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  • KKS, pour un radical parlant français

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    Sur le vif - Et vers la cible - Samedi 18.09.10 - 18.48h (heure radicale, s'il en est...)

     

    Il fut un temps, avec Georges-André Chevallaz, Jean-Pascal Delamuraz (au premier chef) et même encore Pascal Couchepin, où le radicalisme de pouvoir, au plus haut niveau fédéral, s’accompagnait d’une certaine hauteur de parole. On aimait ou non ces hommes, mais ils avaient le verbe pour nous atteindre, une certaine dignité, oui, dans l’ordre des mots. C’était le temps où les radicaux savaient encore parler.

     

    « Dimanche noir », c’était peut-être excessif, mauvais perdant, mais ça avait de la gueule. Plus Jean-Pascal Delamuraz se rapprochait du terme, plus son verbe s’est affiné, densifié : de tonitruante, l’image, au fil des ans, s’est faite épurée, comme décochée, elle était flèche, atteignait les cœurs au moins autant que les consciences. Nul, jamais, n’oubliera ce 11 mars 1998 où cet homme d’exception, affaibli par le cancer, prononça devant l’Assemblée fédérale son ultime discours. Nous étions sur place, immobiles, touchés de plein fouet.

     

    L’actuel conseiller fédéral romand, Didier Burkhalter, n’a pas cette dimension du verbe. Dès lors, si l’Assemblée fédérale devait élire, mercredi prochain, le Bernois Johann Schneider-Ammann, la grande tradition d’une certaine parole radicale francophone à Berne serait morte. Cet industriel, sans doute paré de mille vertus, parle très mal le français. M. Burkhalter, lui, ne parle pas. Donc, extinction des feux.

     

    Paradoxalement, c’est aux confins de la Suisse orientale qu’il faut aller chercher l’élégance et la précision de la langue française. Chez Karin Keller-Sutter. Un français parfait. « Soluble dans l’air », dirait Verlaine, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». Le verbe juste, l’image nette. Voilà qui rappelle un autre Saint-Gallois, Kurt Furgler.

     

    Ces choses-là ne sont pas des détails. Les Romands ont besoin de se sentir représentés, à Berne, par des magistrats capables de penser comme eux. Dans la précision et la richesse de nuances de leur langue. Que ces qualités-là se trouvent incarnées par une Saint-Galloise est en effet un paradoxe. Comme celui d’Achille et de la tortue. Là aussi, une histoire de flèche.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Les pacifistes, Israël, les latrines

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    Sur le vif - Et sabre au clair - Vendredi 17.09.10 - 14.27h

     

    On peut discuter longtemps d’Ueli Maurer, du nombre de neurones qui l’habitent, de la trace sans doute discrète qu’il laissera dans l’Histoire suisse. Ministre de la Défense, il n’a jamais su articuler exactement ce qu’il fallait défendre, excelle dans le rôle de pleureuse, sans que personne ne sache ce qu’il pleure exactement. Oui, cet homme, en bon successeur lointain de Paul Chaudet, est un mirage. L’illusion d’une ambition. Le désir, privé de lui-même.

     

    Engendré (par Blocher), non pas créé, néant né du néant, il est à ce titre l’homme idéal pour présider aux destinées d’une armée qui n’a plus ni sens, ni mission, où on ne tue plus que le temps, et où même les nuques raides des colonels radicaux de mon époque se sont dissoutes dans l’insignifiance de l’Histoire. Oui, douter de Maurer, on peut.

     

    Mais il se trouve que cet homme-là est notre ministre de la Défense. Ce qui lui donne le droit, et aussi le devoir, de maintenir d’importants contacts avec les quelques pays de cette terre pour qui la chose militaire est affaire, non de passe-temps, mais de survie. Par exemple, Israël. Un voyage, du 8 au 10 octobre prochains, est prévu, qui fait partie d’une longue tradition de relations entre les deux pays.

