- Page 2

  • Vomissements liturgiques

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 09.05.11

     

    Avec la régularité d’une liturgie, dimanche après dimanche, Laurent Flutsch vomit sur le Pape. Sur les catholiques. Sur les évangéliques. Sur les musulmans. Sur tout phénomène de foi qui échapperait à la raison. Sa raison. La raison de Laurent Flutsch. La norme. Même pas celle des Lumières, du Compas, de l’Equerre. Non, juste la norme de Flutsch. Le dimanche. A heure fixe.

     

    Et il est fier de lui, Flutsch. Persuadé d’être un héros. Vous pensez : dégommer la foi des uns, les attaches spirituelles des autres, relève, en mai 2011, c’est connu, d’un époustouflant courage. Il risque, comme chacun sait, le bûcher. Et il rentre chez lui, le militant déguisé en humoriste, gonflé à bloc, comme un Croisé, d’avoir défendu la Raison triomphante face à l’Obscur. Qu’il puisse blesser, heurter, ne lui importe pas. Ce qui compte, c’est sa position. Celle du missionnaire.

     

    Et il reviendra, dimanche après dimanche. Prévisible comme un métronome. Sous couvert d’humour, il officiera dans sa Mission. Autour de lui, sagement, la cléricature applaudira. Toute la bien-pensance, sous l’autel de ses paroles, se prosternera. Ses amis, dans l’Ordre de la Satyre Officielle, en rajouteront. Tous, persuadés d’être des héros. La Clarté contre l’Obscur. Le jour contre la nuit. La raison contre le mythe. La raison de Flutsch. Sa raison. Seule, contre l’immonde.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent 2 commentaires
  • Tu sondes, ou tu manipules ?

    Imprimer

    Sur le vif - Dimanche 08.05.11 - 19.30h

     

    Fabuleuse SSR. Elle consacre, égosillée, toute la première demi-heure de Forum à nous prouver par A + B, sur la base d’un sondage par elle-même commandé, que l’immigration est vraiment le cadet des soucis des Suisses. Moment magique : l’un des sondeurs avoue, expressis verbis, avoir formulé les questions de façon à ne pas entrer dans le jeu de l’UDC !

     

    Il y aura, le 23 octobre prochain, un sondage assez intéressant, et grandeur nature. Il porte un nom : les élections fédérales. Il sera temps, au soir de ce dimanche-là, de constater les préoccupations des Suisses. N’en déplaise à Monsieur de Weck. Et à ses services commandés.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Le nectar, le vent, le ministre

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 08.05.11 - 15.34h

     

    Didier Burkhalter a dit « autant ».

     

    Il a osé dire « autant ».

     

    Il aurait pu ne rien dire. Ou ne pas effleurer le sujet. Ou parler de tout autre chose, la météo, la sécheresse, l’intense fraîcheur de vivre. Mais il a dit « autant ».

     

    A Chamoson, commune dont même les extra-terrestres savent qu’elle produit le meilleur vin du monde, Didier Burkhalter, s’exprimant devant le 119ème Festival des Fanfares radicales démocratiques du Centre, dans un élan de témérité aussi mortifère que dionysiaque, vient de déclarer : « Et les nectars d’ici – je dois bien l’avouer – sont de haute tenue et me plaisent autant que les produits des coteaux neuchâtelois ! ».

     

    Il a dit « autant ».

     

    Il a osé dire « autant ».

     

    Il aurait pu se taire. Disparaître. Mourir. Non. Il a préféré nous proposer la plus ahurissante corrélation depuis que le premier humain a osé la première comparaison. Et le vent, si clément, n’a même pas emporté l’insoutenable légèreté de sa parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 6 commentaires
  • Jack Lang : des fragments qui déçoivent

    Imprimer

    9782021037937.jpg

     

    Notes de lecture - Dimanche 08.05.11 - 09.22h

     

    Bien sûr, ce livre-là n’est pas « Les Chênes qu’on abat », il n’est d’ailleurs pas question qu’il le soit, est c’est tant mieux : François Mitterrand n’est pas de Gaulle, Jack Lang n’est pas Malraux, il est des collines plus inspirées que d’autres, des lieux où souffle l’esprit, des plumes habitées par la grâce, d’autres moins.

