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  • « L’Entente » : concerto pour la main gauche

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    Vendredi 18.03.11 - 15.15h

     

    Très intéressant, dans le débat d’hier soir, le choix des mots : François Gillet ne cesse de parler de « l’Entente ». Face à lui, Cyril Aellen ne parle que de « la droite ». L’un se cramponne à un discours cartellaire. L’autre se réfère à une philosophie politique. Riche de plus de deux siècles d’Histoire, née quelque part entre Gironde et Montagne, avec ou sans les Jacobins, l’un des piliers de l’identité républicaine.

     

    Par l’agencement même de ses syllabes, la grisâtre redondance d’une diphtongue (que les Vaudois des vignes ont au moins le goût de colorer, « Intinte »), le mot « entente » est d’une désespérante laideur. Rien de musical dans un vocable qui justement, hélas, se réfère au monde du son. Juste la triple récurrence d’un « e », deux fois avalé en nasale, finalement muet.

     

    Et puis, il y a évidemment le sens : ça rime à quoi, « s’entendre » ? Il y a un film de Kazan, éblouissant, qui s’appelle « L’Arrangement ». Il y a Faye Dunaway, Kirk Douglas, il y a les mensonges et les vérités d’une vie, et le parti qu’on a bien voulu en prendre. Ce qu’on retient, ça n’est pas la nature de leur pacte, c’est le sublime de deux visages, auxquels s’ajoute celui de Deborah Kerr.

     

    L’Entente, c’est cela, historiquement, à Genève comme un peu partout en Suisse romande : au cours des années trente, entre anciens ennemis du Sonderbund, mais aussi entre la droite patricienne et celle du cassoulet (issue, à Genève, de la magnifique révolution fazyste de Saint Gervais), on a, pour de purs motifs électoraux, cherché à « s’entendre ». Contre le communisme, par exemple. Mais aussi contre la peste brune, la vraie, celle qui venait d’Allemagne, et que certains ultras, en Suisse, relayaient.

     

    On s’est ligué contre des extrêmes. Et cette puissante coagulation du raisonnable (Vernunft) a connu de très belles heures dans les décennies prospères de l’après-guerre. Nul ne s’en plaindra. C’est une page de l’Histoire de notre pays dont il n’y a pas lieu de rougir. Et de très grands hommes d’Etat en ont surgi, de Kurt Furgler à Jean-Pascal Delamuraz, tandis que les socialistes, dans l’autre camp, donnaient au pays un homme comme Tschudi, sans doute le plus grand conseiller fédéral de l’après-guerre.

     

    Oui, pendant des décennies, on a prétendu « s’entendre ». On ne se parlait pas vraiment, mais on avançait l’argument de l’oreille, du message qui passe, sans d’ailleurs en préciser la nature. En clair, voilà déjà très longtemps que la plupart des Ententes sont des coquilles vides, des étiquettes sur du néant, tout au plus l’alibi pour se tailler, vite fait, et sans trop s’appesantir sur la cohérence idéologique, une majorité, un dimanche de vote. Et ce bric-à-brac, pendant les années de prospérité, a tenu.

     

    Aujourd’hui, le montage est vermoulu. L’écroulement, programmé. Parce que d’autres lames de fond, puissantes, sont arrivées, qu’on n’a pas voulu voir, qu’on a cachées sous le tapis, ou reléguées dans le caniveau. Sur l’ensemble de la Suisse, l’UDC blocherienne, plus de vingt ans de montée en force. À Genève, le MCG, qui s’enracine dans les communes et pulvérise les donnes politiques traditionnelles. Dans les salons, dans les cocktails, on pense régler le problème par le seul dédain incantatoire du mot « populisme ». On se dit que le cauchemar va passer, qu’un jour tout rentrera dans l’ordre ? Quel ordre ? Notre ordre à nous, celui de « l’Entente ».

     

    En s’accrochant au vocable, François Gillet défend le cartel. Il brandit l’étiquette, même si le vin est bouchonné. Il s’accroche à la machine, sans se préoccuper de ce qu’elle doit fabriquer. Face à lui, Cyril Aellen, l’homme qui restera pour avoir osé un réglage du curseur, avance une philosophie politique. La droite. Et il doit bien se dire, au fond de lui, que pour représenter « la droite », l’étiquette « Entente » apparaît de plus en plus comme archaïque. La machine est devenue une machine à perdre. Une gauche n’obtenant que 39 élus dans un Parlement municipal de 80 va sans doute, pour quatre nouvelles années, régenter l’exécutif avec quatre ministres sur cinq.

     

    Tout cela, à cause du malentendu de l’Entente. Une histoire de son devenu muet, de petite musique truffée de fausses notes. L’Entente, un concerto où finalement seule triomphera la main gauche. Le beau, le rare gâchis. Merci Messieurs.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Les radicaux enclenchent la machine à perdre

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    Sur le vif - Jeudi 17.03.11 - 17.34h

     

    Marc Moulin nous l’annonce : le président des radicaux genevois, Patrick Malek-Ashgar, prétend mettre un terme à la guerre entre libéraux et PDC, autour d’une alliance avec l’UDC : « Il ne peut y avoir élargissement de l’alliance que si les trois partis de l’Entente sont d’accord ». Donc, on ne change rien, on ne touche à rien, on fait juste comme on a toujours fait. Entre notables.

     

    Cela signifie la machine à perdre. L’élection, totalement assurée, de quatre personnes de gauche le dimanche 17 avril. Tout cela, pour avoir la certitude de faire passer Pierre Maudet. Sans risques. Sans encombre. Sans la moindre audace évolutive dans la recomposition d’une droite suisse qui doit absolument être lue au-delà de la Versoix. Et même de la Sarine. Lit-il seulement la NZZ, M. Malek-Ashgar ? Le Tages Anzeiger ? La Weltwoche ?