     

    Aller voir son homologue israélien, ça n’est pas cautionner la politique de ce pays, ses pulsions colonisatrices, son comportement avec les Palestiniens. Au reste, si le ministre suisse de la Défense n’allait rendre visite qu’à des pays gentils, comme le nôtre, où tout le monde s’emmerde à l’armée, où l’inefficacité des armes a pulvérisé la légende, autant qu’il reste paître dans sa ferme de l’arrière-pays zurichois.

     

    Et c’est là qu’interviennent, avec la fulgurance d’une cavalerie sans chevaux, nos bons et braves pacifistes suisses. Calmes, souriants face à la mitraille, joyeusement suicidaires. Car en bêlant condamnation de cette visite en Israël, tout focalisés qu’ils sont sur la diabolisation de ce seul Etat dans l’univers habité, ces blancs moutons n’existent à nouveau que par ce qu’ils cachent. Tous les régimes qu’ils ne dénoncent jamais, tous les yeux qu’ils ont toujours fermés sur les pires dictatures, parce qu’elles sont là au nom du bien.

     

    Alors, Messieurs les pacifistes, nous vous concédons volontiers que nous n’avons peut-être pas le plus fulgurant ministre de la Guerre depuis Louvois ou Carnot, mais de grâce, vos jérémiades sélectives et orientées, gardez-les pour l’un des seuls endroits que l’armée suisse soit encore capable de creuser avec méticulosité : les latrines.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Lex Stauffer : la revanche des perdants

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    Sur le vif - Et sur le fil de la marge - Jeudi 16.09.10 - 12.29h

     

    La RSR le révélait ce matin : un projet de loi, no 10762,  se concocte, à Genève, pour museler le trop remuant Eric Stauffer, au besoin l’exclure de certaines commissions, bref le mettre à l’écart. Déjà, on parle de Lex Stauffer, même si la disposition est censée s’appliquer aussi à ses 99 collègues.

     

    Dans une maladresse dont il est peu coutumier, le député libéral Olivier Jornot l’avoue à nos confrères de « 20 minutes online » : « Si Eric Stauffer ne siégeait pas au parlement, nous n’aurions pas eu besoin de ce projet de loi », reconnaissant ainsi explicitement qu’on ourdit une loi ad personam. Le projet de loi porte une trentaine de signatures, de tous les bords politiques. Le président du Grand Conseil, Guy Mettan, affirmait ce matin, en direct sur One FM, n’en avoir jamais eu vent, ce qui est tout de même assez singulier.

     

    Cette action parlementaire a bien des chances d’aboutir, si on procède à la somme des perdants, des frustrés, des rancuniers, et des jaloux. Tous ceux qui n’ont pas obtenu, le 11 octobre 2009, la fulgurante progression du MCG. Toux ceux, et notamment dans l’Entente, qui n’en peuvent plus de voir monter les chiffres électoraux de cette émergence qu’ils continuent à vouloir considérer comme une simple parenthèse de l’Histoire. Et pour qui, aux prochaines élections, tout rentrera dans l’ordre.

     

    L’ordre. Quel ordre ? Leur ordre à eux ! Celui du pacte-à-cinq qui tient l’exécutif, impitoyable avec la marge, qu’elle soit d’A gauche toute, de l’UDC ou du MCG. L’ordre des copains qui se partagent maroquins, prébendes et strapontins, comme le font tous les pouvoirs du monde : le MCG ne ferait évidemment pas mieux le jour où il parviendrait aux affaires. Rien de grave, donc. Mais de grâce, que cette clique au pouvoir s’assume un peu comme telle, et cesse de nous brandir la morale et l’éthique, de gémir sur le « populisme » (ce mot de perdants, inventé par des perdants, pour des perdants), dès qu’apparaît M. Stauffer.