     

    Oui, le livre de Jack Lang sur Mitterrand, acheté hier midi, lu dans l’après-midi, me déçoit. En apercevant la couverture, on se dit que la conjonction de l’auteur (l’un des deux plus grands ministres français de la Culture) et de l’objet du récit doit nécessairement engendrer des étincelles. Eh bien non. Le miracle ne se produit pas. Question d’étiquette. La bouteille arbore un grand cru, la dégustation révèle un nectar honnête. Sans plus.

     

    Jack Lang fut un très grand ministre. Après la désolation culturelle des années giscardiennes, il a réveillé la vieille ambition d’Etat d’encourager les arts, a conduit de grands projets, n’avait pas son pareil pour organiser d’immenses manifestations populaires, des sortes de Fêtes de la Fédération. Son nom, dans l’Histoire, demeurera. Il fut aussi un mitterrandolâtre, le grand propagandiste coloré du régime à la rose, un metteur en scène à l’échelle de la nation. C’est le revers de la Fête révolutionnaire : le culte de l’Être suprême.

     

    Pourquoi le livre déçoit ? Parce que ces « Fragments de vie partagée » nous apprennent, au final, peu de choses nouvelles. Dans une biographie arpentée, sillonnée au plus près. Pentecôte à Solutré, parfum des pins landais de Latche, discours de Nevers sur les chiens, itinéraire initiatique dans le labyrinthe du Panthéon, tout cela, tant de fois, nous fut déjà raconté : même le lecteur le moins averti le connaît par cœur. D’un homme comme Lang, proche parmi les proches, on aurait attendu l’irruption d’une intimité plus profonde, non pour dévoiler, mais pour approcher, d’un peu plus près encore, comme face à l’énigme d’une relique, le mystère de François Mitterrand. Dans le livre, ça n’est guère le cas, et c’est dommage.

     

    Jack Lang a-t-il trop attendu ? Ou plutôt, son héros ne lui aurait-t-il, au fond, beaucoup moins livré qu’on ne l’imaginerait ? Oui, le Mitterrand de ces « Fragments » se dérobe plus qu’il ne se révèle, garde pour soi plus qu’il ne donne, reléguant le narrateur, tout prestigieux qu’il soit, au rang de spectateur d’une énigme. Vous me direz que c’est déjà beaucoup. Face au sphinx, faut-il s’attarder, ou passer son chemin ? Bonne lecture, tout de même !

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Notes de lecture 1 commentaire
  • Du PDC au néant, en voiture, SVP !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 07.05.11 - 09.18h

     

    Dans un article incroyablement profond du Matin d’aujourd’hui, l’ex-candidat PDC à la Mairie de Genève envisage de supprimer le mot « chrétien » du nom de son parti : beaucoup de jeunes ne se reconnaîtraient pas dans ce mot.

     

    Michel Chevrolet a raison. Mais il devrait aller plus loin. À quoi bon conserver le mot « démocrate »? Tout le monde aujourd’hui, Dieu merci, est démocrate. C’est comme lorsqu’on vend de belles oranges : aux orties, les mots inutiles !

     

    On peut donc, aisément, supprimer les mots « chrétien » et « démocrate ». Et conserver le seul trait d’union. On demandera à Jean-Pierre Jobin, un membre éminent du parti, un nouveau logo (pas plus cher qu’un apéro), on fera de ce trait d’union un monde en soie, on allègera tellement le bagage conceptuel du parti qu’il n’en restera – cette fois, vraiment – plus rien.

     

    Perdre du poids, c’est bien. Reste le défi suivant : apprendre à disparaître. Vaste défi. Et la promesse de plein d’articles passionnants dans le Matin.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires
  • Il y a juste trente ans, « l’homme du passif »

    Imprimer

    9782020988193FS.gif

    Notes de lecture - Jeudi 05.05.11 - 17.22h

     

    Deux hommes, face à face. Deux fauves. Deux calibres. C’était il y a, jour pour jour, trente ans. C’était Giscard face à Mitterrand, épisode 2. Leur première rencontre, sept ans auparavant, avait été gagnée par le Giscard du « Monopole du cœur ». La revanche, ce mardi 5 mai 1981, sera clairement remportée par Mitterrand. Je viens, ce matin, de visionner l’intégralité de ce duel sur le site de l’INA. Je ne l’avais plus revu depuis trente ans. C’était hier. Ma jeunesse. Printemps d’exception. Dont j’ai souvent parlé, sur ce blog. Et que je revis intérieurement, au fil de mes lectures, au fur et à mesure qu’approche l’anniversaire du 10 mai.

     

    L’occasion, comme promis, de vous dire quelques mots du livre de Moati. C’est un ouvrage attachant. Celui d’un homme qui a vécu de très près la montée en force de François Mitterrand entre 1965 (première candidature contre de Gaulle, en décembre), 1971 (la prise de pouvoir sur le parti, au congrès d’Epinay, magnifiquement raconté au chapitre 10), et la victoire du 10 mai 1981.

     

    Le débat du 5 mai, Moati le connaît d’autant mieux que c’est lui, avec quelques autres, qui en a fixé les règles. Incroyablement coercitives, d’ailleurs, des histoires de plans ce coupe, de régies, de réalisation, que Giscard, président sortant et réputé bien meilleure bête de télé que son challenger, a fini par accepter. Beaux chapitres, les 26 et suivants, qui racontent, par le menu, ce second (il n’y en aura plus d’autre) duel entre les deux hommes. Où Mitterrand a-t-il gagné, à quel moment ? Il est convenu de retenir l’estocade « Vous êtes devenu l’homme du passif », allusion à « l’homme du passé » lancé par Giscard, de dix ans le cadet, en 1974.

     

    Magnifique jeu de syllabe, c’est vrai. Mais la victoire de Mitterrand, je m’en suis rendu compte ce matin, est beaucoup plus ample, elle est continue, se confirme, devant Michèle Cotta et Jean Boissonnat (les meneurs), sur l’ensemble du débat. François Mitterrand, qui a une revanche à prendre, domine. Il surmonte son complexe d’infériorité télévisuel face à Giscard, déjoue tous les pièges, se révèle de plus en plus présidentiel alors que s’écoule le débat, gagne aux points. Nettement. Cinq jours plus tard, il l'emportera devant le peuple de France. Entrera dans l’Histoire.

     

    Tout cela, et tout son parcours aux côtés de l’homme d’Etat, Moati le raconte. Avec des moments de lumière et d’abandon, d’entourage et de solitude (comme lorsque, patron de chaîne, il devra aller rechercher Guy Lux, jeté à l’écart). Il parle aussi de lui, sa jeunesse tunisienne, ses parents trop tôt disparus, et ce livre, écrit avec un bel humour, mérite le détour. En tout cas pour tous ceux qui, comme votre serviteur, demeurent comme envoutés par la magie de cette époque. Nostalgie, non du socialisme, encore qu’il ait apporté d’indispensables réformes. Mais de cet homme d’exception, ce magicien, ce voyou génial de la politique et du verbe. François Mitterrand.

     

    Pascal Décaillet

     

    "30 ans après", par Serge Moati, Seuil, mars 2011, 330 pages.

    Lien permanent Catégories : Notes de lecture 5 commentaires
  • Le MCG et la splendeur des conversions

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 04.05.11 - 12.15h

     

    J’ai eu la chance, à l’âge de huit ans, de me rendre avec ma famille sur le chemin de Damas, en provenance de Beyrouth, via Baalbek. C’était en juillet 1966, il faisait abominablement chaud, l’autobus n’était pas conditionné, et partout, le nez collé à la vitre, dans la dévastatrice beauté de ce désert, je cherchais l’endroit où avait bien pu se dérouler la conversion du centurion Saul, pour devenir Saint Paul. Je ne l’ai, hélas, pas trouvé. Même lorsque le car a crevé un pneu, et que des Bédouins sont venus nous dire bonjour. 45 ans après, la magie caniculaire de ce voyage me fait penser, avec l’enivrante énigme d’un mirage, à l’actuel conseiller d’Etat radical à Genève.

     

    J’ai toujours été fasciné par les conversions. Celle de Claudel, le 25 décembre 1886, debout près du 2ème pilier de Notre-Dame de Paris, figure au nombre de celles qui ont le mieux habité la littérature. Dans un registre plus laïc – et sans doute un peu plus prosaïque – la conversion du magistrat précité à la préférence cantonale dépasse, en fulgurance, la longue, l’interminable martyrologie de feu, celle des saints, celle des fous, celles des miraculés, celle des illuminés, celle des stylites qui finissent assis, extatiques, sur l’extrémité d’une colonne. Il paraît même qu’ils y prennent plaisir.