     

    Ce pari sur l’avenir, le libéral Cyril Aellen avait eu le courage de le poser sur la table. Sauf évolution d’ici lundi midi (dépôt des listes), la machine à perdre sera irréversible. Et la gauche municipale genevoise peut se féliciter d’avoir encore de très beaux jours devant elle.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Boris Drahusak méritait d’être connu

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    Jeudi 17.03.11 - 16.46h

     

    Les rigueurs de la vie politique ont éliminé Boris Drahusak de la course à l’élection. Pour l’avoir fréquenté à de nombreuses reprises dans des débats radio ou TV, j’ai appris à connaître un homme soucieux du bien public. Des enjeux urbains, il a une idée très précise, toujours documentée. Une compétence, c’est sûr.

     

    Ce qui a pu faire la différence en sa défaveur tient justement, par paradoxe, à ses qualités : l’extrême précision de son discours aboutit trop souvent à un langage de type technocrate. On ne parle pas au grand public comme dans une soutenance de thèse à Paris III.

     

    Combien de grands commis en ont-ils fait les frais ? Ministre de l’Agriculture, Michel Rocard, pourtant l’une des plus solides compétences de France, plongeait ses auditoires dans de profonds sommeils, avec d’interminables discours sur les quotas laitiers. Pendant ce temps, François Mitterrand nous enchantait d’un verbe toujours simple, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». Il était l’homme du suffrage universel, Rocard, celui des conférences et des cabinets.

     

    Grand commis ou ministre, ce sont deux discours, deux postures rhétoriques radicalement différentes. Certains secrétaires généraux se prennent pour des élus du peuple. Certains ministres peinent à sortir de leur peau de chef d’état-major d’une administration.

     

    Boris Drahusak a eu le courage de se lancer. Je lui souhaite sincèrement de continuer à faire profiter Genève de son expérience.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Esther Alder, la force tranquille

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    Sur le vif - Jeudi 17.03.11 - 15.50h

     

    Au milieu du tintamarre, elle avance en silence. Calme, souriante, d’un contact très agréable, la candidate Verte Esther Alder m’impressionne depuis le début de la campagne. Elle vient d’un autre monde. Mais sans doute son monde à elle est-il le vrai. Le plus solide qui soit. Le plus fiable. Cela porte un nom dont tous, aujourd’hui, se réclament, mais qui, dans son trajet de vie à elle, sonne juste : le terrain.

     

    La campagne Alder, c’est l’anti-Facebook. L’anti-virtuel. Le contraire des faux beaux jours (ah, Verlaine, quel poème !) et des faux amis. L’antipode des copinages sirupeux de cocktails. Ce qui m’impressionne chez cette dame que je connais peu, c’est qu’elle va son chemin, et qu’elle creuse son sillon. A son rythme. Et que rien, mais vraiment rien, en tout cas pas le cliquetis du monde, ni l’air du temps, ni le fatras, le fracas du mondain, ne l’empêcheront d’aller où elle va.

     

    Dans le dilemme du visible et de l’invisible, elle a fait son choix. Quand elle parle, rien d’opaque, juste le souci des gens. Au-delà de son parti, de ses options, de son camp, Esther Alder pourrait bien jouer, dans les années qui viennent, un rôle précieux dans la vie républicaine à Genève.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Pierre Maudet veut bien de l'UDC - Comme laquais

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    Sur le vif - Jeudi 17.03.11 - 12.03h

     

    Pierre Maudet ne manque pas d’air. Invité hier soir à l’assemblée des libéraux (qui ont décidé, à une nette majorité, de s’allier à l’UDC), le radical a « laissé la porte ouverte à un accord électoral » (Marc Moulin, TG), à condition que l’UDC renonce à envoyer un candidat au front !

     

    Autrement dit, Pierre Maudet veut bien les voix de l’UDC, le soutien de l’UDC, l’apport électoral de l’UDC. Mais il ne veut surtout souiller l’affiche de l’Entente avec aucun visage de l’UDC. Ni celui de M. Bertinat, ni celui de M. Nidegger. Non, Pierre Maudet ne manque pas d’air. On peut même diagnostiquer une crise aiguë de suroxygénation.

     

    Une telle offre, évidemment, ira droit au panier. Et Maudet, qui est un homme intelligent, le sait très bien. Car il n’est pas sûr que son calcul à lui soit la victoire de la droite, le 17 avril. Ni même le deux sur cinq. Finalement, la posture de seul élu de droite face à quatre de gauche lui convient très bien. Elle en fait le héros de son camp, dans sa superbe solitude. Et lui permet de blanchir sous le harnais municipal en attendant d’autres destins.

     

    Lorgner à gauche pour avoir des voix, Maudet sait faire. Pourquoi croyez-vous qu’il ait, ces derniers mois, multiplié les positions dissidentes à sa propre famille politique ? En matière d’armée. En matière d’Europe. Réponse : pour être l’homme de droite qu’une certaine famille de gauche, plutôt « éclairée », bobo, urbaine, aime finalement bien. Et cela, dimanche, lui a magnifiquement réussi : il détient le record d’ajouts sur d’autres listes. Quand on contemple cette réalité-là, on mesure à quel point certaines postures morales font figures de paravents.

     

    Le PDC, au moins, est clair. Il ne veut pas d’alliance avec l’UDC. C’est son droit. Les libéraux, parfaitement clairs aussi. Ils sont d’ailleurs le parti fort des négociations actuelles, avec un président décidément étonnant de lucidité et de stratégie à long terme, sans doute le meilleur président libéral depuis des années.