     

    Une remarque encore : le jour où les sources grillant la confidentialité des débats seront exclues des commissions, ces dernières se retrouveront bien clairsemées pour la suite de leurs travaux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • L’étrier du destin

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 16.09.10

     

    Bon d’accord, fallait-il à tout prix qu’elle posât en équestre tenue dans l’Illustré ? On peut en disserter, comme du sexe des anges, des fulgurances d’André Reymond, de la chaleur fraternelle d’Yves Nidegger, ou de la fibre sociale de Soli Pardo. Mais une chose est sûre : ceux qui sous-estiment Céline Amaudruz, la nouvelle présidente de l’UDC genevoise, ont tort.

     

    D’abord, parce qu’après le néant, voici un être. Après le chaos, voici l’amorce d’une courbe, peut-être un jour d’une géométrie, voire (soyons fous) d’un cosmos, lequel signifie ordre et beauté. Après le temps glacé des grandes solitudes, voici une UDC genevoise capable de bien s’entendre avec un autre être, sur la terre : sa jument. C’est déjà un début.

     

    Caligula parlait à son cheval. Mussolini, piètre cavalier, se mettait tout de même en selle, pour faire Duce. Richard III aurait donné sa couronne pour le meilleur ami de l’homme. Jean-François Rime a servi dans la cavalerie. Marcel Aymé coloriait ses juments. Les manèges de notre enfance étaient enchantés. Et, plus j’écris, plus je me dis que Céline Amaudruz  a fait très fort, avec cette photo de l’Illustré.

     

    Nous sommes rares, ici bas, à chevaucher. Mais la mémoire de ce sublime animal habite nos rêves et nos fantasmes. Poser en sa compagnie, c’est cravacher les ricanements. Et mettre le pied dans l’étrier du destin.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • A vous de jouer, M. Drahusak !

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    Sur le vif - Et sans calmants - Mercredi 15.09.10 - 11.40h

     

    Longtemps, il était pardonnable à un honnête homme de ne pas connaître l’existence d’une section PDC en Ville de Genève. Nul fracas, nul élu à l’exécutif depuis René Emmenegger, autant dire le crétacé supérieur, nul retentissement dans la Cité, si ce n’est, pour certains, l’affirmation un peu trop extatique d’un christianisme social qui eût fait passer Vital Darbellay, en comparaison, pour la droite de la droite.

     

    Et puis, vint la pampa. Accompagnée des quarantièmes rugissants. Avec, enfin, un parfum d’offensive : l’odeur de la poudre. L’envie, enfin, de faire la guerre. Une stratégie. Un plaisir du combat. Des coups bas aussi, bien sûr, de la combinazione, on aime ou non, cela s’appelle la politique.

     

    Le dernier coup de la section pampa du PDC suisse est un coup de maître : la subite mise sous pression, hier, de MM Kanaan et Drahusak, fonctionnaires-candidats (il y a bien des maréchaux-présidents), pour qu’ils quittent immédiatement leurs postes s’ils veulent faire campagne. Hier soir déjà, les socialistes craquaient. Reste à tester la capacité de résistance du Vert Boris Drahusak, un dur à cuire, d’ordinaire plus habitué au rôle d’arroseur qu’à celui d’arrosé.

     

    La motion PDC sera traitée ce soir au Municipal. Il reste quelques heures à M. Drahusak pour nous prouver son sens légendaire de l’anticipation. Et sans s’énerver, of course : les Prozacs, c’est pour les autres.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Eh non, KKS n’est pas une femme socialiste !

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    Sur le vif - Et dans le miracle des roses du matin - Mercredi 15.09.10 - 07.52h

     

    Brillante réponse de Karin Keller-Sutter ce matin, à mon confrère Simon Matthey-Doret lui brandissant l’insatisfaction, hier, des femmes socialistes face à sa candidature au Conseil fédéral : « En effet, je ne suis pas une femme socialiste », s’est contentée de rétorquer cette Saint-Galloise au français parfait, au verbe clair et à l’intelligence percutante.