     

    Mais cette conversion a une singularité : le patient la nie. Irisé, pourtant, déjà, irradié, tellement perclus de bonheur qu’il se refuse à prendre acte de la majesté du Grand Virage. Déboussolé. Plus de compas. Juste la lumière, celle qui rend aveugle. Tout s’est pourtant si bien enchaîné, précipité, en quelques jours : vendredi, dans le Temps, quelques fragments apocryphes de Saint Mark, la Bonne Nouvelle, nouveaux pôles, nouvelles frontières. Lundi, confirmation par le Conseil d’Etat de la nouvelle politique, et surtout de la nouvelle rhétorique. Ce matin, dans la Tribune de Genève, le zèle des convertis. L’Epître à Sandrine, cendre et poudre, fureur, gémonies. Nouvelles victimes, Nouvelles proies. Nouveaux repères. Retour du compas. Nouvelle géométrie, pleine d’inconnues. Aussi belles qu’une Fille de Jérusalem. Dans l’étouffante splendeur du désert.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • Un putsch se prépare en Valais

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 04.05.11

     

    Ami lecteur, l’heure est grave. Il est temps d’aller quérir le fusil d’assaut qui dort sous ton lit, de le graisser, d’entamer un mouvement de charge, et de monter la garde. Un pronunciamiento, composé du rédacteur en chef de ce journal (oui, le Nouvelliste, que tu tiens en mains), d’un Serbe fou, d’un Saviésan semi-Habsbourg et d’un peintre non-dégénéré se prépare à prendre le pouvoir en Valais. C’est en tout cas ce que j’ai lu, sous la plume d’Albertine Bourget et Xavier Filliez, dans le Temps du mercredi 20 avril. Ce quatuor diabolique se réunit tous les lundis dans un carnotzet secret, sauf les nuits de pleine lune, sous les photos des généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller. Ils portent cagoule. Ne laissent nulle trace écrite de leurs rencontres. Ne communiquent que par pigeons voyageurs, chacun de ces infortunés volatiles étant immédiatement égorgé à l’issue de son vol messager. Et dévoré par les comploteurs.

     

    Après une très longue enquête, je suis en mesure, par devoir civique et irrépressible vocation de transparence, de vous livrer ces quatre noms : il s’agit de Jean-François Fournier (pressenti comme ministre de l’Information du futur Comité de Salut public, il sera également secrétaire d’Etat au Cinéma), Slobodan Despot (il prendra le portefeuille des Affaires balkaniques), Jérôme Rudin (futur ministre de la Culture, chargé de noyauter la Fondation Gianadda, d’où émettra une radio des insurgés), ainsi que d’Oskar Freysinger, qui prendra en charge l’ensemble des autres portefeuilles gouvernementaux, avec une attention toute particulière à l’Instruction publique. Je vous demande, pour l’heure, de ne rien ébruiter de tout cela. Je l’ai lu dans le Temps. Et le Temps, c’est la Bible.

     

    Oh, n’essayez pas d’interroger ces quatre personnages. Evidemment, ils nieront. D’ailleurs, le Temps (dont j’aimerais ici rappeler la dignité de journal de référence) n’a pas perdu le sien (de temps !) à donner la parole aux conjurés : si, en plus, les journalistes devaient prendre contact avec les gens dont ils parlent, on n’en finirait jamais. Las, l’affaire est grave, « le cénacle s’est-il fixé l’ambition concertée de servir l’ultra-droite ? Pour, qui sait, propulser in fine le chef de file de l’UDC locale au Conseil d’Etat ? », se demande, avec une rare pertinence, le fils naturel du Journal de Genève et du Nouveau Quotidien, qui fait, en l’espèce, œuvre d’hygiène publique, reléguant les Catilinaires au rang d’aimable chansonnette, au moment des caresses et des préliminaires.

     

    J’aimerais ici, officiellement, rendre hommage à mes confrères du Temps. Par leur civisme, leur courage, ils nous révèlent l’un des complots les plus odieux que ce canton ait connus depuis les heures les plus noires de Catacombes. Face à ce quatuor de la nuit, il fallait que la Lumière fût. C’est désormais chose faite. Et maintenant, allez tous. La messe est dite.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Libre circulation : le PLR se réveille

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 03.05.11 - 12.38h

     

    Vendredi dernier, alors que paraissait dans le Temps le papier de Mark Muller sur la préférence cantonale en matière d’engagements, nous réagissions, sur ce blog, sous le titre « Apocryphe ou non, l’Evangile selon Saint Mark mérite le détour ». Le texte de Mark Muller annonçait la conférence de presse du Conseil d’Etat d’hier, dont beaucoup parlent ce matin. Oui, il y a inflexion d’une politique, oui il y a lieu de s’en réjouir : elle va dans le bon sens, tient compte des souffrances des chômeurs locaux, et peu importe que le gouvernement se soit inspiré des thèses du MCG, ce qui compte c’est le résultat.