     

    Mais les radicaux ? Que signifie ce « oui, mais » ? Quelle incroyable arrogance vis-à-vis de l’UDC cantonale genevoise ! « On veut bien de votre aide, mais on ne veut surtout pas vous voir ». Cela s’appelle traiter les gens comme des laquais. Des écuyers. Des commis. Cela est indigne de Pierre Maudet. De la longue tradition républicaine de son parti. Un parti dont on aimerait vraiment savoir aujourd’hui qui le dirige. Et dans la noirceur de quelle officine.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Quand la Pampa exécute ses opposants

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    Sur le vif - Mercredi 16.03.11 - 10.35h

     

    Mise en scène hollywoodienne, ambiance carnavalesque, fiesta permanente : malgré tous ces supports – à quoi s’ajoute quelque menue monnaie – la campagne de Michel Chevrolet est un échec. Le groupe PDC au Municipal de Genève perd deux sièges, l’effet locomotive de l’Entente reste accroché aux butoirs de Cornavin, on a l’impression d’un immense soufflé qui retombe. Défaite cuisante, oui, en fonction de l’énormité des moyens, du tintamarre, des effets pyrotechniques mis en jeu. Tout ça, pour ça ? Dimanche soir, faute d’agrumes, la Terre était bleue comme un orage.

     

    Dans ces conditions, il y a d’abord eu, à Uni Mail, une rare faute de goût. Quand on perd, on ne pénètre pas dans l’Alma Mater avec les habituels bêlements  de supporters orangés, dont le sens critique et la compréhension des événements se situaient, dans le cas d’espèce, au-dessous de ce qu’on peut attendre d’un tifoso boutonneux de la banlieue sud de Bologne, un dimanche de pluie, au moment des tirs au but. Que M. Stauffer, vainqueur, joue ce jeu-là, oui. Que les socialistes de la Ville, remarquablement menés par leur président, Grégoire Carasso, sacrifient au rite de la distribution des roses, oui encore. Mais là, les oranges auraient au moins pu avoir la décence de se faire amères. Une défaite est une défaite.

     

    Mais tout cela n’est rien en comparaison de la petite vengeance qu’un pronunciamiento a organisée hier soir face à Didier Bonny. Ancien conseiller municipal (14 ans), ancien député, candidat, l’an dernier, à la candidature (il avait perdu, Salle du Môle, contre Michel Chevrolet), ce fidèle militant, sollicité par des journalistes (dont votre serviteur) a « débriefé », lundi, de façon assez musclée la campagne Chevrolet. Liberté de parole 100% normale au lendemain d’un scrutin. Le PDC de la Ville ne le voit pas exactement de cette manière : il engage une procédure d’exclusion contre Bonny.

     

    Je pensais que la Pampa avait un peu plus d’humour et de détachement. Je pensais, aussi, que le PDC de la Ville était une structure plurielle, et non la seule machine de propagande d’un homme. Je m’étais manifestement trompé. Mais je suis novice dans l’observation des choses politiques. Et je suis là pour apprendre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Revoici l’électrisé des Lumières

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    Sur le vif - Et le doigt sur l'interrupteur - Mardi 15.03.11 - 17.22h

     

    Un passage – assez ahurissant – hier soir, face à un excellent Pierre Veya, dans l’émission « Classe Politique », sur la TSR. Un papier, « Unsere glokale Medienwelt », dans la NZZ de ce matin : décidément, Frère Lumière, alias Roger de Weck, n’a pas l’intention de se tapir dans l’ombre. Il irradie, de partout.

     

    Et il multiplie les déclarations irrecevables. Dans le débat d’hier, pas une once d’autocritique : la SSR est le lieu du débat public, hors de ce champ-là, point de salut. Dogme repris, avec une dureté théorique confinant à la cécité, par une Géraldine Savary, conseillère aux Etats (PS, VD), d’ordinaire mieux inspirée. C’est le discours « On ne touche rien au statu quo, tout va très bien, la moindre cure d’économie de la SSR ferait immédiatement s’effondrer la Suisse ».

     

    Pire : ce matin, dans la NZZ, un article d’une haute arrogance, où le patron de la SSR, avec un paternalisme de Kermesse du Muguet, propose un partenariat avec les médias privés. Idée hallucinante, faisant fi d’un principe de concurrence que M. de Weck semble ignorer avec une patricienne persistance, et dont la conséquence ne pourrait, évidemment, être que la satellisation des « petits privés » par le Mammouth. Tout cela, sous le philistin prétexte de mieux lutter contre les géants, que sont Google et Facebook.

     

    Non, M. de Weck, les privés, qui se battent dans des conditions beaucoup plus difficiles que les vôtres, n’accepteront pas vos avances de dames-patronnesses. Ils continueront d’en baver, et c’est très bien ainsi. Décartelliser le secteur de l’audiovisuel, en Suisse, prendra sans doute des années encore. Ca n’est pas en ajoutant des gaz, fussent-ils rares, à l’Usine, ni des électrons périphériques à l’atome, qu’on y parviendra. C’est, au contraire, en renforçant le principe de concurrence. Et en produisant, chacun de son côté, la plus exigeante des qualités. Tout le monde y gagnera. A commencer par les premiers concernés : les auditeurs, ou spectateurs, ou internautes, qui nous font la confiance de bien vouloir s’intéresser à nos écrits ou émissions.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Aellen et les mauvais garçons

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    Sur le vif - Mardi 15.03.11 - 12.36h

     

    J’ai déjà relevé, en pleine affaire Mark Muller, le sang froid et la lucidité du président du parti libéral genevois, Cyril Aellen. Qualités que je ne discerne pas, en toute première lecture tout au moins,  chez nombre de ses homologues. Et qui se sont, une nouvelle fois, vérifiées ce matin, sur One FM.

