- Page 2

  • Copains, coquins

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 18.10.10



    Si vous voulez, à Genève, faire passer une résolution qui suinte le pacte à cinq des partis au pouvoir, il n’y a qu’une adresse : Olivier Jornot, mercenaire scribe, l’homme plus rapide que son ombre pour griffonner des projets de loi sur un bout de nappe. L’affaire du Moa l’illustre avec éclat.

    Il est clair que cette affaire pue l’argent, et la récup tellement facile de l’électorat jeune en période pré-électorale. Comme Stauffer est dans le rôle de l’attaquant et, une fois de plus, a vu juste, toute la gluante horizontalité des réseaux interpartis gouvernementaux s’est liguée contre lui. La Genève des cocktails et des copains, des passe-droits et des coquins.

    Résultat : un assemblage de fortune, patchwork, où la naïveté le dispute à l’inexpérience, avec des parfums de pampa et l’ombre de Quinte-Curce comme caution juridique. Et le pire, c’est qu’un plénum inconscient et jeuniste a fini par voter ce sommet d’opportunisme.

    Le Grand Conseil de la République et Canton de Genève ne sort pas grandi de ce vaudeville. Pierre-François Unger a eu parfaitement raison d’assumer une décision courageuse. Genève n’appartient pas au clan pro Moa. Je ne parle pas ici des jeunes, qui ont bien le droit de s’amuser le soir. Mais des politicards profiteurs qui instrumentalisent la cause. Monsieur Jornot, vous aviez mieux à faire que monter dans cette galère.

    Pascal Décaillet


    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 6 commentaires
  • « Des hommes et des dieux » : joie et lumière

    Imprimer

     


    Dimanche 17.10.10 - 20.17h

     

    « Des hommes et des dieux », de Xavier Beauvois, un film sur la lumière. Celle des montagnes de l’Atlas au petit matin ou lorsque tombe le soir, celle des chandelles, celle qui éclaire une poignée de visages d’hommes surgis de la nuit des temps. C’est l’Algérie de 1996, l’Italie de Piero della Francesca, ce sont les Pèlerins d’Emmaüs, avec leur hôte étrange, vus par Rembrandt. Un film de lumière, né de la lumière. Dans une période de l’Histoire écrasée par les ténèbres.

    56931907.jpg

     

    Visages d’hommes. Des moines. Des frères. Une toute petite communauté, quelque part dans la splendeur de l’Atlas, au pire moment des actions terroristes du GIA, et de la terrible répression de l’armée. Ils s’appellent Christian, Luc, Christophe, Célestin, Amédée, Jean-Pierre, Michel. Ils sont là, cisterciens en pays musulman, 34 ans après le départ des Français. Juste des hommes de paix, de prière et d’amour, amis des villageois que l’un d’entre eux, le médecin (Michael Lonsdale époustouflant) soigne jusqu’à s’épuiser lui-même, 150 consultations par jour.

     

    La fin, le spectateur la connaît avant le film : il sait que l’histoire raconte – à sa manière – ce qu’ont vécu les moines de Tibéhirine, assassinés. Mais ça n’est pas un film sur la mort, à peine suggérée par un cortège d’otages s’enfonçant dans la brume, jusqu’à se confondre avec elle, tout doucement. C’est un film sur la lumière de la vie. Un film sur la présence et sur l’absence (« Je parle à Dieu et n’entends plus sa réponse »). Sur l’accomplissement du destin. Le lien incroyablement fort qui peut être celui d’une petite communauté d’hommes. « Ecclésia » : l’Assemblée.

     

    Bien sûr, le chrétien ne manquera pas d’y décrypter d’évidentes scènes d’Evangile : naissance de l’Enfant au milieu d’une nuit de violence, dialogue de Frère Christian (le chef de la communauté) avec un chef du GIA (visage sublime) aux accents de lutte avec l’Ange, dernier repas, avec le vin, juste avant de vivre leur passion. Mais nous ne sommes pas un film de prosélytisme chrétien. Juste un film sur la lumière. À laquelle s’ajoute le chant : pureté de ces voix d’hommes dans la nuit, a capella, sans mystique excessive, juste l’accomplissement du rite.

