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  • Politiquement correct ? Si seulement !

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    Sur le vif - Mardi 09.07.13 - 09.03h

     

    Qui, dans la presse romande, ose une position invitant la Suisse à ne pas transiger sur sa souveraineté ? Votre serviteur, c'est sûr, et il l'assume. Cela nous fait une personne.

    Il y aurait encore, me glisse-t-on, François Schaller, de l'Agefi. Soit. Deux personnes !

    Il y a encore Philippe Barraud, de Commentaires.com. Magnifique. Trois personnes.

    Peut-être aussi Jean-François Fournier, du Nouvelliste. Quatre personnes.

    Peut-être encore quelques-uns que j'oublie. Allez, disons six ou sept personnes.

    Sur deux-mille journalistes en Suisse romande.

    Et ces six ou sept mousquetaires, face aux deux-mille, face au lavage de cerveau du Temps, de l'Hebdo, de la Tribune de Genève, de 24 Heures, de la RTS de M. de Weck (cf l'ahurissant édtito RSR de jeudi dernier, 4 juillet 2013, hurlant l'ordre, oui l'ordre, à l'UDC et au PDC de revoir leur position sur les juges étrangers) constitueraient une majorité de nature à être qualifiée de "politiquement correcte" ?

    J'adorerais, mais hélas nous en sommes très loin.

    Le combat éditorial ne fait que commencer. Je le conduirai, pour ma part, sans faillir.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les initiatives nous dérangent ? Tant mieux !

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    Sur le vif - Lundi 08.07.13 - 15.36h

     

    Singulière posture éditoriale en page 3 de la Tribune de Genève, qui semble effrayée par le nombre croissant d’initiatives qui fleurissent dans notre démocratie. Le titre, « Bienvenue au grand bazar des initiatives populaires ! », volontairement péjoratif pour ce procédé démocratique pourtant dûment prévu par notre Constitution, laisse apparaître une connotation chaotique, ou désordonnée, une forme de dysfonctionnement de l’ordre établi. Quel ordre ? L’ordre de qui ?

     

    Il faut le dire ici, haut et fort : lancer une initiative, récolter des signatures, les déposer à la Chancellerie, puis faire campagne devant le peuple, n’a rien d’étrange, rien d’une aberration. C’est, au contraire, la sève même de notre démocratie directe, sa vitalité surgie d’en bas, la réponse des citoyens aux impérities, au manque d’écoute ou aux manquements des élus.

     

    Au final, le peuple et les cantons tranchent. Et c’est une sélection naturelle sacrément sévère qui, la plupart du temps, désavoue les initiants. Comme le rappelle la TG, sur 184 initiatives populaires présentées en votation devant le peuple, seules 20 ont été acceptées depuis 1893. Détail révélateur : entre 1949 (Retour à la démocratie directe) et 1982 (Empêcher les abus sur les prix), aucun texte d’initiative n’a passé la rampe ! Comme par hasard, les Trente Glorieuses. Les années de grande confiance envers un Conseil fédéral qui n’était, à cette époque-là, pas avare de grands hommes, le socialiste Tschudi (1959-1973) ou le PDC Kurt Furgler (1971-1986), qui comptent assurément parmi les figures majeures de l’après-guerre.

     

    Ce qui est de plus en plus pénible, dans notre presse, c’est précisément cette posture de systématique méfiance initiale, dès que vient à surgir une initiative. Comme si ça les "dérangeait" ! En cela, les commentateurs politiques, souvent basés à Berne (je connais !), se contentent au fond, par mimétisme dans l’ordre de la molasse, d’épouser l’énervement naturel des parlementaires face à l’exercice de la démocratie directe. En clair, face une redoutable rivale potentielle dans l’exercice de la fabrication de notre ordre législatif. Exemple le plus flagrant de cette connivence: le service public audiovisuel et nombre de journaux proches du pouvoir passent beaucoup plus de temps à nous informer de l'avis du Parlement sur une initiative que sur... l'intiative elle-même ! La parole est beaucoup plus donnée aux parlementaires qui la démolissent, qu'aux initiants.