     

    Dans ces heures cruciales qui suivent les dimanches électoraux (ça se calme en général dès le mercredi), d’aucuns croient briller en se contorsionnant. Nul enfant chinois, même de la plus boisée des provinces, même rompu dès l’aurore de son âge à l’acrobatie de cirque, ne les égale. Tel magistrat radical sortant, nous perdant dans l’interminable nuit d’un préambule. Tel (ex ?) candidat PDC, passé maître dans l’art du chaud et du froid, du ying et du yang, du dit et du tu, perdant le nord pour mieux tromper le sud, finalement nous aveuglant dans une immense nuée orangée, sans doute le bouquet final.

     

    Au milieu de tout cela, Cyril Aellen. Dès les premières secondes, ce matin, il lâche l’info : il veut partir au combat avec l’UDC. Le parti des mauvais garçons. Et des fières Amazone. C’est clair, simple, lisible, il sera vilipendé par les uns, applaudi par les autres, il aura au moins fait de la politique, au sens mendésien : il aura choi-si. Cyril Aellen communique bien, il prend des risques, il est courageux.

     

    Et, l’air de rien, au modeste niveau communal genevois, il entrouvre un horizon nouveau à la politique suisse. Celui d’une droite assumée, ne rougissant pas d’elle-même, ne craignant pas l’inévitable pluie de lazzis et de condamnations de ceux qui, à gauche et dans la tiédeur centriste de certaines sacristies, ne manqueront pas, sous couvert de morale, de lui faire la leçon sur Thomas, Heinrich et Klaus Mann, la fin des années 20, les années 31 et 32, le ralliement des Krupp et des grands industriels, bref le piteux discours de la main tendue au diable. Piteux, parce que l’UDC genevoise n’est pas le diable, l’UDC suisse non plus. Pitoyable, parce que ce paravent de morale tente juste de dissimuler la peur de la gauche d’avoir, une fois dans sa vie, face à soi, une droite à peu près intelligente.

     

    L’alliance se fera-t-elle ? Vu le génie de la droite genevoise, notamment municipale, à monter seule sur l’autel de l’immolation, on peut nourrir quelques doutes. Du côté de ses chers amis de l’Entente, Cyril Aellen ne trouvera qu’un très faible écho : la base PDC a toujours préféré le jaune au noir. Quant à Pierre Maudet, le corset imposé par une certaine Garde noire le contraindra à des postures qui ne sont pas nécessairement celles de son génie pragmatique intérieur. Mais c’est là le problème du parti radical genevois en général, on le retrouvera cet automne dans la course aux Etats.

     

    En ouvrant la voie, en prenant un risque, Cyril Aellen s’est montré beaucoup plus proche des fondamentaux de la droite suisse, quand on sait un peu lire au-delà de la Versoix, voire de le Sarine, que les moralistes de cabinet qui, dans l’entourage de certains ministres cantonaux, ne visent en fait que la permanence, le plus longtemps possible, de leurs prébendes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Pierre Maudet et la machine à perdre

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    Sur le vif - Lundi 14.03.11 - 11.00h

     

    Il était déjà étrange qu’avec 42 élus sur 80 au législatif de la Ville de Genève, la gauche pût régner à l’exécutif, lors de la dernière législature,  avec quatre magistrats sur cinq. Il serait hallucinant qu’elle puisse placer le même nombre d’élus à l’exécutif alors qu’elle n’aligne plus, depuis hier soir, que 39 conseillers municipaux sur 80. Ce qui s’appelle, en arithmétique comme en politique, une MI-NO-RI-TE.

     

    Hallucinant, et c’est pourtant bien ce qui risque de se passer le 17 avril. La gauche n’a rien à se reprocher, elle a bien raison de jouer son jeu. Mais la vieille, l’éternelle machine à perdre est en train de se mettre en marche du côté de l’Entente. Sous des paravents moraux, elle dissimule mal l’ambition d’un homme de vaincre en solo : Pierre Maudet.

     

    L’Entente, hier, a réalisé un résultat catastrophique. Le PLR perd cinq sièges, par rapport à la somme libérale-radicale de la dernière législature. Le PDC, malgré une campagne Hollywood, en perd deux. Seule, l’Entente court dans les eaux glacées de la Bérézina. Au mieux, elle pourrait placer Maudet, Punkt Schluss, et c’est d’ailleurs le calcul du radical, qui doit rêver intérieurement de demeurer dans sa superbe solitude, au fond bien confortable, de ces quatre dernières années.

     

    Il existe, pour l’Entente, une chance de placer, disons, au moins deux personnes. C’est de jouer la droite élargie, seule et unique recette de succès. En clair, pratiquer, à droite, exactement les mêmes alliances que socialistes et Verts n’ont, eux, jamais hésité à sceller avec la gauche de la gauche. Michel Chevrolet et Florence Kraft-Babel sont ouverts à cette hypothèse. Pierre Maudet, en complicité avec les obédiences de quelque cabinet noir de son parti, s’y refuse obstinément. C’est la machine à perdre. Aujourd’hui, pour le gouvernement de la Ville de Genève. Le 23 octobre, pour le Conseil des Etats.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Vive la politique

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 14.03.11

     

    Depuis hier après-midi, voire tard dans la soirée, ils sont un peu plus de mille, dans les 45 communes du canton, qui vont siéger, pour quatre ans, dans des législatifs communaux. Dans cette chronique, je veux leur rendre hommage. A eux, mais aussi aux candidats non-élus, mais qui se sont battus.

     

    Hommage, parce que la politique, c’est la vie. Et ça n’est pas toujours drôle, et ce sont d’interminables soirées à siéger, sur des sujets souvent austères, mais qui concernent le bien commun. Rien de plus détestable que le rejet du politique, au nom du prétendu primat de l’économie, ou sous le pitoyable slogan du « tous pourris ».