     

    Accomplir le geste, la parole. Toute une vie, au demeurant sociable et fraternelle avec les villageois, ponctuée des innombrables rendez-vous de l’Ordre. Ils sont « dans le monde » et « hors du monde », et d’ailleurs le Pascal des Pensées est cité. Sur la table du supérieur (Lambert Wilson dans l’un de ses meilleurs rôles), la règle chrétienne côtoie le Coran. Ça n’est pas un film sur Dieu, mais sur les hommes. Pas sur la mort, mais sur la vie. Pas sur la nuit. Mais sur la lumière.

     

    A voir, absolument.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Salles obscures 5 commentaires
  • Genève, Verdun

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 14.10.10



    Face à toi, l’impasse. A ta gauche, sens interdit. A ta droite déviation. Sous tes roues, sous tes pas, la tranchée. Dire qu’on traverse Genève et qu’on croirait Verdun. 1916. Jonction, Coulouvrenière, avenue d’Aïre, sans parler de l’accès à Lancy. Lancy n’existe plus, Monsieur. Genève n’est plus une ville, elle est une béance, un ventre éviscéré qui s’offre à l’indifférence du ciel.

    Vous avez dit Lancy, Onex, Bernex ? Vous avez dit route des Jeunes ? Vous avez dit Cornavin ? Visez plutôt Pluton ou Jupiter, vous y serez plus vite. Bien sûr, bien sûr, on nous répète que c’est provisoire, pour la cause du bien, celle du tram, les lendemains électriques qui chantent.

    Certes. Mais le pékin moyen, coincé comme un vulgaire poilu entre la tranchée et le boyau bouché, dans la sublime poussière des marteaux-piqueurs et la pataphysique extase du temps passé à s’emmerder au volant, il se dit que peut-être, en très haut lieu, on aurait pu rationaliser un peu mieux l’exercice, non ?

    Ah, mais c’est qu’il devient acariâtre, le pékin ! Atrabilaire. On lui offre l’immobilité, et voilà qu’il ronchonne encore ! Il croit quoi ? Qu’une route, c’est fait pour rouler ? Un chemin, pour cheminer ? Le point A, pour s’emmouracher du point B ? Allez, adieu Euclide, adieu mouvement. Le must, today in Geneva, c’est le point mort.

    Pascal Décaillet





    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 6 commentaires
  • « On n’est pas à Moscou, M. Sommaruga ! »

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 10.10.10 - 18.49h

     

    Opposé à l’instant à Oskar Freysinger, sur la RSR, le socialiste genevois Carlo Sommaruga vient de rivaliser avec la philosophe Marie-Claire Caloz-Tschopp (voir nos textes précédents) dans l’art de l’auto-goal. Le 28 novembre prochain, le peuple suisse, seul souverain dans notre pays, se prononcera sur l’initiative de l’UDC concernant le renvoi de criminels étrangers. Ainsi que sur le contre-projet.

     

    L’initiative a obtenu largement assez de signatures, elle a été déclarée recevable par le parlement, il s’agit maintenant qu’il y ait campagne et que, fin novembre, comme c’est l’usage dans nos institutions, le peuple tranche. Cette campagne, il faut évidemment qu’elle soit politique, que les forces antagonistes s’affrontent, c’est cela la démocratie.

     

    Las, vu comme cela, c’était trop simple : alors, revoilà, comme chaque fois, la clique et la cléricature des juristes. Leur dernière trouvaille ? Venir nous annoncer, à ce stade du débat, clairement dans l’arène citoyenne, que l’initiative torpillerait le droit européen parce qu’elle serait contraire aux accords de libre-échange. Concrètement, Messieurs les juristes, ça veut dire quoi ? Qu’on arrête la campagne et qu’on va se coucher ? Ou qu’on laisse voter, et qu’en cas (bien probable) de victoire du texte, on annule tout ? Dans les deux cas, déni total de démocratie. Le seul fait de tenir ce genre de discours apporte des voix supplémentaires à l’UDC.