     

    Non, KKS n’est pas une femme socialiste. C’est l’une de ses nombreuses qualités. On s’en réjouit pour elle. Pour le peuple saint-gallois. Et on espère, très bientôt, avoir à s’en réjouir pour le peuple suisse tout entier.

     

    Pascal Décaillet


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  • Putain, plus que six mois !

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    Sur le vif - Et en direct d'une rampe de missiles dans la Cordillère des Andes - Mardi 14.09.10 - 16.09h

     

    Le PDC de la Ville de Genève, sur un air de pampa et dans une joie carnavalesque, vient de balancer deux missiles sur les maires du palais qui veulent devenir rois. Dans un document signé Alain de Kalbermatten et Anne Caron, mais dont l’origine argentine ne fait guère de doute, ils proposeront ce soir au Conseil municipal une modification du statut du personnel de la Ville obligeant MM Drahusak et Kanaan à « prendre un congé sans solde à partir du moment où ils ont été désignés par leur parti » comme candidats à l’exécutif de la Ville de Genève.

     

    Dans un souci de transparence digne des eaux les plus argentées du Rio de la Plata, le communiqué avoue agir par rétorsion : lors de la désignation de Michel Chevrolet par le PDC, en mars 2010, la gauche avait exigé que le Forcené de la Pampa quitte séance tenante (bonjour, M. Pardo !) ses activités télévisuelles.

     

    Je vous l’avais dit : avec cette campagne-là, on ne va pas s’ennuyer.

     

    Putain, encore six mois. Six mois seulement !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Bravo Barthassat !

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    Sur le vif - Et en affichant mes papiers - Mardi 14.09.10 - 12.32h

     

    En acceptant, tout à l’heure, par 23 voix contre 20, la motion du conseiller national Luc Barthassat (PDC, GE) sur l’accès des sans-papiers à l’apprentissage, le Conseil des Etats, Chambres réputée conservatrice, donne un signal d’intelligence et d’humanité dans un dossier où la ductilité doit s’imposer. Que ce signe intervienne quelques jours après l’heureuse issue de l’affaire Selimi, à Genève, est intéressant.

     

    Il ne s’agit en aucun cas d’une régularisation générale. Ni que la Suisse doive porter « toute la misère du monde ». Simplement ne pas fermer toute porte d’espoir à des êtres qui ont la vie devant eux. A la fois ferme sur les principes et souple dans l’application lorsque la dignité humaine est en jeu, le PDC (fort bien représenté à la Chambres des cantons, l’une des clefs de ce vote) a permis, en l’espèce, de « trouver une solution », expression détestablement à la mode, mais qui là, sonne bien. Parce qu’une issue, de temps à autre, en politique, ça n’est quand même pas si mal.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Boris Drahusak, Sami Kanaan et la vie éternelle des écuries

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    Sur le vif - Entre les cris de l'âne et les soupirs du boeuf - Mardi 14.09.10 - 10.18h

     

    Naïve comme une Nativité, fraîche comme la senteur vespérale du foin, cette question : les écuries sont-elles éternelles ? L’écurie Tornare avec Sami Kanaan, l’écurie Mugny avec Boris Drahusak ne sont-elles pas en train de tenter la vieille folie humaine de se survivre à soi-même ? Avec, comme viatique, pour traverser le fleuve noir, le maire du palais ?

     

    Lorsque deux bras droits de deux magistrats sortants se retrouvent candidats à la succession de ces derniers, il y a comme un malaise dans la République. Non pas leur droit à cette postulation, aucun problème avec cela. Encore moins leurs compétences : ils connaissent la « machine » de l’intérieur.

     

    Non, le problème est ailleurs : il est dans le message donné par les assemblées des partis qui les ont portés à ces candidatures, laissant suinter qu’avec des hommes de l’intérieur, des familiers des écuries actuelles, on gardera la main sur toutes les prébendes et toutes les nominations. Le clan sera sauf. Les équipes de l’ombre pourront continuer d’opérer. On se maintiendra les mêmes obligés. Et, finalement, les castes actuelles demeureront aux affaires.