     

    Rien de moins défendable que l’abstention : les trois citoyens sur cinq qui n’ont pas voté n’auront strictement aucun droit à se plaindre, dans les quatre ans qui viennent. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’on n’est pas informé : les journaux (dont la Tribune de Genève), ont multiplié les pages électorales, les radios et TV, privées notamment, comme Radio Cité, One FM, Léman Bleu et d’autres encore, n’ont jamais organisé autant de débats que cette année.

     

    Ceux qui sont fatigués de la politique, eh bien qu’ils aillent dormir. De gauche ou de droite, hommes ou femmes, plus de mille élus communaux vont empoigner les dossiers. Bravo à eux de s’engager, et surtout merci.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Dans un trou de verdure, le corps d’un ministre

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    Notes de lecture - Samedi 12.03.11 - 19.24h9782359490237-dormeur-du-val-le.jpg


     

    Robert Boulin a-t-il été assassiné ? Si oui, pourquoi, et par qui ? Depuis plus de trente ans, la question est ouverte, les thèses s’entrechoquent. Un livre, après plusieurs autres, relance l’affaire. Écrit par la fille du défunt, Fabienne Boulin Burgeat. J’ai commencé à le lire hier soir, ne l’ai guère lâché des mains. C’est un livre qui se lit d’un coup. Il est quasiment impossible de s’y arracher.

     

    Le 30 octobre 1979, le présentateur du Midi d’Antenne 2, Patrick Lecocq, lance une édition spéciale en nous annonçant la mort de Robert Boulin, 59 ans, ministre en exercice, du Travail, dans le gouvernement de Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Un très grand commis de l’Etat, député et maire de Libourne (Gironde) depuis 1959, ministre presque sans interruption de 1961 à sa mort, il avait d’ailleurs battu le record de longévité de Colbert.

     

    Comme hypothèse prépondérante, Lecocq – et toute la presse française avec lui – avance, à chaud, la thèse du suicide : Boulin devait se défendre dans une affaire dite des « terrains de Ramatuelle », il aurait mis fin à ses jours pour question d’honneur et de calomnie. C’était la version officielle, je me souviens l’avoir prise, à l’époque, pour argent comptant, comme des millions de gens. Cette édition spéciale du Midi d’Antenne 2, vous pouvez la visionner, sur les archives de l’INA.

     

    Et d’ailleurs, Fabienne Boulin Burgeat, la fille du ministre, et son frère veulent y croire, les premiers temps, à cette thèse, contrairement à leur mère, intimement persuadée, dès le début, que son mari a été assassiné. Ça n’est que plus tard que le frère et la sœur, face à l’éloquence d’indices accumulés, se convertiront et, dès lors, mettront toute leur énergie à faire valoir la piste de l’assassinat. C’est cela que raconte le livre, 316 pages, avec une incroyable puissance de détails sur les expertises, les contre-expertises, les autopsies, les exhumations, les incohérences de la version officielle, manifestement agréée (s ce n’est dictée) en très haut lieu.

     

    Robert Boulin a-t-il été assassiné ? À lire le récit de sa fille, tout porte à le croire. Innombrables sont les entraves « qu’on » a jetées, en trente ans, sur le chemin de la vérité. Preuves qui disparaissent, menaces si on s’intéresse de trop près à l’affaire, pressions de toutes sortes. Si oui, par qui ? À partir de là, tout est possible. En aurait-il trop su sur le financement des partis politiques, par exemple du sien, le RPR ? Détenait-il des informations, des bombes sur les réseaux d’Elf, ou ceux de Jacques Foccart, le redoutable « Monsieur Afrique » du gaullisme ?

     

    Autre piste, la politique pure. Boulin était très apprécié de Giscard (qui venait, quelques semaines plus tôt, de lui rendre un vibrant hommage en sa ville de Libourne), il était pressenti pour succéder à Barre comme Premier ministre. C’est l’époque de la guerre fratricide au sein de la droite française, menée avec une incroyable fureur par Chirac contre Giscard, dont il avait été Premier ministre de 1974 à 1976. Pour Chirac, à l’époque chef du RPR, il ne faut surtout pas qu’un RPR s’installe à Matignon : ce serait mortifère pour sa stratégie présidentielle de 1981.

     

    Certes. Mais la mort d’un homme… L’hypothèse Chirac, un peu comme Sherlock Holmes dans la première partie du « Chien des Baskerville », n’apparaît qu’une fois, dans la bouche du Garde des Sceaux de l’époque, Alain Peyrefitte : « Le grand est prêt à tout ». Juste une ellipse, page 120.

     

    En juin 2010, le procureur général de la Cour d’appel de Paris refusait de rouvrir l’enquête. Mais Fabienne Boulin Burgeat, admirable de ténacité, n’en démord pas. Quelle que soit la vérité, l’acharnement de cette femme à défendre la mémoire de son père force l’admiration. Reste, quelque part dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, le corps étrangement tuméfié du ministre du Travail en exercice de la République française. Un homme de dialogue et de partenariat social, un gaulliste social, proche de Chaban, favorable à la participation. Et qui n’était plus, ce soir.là, affalé dans son étang, que le titre de ce merveilleux poème de Rimbaud : « Le Dormeur du Val ».

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Révélation Carasso

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    Samedi 12.03.11 - 11.13h

     

    Il fait tout juste. À peine le verbe est-il un peu long, mais c’est de famille. Calme, réfléchi, intériorisant ses ébullitions, contemplant l’ennemi avec douceur pour mieux l’ajuster, le président des socialistes en Ville de Genève, Grégoire Carasso, est une révélation politique. Il ira loin. Nullement pressé, ce Don Quichotte apaisé prend le temps de construire, livre un combat après l’autre. Par exemple, la campagne de son parti pour les Municipales de demain. Sur fond de rivalité, silencieuse à l’arme blanche, avec les Verts.