     

    Et puis, la démocratie n’est pas affaire de juristes. Mais de citoyens. Chaque voix, le jour du vote, a le même poids, que le votant soit riche ou pauvre, clerc ou inculte, fin connaisseur des lois ou non. Sinon, c’est le suffrage censitaire. En fonction du revenu. Ou du diplôme. Le peuple suisse, donc les auditeurs du débat qui vient de se terminer à la RSR, n’en est pas dupe. Il déteste qu’on lui confisque les débats au profit d’une Nomenklatura qui déciderait à sa place. Ce qu’à un moment assez chaud de l’entretien, le très imagé Oskar Freysinger a résumé par une expression tirée de notre jeunesse sous la guerre froide, mais aussi de quelques pages un peu folles de Gogol : « On n’est pas à Moscou, M. Sommaruga ! ».

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires
  • Etrange majorité autour d'un mandat pour Tobias Schnebli

    Imprimer

     

    NEWS DECAPROD - Dimanche 10.10.10 - 09.02h



    La séance du 1er septembre 2010 du Conseil administratif de la Ville de Genève a été houleuse. Il s’est agi, pour le collège, de procéder à une nouvelle votation sur une décision prise le mercredi 28 juillet 2010. Nouvelle votation, à la demande de l’un des membres, absent lors de la première décision. L’objet du litige : un crédit de CHF 20'000 à Tobias Schnebli, figure connue de l’extrême gauche genevoise, notamment du GSSA et du Collectif Urgence Palestine, dans le cadre d’une « étude sur la Genève internationale », liée aux 60 ans des Conventions de Genève.

    Lors de la séance du 1er septembre, la décision du 28 juillet a été confirmée. Mais la structure de ce vote est très intéressante, comme le détaille le PV que l’AGENCE DECAPROD a pu se procurer.

    Pour le mandat de CHF 20'000 à Tobias Schnebli

    * Rémy Pagani (Solidarités)
    * Patrice Mugny (Verts)
    * Pierre Maudet (Radical)


    Contre le mandat de CHF 20'000 à Tobias Schnebli

    * Manuel Tornare (PS)
    * Sandrine Salerno (PS)

    Nous laissons à la sagacité de chaque lecteur la délicieuse mission de chercher l'intrus...

     

    Pascal Décaillet

    Lien permanent Catégories : NEWS AGENCE DECAPROD 4 commentaires
  • Procès BCGe: quel François Longchamp a parlé?

    Imprimer

     

    Sur le vif – Samedi 09.10.10 – 19.05h

     

    Les grands airs de chevalier blanc et de justicier arborés hier par François Longchamp, devant la Cour correctionnelle chargée de juger les anciens dirigeants de la Banque Cantonale de Genève, appellent quelques remarques et quelques bémols. En tout cas par rapport aux comptes-rendus bien obédients que nous proposent ce matin le Temps et la Tribune de Genève. Obédients, oui, face au grand oral manifestement réussi du président du Conseil d’Etat. Obédients, face à la position du gouvernement genevois. Une petite impression de Feuille d’avis officielle.

     

    Car enfin, dans cette affaire, quel est le rôle du Conseil d’Etat ? Celui de partie civile. Donc, un antagoniste parmi d’autres. Et non la voie de la vérité, ni celle de la sagesse. On ne sent pas exactement cela en lisant les articles, ce matin. Sans compter que le Conseil d’Etat (d’autres personnes, à l’époque) a sans aucun doute, lui aussi, d’écrasantes responsabilités dans la gestion de la débâcle de la banque, il y a une dizaine d’années. Cela, c’est pour François Longchamp président du Conseil d’Etat, garant de la continuité.

     

    Mais il y aussi l’homme François Longchamp. Comme le rappelle à fort juste titre Roland Rossier, dans la Tribune de Genève, l’actuel magistrat était journaliste au Temps le 9 mars 2000, lorsque l’affaire a éclaté. Il en avait même eu la primeur (magnifique coup, d’ailleurs). Lors de la conférence de presse du 10 mars, Dominique Ducret, président démissionné, lui lance : « Monsieur, vous avez ruiné ma carrière ! ». Cet antécédent étant ce qu’il est, n’eût-il pas été préférable que le président du Conseil d’Etat, hier, se récusât au profit, par exemple, du vice-président, Mark Muller ?