     

    L’électeur genevois pourrait bien ne pas être dupe de ces ficelles. Chez les Verts comme au PS, il existait des candidats plus populaires, ici Christian Bavarel, là Papy Moustache. Les corps intermédiaires, qu’on appelle « assemblées » (à quand des primaires ?) n’en ont pas voulu. Soit. Mais le souverain, c’est le peuple. Qui pourrait bien froncer davantage le sourcil, face au désir d’éternité des écuries, qu’on ne le soupçonne. Tout cela est plutôt bon pour MM Maudet et Chevrolet. Et pour tous ceux qui, en Ville de Genève, ne jouissent pas d’extase devant le génie gestionnaire de la gauche aux affaires.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Stauffer invité au Vatican des radicaux

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    Sur le vif - Et avec une ovine candeur - Lundi 13.09.10 - 11.43h


    C’est un peu comme si une amicale de moutons invitait le loup à venir donner une causerie, en pleine bergerie. L’Institut national genevois, qui est au radicalisme fazyste une sorte de Jérusalem céleste, convie, le mercredi 22 septembre prochain, 20h, un certain Eric Stauffer à s’exprimer sur le thème « Emploi et Sécurité » !

     

    Il faut reconnaître aux radicaux genevois (en cas de doute, j’utilise encore le pluriel), avec cette invitation, soit un sens aigu (et insoupçonné depuis 164 ans) de l’autodérision, soit une fougue extatique dans la passion du suicide, soit une tolérance qui renverrait dos à dos Paul Claudel et Madame Claude.

     

    Ce même 22 septembre, dans la matinée, se sera déroulée l’élection complémentaire au Conseil fédéral. Parlera-t-on encore, en fin de journée, au pluriel des membres radicaux de l’exécutif de la Confédération ?

     

    Singulière question, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Forcené à Genève !

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 13.09.10

     

    Il préparait son coup depuis des années, minutieusement. Il avait engrangé les munitions, multiplié les contacts, défini des cibles, avalé des hectolitres de gros rouge pour se donner du courage. Et puis, un beau jour, Michel Chevrolet, alias la Terreur de la Pampa, est passé à l’attaque, prenant tout le monde de cours. « Il a toujours une longueur d’avance », se lamentent ses adversaires, les chefs de la peau lisse.

     

    Cet été, pendant que les autres candidats dormaient, le forcené du PDC a battu la campagne, tous azimuts. Une stratégie, un but, des moyens (assez colossaux) pour y parvenir. A quoi s’ajoute ce qui fait sa nature : gaieté, bonne humeur, musique, couleur. Pourquoi diable un candidat doit-il tirer la gueule, nous culpabiliser d’être, nous donner envie de nous pendre, alors OK, vamos a la playa, et pom pom girls, et pom pom boys, et yohoho, et une bouteille de rhum !

     

    Nous voilà donc, pour une fois, face à une campagne en Technicolor. Là où d’autres, actuels directeurs de Département ou magistrats sortants, nous promettent au mieux le noir et blanc, au pire le muet. Alors, bien sûr, le forcené, ils le jalousent. De bal en carnaval, il commence à les leur briser, et il y en a encore pour six mois. Il sera élu ou non, mais avec lui l’hiver sera chaleur et lumière. Alors, merci d’avance. Et viva la pampa !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le triste scénario des frères Cohen

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    Sur le vif - Et dans l'écume et l'amertume - Vendredi 10.09.10 - 17.35h

     

    La fin du magazine « Genève Hebdo » inspire un sentiment, un seul : la colère. Contre ceux qui l’ont lancé, dans la méconnaissance totale du terrain de bataille de la presse genevoise d’aujourd’hui. Et à cause de qui plusieurs confrères et consœurs se retrouvent maintenant sans emploi. Colère, non pas d’avoir fermé cet hebdomadaire, mais, en amont, de l’avoir lancé, apparemment sans la moindre étude de marché, sans avoir sondé les innombrables mines du théâtre d’opérations. Bref, impéritie gravissime. Il sera important de déterminer, dans cette affaire, les responsabilités des uns et des autres.

     

    « Genève Hebdo » était élégant, bien présenté, agréable à lire, il n’y a rien à dire sur le travail de l’équipe rédactionnelle. Mais avec son papier glacé, ses frais de production, son prix en kiosque au-delà du dérisoire (1 franc !), son tirage à 55.000 exemplaires, il était évident, aux yeux de toute personne connaissant un peu la presse, qu’il se précipitait au casse-pipe.

     

    Le canton de Genève n’a absolument pas le réceptacle de lecteurs suffisant pour lancer une sorte d’Hebdo ou d’Illustré local. Ce bassin de réception, même la Suisse romande ne l’a pas. Et puis, plus personne, en 2010, ne lance des hebdomadaires papier. Cette aventure éditoriale était en décalage criant avec les vrais enjeux, les vrais défis, le vrai champ de concurrence de l’espace genevois aujourd’hui. Les batailles des mois à venir, très dures, vont se jouer dans le multimédia, il y faudra les meilleurs, à la fois les plus rapides, les mieux formés, les plus solides. Un hebdomadaire sur papier glacé était un défi des années 80, l’aventure d’un autre temps. Qui a voulu ce projet ? Qui a laissé monter au front de jeunes, sincères et parfois talentueux journalistes ?

     

    Au-delà du cas de « Genève-Hebdo », la situation de la presse, non seulement à Genève mais dans toute la Suisse romande (et bien au-delà), est devenue si difficile, si tendue, elle est dans une telle fièvre de mutation révolutionnaire qu’elle requiert des entrepreneurs connaissant parfaitement le terrain. La presse est un métier. Amateurs, merci de s’abstenir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Boris et Sami, les maires du palais

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    Sur le vif - Et dans la gloutonnerie du Jeûne - Jeudi 09.09.10 - 15.32h

     

    Est-ce en raison du prestigieux passé mérovingien de Genève : les maires du palais se réveillent. A l’époque, ils s’appelaient Otton, Pépin ou Carloman. Je me souviens de mon vieux bouquin d’Histoire de France, couverture orangée, milieu des années soixante, je l’ai tant aimé, et je revois comme si c’était hier les images de ces dignitaires d’Austrasie ou de Bourgogne, dont l’institutrice, prénommée Jehanne, nous disait qu’ils étaient redoutables, car « ils se prenaient parfois pour le roi ». Treize siècles plus tard, la poussière du monde est passée, mais la magie des prénoms demeure : les maires du palais, aujourd’hui, s’appellent Boris ou Sami.

     

    Il y avait aussi les grands-sénéchaux, les grands-maîtres de la maison du roi, c’étaient les permanents, ils veillaient au grain et contrôlaient l’appareil. Comme Boris et Sami. Il y avait des rois fainéants (comme chez Boris), ou de grandes figures de superbe et d’orgueil (comme chez Sami), solaires, poudroyantes. « Ils profitaient, poursuivait Jehanne, notre bonne maîtresse, des défauts du roi pour s’incruster et augmenter leur influence ». Comme Boris et Sami.

     

    Et puis, parfois, le maire du palais devenait roi lui-même. Et certains devinrent même de grands rois, détail qui ne manque pas de faire rêver Boris ou Sami, lorsque le poids des dossiers pour celui-ci, la fatigue de la décapitation pour celui-là, les auraient par mégarde entraînés dans quelque sommeil coupable, passager.