     

    Grégoire Carasso, 30 ans, adjoint au rectorat de l’Université de Genève, est un homme cultivé, avec qui on peut parler Histoire contemporaine, Europe, systèmes politiques des pays qui nous entourent. Il a étudié guerres et traités, connaît le tragique de l’Histoire, parle simple et clair. Juste un peu long. Mais c’est de famille.

     

    Grégoire Carasso ne pratique pas l’assistance au suicide. Lorsqu’un adversaire, en direct sur un plateau télé, décide de mettre fin à ses jours, il le laisse tendrement couler son destin. Il le regarde se noyer, jusqu’à l’ultime ondulation, sur le bleu moiré du lac. Alain de Kalbermatten, son homologue PDC dans la campagne, lui propose, en pleine bataille et à trois jours de l’échéance, une paix séparée (très appréciée de ses collègues de l’Entente…), « pour contrer le MCG ». Avec douceur, il la repousse. La Chapelle Sixtine s’écroule, il demeure de marbre. Vivre et laisser mourir, l’une des clefs de la survie politique.

     

    Dans le même débat, interrogé sur la différence de vitalité entre les socialistes de la Ville et ceux du Canton, non seulement il confirme, mais enfonce. Exécute. Le tout sans la moindre voyelle de violence, chaque syllabe sur le même ton que l’autre, la petite musique de la sentence, juste déclinée. « Il faudra qu’après ces élections, nous en tirions les conséquences ». Le meurtre, en silence, douillet comme un oreiller de plumes. La mort blanche. Le talent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • DSK, le candidat des clercs

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    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 11.03.11



    Grand patron du FMI, à Washington, Dominique Strauss-Kahn est à coup sûr un homme brillant, un grand commis, compétent en économie, un calibre. Cela en fait-il, pour autant, le super-favori à la présidentielle dont on ne cesse de nous parler ? Et, d’abord, ce « on », qui est-ce ? Réponse : une certaine cléricature médiatique, toujours la même, qui a autoproclamé, depuis des années, que le jour venu, cet expatrié reviendrait comme un Prince charmant, serait automatiquement adoubé par son parti, puis par le peuple de France, deviendrait président sans même avoir à être candidat. Une sorte de loi naturelle, inéluctable.

    Oui, DSK est le candidat des médias. Tout comme, il y a seize ans, Jacques Delors, président de la Commission européenne, le Français de Bruxelles, était donné gagnant, par un incroyable mouvement moutonnier des éditorialistes, pour la succession de François Mitterrand. La réalité, on la connaît : non seulement Delors ne fut pas président, mais… il ne fut même pas candidat ! Ca n’est qu’à la fin d’un interminable entretien avec Anne Sinclair qu’il devait confesser, « tout bien pesé », ne pas partir au combat. François Mitterrand, cinquante ans d’une vie politique d’exception, avait d’ailleurs déclaré, quelques mois plus tôt : « Delors ? Il voudrait bien être président, mais il ne veut pas être candidat ».

    DSK, à la vérité, réunit pas mal d’indices contre lui, quand on sait un peu lire les fondamentaux de la Cinquième République. D’abord, cette désagréable (et finalement assez hautaine) propension à se faire désirer, attendre qu’on vienne le chercher. De Mitterrand à Chirac, ça n’est pas ainsi que les choses se passent pour gagner : il y a un moment où il faut y aller, franco, à la hussarde. Et puis, aucun candidat n’a jamais gagné sans avoir derrière soi une véritable armée. Or, pour tenir un grand parti, mieux vaut, en France comme ailleurs, ne pas trop s’être éloigné de la métropole. En France, c’est à l’interne qu’on prend des coups, des cicatrices, qu’on livre des combats : il n’est pas si sûr que l’électorat apprécie beaucoup le retour de l’enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger. Quant à la seule compétence économique, elle fait les grands secrétaires d’Etat, les ministres. Elle n’a strictement rien à voir avec l’ancestrale symbolique de l’échelon présidentiel.

    Pascal Décaillet



  • Le lien, le cœur, la patrie

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    Jeudi 10.03.11 - 13.02h

     

    Sur les sites internet de vos journaux préférés, ce matin, des braquages, encore des braquages. Souvent, on le sait, les auteurs de ces méfaits viennent de France, par exemple des fameuses banlieues lyonnaises. Nos amis français sont d’ailleurs les premiers à pâtir de leurs ravages. Bien sûr, nulle fermeture de frontière n’arrivera au risque zéro. Bien sûr, ceux qui veulent passer le pourront toujours. Bien sûr encore, le flux des pendulaires transfrontaliers, nécessaires à l’économie genevoise, ne doit pas être entravé par d’excessifs contrôles. C’est dire si la situation est difficile.

     

    Mais une chose est certaine. Genève a besoin de beaucoup plus de gardes-frontière, ces derniers doivent multiplier les signaux de leur présence, concentrer leur action sur la détection du banditisme. Surtout, il serait bon qu’une partie de la classe politique, nourrie de l’illusion, très libérale-libertaire, d’un monde sans frontières, reprenne conscience d’une réalité : entre Genève et Annemasse, nous sommes certes amis, voisins, nous nous respectons, nous échangeons des projets. Tout cela, oui. Mais nous sommes, jusqu’à nouvel ordre, deux pays différents.

     

    Très bien s’entendre avec son voisin, l’inviter chez soi, aller chez lui, s’échanger des services, ne signifie pas la confusion des terrains, ni celle des droits de propriété. Nous sommes tout proches, c’est vrai. Mais nos cultures politiques, la profondeur de nos Histoires respectives, nos choix de rattachement nationaux (1815, 1860) nous lient aussi à des matrices qui s’appellent Paris ou Berne, Lyon ou Lausanne, et qui s’appellent encore, pour faire court, des pays.

