analyse dialectique sur le fond du dossier. Il aura, par exemple, fallu attendre aujourd’hui, samedi 5 juin 2010, 12.35h, pour apprendre que de nombreux fonctionnaires anonymes du Département Hainard défendaient leur chef, le « sale type », parce qu’il avait eu le courage de s’en prendre à des dysfonctionnements internes, au reste bien antérieurs à son entrée en fonction. Le moins qu’on puisse dire est que cette « révélation » aurait pu arriver plus tôt.

     

    Reste à savoir à qui profite l’affaire Hainard. Qui instrumentalise qui. Qui, dans ce canton, n’en peut plus de ne pas digérer le récent succès d’un monde libéral-radical qu’on aurait préféré expédier ad patres, au rayon Histoire. Il sera intéressant, un jour, de s’interroger sur l’équilibre avec lequel on a récolté les « témoignages » contre Hainard. Ce jour-là, l’intéressé sera-t-il encore dans la vie politique. Ou aura-t-il craqué ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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