     

    Que le corps des élus soit irrité par la démocratie directe, on peut le comprendre. Mais la presse ? Faut-il à tout prix qu’elle épouse la vision du pouvoir en place ? Ne devrait-elle pas être davantage à l’écoute de ce pays profond dont les initiatives et les référendums viennent si souvent nous « déranger » ? Ne pourrait-elle pas, soyons fous, anticiper l’identification des malaises ? Pour cela, il faudrait qu’elle colle un peu moins d’étiquettes sur le petit peuple des mécontents, qu’elle a tendance à traiter bien vite de « xénophobes » dès qu’il est question de réguler les flux migratoires, de « conservateurs passéistes » dès qu’est proposé au souverain un texte sur la protection d’un marais, ou d’un paysage.

     

    En cela, la page 3 de la Tribune de Genève de ce matin, au demeurant intéressante et riche de renseignements, se montre révélatrice de la profonde collusion de pensée entre la presse et le pouvoir en place, celui qui n’aime pas être « dérangé » dans le confort de ses prébendes.

     

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Que la ville soit la ville !

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    Sur le vif - Lundi 08.07.13 - 09.23h

     

    Interviewé par le Temps de ce matin, François Longchamp plaide avec raison pour un certain degré de densification dans les constructions. Également à juste titre, il défend la zone agricole. Que la ville soit la ville, que la campagne soit la campagne. L'immense majorité des gens habitent dans des appartements, c'est à eux qu'il faut penser en priorité. Je ne suis pas loin de considérer le concept de "villa individuelle" comme un peu suranné. Je pousse un peu. Mais à peine.



    L'horrible mitage du Plateau suisse, déjà entre Genève et Lausanne, mais surtout entre Fribourg et Berne, puis Berne et Zurich, avec cet habitat dispersé, mi-bourgade, mi-champêtre, est la honte de l'urbanisme - ou plutôt de la totale absence de vision d'aménagement du territoire - des quatre dernières décennies. Laideur de ces tout petits immeubles de deux ou trois étages, ou alignement de villas vicinales, perdus quelque part, étendus dans le flasque. Ni biotope naturel, ni ville, ni campagne. Rien.



    Il est vrai qu'il y a une exception: la saisissante beauté, connue de tous ceux qui prennent le train, du trajet Lausanne-Fribourg. Servie certes par des paysages hors normes. Mais où demeure encore visible l'unité du village, au milieu d'une nature sans pareil (Lavaux, Gruyère, parmi d'autres). Protégeons notre patrimoine: il est l'une de nos valeurs suisses. Notre pays, ce ne sont pas seulement des idées, un système politique, mais aussi le pays physique !  Minéral, végétal, avec ses rivières et ses fleuves, ses lacs, la qualité de ses arbres, la richesse de sa faune, le contour de ses montagnes. Plus j'avance en âge, plus j'y suis sensible. Me rendant en Valais, je ne puis apercevoir le Catogne sans une étreinte d'émotion.

     

    Le patrimoine est agricole. Mais il est aussi urbain. Comme le souligne François Longchamp dans l'interview, on a mieux construit, à Genève, à la fin du 19ème et au début du 20ème que dans les ignobles années 1960 ou 1970, avec ces cages à lapins suburbaines - voire urbaines ! - pour natifs du baby-boom et travailleurs immigrés. Avec quelques heureuses exceptions, comme les constructions du Bureau d'Architectes Honegger, auquel un ouvrage remarquable a été récemment consacré. Il se trouve précisément que ces années de belles constructions, entre 1880 et 1940 (période qui inclut le début des magnifiques réalisations de Maurice Braillard), correspondent à une époque où le souci patrimonial - avec tout ce qu'il impliquait de rapport au Heim, à la Heimat - était, chez les autorités, autrement important qu'aujourd'hui.



    Je dis "chez les autorités", parce que la population suisse, elle, chaque fois qu'elle est consultée sur des sujets de ce genre, montre haut et fort son attachement à l'exceptionnelle qualité de ses paysages. Cette qualité, elle entend, au sens propre, la CONSERVER. Il s'agit donc, bel et bien, d'une démarche conservatrice. Le coeur, l'affect, le rapport au pays profond, la dictent tout autant, sinon plus, que la seule analyse intellctuelle. Initiative des Alpes, Lex Weber. Et je ne vous cache pas la surprise, seule contre tous, contre les autorités, contre la presse, contre les partis politiques, que pourrait bien nous réserver Ecopop. J'y reviendrai largement.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La souveraineté n'est pas négociable

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    Sur le vif - Samedi 06.07.13 - 17.59h

     

    Vous pouvez reprendre tous mes papiers depuis tant d’années, je ne me réfère jamais au Pacte fédéral, ni à la Suisse de 1291. Je respecte infiniment cela, bien sûr, mais j’ai tellement étudié l’Histoire de ce pays, et de ses cantons, à partir de 1798, puis bien sûr 1848, le champ de mes références est tellement ancré dans les deux derniers siècles, où sont nés nos grands partis politiques, que je n’éprouve pas trop le besoin de remonter à la Suisse des origines.