     

    Je ne sache pas, à moins d’avoir mal écouté ma radio ce matin, que ces entités-là aient été dissoutes. Ni aboli, de part et d’autre, le profond sentiment d’appartenance, également respectable à Annecy, Gex, Genève ou Nyon, à une patrie. Ce mot, peut-être, fera ricaner les bobos, les libertaires, les ultralibéraux. Il ne fait absolument pas sourire l’immense majorité des gens, souvent modestes, souvent démunis. Et dans le cœur desquels demeure, entre autres sentiments, ce lien-là, si puissant.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ringier vote l’Entente

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    Sur le vif - Mercredi 09.03.11 - 17.22h

     

    A quatre jours des Municipales genevoises, le groupe de presse Ringier ne manque pas d’afficher ses préférences. Dans l’Illustré d’aujourd’hui, un portrait du seigneur démocrate-chrétien de la Pampa. Dans l’Hebdo de demain, une grande interview du capitaine Pierre Maudet sur la fin de l’obligation de servir.

     

    Sans doute le Blick nous prépare-t-il quelque sulfureuse révélation sur la colistière de ces deux charmants messieurs.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Une nouvelle alliance se dessine à Vernier

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    Sur le vif - Lundi 07.0311 - 16.18h

     

    Deuxième commune du canton de Genève, cinquième de Suisse romande, Vernier a une vie politique passionnante. Et, il faut bien le dire, le trio exécutif le plus croquignol depuis le Concile de Nicée sur la Trinité.

     

    A six jours des Municipales, quelque chose, dans la politique verniolane, est en train de bouger. Les blogs, ici même, de Stéphane Valente et d’Antoine Bertschy laissent clairement entrevoir une contre-attaque majeure au projet de « front républicain » du libéral Pierre Ronget contre l’élu exécutif MCG Thierry Cerutti.

     

    La contre-attaque ? Un front UDC, MCG, radicaux et PDC ! Bref, toute la droite, sauf les libéraux, jugés félons pour avoir été beaucoup trop à gauche, depuis trois ans, sous l’empire de Pierre Ronget.

     

    Officiellement (blog Valente), ce front se concentrerait sur la question des citernes. D’après nos renseignements, il est loisible d’imaginer qu’il pourrait s’étendre à une véritable alliance politique, en vue du tour exécutif, le 17 avril.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Tartare pour Barbares

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    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 07.03.11

     

    Ecrivain suisse résidant dans un petit village de France, Daniel de Roulet est un peu le Don Quichotte de nos Lettres romandes, à cela près qu’il a remplacé les moulins par des chalets. Il est le Chaïm Nissim du lance-roquettes : mais chez lui, pas de centrale nucléaire. Juste des chalets.

     

    Uli Windisch a-t-il une tête de chalet ? Quelle archaïque violence barbare a-t-il réveillée chez Dany ? A en juger par la dernière édition de « Tard pour Bar », c’en était au-delà de la caricature : à peine Uli prend-il la parole que Dany le coupe. L’inquisitionne. Le met en demeure. « Êtes-vous, oui ou non, UDC, M. Windisch ? », sur le mode des commissions sénatoriales du regretté McCarthy.

     

    Caricature de procès d’intention. « On sait bien que les droits de l’homme ne sont pas votre préoccupation ». Bref, sur le mode du lance-roquets, Dany marque Uli à la culotte, mordille, griffe, égratigne. Et au fond, de façon inespérée pour le sociologue, donne raison à ses thèses sur l’intolérance d’une certaine pensée unique de gauche face à tout ce qui dévie. Uli aurait payé Dany pour tenir ce rôle, il n’en eût pas été mieux.

     

    Cela prouve deux choses. Un, qu’il urge de fédérer, quelque part, ce qui ne suinte pas l’uniformité. Deuxio, réhabiliter rapidos la seule question qui vaille, ici-bas, inspirée comme la troublante verticalité de l’alpage : « Ca va, le chalet ? ».

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Revoici Frère Lumière

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    Sur le vif - Dimanche 06.03.11 - 10.15h

     

    Il était un peu silencieux ces derniers temps, Dieu merci le revoici. Roger de Weck, alias l’allumé des Lumières, fils naturel d’Osram et Leclanché, réapparaît dans les colonnes du Matin dimanche. Une fois de plus, il nous illumine de sa connaissance. Un véritable interrupteur. En courant continu.

     

    Les Lumières, il réussit à les caser avec Gutenberg, la Réforme, les Révolutions américaine et française, le tout lié, par un jet de neutrons dont seul notre Phare a le secret, aux événements qui secouent aujourd’hui le monde arabe. Tous ces feux, pourquoi ? Juste pour ne pas répondre à une question, pourtant assez légitime, des journalistes concernant le projet de hold-up de la SSR sur les recettes publicitaires internet, alors qu’elle est déjà dûment engraissée par un impôt déguisé qui s’appelle « redevance », au reste beaucoup trop lourd. Décidément, Frère Lumière ne manque pas de culot.

     

    Ni d’aplomb, d’ailleurs. Sans étouffer son propos d’un monumental éclat de rire, il ose déclarer : « La SSR est l’un des radio-TV les plus efficaces d’Europe » ! Là, désolé, mais nous passons au-delà du fusible. Il n’y a plus ni puissance, ni résistance, ni loi d’Ohm. Il n’y a plus que l’obscure ténacité de la lumière. Quand, d’un coup, tombe la nuit.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Marine Le Pen : réflexions sur un sondage

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    Samedi 05.03.11 - 18.12h

     

    Marine Le Pen en tête du premier tour, à la présidentielle de 2012 ? Ca n’est évidemment qu’un sondage, autant dire pas grand-chose, quand on sait que tout se joue dans les dernières semaines, parfois les derniers jours, et qu’il reste quatorze mois.