     

    Mais aujourd’hui, en fin de matinée, il y a du nouveau. Le phénomène de « copié collé », spécialité absolue du PLR (par rapport à l’UDC) en politique fédérale depuis des années, se confirme avec éclat. Dans un communiqué qu’il vient de publier, ce parti, naguère champion du libre échangisme sans entraves (version libérale de la jouissance libertaire de 68), nous propose un virage à 180 degrés où il multiplie les demandes de garanties contre les abus de la libre circulation des personnes : dumping salarial, tourisme social, faux indépendants. Sans compter une mise en garde draconienne contre le risque des flux migratoires en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, dont le style pourrait être immédiatement puisé d’un service de presse de l’UDC.

     

    Last, but not least : « Il paraît illusoire de vouloir appliquer les accords de Schengen/Dublin sans renforcer le contrôle aux frontières. Le Conseil fédéral doit se rendre à Bruxelles pour exiger l’application de ces accords ». Dixit l’UDC ? Niet : le PLR !

     

    La leçon de tout cela ? Au moment où, dans les sondages (cf gfs/SSR de vendredi dernier), le PLR tutoie les abysses, voire la fosse des Mariannes, il commence à se rendre compte que le peuple suisse n’est pas insensible à un minimum de protectionnisme. Lequel ne signifie ni xénophobie, ni fermeture des frontières. Coïncidence : c’est aujourd’hui même que le Seco (Secrétariat d’Etat à l’Economie) publie le nombre impressionnant d’entreprises suisses qui ne respectent pas les normes salariales et pratiquent le dumping. Serge Gaillard, à l’instant où je termine ce billet, s’en explique au micro de David Racana, en ouverture du 1230h RSR.

     

    Bravo au PLR pour sa prise de conscience. La prochaine fois, sur un thème de son choix, peut-être pourrait-il s’arranger pour arriver en premier. Dans une autre vie ? Un autre monde ?

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires
  • Simon de Cyrène

    Imprimer

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 02.05.11

     

    Bien sûr, Rome est un cirque et ce cirque est maxime. Bien sûr, il y a l’éternité de Cinecitta, la constante mise en scène de cette ville unique, le front audacieux des palais, le grand Du Bellay en avait très vite souffert. Bien sûr, une béatification est un show, une piqûre de rappel, « de propaganda fide », trop de faste, trop de télés, c’est Kate et William version Vatican. Catholique, je préfère la sobriété de Cluny. Ou Cîteaux. Ou la solitude d’une madone, au fond d’une chapelle de montagne. En Entremont.

     

    Mais l’essentiel, hier à Rome, c’était la mémoire de cet homme-là. Dire qu’il m’a marqué est un bien faible mot. Le christianisme, non par les grands mots, mais par l’exemple. Un être seul, mais au cœur du monde, dans l’acuité de sa souffrance. Karol Wojtyla, c’était une solitude et une résistance. Un homme sur le chemin, dont les dernières années furent de croix, comme tant d’entre nous, face à la maladie, parfois l’abandon. Souffrance au cœur des souffrances. Avec elles. Juste Simon de Cyrène, qui aide à porter. C’est tout.

     

    Alors voilà, il est mort il y a six ans, et je resterai simplement fier d’avoir été, quelque part dans la masse du monde, son contemporain. Au-delà de la foi qui est chose privée, et dont je suis d’ailleurs incapable de parler, il y avait la lumière d’un exemple. Le sien. Pas la Lumière blafarde, avec un grand L. Non, juste le lumignon. Auprès de la madone. Celle qui nous sourit.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Chroniques Tribune 1 commentaire
  • Mai-juin 40, vus par Julien Gracq

    Imprimer

     

    ManucritsGuerre_gracq.jpgNotes de lecture - Dimanche 01.05.11 - 10.14h

     

    Quelque part au milieu des sept merveilles du monde, il y a la prose de Julien Gracq. Du Rivage des Syrtes à Lettrines, en passant évidemment par l’éblouissant Balcon en forêt, ceux qui aiment cet auteur se disaient qu’ils devaient être face à une œuvre achevée. C’était sans compter deux petits cahiers légués par Gracq à la Bibliothèque Nationale de France. Le récit des journées sombres de mai-juin 1940, l’effondrement de la France en six semaines, par un lieutenant de presque trente ans, Louis Poirier, affecté au 137e régiment d’infanterie de la « première armée du monde », l’armée française. Qui s’écroulera, s’évanouira, se pulvérisera en moins d’un moins et demi.