     

    Et puis, en régime de séparation de pouvoirs, il est tout de même assez singulier de voir le chef d’un exécutif accabler la défense, dans un procès, et lui nier des droits de recours parfaitement prévus par la procédure : « Le but était qu’on en arrive à la prescription. Et les incidents de ces derniers jours visaient à empêcher l’Etat de venir au procès. Cela est intolérable pour le conseiller d’Etat que je suis ! ». A-t-on souvent vu des hommes en déposition aller aussi loin dans l’analyse des fonctionnements internes d’une Cour ? François Longchamp n’a-t-il pas, très habilement, hier, joué l’oscillation entre sa casquette de partie civile et la majesté de sa position de chef d’exécutif ?

     

    Reste tout ce qui ne sera jamais démontrable, les sources du « journaliste » François Lonchamp le 9 mars 2000, les règlements de comptes politiques (disons internes à l’Entente) autour de la BCGe. Et mille autres choses qui m’amènent à ne pas partager immédiatement la pâmoison de certaines de mes consœurs devant le numéro d’hier. En toutes choses, ne faut-il pas établir qui parle, avec quels intérêts, quel passé, quelle équation personnelle au problème? Non pour l’accabler. Mais pour comprendre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • Pleurer, gémir…

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 07.10.10

     

    Avec René Longet et Cyril Mizrahi dans ses plus hautes instances, le parti socialiste genevois n’est plus un organe de combat, mais un chœur de pleureuses. L’arène politique, un cimetière antique, avec de sublimes femmes en noir sous le soleil, et des cris de détresse dans le désert.

     

    Les décisions de la Constituante déplaisent ? Qu’on la dissolve, dixit Longet. Les membres de l’Assemblée, légitimement élus ? Qu’ils mourussent ! René Longet vient d’inventer une nouvelle méthode politique : la résistance par la gomme. L’évacuation du problème par la cuvette des toilettes. La larme atomique, à la première contrariété.

     

    Non seulement cette position, en logique républicaine, est indéfendable, mais elle s’accompagne, chez nos duettistes de la folle complainte, d’infinies variations sur le monde du gémissement : il y a celui qui geint et celui qui sanglote, il y a les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

     

    Longet, la fée. Mizrahi, la sainte. Ils sont venus nous dire qu’ils s’en allaient, et leurs propres larmes n’y pourraient rien changer. Alors, dans le désert, ils pleurent. Et la vie, elle, continue. Parce que, comme le disait si bien Mouloudji, « Faut vivre ! ».

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 7 commentaires
  • La philosophe et la passion du suicide

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 06.10.10 - 08.21h

     

    Le philosophe doit-il à tout prix s’occuper de politique ? La question est vieille comme la philosophie, vieille comme la politique, qui sont d’ailleurs nées ensemble, quelque part dans l’Athènes des cinquième et quatrième siècles avant Jésus Christ, avec ces textes de Platon, puis d’Aristote qui nous illuminent tant, encore aujourd’hui.

     

    La question mérite d’ailleurs d’être affinée. Il faudrait demander : « Le philosophe, lorsqu’il se mêle de politique, doit-il garder la pureté cristalline de son approche ? ». C’est à cela que beaucoup de Suisses romands ont dû penser, il y a un instant, en écoutant la philosophe Marie-Claire Caloz-Tschopp répondre aux questions de mon confrère Simon Matthey-Doret sur l’initiative UDC du 28 novembre prochain concernant l’expulsion des criminels étrangers.

     

    Car hélas, aussi brillante soit Mme Caloz-Tschopp, aussi puissante et fraternelle sa prise de parole (oui, une qualité de langage qui détonne en Suisse romande), sa fuite continuelle du sujet au profit de grands principes ne pourra, à son corps défendant, qu’alimenter la partie adverse.