     

    Je sais aussi, pour m’y être penché, ce que fut, au dix-neuvième précisément, la part de récupération mythique, puis folklorique, de ces premières années de la Suisse. Je fais partie des rares Romands (me semble-t-il) à avoir lu en allemand le Wilhelm Tell de Schiller, ou le Götz von Berlichingen de Goethe (que j’ai vu, ébloui, à Nuremberg, en juillet 1971). J’ai travaillé sur le Sturm und Drang, le rôle du romantisme allemand dans l’édification des identités nationales, bref je ne suis pas de ceux qui plongent tête baissée dans la mythologie de la Suisse primitive, sans faire la part de sa reconstruction dans une période au fond très récente.

     

    Ce soir pourtant, je brandis le Pacte. Avec le cœur autant que la raison. Avec la rage. Cette part de fierté, de simplicité de l’immédiate appartenance. Avec peut-être quelque chose de filial. Je brandis le refus des juges étrangers. C’est quelque chose de très important dans l’âme suisse. L’un des fondements de notre souveraineté. Et cette dernière n’est pas négociable. Pour la simple raison qu’aucune souveraineté ne l’est, ne doit l’être, ne peut l’être. De quoi sont nées les nations de la terre ? Vous croyez que leurs voisins, gentiment, leur ont demandé de bien vouloir venir au monde ? Que la naissance de la Suisse a fait plaisir aux Habsbourg ? Que celle des Etats-Unis, en 1776, a rempli de bonheur le roi d’Angleterre ? Que la naissance d’Israël, en 1948, fut attendue avec un tapis rouge par ses chers voisins du Proche-Orient ?

     

    Non, bien sûr. La naissance d’une nation, toujours, survient dans la transgression de l’ordre établi, dans la crise, dans la guerre. Et se scelle par le sang versé, la mémoire des morts. J’use ici de mots que vous trouverez chez Jules Michelet ou Pierre Nora, sans doute davantage qu’à Sciences Po ou HEI. C’est une école de pensée contre une autre, une matrice face à une autre, je l’assume.

     

    Donc, lorsque je vois le secrétaire d’Etat de notre diplomatie, M. Yves Rossier, dont je peine à imaginer qu’il puisse agir sans le blanc-seing de M. Burkhalter, ourdir pour que la Cour de justice européenne tranche, entre l’Union européenne et nous, dans les litiges concernant l’application des accords bilatéraux, je crie au précédent, je dis halte. Lorsque j’entends, avant-hier jeudi 4 juillet 2013, le commentaire matinal de la RSR, dans la droite doxa de Roger de Weck, nous annoncer, sur un ton tellement paternaliste, qu’il n’y a aucun souci à se faire, que deux partis de droite (UDC, mais aussi PDC) « doivent cesser (sic !) de jouer les vierges effarouchées », je commence un tantinet à m’irriter. Ce commentaire nous dit, tout bonnement : « Circulez, y a rien à voir ».

     

    Ce commentaire, qui a dû faire tellement plaisir à M. de Weck, c’est l’acceptation du fait accompli. La génuflexion face aux exigences de Bruxelles. S’agenouiller devant un géant, nous, un tout petit pays de huit millions d’habitants. Nous n’avons guère de matières premières. Nous étions encore pauvres il y a un siècle, et même moins que cela. Cette précarité jusqu'aux années d'après-guerre au fond, mon père, né en 1920, me l'a même racontée. Nous sommes petit, fragile, vulnérable, Notre seule force, c’est notre fierté d’être. Notre seule chance, c'est la rigidité de notre intransigeance sur la question de la souveraineté. L'affaire des juges étrangers en est un élément central. Si nous abdiquons cela, alors oui vraiment, il ne nous restera plus rien.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Un Etat solide, ni plus, ni moins

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    Sur le vif - Samedi 06.07.13 - 09.33h

     

    Je suis, depuis toujours, très attaché à un État fort. Là où il doit l'être (sécurité, école, assurances sociales, santé publique, grandes infrastructures, etc.). Fort, mais pas tentaculaire. Fort, mais pas providence. Fort et musclé, mais justement pas avec des intendances hypertrophiées et des armées de fonctionnaires. L'Etat doit être au service de la population, et non de son propre fonctionnement. La juste formule, qui résonne encore de ma tête, avait été prononcée il y a quelques années par Pascal Couchepin, sur le plateau de Genève à chaud: "Un État solide, ni plus, ni moins".



    En cela, le rapport des socialistes au sol, et au droit foncier en général, ne peut emporter mon adhésion. Je lis encore ce matin, dans la Tribune de Genève, de la part de telle candidate par ailleurs compétente et crédible, une volonté d'acquisition de terrains qui laisse affleurer à nos oreilles la petite musique des plans quinquennaux. Cela m'avait déjà frappé, d'une autre candidate, lors de la campagne pour la complémentaire du 17 juin 2012. Le rôle de l'Etat est de définir des conditions-cadres pour une politique de constructions juste, équilibrée, au service de l'humain, respectueuse de l'environnement et de la qualité du paysage. Vaste programme, qui exige une puissante vision d'intérêt public.



    Mais le rôle de de l'Etat désolé, n'est pas d'acquérir lui-même des terrains.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le monde n'existe pas

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    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 05.07.13


     
    Le monde n’existe pas. La prétendue dimension planétaire des problèmes nous donne certes l’impression d’englober notre bonne vieille terre, jouer de sa légèreté, comme le Dictateur de Chaplin. Mais je tiens cette vision pour une fiction. Bien sûr, la terre existe, l’air que nous respirons, notre stratosphère, notre eau si précieuse, tout cela constitue un trésor commun, qu’il s’agit de respecter, préserver. Mais politiquement, je ne crois pas trop à l’existence du « monde ». Je me méfie de la mondialisation, du mondialisme. Je nous vois tous encore si différents, surgis de coins de terre bien précis, avec des systèmes de langages, des références qui déterminent notre rapport à la pensée. Celui que l’idéogramme a façonné peut-il vraiment percevoir le monde comme l’enfant d’une syntaxe indo-européenne ?


     
    Le monde n’existe pas. Et pourtant, j’ai commencé par être mondialiste, le jour de mes sept ans, lorsque j’ai reçu une magnifique mappemonde que je pouvais, le soir, illuminer de l’intérieur, grâce à une ampoule. J’ai passé des centaines d’heures, assis par terre, à la contempler, apprenant chaque fleuve, chaque ville, chaque montagne. L’URSS était verte, le Brésil rose, c’était magique. Je n’avais (juste) pas encore commencé à étudier l’Histoire des nations, qui n’est faite que de guerres, de sang versé, de sacrifices, de lieux de mémoire. Au point que depuis ce jour de juin 1965, bien des frontières ont changé sur la vieille mappemonde : le géant vert URSS a éclaté, l’Allemagne est unie, Tchèques et Slovaques ont divorcé, la Yougoslavie n’est plus.


     
    Le monde n’existe pas. Dès que vient à poindre, en un lieu de la planète, un véritable danger de résurgence de la pire sauvagerie, la « communauté internationale » fout le camp. D’un coup, elle n’existe plus. Elle se retranche dans ses états-majors genevois, le bord du lac étant d’une fréquentation plus agréable que le tragique de l’Histoire. Fondée au lendemain de la Grande Guerre, la SDN, chère à Solal et Adrien Deume, n’a strictement servi à rien. Je ne suis pas sûr que l’ONU, son successeur, soit infiniment plus utile. A quoi ont-ils servi, ces palabreurs aux langues simultanées, aux pires moments des guerres balkaniques ?


     
    Le monde n’existe pas. Et même l’Eglise catholique, la seule matrice dont je me reconnaisse, il m’arrive de lui en vouloir de sa prétention planétaire. Catholicos : universel, en grec. Oecouméné : la terre habitée. Quelle prétention, au fond, pour un mouvement spirituel, certes de premier plan, mais surgi des rives du Jourdain, né de dissidences juives du premier siècle, arraché au Proche-Orient par la Grèce et par Rome, totalement lié à l’Histoire. Le monde n’existe pas. Mais nos racines, oui. Notre adhésion à une terre, un paysage ou aux inflexions d’une langue. Nous sommes tellement plus telluriques que nous l’imaginons. Mais que surgisse une mappemonde, avec une ampoule à l’intérieur, et nous revoilà tous des enfants. Emerveillés.


     
    Pascal Décaillet
     
     

     

  • La Savoie des écrivains: passionnant ouvrage

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    Texte publié dans GHI - 03.07.13

     

    La Savoie ! Et si, pour une fois, nous parlions de cette magnifique voisine autrement que sous l’angle du Grand Genève, du CEVA, des frontaliers, du marché de l’emploi ou des flux automobiles ? Et si nous nous intéressions aux profondeurs culturelles, historiques de ce qui fut très longtemps un Duché, avant d’être, comme on sait, rattaché à la France en 1860. Trente ans après l’Algérie ! Pour se fondre dans l’identité savoyarde, jusqu’à s’y perdre tellement l’errance est passionnante, rien ne vaut un guide : le plus éblouissant de tous, dont j’ai déjà parlé ici pour son livre « Ecrivains en Pays de Savoie, de l’Antiquité à nos jours » (2012), est Rémi Mogenet, poète et professeur de littérature, incroyable érudit, comme on n’en fait plus.

     

    Car la Savoie, bien sûr, a une Histoire. Et elle est passionnante ! Elle fut Comté (1032-1416), puis Duché, au cœur de l’Europe et de ses alliances, et nous la connaissons depuis le Traité de Turin (Second Empire) comme double Département français. Cette Histoire nous a touchés de près, à Genève (bien au-delà de l’épisode de l’Escalade), dans le canton de Vaud, en Valais. La Savoie, ce sont aussi de très brillantes figures, souvent liées à un catholicisme omniprésent chez nos voisins (il suffit de s’y promener), mais aussi aux arts, à la philosophie. Apprenons à les connaître, elles nous sont si proches !

     

    Le tout dernier livre de Rémi Mogenet, « La littérature du Duché de Savoie, anthologie (1032-1860) », sorti le 10 juin aux Editions des Régionalismes, pose la question d’une littérature savoyarde. Existe-t-elle ? La question est exactement la même que pour la littérature romande : dans les deux cas, il y a de grands écrivains, de véritables figures. Mais peut-on définir ce qu’ils auraient, sur le plan littéraire, en commun, sous l’appellation ethnique : « écrivains romands », ou « auteurs de Savoie » ? L’auteur tente une réponse : peut-être un certain rapport à l’image (issu du catholicisme), à une « imagination libre » rejetée par le rationalisme du Grand Siècle français. Et aussi, ce que le livre précédent montrait déjà avec éclat, un lien très puissant avec un romantisme allemand surgi des paysages, des mythes locaux et des racines.

     

    Sa thèse, Mogenet la nourrit par un très riche catalogue de personnages. Ni citons ici que les deux les plus connus, Saint François de Sales (1567-1622), l’un des plus grandes figures de son temps, connus de tous ceux ayant transité par l’Institut Florimont, évêque de Genève en exil à Annecy, contre-réformateur, remarquable écrivain, et dont Mogenet est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs. L’autre figure, éblouissante aussi à tant d’égards, est celle de Joseph de Maistre (1753-1821), cf portrait ci-dessus, contre-révolutionnaire, éminent franc-maçon, penseur politique, théocrate, sur lequel on a tant écrit depuis deux siècles.

     

    Ce livre de Rémi Mogenet, il faut le lire. Il nous décrit la Savoie comme ce qu’elle est : une terre de culture et d’images, infiniment ouverte aux fracas des idées d’Europe, le contraire même du refuge ou du repli, ou de la réserve d’Indiens. Une terre de poésie, de piété, d’élans mystiques. Au cœur d’un paysage qui, à l’égal de nos montagnes suisses, coupe le souffle par la majesté de sa présence.

     

    Pascal Décaillet

     

    *** La littérature du Duché de Savoie - Anthologie (1032-1860) - Par Rémi Mogenet - Editions des Régionalismes - 2013.

     

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  • Listes de traverse : une honte pour la démocratie

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    Commentaire publié dans GHI - 03.07.13

     

    On les appelle les « listes de traverse ». Des listes électorales totalement bidon, juste pour faire apparaître plusieurs fois les noms des candidats. A en juger par les listes annoncées le 1er juillet par la Chancellerie, les partis en ont fait cette année, pour le Conseil d’Etat, un usage éhonté. Une véritable parodie de démocratie.

     

    Quelques exemples. Pour accroître leur visibilité, les deux candidats Verts ont inventé, en plus de la liste de leur parti, une liste no 11 « Suisses de la région » (comprenne qui pourra), une liste no 12 « Egalité homme-femme » (thème dont les Verts n’ont nullement le monopole), et, sommet du surréalisme, une liste no 24 « Les Habitant-e-s de Vernier, Lancy, Meyrin, Carouge et Onex ». Depuis quand joue-t-on cinq communes contre les quarante autres, comme argument dans une élection sur l’ensemble du canton ?

     

    Côté Entente (PLR-PDC), guère mieux, avec une liste 15 « Loger nos enfants », une 16 « L’action pour la sécurité », une 20 « Un emploi pour tous », une 21 « Ceux qui agissent ». Pas mieux chez les quatre candidats socialistes, devenus spécialistes pour refuser le « diktat des assurances maladie » (liste 17), pour la « défense des aînés (liste 18) ou « pour créer de l’emploi » (liste 19).

     

    Fumisterie que cette pollution des listes. Citoyens, n’en soyons pas dupes.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Nos enfances, nos matrices

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    Sur le vif - Mardi 02.07.13 - 18.02h

     

    Mes cours d’Histoire, au primaire, dès l’âge de huit ans, ont consisté à apprendre toutes les guerres et toutes les batailles, avec des dates, des traités, des alliances, des renversements de rôles. Aujourd’hui encore, comme pour la grammaire latine, j’ai tout retenu, je dis bien tout. Alors que je serais mal pris s’il fallait vous ressortir une formule chimique ou un théorème de maths.

     

    Question de passion personnelle, d’adhésion. Inutile de dire que pour l’Histoire (c’était celle de la France), l’enseignement que j’ai eu, et que j’ai adoré, est exactement celui que Mai 68 a voulu foutre par terre, avec succès d’ailleurs. Il ne fallait surtout plus d’événement, de chronologie, plus de batailles ni de guerres, juste la lente évolution des sociétés. Fondamental sans doute, mais totalement rasoir. Disons qu’ayant eu dix ans en Mai 68, avec l’effet retard de quelques années pour que leur idéologie entre en action, je me considère comme un total veinard, un sauvé des eaux, l’ultime génération ayant échappé in extremis aux matrices structuralistes qui, selon moi, ont tué tout plaisir dans la transmission du savoir historique ou géographique.

     

    Pour l’Histoire, j’ai bénéficié de maîtres nous enseignant l’école du réalisme, confinant parfois au cynisme. Nous parlions de pays ou (à partir de la Révolution) de nations qui luttaient pour leurs intérêts, forgeaient leur identité par le sang versé, les lieux de mémoire (dont a magnifiquement parlé Pierre Nora, NRF), le respect  des ancêtres, le culte des morts. On ne nous parlait jamais (à tort, j’en conviens) de droits de l’homme, ou alors juste pour 1789, on ne mélangeait pas la morale avec la politique : on prenait acte des défaites et des victoires, on passait beaucoup de temps à explorer les causes, notamment économiques, des guerres. On ne jugeait jamais.

     

    Bref, mes maîtres pratiquaient une vision historique classique, nous citaient Tocqueville, Clausewitz, Bismarck. C’était, clairement, une vision de droite, se réclamant du réalisme. C’était, j’en suis parfaitement conscient, une imprégnation idéologique, j’ai largement eu le temps de faire la part des choses. Et j’aime autant vous dire que je ne regrette rien, tant cette école de pensée (que je retrouverai à l’Université par une lecture approfondie de Thucydide) me correspond parfaitement. Elle m’a appris, notamment, à ne jamais vouloir trop mêler le monde de la morale avec celui des intérêts supérieurs d’un pays. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faudrait, à l’inverse ou par excès de cynisme, verser dans un culte de l’immoral, voire de l’amoral.

     

    Le moins qu’on puisse dire, aussi, est que nos maîtres nous apprenaient à nous méfier des structures internationales. Au secondaire, ils ne pouvaient nous parler de la SDN sans un rictus d’ironie qui en disait long sur l’impuissance des conglomérats multilatéraux, lorsque venait à poindre, pour l’Abyssinie comme pour la France, la mort possible des nations. « Ecoutez, Pascal, me disait au Rwanda, en mai 1994, mon ami le chef de la délégation du CICR à Kigali, la communauté internationale n’existe pas. Elle s’est envolée ». Ce constat terrible, glaçant, résonne en moi depuis près de vingt ans.