     

    Poirier, c’est Gracq. À en croire Bernhild Boie, dans l’avant-propos, ces souvenirs de guerre, jetés là, au jour le jour, sur un cahier d’écolier intitulé « Le Conquérant » ( !) n’étaient pas destinés à sortir d’un tiroir privé. Le texte commence le 10 mai 40, jour de l’attaque allemande à l’ouest, et se termine le 2 juin, lorsque le lieutenant Poirier, encerclé près de Dunkerque (dont il devait tenir la tête de pont) crie à la Wehrmacht : « Ne tirez pas. Nous nous rendons ». C’est tout.

     

    Entre ces deux dates, c’est, au fond, toute « L’Etrange Défaite », le chef-d’œuvre de Marc Bloch, que nous raconte le lieutenant. Promenée en Belgique, puis en Hollande, pour finalement confluer avec des dizaines de milliers d’hommes vers Dunkerque en déroute (tenir, à tout prix, pendant que des camarades plus chanceux embarquent vers l’Angleterre), la section Poirier se trouve constamment comme en marge, en lisière de la « vraie guerre », sans jamais la mener. Le lieutenant Poirier n’est ni héros, ni lâche : là où d’autres détalent sous le feu ennemi, il refuse le repli sans avoir reçu un ordre écrit.

     

    Il nous décrit des hommes indifférents au destin de cette guerre, un commandement empêtré dans des ordres contradictoires, une absence totale d’esprit de corps, chacun ne pensant qu’à soi, à commencer par le lieutenant. Le narrateur de ces cahiers de guerre, sensible à la météo (nous sommes au printemps, il trouve sublimes certaines régions de Hollande), nous décrit le paysage de campagne avec l’amoureuse précision de l’une des grandes passions de sa jeunesse, la géographie. Et puis, l’Allemand fascine. Parce qu’il sait, lui, où il va, il a des objectifs de guerre, se donne les moyens de les atteindre. Dans ce récit, l’armée française est toujours terrée quelque part, à attendre, la Wehrmacht toujours en mouvement. Gracq et ses hommes, littéralement, la regardent passer ! Comme s’ils étaient spectateurs de cette guerre, non acteurs.

     

    Reste la grande question : qui écrit ? Louis Poirier, Julien Gracq ? En 1940, l’ancien élève, brillantissime, du Lycée Georges-Clemenceau de Nantes est déjà entré en écriture, notamment avec Au château d’Argol, remarqué par Breton. Il faut voir, dans ces souvenirs de guerre, comme le style évolue selon que le narrateur nous décrit l’attente, ou la furie des derniers jours, lorsque la section se trouve encerclée près d’un canal, dans la région de Dunkerque, et sent l’étau allemand, par une apocalypse d’artillerie, se refermer sur elle. Saisissantes, ces pages : on y retrouve le style du Balcon en forêt, la proximité de la guerre, le chemin de lisière, qui finit par devenir présence.

     

    Sobriété du style. Phases sans verbe. À la manière d’une chronique du temps qui passe, ou d’une sorte de journal de garde, disons tenu par un factionnaire très légèrement surdoué. Ce livre est là (je viens de le lire quelque part dans le Vaucluse), on y voit la guerre et on ne la voit pas, on y entrevoit l’Allemand comme une silhouette nocturne, fugace, pressée. Le temps de la Wehrmacht est un autre temps que celui de la section Poirier. Son monde, un autre monde. L’un est celui de l’aube, l’autre se sait crépusculaire.

     

    Ce livre est là, sous vos yeux. Il ne vous tombe pas des mains. A lire, d’urgence.

     

    Pascal Décaillet

     

    *** Julien Gracq, Manuscrits de guerre, Editions José Corti, avril 2011, 246 pages.

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Notes de lecture 4 commentaires