     

    En refusant d’empoigner le thème précis sur lequel le peuple suisse devra bien se prononcer le 28 novembre (une initiative et un contre-projet), en bottant constamment en touche sur les vrais « grands criminels qui font peur, les banquiers », l’éminente philosophe nous a délivré une véritable caricature, un sommet de déni. Elle a, clairement, donné des points à l’UDC.

     

    Ça n’est pas que les Suisses adorent les banquiers, surtout par les temps qui courent et après les excès du capitalisme financier. Mais il se trouve que la question sécuritaire, au jour le jour, notamment en milieu urbain, existe. Il ne s’agit certes pas de l’exacerber. Mais pas, non plus, de la nier, avec cette détestable et méprisante notion de « sentiment d’insécurité » que nous sort la gauche depuis des années. Allez dire à quelqu’un qui s’est fait agresser : « Ca n’est qu’un sentiment subjectif, mon ami, rien de grave ».

     

    En résumé, une grande voix, ce matin, quelque chose de très fort dans l’incandescence du verbe, mais une fausse route. Car les questions du 28 novembre, il faudra bien les traiter. Ne les prendre que de haut, avec cette altitude dégagée de l’intellectuel, pourrait bien réserver aux adversaires la même surprise qu’avec les minarets. Oui, Madame la philosophe, dans une interview radio comme dans une dissertation de votre discipline, la première des choses à faire est de traiter le sujet. La marge, c’est bien. La page, c’est mieux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires
  • MM Longet et Mizrahi, l'adieu aux larmes

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 05.10.10 - 15.39h

     

    Avec MM Longet et Mizrahi, l’actuelle direction du parti socialiste genevois fait davantage songer à un chœur de pleureuses antiques qu’à une équipe qui veut gagner. Dans l’affaire de la Constituante, j’ai lu avec intérêt la réponse de M. Mizrahi à mes précédents blogs, et n’y trouve hélas que la confirmation de ce ton plaintif et victimaire dans lequel cette famille politique, qui fut naguère celle de Chavanne et du Grobet des grands jours, se complaît aujourd’hui. Je parle bien ici de l’actuelle direction du parti, et non des militants, ni des élus.

     

    MM Longet et Mizrahi, hommes au demeurant respectables, ne se comportent pas, en l’espèce, de façon républicaine. En République, on respecte les majorités, aussi malsaines soient-elles, comme a pu l’être l’alliance UDC-PS qui vient de jeter aux orties, à Berne, la 11ème révision de l’AVS. En République, on laisse travailler une Assemblée démocratiquement élue, quitte à lui renvoyer sa copie un certain dimanche de votation populaire. En République, on cherche à obtenir des majorités, on s’incline lorsqu’on perd, on ne vient pas parler de dissolution dès que ça vous dérange.

     

    Sur un point, je suis en accord total avec M. Mizrahi : « La seule majorité qui compte en démocratie est celle du peuple », écrit-il dans son éloge lacrymal de la défaite. Oui, celle du peuple. Le peuple, qui dira oui ou non à la Constituante. Lui seul aura le droit de trancher. Et non quelque censeur aux buissons de rose, perdu dans l’extase des larmes et la sainte jouissance de l’adieu.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • La Constituante et l’Empire du Bien

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 05.10.10 - 08.59h

     

    Le vrai drame de ceux qui veulent arrêter la Constituante parce que les résultats intermédiaires ne leur plaisent pas, c’est leur acte de foi, dogmatique, dans l’avènement de l’Empire du Bien. Il faudrait que toute Charte fondamentale, à tout prix, entonne la liturgie incantatoire de tout un fatras de « droits », droit au logement, droit des fonctionnaires à être députés, droit à ceci, droit à cela, univers où le citoyen serait remplacé par l’ayant-droit. On pourrait se réveiller, heureux, en fin de matinée, en bêlant : « J’ai droit à ma grasse matinée ! ».

     

    Ils croient aussi, ces gens-là, René Longet en tête, que tous les futurs matins du monde seront nécessairement chanteurs, et de ce chant-là qu’ils ont rêvé, parce qu’il serait inéluctable. Leur catéchisme, c’est le progrès, enfin leur définition du progrès, celle de leur chapelle à eux. Et comme ce progrès DOIT advenir, sous le seul prétexte qu’ils l’ont annoncé, rien ne doit s’y opposer, même pas ce petit obstacle passager qui s’appelle démocratie, majorité d’une Assemblée souverainement élue pour accoucher d’un projet.