     

    Car le vrai maire du palais ne dort pas. Jamais. Il ne doit pas. Nul murmure de la Cour ne doit lui échapper. Toujours à l’affût, le magister palatii aiguise à la fois ses appétits et le couteau sacrificiel, celui qui fera jaillir le sang des rivaux, pendant que le roi sommeille (comme chez Boris), ou se mire (comme chez Sami). Les soirées d’hiver sont longues, dans les temps mérovingiens, alors on tue le temps. Et, dans la foulée, tout adversaire qui pourrait vous faire de l’ombre. On tue pour la jouissance ou pour l’extase, comme chez Boris. On tue la contre-figure trop populaire, comme chez Sami.

     

    Oui, le maire du palais doit tuer. C’est le jeu. C’est le lot des choses humaines. Je vous laisse sur cette délicieuse odeur du sang. Et m’en vais relire ce chef-d’œuvre de Kipling. Un film de John Huston, aussi, interprété avec génie par Sean Connery : « L’Homme qui voulut être roi ».

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Le scandale Billag

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    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 09.09.10

     

    67 millions d’excédent. 67 millions qui dorment, par mauvaise gestion et pitoyable gouvernance. 67 millions, notre argent. C’est le scandale Billag, du nom de la Ferme générale chargée de prélever ce qu’on appelle pudiquement « redevance », et qui n’est rien d’autre qu’un impôt déguisé pour engraisser l’audiovisuel de service public en Suisse, ce que Pascal Couchepin appelait « radio d’Etat », ou « télévision d’Etat ». Les autres, les privés, en reçoivent quelques miettes, qu’ils feraient d’ailleurs bien mieux de refuser, ce que je conseille à tous les médias, radios ou TV, pour lesquels je produis des émissions.

     

    67 millions de trop, dont on se dit tout de suite qu’ils pourraient être redistribués. Non, exclu, répond le Conseil fédéral, la loi ne le permet pas. Parlons-en, de cette loi : une usine à gaz ! L’une des machines à Tinguely les plus tordues de l’ère Moritz Leuenberger. Le résultat d’un lobby éhonté de la SSR, jusque dans les Pas perdus du Parlement, pour faire tourner à l’avantage de ses seules prébendes la nouvelle législation. A ce jeu-là, les radios et TV privées se sont fait avoir : certaines d’entre elles, toute heureuses de jouer les petits mammouths et les petites SSR, là où elles auraient dû se comporter en entreprises, avec des risques et de l’audace, se rendent compte aujourd’hui de leur erreur.

     

    La redevance radio-TV est une relique d’un autre temps. Elle est un oreiller de paresse pour le Mammouth, qui ne cesse de mendier davantage de moyens, en donnant bien peu de preuves d’esprit entrepreneurial et d’imagination pour faire mieux avec moins. Un jour ou l’autre, ce mode de perception d’Ancien Régime disparaîtra. En attendant, on peut au moins espérer la gestion la plus rigoureuse possible de la part de l’entreprise chargée de prélever les fonds. Le conseiller national Andrian Amstutz (UDC, BE) a osé monter au front en déposant une motion dans ce sens, que le Conseil fédéral s’est empressé de rejeter. On espère que d’autres parlementaires, Monsieur Prix étant maintenant intervenu, prendront le relais. Pourquoi pas dans la délégation valaisanne ? Il y a des fois, dans la vie, où il faut savoir lever la Matze. Qu’on soit de Martigny, de Vétroz ou de Savièse. Pour Nendaz, j’oublie. Pour Grimisuat, je demande à voir.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

  • Antoni Mayer gagne contre Naxoo

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    Sur le vif - Et sans codage ni cryptage - Mercredi 08.09.10 - 17.32h

     

    La presse locale ayant fait ses choux gras de l’éviction d’Antoni Mayer par Naxoo, en septembre 2009, suite à une affaire de travail au noir, on espère qu’elle ne passera pas sous silence la très belle victoire obtenue le 19 août dernier, devant le Tribunal des Prud’hommes, par cet homme d’honneur et de droiture, contre son ancien employeur. Que j’aie un mandat pour Léman Bleu et qu’il en soit le directeur éveillera bien sûr les plus vipérins des venins pour dire que je défends un ami. J’assume.