     

    Mais tout de même. Pour les gens de ma génération (je suis né au printemps 1958, exactement au moment où de Gaulle, après douze ans d’absence, revient aux affaires), ce sondage est un choc. Pour les plus jeunes, il l’est sans doute beaucoup moins. Voici pourquoi.

     

    Je suis la politique française depuis l’âge de 7 ans et demi (présidentielle de décembre 1965). Voici pour qui j’aurais voté :

     

    * Décembre 1965 : Charles de Gaulle.

    * Juin 1969 : Georges Pompidou.

    * Mai 1974 : abstention (j’étais pour Chaban, seulement 3ème).

    * Mai 1981 : François Mitterrand.

    * Mai 1988 : François Mitterrand.

    * Mai 1995 : Jacques Chirac.

    * Mai 2002 : Jacques Chirac.

    * Mai 2007 : abstention (j’étais pour Bayrou, seulement 3ème).

     

    Rien de très original, j’en conviens, mes variations épousant celles, majoritaires, de l’électorat français du moment. Mes deux impossibilités de voter au deuxième tour concernent la droite orléaniste, que j’ai toujours détestée, et qu’incarnaient, selon moi, Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et 1981, et surtout Nicolas Sarkozy en 2007. Pour faire court (je pourrais disserter des heures sur ce sujet), la droite de l’argent, celle de Guizot et de Poincaré, au demeurant parfaitement respectable, mais qui n’est pas la mienne. Je précise enfin qu’en mai 1974, François Mitterrand n’était pas encore devenu, à mes yeux, présidentiable. Je me suis expliqué sur cette évolution (qui fut celle de toute une génération) ici même, il y a quelques mois.

     

    Dans tous ces choix, il y a des hommes de droite. Une certaine droite française, républicaine, qui m’est chère. Et il y a aussi un homme de gauche dont tout le monde sait, aujourd’hui, que sa culture, l’univers de ses lectures, son rapport à la Province le rattachaient infiniment plus à Stendhal, Chateaubriand ou même Barrès, qu’à la lutte des classes. Cet homme, François Mitterrand, a joué un rôle considérable sur la formation et l’évolution de mon rapport à la politique. Je le tiens, l’ai toujours tenu, pour une sorte de seigneur, certes dénué du moindre scrupule, mais incomparablement doué pour la ductilité de l’art politique.

     

    Dans tous ces choix, il n’y jamais eu le Front national. A cause de Vichy. A cause de l’Algérie. A cause de l’antigaullisme primaire de ses chefs. (Trois thèmes, certes, qui traversent aussi, et avec une tenace permanence, l'historiographie mitterrandienne...). A cause, aussi, des dérapages verbaux de son chef historique. « Le combat de toute ma vie », disait Chirac en 2002. 80% des Français lui ont donné raison.

     

    Mais l’eau a coulé sous les ponts. D’autres générations sont arrivées. Le charge de noirceur liée au seul nom de « Le Pen » s’est amenuisée, et jusqu’à s’évaporer en partie. A cela s’ajoute que Marine n’est pas Jean-Marie : plus modérée, plus convenable, tout en étant excellente dans les débats. Percutante. Claire. Précise.

     

    Et puis, cette très vieille loi, depuis la Révolution : l’extrême droite n’est jamais aussi forte que lorsque la droite traditionnelle est faible. Avec le quinquennat catastrophique de Nicolas Sarkozy, la leçon se vérifie. Tout cela bien pesé, une présence de Marine Le Pen au second tour fait en effet partie des scénarios possibles. Face à elle, qui ? A quatorze mois de l’échéance, je suis totalement incapable d’articuler le moindre nom.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Rançon, buvette, vérité

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    Sur le vif - Samedi 05.03.11 - 09.41h


     

    Dans l’affaire libyenne, le Grand Conseil genevois doit jouer son rôle. Quelle est la force d’un parlement ? Sa puissance, sa dignité, sa raison d’être ? C’est de contrôler l’action du gouvernement. Outils principaux: les commissions des finances et de gestion. Le contrôler, oui, même (et surtout) s’il provient de la même majorité, si les hommes à mettre en cause se trouvent être copains de buvette ou de commission, de cocktail, de revue, de football ou de Grand Théâtre. Les affinités personnelles, à Genève, ont pris une telle ampleur qu’il devient de plus en plus difficile de se souvenir que l’électorat a envoyé siéger des représentants de partis antagonistes, pas nécessairement là pour se taper sur l’épaule.

     

    Dans le volet genevois de l’affaire libyenne, rien n’est clair. Il faut voir le ton sur lequel « on » nous a parlé, en 2010. Les grands airs qu’on a pris, au plus haut niveau de ce Conseil d’Etat-là. La servilité avec laquelle on a immédiatement dirigé la foudre juridique sur ce qui gênait. L’infantilisation de l’opinion publique, avec des postures du style : « Il y a des choses que vous ne devez pas savoir, ou ne pouvez comprendre ».

     

    Aujourd’hui, on sait ce qui s’est passé à Berne. Reste à établir l’aspect genevois des événements. Comme le Conseil d’Etat ne s’empressera pas de le révéler spontanément, une bonne partie de la population apprécierait que certains élus les y poussent un peu. Par exemple, par une commission d’enquête. Laquelle, évidemment, sera refusée par la majorité si horizontalement alignée du parlement. Mais au moins, l’opposition gouvernementale aura joué son rôle.

     

    Car le drame de la buvette parlementaire n’est pas tant qu’on en vient parfois aux mains. Mais qu’on y est si copains.

     

    Pascal Décaillet

     

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