     

    Ce qu’ils refusent de voir, ces gens-là, René Longet en tête, c’est que la société suisse a profondément changé. Et même aussi la société genevoise. Et que les fameux lendemains qui chantent pourraient bien s’avérer beaucoup plus conservateurs qu’ils ne l’imaginent. Ils peuvent hausser les épaules tant qu’ils veulent, se dire que les 29% de l’UDC aux élections fédérales d’octobre 2007 ne sont qu’une parenthèse, et que tout rentrera dans l’ordre, LEUR ORDRE A EUX.

     

    Ils peuvent se dire cela, si ça les rassure, ou encore que les 17% du MCG, le 11 octobre 2009 à Genève, ne seraient qu’un accident passager. Que la victoire de la droite, ce même jour, serait purement fortuite et provisoire. Ils se ferment tant les yeux qu’ils ne voient pas le succès probable de l’initiative de l’UDC du 28 novembre prochain. Pendant que certains font de la politique, eux font de la morale. C’est cela, le syndrome René Longet, au demeurant le meilleur des hommes.

     

    Dans un papier publié ce matin dans la Tribune de Genève, mon excellent confrère Claude Torracinta, qui défend Longet tout en voulant sauver la Constituante, appelle les membres de cette Assemblée à « revenir à des réformes raisonnables ». « Raisonnables », cela signifie conformes aux lunettes roses de René Longet ? Il y aurait donc d’un côté la Raison (Vernunft), celle des grands idéaux socialistes et du douillet confort des « droits ». Et de l’autre, la barbarie de ceux qui pensent autrement ? Barbarie, ou infidélité ? Alternance, ou mécréance ? Droit chemin, ou hérésie ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 11 commentaires
  • René Longet a un problème avec la démocratie

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 04.10.10 - 12.06h

     

    Ce matin, ma consœur Alexandra Cohen, sur Radio Cité, animait un débat entre le président du parti socialiste genevois, qui veut dissoudre la Constituante, et l’une des étoiles montantes des radicaux, Murat Julian Alder, membre de cette noble Assemblée. Débat où il se confirme clairement que M. Longet a un problème avec la démocratie, avec la notion de majorité, avec quelques principes républicains majeurs qu’il semble oublier, au profit de sa logique partisane.

     

    Ne nous étendons pas sur les vocables, comme ce sommet du gnangnan, bien gentil, bien socialiste genevois, « la Charte du vivre ensemble », qui sonne davantage comme le règlement interne d’une garderie avec moniteurs en sandales que comme le socle fondamental d’une législation.

     

    Non, analysons le fond. M. Longet, expressis verbis, se fâche que les Constituants se mettent à dos « les anti-nucléaires, les fonctionnaires, les syndicats ». Est-ce à dire qu’il soit dogmatiquement obligatoire de sauvegarder la bonne humeur de ces gens-là ? Une Constitution pour les corporatismes, M. Longet, ça n’est pas la République. Et puis quoi : que signifient ces passages contraints, ces obligations d’adhérer que viendrait dicter le chef d’un parti à 80 membres libres de nous proposer souverainement un modèle sur lequel, de toute manière, le peuple aura le dernier mot. Peut-être que le peuple refusera la Constituante. Mais ça n’est pas à M. Longet, ni à aucun d’entre nous, de venir anticiper sur ce vote final et souverain.

     

    Ailleurs, René Longet parle de respect des minorités. Que fait-il, lui, du respect le plus élémentaire en République, celui d’une majorité ? Que se passe-t-il, en fait ? La Constituante élue par le peuple se trouve être plutôt à droite. Et c’est cela qui fâche tant M. Longet. Il y aurait eu une majorité de gauche, qui aurait fait passer le droit au logement, l’interdiction définitive du nucléaire, toutes les thèses féministes du PS, M. Longet n’y aurait vu aucun inconvénient. Il aurait même applaudi des deux mains ! Donc, il y a d’un côté la Constituante du Bien, celle qui avalise la pensée socialiste (15% de l’électorat genevois), et de l’autre la Constituante du Mal, celle qui les combat.