     

    Les Prud’hommes ne se prononcent pas sur l’affaire de travail au noir, pour laquelle Antoni Mayer avait été condamné à 120 jours-amendes avec sursis, pour violation de la loi sur les étrangers. Ils statuent sur les conditions du licenciement avec effet immédiat de l’ancien directeur de Naxoo, à qui le président de cette société, Michel Mattachini, reprochait notamment de ne pas l’avoir averti de sa condamnation.

     

    Eh bien Naxoo, en première instance en tout cas, perd. Et Antoni Mayer gagne. De solides indemnités devront lui être versées. Dans un document de 25 pages, les conditions du licenciement sont sérieusement remises en question, et il faut bien dire que le rôle de Pierre Maudet n’y est pas décrit sous son meilleur jour.

     

    Une victoire juridique claire et nette. Le début de réparation d’un tort moral. Reste à éclairer le rôle du politique dans cette affaire, la part de kabbale et de règlements de compte. Dans un domaine où l’intrication des pouvoirs publics, notamment la Ville de Genève, est à l’évidence excessive. Mais c’est une autre affaire.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Musa Selimi pourra rester en Suisse

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    Sur le vif - Et avec un soupir de soulagement - Mercredi 08.09.10 - 14.42h

     

    Excellente nouvelle pour tous ceux qui ont soutenu sa cause : Musa Selimi pourra rester en Suisse ! Réunis à l’instant dans à la Brasserie des Tours, à Carouge, les amis de Musa ont le cœur à la fête. L'autorisation de Berne est arrivée ce matin.

     

    Musa Selimi, Kosovar, a quarante ans. La moitié de sa vie, il l’a passée dans notre pays. Il a travaillé dans le bâtiment, puis la restauration. Il paie ses impôts et ses charges sociales. Seulement voilà : il n’a pas ses papiers. Il aurait donc dû quitter la Suisse début juillet.

     

    Musa a une épouse et deux enfants. Tous sont parfaitement intégrés dans le canton de Genève, à commencer par la ville de Carouge, où s’active depuis longtemps l’enseignante et conseillère municipale (A Gauche toute !) Henriette Stebler, en sa faveur.

     

    D’Alain Morisod à Jean-François Duchosal, en passant par l’ex-candidat socialiste Papy Moustache, ou encore son collègue du National Luc Barthassat, de nombreuses personnalités, à Genève, se mobilisent depuis des mois pour Musa.

     

    C’est une solution raisonnable et humaine qui a été trouvée. Elle n’induit pas de régularisation générale. Il fallait qu’une issue, pour Musa, fût inventée. C’est désormais chose faite. Bien au-delà du clivage droite-gauche, on ne peut que s’en féliciter. Et se sentir fier d’être Suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

    PS - Ceci est la 600ème note publiée sur ce blog depuis ses débuts, en octobre 2007. A tous, merci de votre fidélité.

     

     

     

     

     

     

     

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  • A Genève, l’Appareil engendre l’Appareil

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    Sur le vif - Et dans l'adipeuse candeur du mouvement perpétuel - Mardi 07.09.10 - 22.45h

     

    Pour succéder à Manuel Tornare, les socialistes genevois désignent Sami Kanaan, l’actuel directeur du Département Tornare en Ville de Genève. Ils sont imaginatifs et révolutionnaires, les socialistes.

     

    Pour succéder à Patrice Mugny, les Verts genevois nomment Boris Drahusak, l’actuel directeur de la Culture, chez Mugny, en Ville de Genève. Ils sont rafraîchissants, les Verts.

     

    En Ville de Genève, aussi vrai que la souffrance enfante les songes, l’Appareil engendre l’Appareil. C’est la victoire de Tinguely. Et la défaite de la politique.

     

    Pascal Décaillet

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