     

    Ces antécédents ont établi pour moi, avec pas mal d’observateurs d’aujourd’hui, une fracture non politique, mais culturelle. Quand je vois d’éminents esprit s’étonner (ou feindre) que nous soyons tous espionnés, à longueur de journées, par la première puissance du monde, je me demande dans quel monde ils vivent, je veux dire avec quelles références historiques, quels horizons d’attente. Comme si les nations, dans leur esprit, étaient a priori amies. Alors que la réalité est contraire. A priori, chacun roule pour soi et tente d’augmenter sa puissance. Et ne confondons surtout pas, en politique, alliances de circonstance avec amitié fiable. En politique, comme dans la vie, tout peut se retourner, à tout moment.

     

    De même, la tribune excessive attribuée par certains quotidiens, comme le Temps, à la prétendue dimension planétaire, ou multilatérale, ou supranationale des approches. Difficile de ne pas y percevoir une forme de snobisme du déracinement. Ils seraient les entomologistes, et nous, les différents nationaux accrochés à l’archaïsme de nos terres, ne serions que d’étranges insectes, en voie d’extinction. A la vérité, je n’aime pas cela du tout. J’y vois le produit d’autres écoles de pensée, qui, de Genève, ont façonné des générations de journalistes, dans la vénération du petit monde d’organisations internationales – les unes utiles, d’autres moins – qui, gravitant autour d’eux, les imprégnaient. Nous sommes tous le produit d’une éducation, de matrices de pensée, moi comme eux, je ne suis pas meilleur qu’eux, j’ai juste été élevé dans d’autres références.

     

    Oui, mon problème avec les gens du Temps, les apôtres de l’internationalisme et du multilatéral, n’est pas politique. Il est profondément culturel. Autant dire, essentiel, fondamental. Viscéral.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Formation en journalisme: une défaite pour Genève

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    Sur le vif - Lundi 01.07.13 - 19.40h

     

    Je viens d’apprendre la nouvelle par mon confrère David Ramseyer, de Léman Bleu : la mention journalisme du Master en sciences de la communication et des médias quitte Genève. Il y aura désormais un Master en journalisme et communication à l’échelle romande, ce qui n’est pas un mal en soi. Mais, hélas, la formation spécifique en journalisme quitte Genève pour Neuchâtel. Genève se spécialisera dans la communication.

     

    Il se trouve que, depuis cinq ans, j’enseigne dans ce Master, mention journalisme. Les étudiants viennent dans le studio de mon entreprise, je fais venir un technicien, et nous vivons, tous ensemble, à un rythme soutenu, les ateliers radio que je pratiquais déjà, auparavant, au CRFJ (Centre romand de formation des journalistes) et à l’interne de la RSR. Ils viennent par groupes de cinq, et sont très heureux de « faire enfin de la pratique ». Je connais donc de l’intérieur cette formation, en apprécie beaucoup l’ambiance, sais ce qu’elle doit aux années d’efforts du professeur Uni Windisch, son fondateur, aujourd’hui à la retraite de l’Université.

     

    Je ne plaide pas ici pro domo, ayant quinze mille autre activités, y compris dans l’initiation aux métiers du micro, mais pour les étudiants, et pour le rayonnement universitaire de Genève. Sur ces bases-là, oui, je l’affirme : le départ de la mention journalisme est une très mauvaise nouvelle pour Genève. Pour la réflexion sur ce métier. Mais aussi, la place de Genève comme pôle formateur de premier plan.

     

    Bien sûr, l’autre mention, la « communication », demeurera à Genève. C’est très bien. Mais former de futurs attachés de presse, métier parfaitement respectable, ça n’est pas former des journalistes. Il y a des points communs, tout ce qui touche à la forme. Mais il y a de profondes différences : l’acquisition de cette posture d’indépendance, oui ce long de chemin de solitude, qui fait un jour un journaliste. Cela ne se travaille pas de la même manière.

     

    Mon enseignement à l’Université, je le donne, comme tout ce que je pratique, à l’externe, comme entrepreneur indépendant. Je n’ai donc, à l’heure où j’écris ces lignes, strictement aucune idée de ce qui s’est passé pour que cette mention journalisme quitte Genève. Nos autorités universitaires (le rectorat), le Département de l’Instruction publique, le monde politique en général ont-ils été mis au courant de ce qui se passait ? Ont-ils été placés devant le fait accompli ? Certains d’entre eux, ce soir, jouissent-ils intérieurement de voir démanteler le legs d’un homme, UIi Windisch, qui a passablement dérangé leurs conforts de pensée ?

     

    Tout cela, je n’en sais rien. Mais je regrette infiniment l’appauvrissement de la place genevoise dans la formation en journalisme. On n’enseigne pas le métier de journaliste de la même manière, avec les mêmes paradigmes, les mêmes échantillons, le même environnement à Genève qu’à Neuchâtel. Mais les trains, apparemment, on a assez bien appris à les voir passer. En soupirant et en baissant les bras.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pour une presse d'intérêt public

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    Chronique publiée dans la Tribune - Le journal du PLR vaudois - No 6 - 26.06.13

     

    Toute ma vie, je me suis battu pour le journalisme politique. Plus largement, pour une presse qui parle de la chose publique, au sens très large. La politique, mais aussi la culture, l’économie, les arts, les sciences, les grands courants spirituels, et bien sûr aussi les sports. Tout autant, je me suis battu contre le journalisme qui touche à la vie privée, les journaux du futile. Et je dois, rétrospectivement, rendre un hommage posthume à mon confrère Roger de Diesbach d’avoir embrassé ce combat-là. Je trouvais qu’il allait trop loin, voulait trop moraliser, mais au final, en voyant aujourd’hui dans quels marécages gauge une certaine presse romande, je considère qu’il avait raison.

     

    Le journalisme politique, en Suisse romande, relève d’un combat. Ce dernier a une histoire. Quand j’étais enfant, les émissions de radio et de TV parlaient peu de politique suisse. La priorité allait à l’international. Avec, au demeurant, de magnifiques émissions, comme le Miroir du Monde, sur la RSR. Il y avait bien les débats du dimanche, comme Table ouverte à la TSR, mais globalement, on ne voyait, on n’entendait que très peu nos élus, Ni ceux des Grands Conseils, dans les cantons, où il fallait vraiment aller au balcon pour se faire une idée. Encore moins ceux de la Berne fédérale, qui apparaissait comme Arche sainte, infranchissable. Pour moi enfant, fin des années soixante, tout début septante, un conseiller fédéral était une silhouette d’un autre monde, en queue de pie, venant inaugurer un tunnel ou une autoroute. Il ne parlait d’ailleurs pas. Le film était muet. Le type, lunaire.

     

    Je fais partie des journalistes qui, dès le milieu des années 1980, d’abord à la rubrique suisse du Journal de Genève, et pendant mes longues années RSR, se sont battus de toutes leurs forces pour l’information politique de proximité. Il y a un débat à Berne ? On y va ! Dans un Grand Conseil ? On fonce ! Une grève dans le Jura bernois ? Départ ! Des élections ? On file sur place ! Nous n’avons pas inventé le décentralisé sur le terrain, mais nous l’avons littéralement décuplé. Et les politiques, tous, nous leur avons donné la parole. Le film, soudain, devenait parlant. Nous allions aux Pas perdus du Palais fédéral, le débat se faisait chez nous, en direct, en même temps que le vrai, à quelques mètres. D’ailleurs, certains devaient courir pour aller voter, puis se hâtaient de revenir à notre micro. Nous avions réussi notre pari : faire descendre dans chaque foyer la frontalité d’un thème politique. La clarté citoyenne y gagnait. Poser les fronts, c’est informer de façon utile, accessible et plaisante.

     

    Ce combat pour faire vivre la citoyenneté sur les ondes, je le mène depuis sept ans à l’échelon d’un canton, celui de Genève. Mais le principe est exactement le même. Aller chercher les enjeux d’intérêt public. Ceux qui nous touchent. A partir de là, bien sûr, la presse est libre, et chaque journal a le droit de parler de ce qu’il veut. Y compris de la longueur moyenne du sexe masculin en Suisse. Ou de la vie des princesses. Je dis simplement que cette presse-là, qui a parfaitement le droit d’exister, ne devrait pas trop s’étonner, au cas où par malheur elle se trouverait dans l’adversité, que les pouvoirs publics ne se précipitent pas à sa rescousse. Pour être totalement clair, j’espère vivement que les gesticulations de quelques magistrats vaudois ou genevois en faveur de la survie de ceux qui ont fait ces choix-là, n’étaient là que pour la galerie. Ai-je été assez clair ?

     

    Pascal Décaillet

     

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