     

    Encore plus étrange, ce reproche adressé au plénum de ne pas écouter les commissions. Mais enfin, dans toute assemblée du monde, le plénum l’emporte sur les commissions. Et, en Suisse, le peuple l’emporte sur le plénum, ce qui est très bien. M. Longet ne semble aimer la démocratie que lorsque cela l’arrange. C'est-à-dire lorsqu’elle va dans le sens des socialistes. Etrange, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 8 commentaires
  • Impair et passe

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 04.10.10

     

    Madame la Chancelière, vous êtes  bien brave de porter le chapeau dans l’affaire des funérailles de l’évêque. Monsieur Mark Muller, bien brave aussi d’affronter la presse pour d’autres, mercredi dernier. La vérité n’est pas celle qu’on nous dit : elle ne relève ni du couac, ni de l’oubli.

     

    Le lendemain de la fameuse absence, se tenait le repas de l’Association des Communes Genevoises. A cette occasion, plusieurs maires ont demandé des explications à une conseillère d’Etat. Il leur fut répondu que Genève était une République laïque, avec régime de séparation. Donc, volonté délibérée, assumée. Et non un couac.

     

    Pourquoi, en trois jours, le Conseil d’Etat est-il passé de la posture laïque revendiquée à la thèse de l’oubli ? Réponse : parce lundi, il y eut, dans ces mêmes colonnes, dénonciation. Mais aussi parce que beaucoup de téléphones, de dimanche à mercredi, ont sonné. A quoi s’ajoute, en fin de semaine, la découverte du règlement du protocole.

     

    Ce qui est gênant, c’est le manque de courage du gouvernement. La raideur laïque eût été une explication, elle n’aurait pas manqué d’allure, avec ses relents de Garde noire et de fierté hussarde. Mais la thèse de l’oubli technique manque singulièrement de dignité. Il eût été plus simple de dire : « L’évêque, on s’en fout, et ce samedi-là, il faisait si beau ».

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 3 commentaires
  • Christian Levrat a retrouvé son ancien job !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 03.10.10 - 09.22h

     

    Dans une interview accordée à mes consoeurs Ariane Dayer et Stéphanie Germanier, dans le Matin dimanche d’aujourd’hui, Christian Levrat révèle l’âme dogmatique qui est décidément sienne. Le Levrat des mauvais jours, celui qui, l’an dernier, n’hésitait pas, par exemple, à écrire directement à un ministre cantonal de l’Instruction publique pour avoir la peau d’un prof d’Uni. Ce dernier avait eu l’impudence d’écrire un texte où il ne disait pas que du bien des lendemains qui chantent. Oui, il existe un Levrat censeur.

     

    Un Levrat qui essaye de justifier l’hystérie de son attitude, lundi, sous la Coupole fédérale, parce que la répartition des Départements n’avait pas laissé aux socialistes le Département amiral où Moritz Leuenberger a pu, pendant quinze longues années, placer les siens, distribuer faveurs et prébendes. Un Levrat qui a cru judicieux de parler du Département fédéral de Justice et Police, qui fut celui de Kurt Furgler, comme d’une Ligue nationale B. Ce qu’une certaine Ruth Dreifuss, hier dans le Tages Anzeiger, qualifiait tout bonnement de stupide.

     

    Ce Levrat des mauvais jours, aujourd’hui, récidive. Il insulte la Présidente de la Confédération : « Doris Leuthard est la marchande de commerce de l’industrie nucléaire ». Il nous annonce comme apocalyptique ce qui relève, après tout, d’un débat démocratique et d’un choix de société: « Le danger, c’est la libéralisation de La Poste, la privatisation de Swisscom, le démantèlement des CFF, la construction de nouvelles centrales nucléaires ». Bref, un discours, non de chef de parti gouvernemental, mais de secrétaire central du Syndicat de la communication. Son ancien job ! Il y en a qui prennent de la hauteur. Lui, prend du plancher.

     

    Et puis, il y a cette cerise, tout au sommet de la tarte à la triple crème de la Gruyère : « C’est EconomieSuisse qui est là-derrière. Ils ont eu des contacts avec Doris Leuthard ». La revoilà, la bonne vieille théorie du complot, les revoilà, nos bonnes chaires de sociologie ou de science politique imbibées d’analyses marxisantes sur le primat du fric et les politiques (de droite) comme marionnettes.

     

    Ce serait drôle, si celui qui parle n’était autre que le syndicaliste Christian Levrat, l’homme qui doit toute sa carrière à son rôle dans les syndicats, qui respire la collusion entre appareils syndicaux et personnel politique. Il serait temps, d’ailleurs, d’avoir une fois les vrais chiffres de financement des campagnes de gauche par les syndicats. Oui, M. Levrat, cette phrase est de trop. Non seulement parce qu’elle insulte une fois de plus la Présidente de la Confédération. Mais parce qu’elle induit le retournement du miroir. Contre vous. Pour montrer votre vrai visage.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Quand René Longet atomise la démocratie

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 02.10.10 - 09.38h

     

    Président du parti socialiste genevois, René Longet accorde à mon confrère Marc Bretton, dans la Tribune de Genève de ce matin, une interview qui est un festival de pleurnicheries et une atomique démonstration de la gauche mauvaise perdante, geignarde, et surtout, une fois de plus, anti-démocratique dès que le résultat de la démocratie ne lui convient pas.

     

    Que veut René Longet ? Dissoudre la Constituante. Pourquoi ? Parce que les décisions, démocratiquement votées à la majorité, de cette Assemblée ne lui plaisent pas. Les constituants, souverainement, votent une disposition donnant à nouveau à Genève la possibilité de s’ouvrir à l’énergie nucléaire. Réponse de Longet : dissoudre la Constituante. « Toutes les digues ont lâché, déclare le patron du PSG. Après les droits sociaux, l’égalité hommes-femmes, l’éligibilité des fonctionnaires, les communes, voici le nucléaire ».

     

    Ce sont quoi, des digues qui lâchent ? Quoi d’autre, M. Longet, que la souveraine expression d’une majorité, légitimement élue par le peuple pour plancher sur la révision d’une Charte fondamentale. Oh, des digues qui lâchent, il y en aura encore beaucoup. Parce que la Genève d’aujourd’hui, au niveau cantonal, comme d’ailleurs la Suisse en général, se trouve être beaucoup plus conservatrice que les aurores aux doigts de rose dont rêve René Longet. Mais cela, le président du parti socialiste genevois ne veut pas le voir. Si une assemblée vote des dispositions de droite, alors c’est qu’elle doit être, nécessairement, une mauvaise assemblée, c’est qu’il doit y voir une anomalie quelque part. Donc, dissoudre.

     

    René Longet, Christian Levrat, c’est la gauche des gémissements et des hurlements. La gauche qui n’a jamais su perdre. Qui brandit la morale comme paravent de son inaptitude à convaincre. Qui parle au nom du bien (dont elle est seule détentrice), et n’accepte les rapports de force que lorsqu’elle est du bon côté. Dans son interview irradiée de la Tribune de Genève, René Longet parle des « pyromanes qui parient sur l’échec parce qu’ils ont peur de voir naître une Constitution centriste et progressiste ». Mais, M. Longet, au nom de quoi une Constitution devrait-elle être, par définition, centriste et progressiste ? Pourquoi diable n’aurait-elle pas le droit d’être conservatrice, si la majorité le décide ? Cela s’appelle la démocratie, non ?

     

    Au reste, M. Longet n’a pas grand souci à se faire. Si vraiment le texte final ne tient pas la route, le peuple, un certain dimanche, le refusera. Mais demander, en cours de route, parce que les inflexions du moment lui déplaisent, la dissolution de l’Assemblée, c’est bafouer la démocratie. Un exercice dans lequel la gauche suisse excelle de plus en plus. Il est vrai que l’exemple lui est donné au plus niveau, avec un président national de parti reconverti dans le rôle de pleureuse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires