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  • 2020 : mes voeux pour la Suisse

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    Commentaire publié dans GHI - 23.12.19

     

    Mon premier vœu, pour la Suisse en 2020, est qu’elle demeure un pays libre et souverain. C’est l’essence même, depuis la Révolution française et les combats héroïques des Soldats de l’An II, de toute nation, nous n’y échappons pas. Souverain, cela signifie que nos lois, démocratiquement votées par le Parlement ou par le peuple, doivent demeurer notre horizon ultime. Le « droit supérieur », c’est l’inféodation à un Empire, je dis non. L’indépendance, condition sine qua non de l’existence nationale, ne signifie ni solitude, ni repli. Notre pays signe des accords avec d’autres, il les négocie, et j’estime pour ma part que tout accord passé en haut lieu doit être ratifié par le peuple. Volontairement, je place la souveraineté en tête de mes préoccupations, pour la simple raison que je suis un observateur pessimiste de l’Histoire des hommes, je crois aux rapports de forces, à la puissance des liens à l’intérieur d’une communauté, et non aux machineries internationales. On a vu ces dernières s’effondrer comme châteaux de cartes dès que resurgit le tragique de l’Histoire, pensez à la SDN.

     

    Mon deuxième vœu est celui de la cohésion sociale. Je veux un pays solidaire, où personne ne demeure sur le bord du chemin. Concrètement, cela signifie des assurances sociales fortes, protectrices de tous, et crédibles. Pour les retraites, nous avons besoin d’une nouvelle donne, un nouveau Contrat social entre générations, d’une puissance comparable à ce que fut l’invention de l’AVS, en 1947. Ce New Deal, c’est à nous de l’inventer, en fonction du génie de notre peuple, c’est un chantier majeur. Quant aux coûts liés à notre système de santé, à commencer bien sûr par les primes maladie, préoccupation no 1 de nos compatriotes, ils doivent être le souci premier de notre classe politique. Si cette dernière continue d’échouer dans ce dossier, alors son crédit, déjà en chute libre, partira en poussière. Les ménages étouffent, les classes moyennes sont prises à la gorge, le travail est beaucoup trop taxé, la révolte gronde.

     

    Mon troisième vœu est celui de la qualité de la vie. Nous vivons dans un pays magnifique, aux paysages incomparables, nous avons des fleuves et des rivières, des lacs, des montagnes, de quoi faire rêver des frères humains venus de latitudes moins nanties. A la protection de l’environnement, j’ai toujours dit oui : ce que je combats, ce sont les prophéties d’Apocalypse autour du thème climatique, tout ce tintamarre étant orchestré pour la propagande d’un certain parti. Mais sur le fond, oui, aimons et protégeons la nature, encourageons nos paysans, donnons-leur les moyens de survivre. La qualité de vie, c’est aussi la conscience et la fierté d’appartenir à un pays de quatre langues. Nous, Romands, plongeons-nous dans la langue et la littérature allemandes. Et surtout, n’oublions jamais l’italien, langue nationale, promesse d’un Sud qui commence déjà chez nous. A tous, je souhaite une excellente Année 2020 !

     

    Pascal Décaillet 

     

     

     

     

     

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  • Jeunes militants : la relève est là !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.12.19

     

    Je n’ai jamais été un adepte du discours sur les générations : « Les jeunes sont comme ceci, les vieux sont comme cela ». J’avais dix ans en Mai 68, et déjà me méfiais des paroles encensant la jeunesse, tout comme de celles qui la vilipendaient. On me parlait d’un conflit entre classes d’âge, je ne le comprenais pas : ce monde, que mes aînés de dix ou quinze ans rejetaient, convenait parfaitement à l’élève que j’étais. J’aimais la langue française, la grammaire, les exceptions, les hiboux, les joujoux, les poux.

     

    J’aimais passionnément l’Histoire, avec ses guerres et ses traités, et peut-être plus encore la géographie, avec ses fleuves et leurs affluents. Plus que tout, la poésie, apprendre les poèmes, les réciter à haute voix, en étant juste sur la métrique, la prosodie, le souffle, le respect de la ponctuation. Toutes ces valeurs, je voyais bien qu’elles procédaient d’une longue tradition, et n’éprouvais que reconnaissance face aux générations d’avant, qui nous l’avaient transmise. Je ne comprenais pas pourquoi les jeunes de vingt ans la contestaient. Ce fut le début d’un très long malentendu, qui d’ailleurs perdure.

     

    Malgré tout cela, me voilà venant vous dire du bien des jeunes d’aujourd’hui. Pour une raison simple : depuis de longues années, j’ai conçu le projet de donner la parole, tous partis confondus, à la fine fleur de la relève politique. Je m’y emploie, sans relâche. Et suis frappé du rapport que la plupart d’entre eux entretiennent avec le débat politique. Beaucoup plus que nous à leur âge, ils gardent leur calme, argumentent, écoutent l’adversaire, toutes postures qui n’infléchissent en rien leur ligne de combat. Mais à l’ensemble de la bataille, elles donnent un style, un comportement, qui font plaisir à voir et à entendre. Pour tout cela, oui, j’aime infiniment organiser des débats avec des jeunes.

     

    Je note aussi un autre élément : le choc, entre tel jeune militant d’Ensemble à Gauche et tel autre du PLR, ou de l’UDC, est parfois violent, sur le fond, tant les visions du monde divergent. Mais jamais, il ne dérive à l’attaque personnelle, aux coups sous la ceinture, à la démolition de l’autre. Mieux : le tutoiement, aussitôt l’émission terminée, entre ces jeunes adversaires, est enfin de ceux qui sonnent juste. Il ne traduit pas la complicité de barbichette de tant d’aînés, non, il est celui de l’amitié et du respect, au sein d’une génération qui sait l’avenir difficile, notamment dans l’accès à l’emploi. Antagonistes sur les idées, mais solidaires. Il y a là quelque chose de beau.

     

    A l’heure où, dans l’audiovisuel, notamment sur les écrans parisiens, tant de vieux briscards ne se singularisent que pour faire irruption, comme des coqs de combat, voilà, à Genève, une jeune génération qui, sans faire la moindre concession sur le fond, a compris la valeur intrinsèque de l’argument. Et les promesses de qualité d’un débat où l’on s’écoute, plutôt qu’on ne se lacère. Qui s’en plaindra ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Ville de Genève : la chienlit !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.12.19

     

    A part offrir en spectacle, à longueur d’années, des affaires qui n’en finissent plus, et provoquent en chaîne, comme des chocs d’électrons, d’autres affaires, à part fournir aux librettistes et cabarettistes des Revues une matière infinie, à part faire saillir et glousser, à quoi sert exactement la Ville de Genève ?

     

    Bien sûr, me direz-vous, il faut bien que la première ville de Suisse romande, même contenue dans un canton fort étriqué, ait son échelon bien à elle, représentatif de la fierté de la Commune, porteur de tant de siècles d’Histoire, où les murs étaient fermés, et où la Cité, dans ses rues ancestrales et patriciennes, ou dans ses faubourgs populaires, cultivait son identité, sa différence. Je ne plaide pas nécessairement ici pour l’abolition de ce statut municipal, ni pour un modèle bâlois, où Ville et Etat ne feraient plus qu’un. Mais enfin, si la Ville de Genève, comme entité politique, pose tant de problèmes, ça n’est pas qu’un intrus, surgi de Sirius, nous les aurait inventés. Mais bel et bien que les premiers concernés, nos cinq magistrats municipaux exécutifs, ont été les premiers, par leur comportement, à en être la cause.

     

    Je n’entrerai pas ici dans le petit jeu de décréter lequel des cinq aura été le plus calamiteux. Prises individuellement, ces cinq personnes sont respectables, plutôt compétentes, désireuses de bien faire. Mais enfin, à moins d’être sourd et aveugle, un constat s’impose : la chienlit est là. Non qu’une opportune décision, en fonction de l’heureuse conjonction astrale du jour, ne soit pas, ici ou là, prise parfois. Mais l’ensemble péclote et crapote. Les affaires de notes de frais des magistrats, puis le rapport retenu sur les frais des employés, puis la douloureux audit du Grand Théâtre, tout cela parachève l’impression, pour filer (puisque nous y sommes) la métaphore lyrique, d’un Vaisseau fantôme.

     

    Dans cette lunaire dérive vers le naufrage, d’aucuns et d’aucunes, naguère si diserts, de taisent. Et le poids de leur silence, couvert par l’ultime musique sur le pont, rappelle celui des capitaines en déroute, face au destin qui frappe. Tout cela est certes romanesque, Wagner en eût fait un opéra, Offenbach un Conte de Noël, avec ballets, mais comme exemple de gouvernance, pour une ville réputée briller sur la scène mondiale, on a connu mieux.

     

    Dans cette ambiance de fin de règne, les impétrants, pour la succession du printemps 2020, se pressent au portillon. Les candidatures fleurissent. Les promesses de renouveau défrisent et décoiffent, comme bise d’hiver. Question centrale : le changement des personnes (quatre ou cinq nouveaux constitueront la prochaine équipe) suffira-t-il à lever la poussière d’une antique équation : cet échelon municipal, face au Canton, à quoi sert-il ? Quelle est sa valeur ajoutée ? Comment éliminer enfin les doublons ? Et surtout, après tant de péripéties, comment restaurer la confiance ? Vaste programme ! Mais juste l’essentiel, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Les rails du désir

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    Commentaire publié dans GHI - 04.12.19

     

    Jamais, dans l’Histoire de Genève, un tronçon ferroviaire n’aura été à ce point chouchouté par les autorités ! Le CEVA, alias Léman Express, qui sera inauguré jeudi 12 décembre, jour de l’Escalade, attendu depuis plus d’un siècle, aura fait fantasmer notre classe politique, comme nul autre objet du désir.

     

    Tiendra-t-il ses promesses ? Ces rutilantes rames transfrontalières, parviendront-elles à dissuader nos amis frontaliers de prendre leur véhicule, et venir engorger Genève ?

     

    Si la réponse est oui, nous aurons à nous en féliciter. Si, par malheur, elle devait s’avérer négative, ou même moyennement convaincante, alors il conviendra de tirer le bilan de quinze années de promesses mirobolantes, soutenues par une idéologie transfrontalière camouflant les appétits de croissance de petits profiteurs locaux, taraudés par l’aubaine d’une main d’œuvre moins regardante sur les salaires.

     

    Car le véritable enjeu du CEVA, ça n’est pas le train. Ce dernier, sympathique par excellence, n’est que l’appât. Non, l’essentiel, c’est le combat homérique pour ou contre la libre circulation des personnes, dans le cas précis d’un bassin transfrontalier. Les wagons du 12 décembre ne sont qu’un prétexte. Au centre de tout, il y a notre rapport à la frontière, à la souveraineté, à la préférence indigène. C’est cela, la vraie Histoire du CEVA. A l’heure où va tambouriner la propagande des rites inauguraux, un minimum de lucidité et d’esprit de résistance n’est pas de trop.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pour un Etat sans dette, ni déficits !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.12.19

     

    A quelques jours de l’examen du Budget 2020 du Canton de Genève par le Grand Conseil (session des 12 et 13 décembre), il convient de rappeler ici quelques vérités en matière de tenue de toute comptabilité, qu’elle soit individuelle, familiale, pour une petite entreprise, une moyenne, ou même une immense. Je parle ici comme citoyen, comme père de famille, ce que sont des dizaines de milliers d’autres personnes à Genève, tant d’hommes et de femmes faisant ce qu’ils peuvent pour s’en sortir. Mais je parle aussi comme petit entrepreneur, ayant à gérer depuis 14 ans un budget professionnel, et tenir ses propres comptes, là aussi comme des milliers d’autres. Je ne suis pas un élu, et n’ai aucune intention de le devenir. Mais j’ai appris à compter, à me battre, et n’ai aucune leçon à recevoir de la part de certains députés, ceux qui dépensent – et parfois dilapident – les deniers publics, sans avoir conscience qu’il s’agit de l’argent des contribuables, gagné à la sueur de leur front, puis donné à l’Etat pour qu’il en fasse le meilleur usage.

     

    Est-ce vraiment le cas ? Hélas, non ! La plupart de nos budgets publics sont déficitaires. Celui de l’Etat de Genève, pour l’année 2020, qui sera tranché dans quelques jours, l’est aussi. Le déficit, c’est un résultat négatif pour l’exercice d’une année. L’accumulation des déficits, cela s’appelle la dette. L’Etat emprunte de l’argent à des banques. Lorsqu’il est endetté, il doit payer, comme tout débiteur, les intérêts de la dette. Ces intérêts, qui les paye ? Réponse : les contribuables ! En clair, plus l’Etat creuse sa dette, plus nous-mêmes, puis un jour nos enfants, nos petits-enfants, devront passer à la caisse pour rembourser. En plus clair encore, leurs impôts, prélevés sur la sueur de leurs fronts à eux, serviront à dépenser des sommes totalement inutiles pour les tâches de l’Etat, juste régler d’anciens contentieux. Pour ma part, je trouve ce principe dégueulasse. C’est cela, le déficit. C’est cela, la dette !

     

    Je suis partisan d’un Etat fort, avec sa dimension sociale : pas question de laisser des concitoyens sur le bord du chemin. Mais cet Etat doit impérativement être géré avec une extrême rigueur. Un sou est un sou, pour la seule raison que c’est celui des contribuables. La valeur infinie de ce don, prodigué par ceux qui travaillent à la collectivité, les députés, de gauche comme de droite, doivent, à tout instant, l’avoir à l’esprit. Cet argent n’est pas à eux ! Ils n’en sont que les gestionnaires, au service de l’intérêt général. Citoyen parmi les citoyens, je demande aux élus de viser l’équilibre budgétaire. Et d’entreprendre toutes choses pour que la dette soit résorbée. Toute autre politique, dispendieuse et inconsciente face à des contribuables, notamment la classe moyenne, déjà pressés comme des citrons, sera de nature à entraîner la colère populaire. L’injustice fiscale, comme le prix du pain ou celui de l’essence, est l’une des premières causes de révolte. Les corps intermédiaires feraient bien de s’en souvenir.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Putain, trois ans !

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.11.19

     

    Le problème no 1 du Conseil d’Etat genevois, ce ne sont pas les affaires. Même si, bien sûr, ces dernières n’arrangent rien ! Non, le véritable problème, c’est l’incapacité de l’attelage actuel (2018-2023) à constituer une véritable équipe, avec des stratégies d’ensemble, claires et lisibles. On dirait qu’ils s’ennuient, entre eux !

     

    Ne pointer que les affaires, comme celles ayant concerné Pierre Maudet, c’est privilégier un narratif tellement facile : un homme très puissant a gravement fauté, alors il tombe, et on n’en finit plus de raconter l’histoire de sa chute.

     

    La maladie dont souffre l’actuelle équipe gouvernementale est, hélas, beaucoup plus grave que cela. Elle ne se ramène pas à un seul homme, mais à une véritable paralysie des institutions : Conseil d’Etat sourd et aveugle, incapable de sentir la souffrance des gens, coupé du Grand Conseil, fonctionnant en silos plutôt qu’en équipe.

     

    Les qualités personnelles des sept ministres ne sont pas en cause. Ni d’ailleurs leur travail individuel, chacun à la tête de son Département. C’est la sauce qui ne prend pas. Et ça n’est pas une question de présidence pour cinq ans, ou de retour à une présidence tournante. Non. Nous sommes face à une impossibilité mathématique, une impasse humaine. Jeter la pierre sur un seul des membres ne sert strictement à rien.

     

    A une telle équipe, le peuple, les dimanches de votation, dira de plus en plus non. Ou des oui, du bout des lèvres, de ceux qui exigent recomptage. C’est assez désespérant. Et il y en a encore pour plus de trois ans.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Chicago sur Rhône : le peuple a dit non !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.11.19

     

    En acceptant clairement (56,3%), ce dimanche 24 novembre, l’initiative 163, « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport », le peuple genevois a non seulement pris une décision sur un texte important, mais il a aussi donné un signal sans équivoque sur le modèle de croissance qui doit être celui de notre Canton, pour les décennies qui viennent. Le peuple n’a pas voté contre les avions, ni contre l’existence d’une plateforme aéroportuaire importante pour Genève et la région. Il n’a pas non plus voté la décroissance. Non, il a juste refusé la démesure et la spéculation, la croissance comme but en soi. Il a voulu une économie prospère et dynamique, mais centrée sur l’humain, avec le souci de sa santé, la volonté de combattre les nuisances. Au moment où notre aéroport, né au lendemain de la Grande Guerre, fête ses cent ans, les citoyennes et citoyens de Genève ont dit oui aux avions, mais au service de Genève et de ses habitants. Ils ont dit non à la folie d’un Chicago sur Rhône.

     

    Un vote important, donc. Une étape, dans l’Histoire économique de Genève. Il s’agit d’en prendre la mesure, et de redéfinir les priorités pour les temps futurs. Il faudra d’abord que les organisations qui défendent l’économie genevoise revoient, de fond en comble, leur stratégie. A commencer par la CCIG (Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève). De belles énergies, dans cette instance, à commencer par celles de son directeur général, Vincent Subilia, des compétences réelles, une sincère volonté de se battre pour le tissu genevois. Mais hélas, depuis quelques années, tant de signaux d’obédience aux multinationales, au gigantisme, et pas assez d’actions visibles au service de nos PME genevoises, qui constituent pourtant l’écrasante majorité de nos entreprises. On aimerait les voir davantage valorisées, jusqu’aux toutes petites unités, de quelques personnes, voire une seule, plutôt que tant de courbettes aux puissants.

     

    Car au fond, à quoi sert l’économie ? A quoi, si ce n’est contribuer au bien-être d’une collectivité humaine, permettre à cette dernière de s’épanouir, au milieu d’un cadre naturel aimé et respecté ? Celui de Genève, petit miracle d’équilibre et de géométrie pris entre Salève, Jura et Voirons, constitue un biotope d’exception, avec la richesse et la densité d’une ville marquée par l’Histoire, l’aménagement de périphéries où la qualité de vie doit l’emporter sur toute préoccupation, et puis la campagne, les terres agricoles, la vie dans nos cours d’eau, la faune et la flore. Point n’est besoin d’être inscrit au parti des Verts pour être sensible à tout cela ! Lisez par exemple les remarquables ouvrages de Philippe Roch, ancien Secrétaire d’Etat à l’environnement, ou les études de l’architecte et urbaniste Marcellin Barthassat, vous y trouverez de l’humanisme et de la vision. Tout comme chez le vigneron Willy Cretegny. Aimer Genève, oui. Mais la transformer en un Chicago sur Rhône, c’est définitivement non !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • La Suisse, entre fragilité et rage de survie

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    Commentaire publié dans GHI - 20.11.19

     

    C’est un petit miracle que la Suisse. Notre pays n’est pas, comme l’affirme le titre d’un ouvrage de Denis de Rougemont, « L’Histoire d’un peuple heureux ». Non, notre Histoire fut complexe, tortueuse, difficile, nous eûmes encore, par exemple, un conflit sur fond religieux en 1847, le Sonderbund. Et puis, nous eûmes les Guerres de Religion, les grands combats du dix-neuvième siècle, la lutte des classes, la Grève générale de novembre 1918. Les déchirements de l’Europe furent les nôtres. Notre prospérité n’advint vraiment qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec les grandes lois sociales, principalement l’arrivée de l’AVS, en 1948. Notre pays, comme les autres, a souffert. Comme les autres, il a vécu des divisions. S’il est, aujourd’hui, un peuple à peu près « heureux », c’est qu’il a, parfois dans la douleur, réussi à conjurer ses divisions. L’une des clefs de sa réussite, c’est la prise en compte de la fragilité, le respect des uns et des autres, à commencer par celui des équilibres.

     

    La Suisse de 1848, qui émerge au milieu d’une Europe en pleine crise, et se met en place quelques mois après la guerre civile du Sonderbund, construit sa modernité sur le pari des équilibres. Entre cantons protestants, vainqueurs, et cantons catholiques, vaincus (même si les conservateurs devront attendre 1891 pour parvenir au Conseil fédéral). Entre les villes et les campagnes. Entre la plaine et la montagne. 171 ans plus tard, nous Suisses devons constamment avoir à l’esprit cette nécessité de laisser vivre toutes les parties du pays, sans jamais en humilier aucune. Equilibres, aussi, aujourd’hui, entre les générations, entre riches et pauvres, entre consommateurs du numérique et grands oubliés des techniques modernes. Vous me direz que toute société humaine ne survivra qu’au prix d’un souci constant de sa cohésion sociale. Oui, mais en Suisse, pays où les ferments de dispersion sont d’autant plus nocifs qu’ils sont tus, parce que tabous, nous devons y veiller plus que tous les autres.

     

    La première votation à laquelle j’eus l’honneur de participer fut pour dire oui, du fond du cœur, à la création d’un nouveau Canton du Jura. J’avais même, moi qui déteste la rue, distribué des tracts pro-Jura, au Molard ! C’était en septembre 1978, j’avais juste vingt ans, je ressentais l’injustice, le décalage, qu’avaient dû vivre mes compatriotes de cette région de Suisse, à cause de décisions prises en 1815. Je n’éprouvais nulle animosité envers le Canton de Berne, mais il y avait quelque chose à corriger, une justice à restituer, un geste d’amitié confédérale à faire. Le nouveau Canton fut créé, j’en fus infiniment heureux, je n’entrevoyais là ni la victoire des catholiques, ni celle des francophones, mais simplement celle des équilibres fédéraux. Jamais je n’oublierai ce premier vote de ma vie. Je voudrais, au fond de moi, que chaque scrutin ressemble à celui-là. Où chaque fois, en glissant un bulletin dans l’urne, se jouerait non seulement l’enjeu posé, mais en éternel filigrane, le destin même du pays, entre fragilité et rage de survie.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Droite genevoise : les rois de la machine à perdre !

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    Commentaire publié dans GHI - 12.11.19

     

    A Genève, comme nous l’avions dûment prévu ici même, le duo de gauche, constitué de la Verte Lisa Mazzone et du socialiste Carlo Sommaruga, a remporté l’élection au Conseil des Etats. Ils seront, pour quatre ans, les représentants du canton dans cette Chambre. Le résultat est sans appel, la gauche est partie en ordre de combat, la droite nous a affiché les divisions dont elle a le secret, il n’y a pas de miracle, c’est ainsi. On notera tout de même que ce mécanisme perdant est une véritable spécialité de la droite genevoise : en Valais, dans le canton de Vaud, la droite s’en sort fort bien. Nous avons, à Genève, les rois de la machine à perdre.

     

    Au Conseil des Etats, le duo de gauche, Vert-socialiste, en place depuis douze ans, va donc continuer, on change juste les personnes. En 2023, il y aura donc eu seize ans sans le moindre représentant de droite à la Chambre des Cantons, alors pourquoi pas vingt, vingt-quatre, etc. ? L’une des clefs de la réponse tient à la diversité idéologique des droites genevoises, pour des élections nationales, face à des enjeux aussi cruciaux que les rapports entre la Suisse et l’Union européenne, le protectionnisme face au libre-échange, le souverainisme face aux ensembles multilatéraux. Dans ces domaines-là, l’UDC et le PLR (ne parlons pas du PDC !) représentent bel et bien deux conceptions diamétralement opposées. Les associer sur une affiche électorale, avec une personnalité de chacun de ces partis, représenterait au fond une contradiction. On appellerait l’électeur à voter à la fois pour le chaud et pour le froid, pour le noir et pour le blanc.

     

    A cet égard, l’excellent résultat de Céline Amaudruz, partie seule, sans alliance, et décrochant tout de même plus de vingt mille voix, représente un double avantage. D’abord, c’est un résultat vrai, une photographie réelle de ce que représentent, à Genève, les forces souverainistes. Ensuite, la qualité de ce résultat, qui talonne la candidate du PDC, Mme Hirsch, est un indice de bonne santé de l’UDC genevoise, à quelques mois des municipales du printemps 2020. Là, sur les enjeux locaux, où n’interviennent ni la question européenne, ni celle de la souveraineté nationale, des alliances, commune par commune, face à la gauche, seront beaucoup plus crédibles que dans l’élection aux Etats. Sur la gestion financière, le refus de la dette et des déficits, la lutte contre l’Etat tentaculaire, mais aussi les questions de sécurité, PLR et UDC peuvent sans problème trouver une voie commune. Encore faut-il que le PLR, après avoir snobé pendant des années la section genevoise du premier parti de Suisse, commence à lui parler avec le minimum de respect qui sied à des alliés. Cela, pour l’heure, n’est pas encore gagné.

     

    Au PLR, le temps des fatigues patriciennes, arrogantes et dédaigneuses, est terminé. Une nouvelle ère s’ouvre, à Genève : celle d’une collaboration respectueuse, d’égal à égal, avec la droite souverainiste et populaire. C’est cela, la leçon de cette élection.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les Verts au pouvoir ? Mais pas du tout !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.11.19

     

    « Les grands gagnants des élections fédérales 2019 » : à lire la presse, à écouter les flashes et journaux RTS, on a l’impression que les Verts détiennent, pour quatre ans, les clefs du pouvoir ! L’impression, aussi, qu’ils vont dominer le Parlement fédéral, dicter la politique suisse, faire passer toutes les lois, et notamment toutes les taxes, qu’ils veulent, sans la moindre résistance possible des autres formations politiques. Rien n’est plus faux ! Les Verts, certes, ont progressé lors des élections fédérales du 20 octobre, et cela doit être salué. Mais enfin, gardons la tête froide : à l’issue d’une campagne hallucinante sur le thème unique du climat, qui a confiné au lavage de cerveau, les Verts ont obtenu 28 députés au Conseil national. 28, sur 200 ! C’est bien, c’est mieux qu’avant, mais à ma connaissance, cela ne constitue pas exactement une majorité. L’UDC, avec 53 élus, demeure de très loin le premier parti du pays (devant le PS à 39, le PLR à 29). Les Verts sont donc quatrièmes : à eux-seuls, sous la Coupole, ils ne pourront rien.

     

    Dès lors, pourquoi ce tintamarre ? L’explication est simple : les Verts n’ont de loin pas gagné les élections, mais ils ont remporté la bataille de la communication. Avec leur campagne d’Apocalypse sur le thème du climat, ses accents moralisants, leurs tonalités de prédicateurs ou de prophètes de la fin des temps, ils ont réussi à créer une mauvaise conscience dans le surmoi de leurs adversaires. Tous, à l’exception de l’UDC, ont cru bon de mimer les Verts, reprendre pour eux les thèmes des Verts. Pire : ils se sont mis à parler comme les Verts : « finance durable, transferts modaux, urgence climatique ». En stratégie, lorsque votre adversaire se met à reprendre vos mots, vous avez déjà gagné la bataille.

     

    Le champion toutes catégories, dans cette captation du vocabulaire, a été le PLR. Tel Monsieur Jourdain, le Bourgeois-Gentilhomme de Molière, certains candidats PLR se sont mis à verdir aussi sûrement que s’ils avaient avalé la Prairie du Grütli. Mimant les Verts, ils ont donné des voix à ces derniers, et n’en ont gagné aucune dans leur camp naturel. Il est toujours funeste, en politique, d’aller piquer les thèmes des autres, à l’instar d’une pie, dans le nid d’autres oiseaux. L’électeur, beaucoup moins dupe qu’on ne l’imagine, sanctionne la pie voleuse.

     

    Alors, la législature 2019-2023 sera-t-elle celle qui nous bombardera de taxes, achèvera d’étrangler la classe moyenne, d’appauvrir les familles, d’évaporer le pouvoir d’achat, d’étouffer toute circulation motorisée privée dans les villes ? Eh bien, cela ne dépend pas des Verts ! Avec leurs 28 sièges sur 200, ils ne peuvent rien faire. Cela dépend du PLR et du PDC. Si les taxes passent, ce sera en fonction de leur appui à la gauche. Si elles échouent, ce sera par leur alliance avec l’UDC. Cessons, donc, d’en vouloir aux Verts, on ne les changera pas. Et plaçons la gentille droite classique devant ses responsabilités.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Conseil des Etats : un boulevard pour la gauche

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.10.19

     

    Les élections fédérales ne sont pas terminées. Pour le National, les dés sont jetés : Genève a désigné ses douze députés, pour quatre ans, dans cette Chambre. Reste, le dimanche 10 novembre, le second tour de l’élection au Conseil des Etats. Là, chaque canton, quel que soit son nombre d’habitants, envoie deux personnes. Le système électoral exige des figures rassembleuses, charismatiques, capables d’aller chercher les voix hors de leur seule famille politique. La gauche tient le bastion depuis douze ans, avec une socialiste et un Vert à la Chambre des Cantons, qui ne se représentent pas.

     

    Elle tient la citadelle depuis douze ans, et pourrait bien la garder ! L’avance entre les deux premiers, la Verte Lisa Mazzone et le socialiste Carlo Sommaruga, et les autres candidats, lors du premier tour, dimanche 20 octobre, est impressionnante : quinze mille voix d’écart entre le candidat socialiste, no 2, et celui du PLR, Hugues Hiltpold, no 3 ! La candidate PDC Béatrice Hirsch arrive quatrième, l’UDC Céline Amaudruz cinquième. La gauche a su, comme d’habitude, serrer les rangs, jouer la discipline de vote. Elle le fera aussi au deuxième tour. Nul ne saurait lui en faire grief : la politique est un art du combat et des rapports de forces, rien d’autre. Et puis, en stratégie, il ne faut pas commenter les mouvements de l’adversaire, mais manœuvrer soi-même.

     

    Dès lors, quid ? Eh bien disons qu’à moins d’un sursaut phénoménal d’un électorat de droite qui, paraît-il, « ne s’était pas mobilisé » au premier tour (traditionnelle excuse des vaincus), l’affaire est entendue : longue vie à la gauche genevoise, Verts et socialistes, au Conseil des Etats ! Que du bonheur : mille ans de roses et de tournesols ! Mille ans de taxes, avec les Verts, mille ans d’impôts avec les socialistes. Ça ne vous irradie pas de jouissance, cette perspective ? Mille ans, peut-être davantage, tant que n’existera pas, au sein des droites genevoises, une stratégie dûment mise au point, non pas trois semaines avant l’échéance, mais plusieurs années. Une stratégie dont on ne dévie pas, contre vents et marées.

     

    On en est très loin. Le soir du premier tour, lors de nos émissions spéciales de Léman Bleu, à Uni Mail, la présidente de l’UDC, Céline Amaudruz, tendait une perche au président du PLR, Bertrand Reich. Ce dernier, courtois mais sans appel, lui répondait par une fin de non-recevoir. L’affaire était pliée : longue vie à la gauche ! Dès lors, on voit mal pourquoi l’électorat genevois de l’UDC, si souvent humilié, ces dernières décennies, par les tonalités patriciennes des libéraux ou les rudesses de grognards des radicaux, sans compter le mépris du parti des bénitiers, se gênerait, une seule seconde, d’inscrire un seul nom sur la liste de deuxième tour : celui de Céline Amaudruz. Nous aurions ainsi, au soir du 10 novembre, un décompte enfin précis des différentes sensibilités, au sein des droites genevoises. La politique y gagnerait en clarté. Pour l’avenir, on prendrait date.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Genève, demeure à taille humaine !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.10.19

     

    Genève est une ville extraordinaire. Et son canton, parfaitement circonscrit par les barrières naturelles que sont le Jura, le Salève, les Voirons, ne l’est pas moins. Une ville, à la fois comme un aboutissement, celui du Rhône surgi du lac, et comme une renaissance : ayant, un temps, confondu son identité avec celle du Léman, le fleuve redevient fleuve, assume son destin de cours d’eau, à travers le Jura, puis Lyon, Valence, Arles, jusqu’à la Camargue. Comme il existe des autels sur les chemins de piété, Genève constitue une étape, dans la procession fluviale. Être natif de cette ville, hors du commun, nous oblige face à l’avenir. Nous devons certes la faire évoluer, c’est la mission des architectes et des urbanistes. Mais en aucun cas nous ne devons la dénaturer.

     

    Prenez n’importe quelle photo aérienne : le miracle de Genève, c’est cet équilibre, qui relève de la pureté trigonométrique, entre le développement de la ville, puis des communes suburbaines, avec les zones vertes, forêts ou campagne. Genève a besoin de densité, et sans doute d’un peu d’élévation (sans sombrer dans le syndrome de Babel), mais aussi de verdure, de respiration. Nous avons besoin d’aimer notre ville, mais nous devons sentir, pour toujours, la providentielle proximité de la vie naturelle. Les oiseaux migrateurs, le long du Rhône. La douceur de nos sous-bois. La vitalité de nos champs, matriciels, nourriciers. Chaque habitant de Genève sera prêt à accepter une ville dense, à condition qu’il se sache à quelques minutes de la campagne. Faute de quoi, la croissance deviendra l’enfer.

     

    Je n’invite pas ici à la décroissance, suis moi-même un petit entrepreneur et sais à quel point tout est fragile. Mais j’invite à une croissance humaine, mesurée, totalement respectueuse de l’environnement, faune et flore, cours d’eau, biotopes. Nulle entreprise humaine se pourra construire sa réussite sur la destruction des équilibres naturels. A cet égard, il convient de se méfier comme de la peste d’une certaine idéologie libérale de la croissance, considérant cette dernière comme une simple courbe mathématique, tendant vers l’infini. Non, la croissance a ses limites ! Elles sont celles de la vie, du respect, de la mise de l’humain (et non du profit) au centre de tout. Si vous en avez le temps, je vous invite un lire un texte majeur, Rerum Novarum (rassurez-vous, il existe en français !), lumineuse Encyclique de Léon XIII, publiée en 1891, sur la nécessité de contenir la modernité. A l’époque, il s’agissait par exemple d’empêcher que les enfants travaillent dans des mines, c’était aussi le combat, magnifique, des socialistes.

     

    Je rêve d’une Genève belle et densifiée, dans la ceinture urbaine, avec le génie et les matériaux des architectes de demain, mais inscrite au milieu d’un écrin de verdure qui doit être considéré comme un sanctuaire. Inventer l’urbanisme des générations à venir, c’est dessiner une ville qui soit la ville, entourée d’une campagne sauvée. Vaste programme, passionnant et tellement stimulant. Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Seniors, avec nous !

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    Commentaire publié dans GHI - 09.10.19

     

    Quelles retraites pour les Suisses, dans les décennies qui viennent ? La question est majeure, c’est l’un des sujets qui préoccupent le plus les habitants de notre pays. J’ai étudié à fond l’Histoire de nos régimes de retraites, avant la Seconde Guerre mondiale, puis dès 1948 (entrée en vigueur de l’AVS), puis au milieu des années 1980 (deuxième pilier obligatoire), puis aujourd’hui, avec la pyramide des âges inversée, et un très grand nombre de rentiers, les natifs du baby-boom, à qui notre société se doit d’attribuer une retraite décente.

     

    Une chose est certaine : le premier pilier, donc l’AVS, véritable fleuron de notre système social suisse, né du besoin d’Etat de l’immédiate après-guerre (débats parlementaires passionnants en 1947), réformé par dix révisions complètes, dont trois sous le remarquable conseiller fédéral Tschudi (PS, BS, 1959-1973), doit faire l’objet de nos attentions prioritaires. C’est lui qu’il s’agit de consolider à fond, car il est mutuel et solidaire, et se fonde sur l’aide entre les générations. L’AVS est un ciment de notre cohésion sociale.

     

    Aucune réforme des retraites, en Suisse, ne pourra faire l’économie d’une consolidation de l’AVS. Les personnes âgées, qui ont fait ce pays avant nous, et nous ont légué un pays prospère, ont droit à une vie décente. J’en profite pour les saluer, toutes, très amicalement. Leurs préoccupations sont les nôtres. Et nous voulons les garder avec nous, dans le corps social de ce pays que nous aimons.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Apocalypse climatique produit surtout du brouillard !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.10.19

     

    On appelle cela l’arbre qui cache la forêt. Ces mêmes forêts, d’ailleurs, dont on nous annonçait la mort, il y a trois décennies. Je m’en souviens parfaitement, j’étais déjà dans le journalisme politique, au Palais fédéral. Le thème de la « mort des forêts » avait tétanisé une bonne partie des observateurs, fait parler de lui pendant quelques années, puis il s’était totalement dégonflé ! De fait, à l’heure où j’écris ces lignes, en octobre 2019, il me semble qu’il existe encore une ou deux forêts en Suisse, peut-être vous arrive-t-il même de vous y promener.

     

    L’arbre qui cache la forêt, c’est la mise en avant obsessionnelle du thème de l’Apocalypse climatique dans la campagne des élections fédérales du 20 octobre. Non seulement chez les Verts, mais chez beaucoup d’autres partis, dont par exemple le PLR, à la limite du ridicule dans sa conversion de la vingt-cinquième heure à un sujet qui n’apparaissait pas vraiment comme amiral, jusqu’ici, dans sa stratégie politique. Erreur majeure, au demeurant : l’électeur préfère toujours l’original à la copie, la pub du PLR pour le climat apportera des voix aux Verts, et aucune au PLR.

     

    Il ne s’agit pas ici de nier la question climatique. Ni la nécessité de produire des efforts en faveur de l’environnement. Mais demeurer lucides face à l’orchestration d’un tintamarre, cela oui ! Ne pas se laisser prendre à des sirènes de fin du monde dont les chants sont soigneusement mis en musique par un certain parti, comme à l’époque de Fukushima en 2011, à fins électorales. Ce parti en est un comme un autre, prêt comme les autres à se saisir d’une aubaine pour gagner des voix et des sièges, habité comme les autres par le jeu des ambitions, souvent personnelles, l’attrait du pouvoir. Refuser de voir cela, c’est sombrer dans la candeur.

     

    La vérité, c’est que la mise en avant du thème unique produit avant tout, dans le débat politique suisse, une immense épaisseur de brouillard, qui hélas fait paravent sur les vraies préoccupations de nos compatriotes. Ces dernières sont les primes maladie, la santé, les retraites, la solitude des personnes âgées, la formation et l’emploi des jeunes, la détresse de nos paysans, la strangulation des classes moyennes, le prix des médicaments, celui de l’essence, la surtaxation des PME, le non-remboursement des soins dentaires. Allez dans la rue, discutez avec les gens : c’est de cela, au premier chef, qu’ils vous entretiennent.

     

    Dès lors, à qui profite l’enfumage généralisé par l’exposition excessive du thème climatique ?  A court terme, aux Verts, évidemment : ils obtiendront sans doute des voix, et des sièges supplémentaires, le 20 octobre. Mais, dans une analyse plus structurelle, il n’est pas exclu que les grands gagnants de ce brouillard d’automne soient ceux qui, dans notre économie suisse, tiennent le couteau par le manche. Et qui n’ont, eux, aucun intérêt à une surexposition du malaise social. En clair, les bobos libertaires auront, une nouvelle fois, montré leur capacité à l’alliance objective avec les ultra-libéraux. La cohésion sociale suisse n’en sortira, hélas, pas gagnante.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Prix de l'essence : on veut nous pomper !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.10.19

     

    Jusqu’à l’os ! Nos chers élus aux Chambres fédérales, soumis à réélection le 20 octobre prochain, ont-ils décidé de tondre le peuple de ce pays ? Le 25 septembre, le Conseil des Etats votait une augmentation du prix de l’essence de 10 centimes par litre ! C’est l’un des aspects, encore à confirmer par le National, d’une loi sur le CO2 dont on a tant parlé. 10 centimes le litre ! Qui viennent s’ajouter aux primes maladie, au prix des médicaments, aux loyers, aux impôts. Ça n’est tout simplement plus possible, les gens sont pris à la gorge, ils étouffent. La Chambre des Cantons aurait voulu instaurer, en Suisse, le phénomène des gilets jaunes, le créer de toutes pièces, en programmer des dizaines de milliers dans la rue, elle ne s’y serait pas prise autrement.

     

    Dans quel monde vivent ces parlementaires ? Savent-ils que tous leurs compatriotes n’ont pas la chance d’avoir l’abonnement général des CFF gratuit, qu’ils ne sont pas tous des urbains ni des interurbains, qu’il existe une Suisse périphérique, oubliée des grandes infrastructures, où la voiture est indispensable ? Ont-t-ils par exemple conscience, ces puissants conseillers aux Etats, de l’existence de vallées latérales, comme en Valais, où il faut absolument un véhicule pour aller travailler en plaine ? Ne sont-ils plus là que pour courber l’échine, se plier au vent des modes, crever de trouille face au tintamarre de « l’urgence climatique », duplifier les slogans des Verts ? Où est passé leur esprit de résistance, d’existence propre, de défense de leurs idées à eux, plutôt que copier celles des autres ? Où sont leurs tripes, où est leur bide, où est le courage ? Il ne faudrait plus, sous prétexte du « tout au climat » qui emporte tout sur son passage, que se ranger derrière la bannière à la mode, quitte à pomper jusqu’à la moelle le fric de ceux qui bossent, se lèvent le matin pour aller au boulot, nourrir leur famille ? Oui, ça suffit !

     

    En plus, copier les Verts ne leur servira à rien. Parce que l’électeur, toujours, préfère l’original à la copie. Plus on brasse les thèmes Verts, plus les Verts auront des voix. N’imaginez pas, braves PDC ou PLR, que vous en gagnerez une seule en mimant la campagne de vos adversaires. En politique, il faut parler de soi, de son cœur de cible identitaire : se comporter comme une pie voleuse, qui va piquer les œufs dans d’autres nids, ne sert strictement à rien. Et puis surtout, sur le fond, un peu de vision d’ensemble du pouvoir d’achat du peuple suisse, que diable ! Vous ne voyez pas que les classes moyennes sont en voie d’étouffement ? Vous ne jaugez pas le cumul, avec toutes les autres taxes ? Vous voulez juste plaire à l’opinion rugissante d’un automne ? Mais en faisant cela, vous perdrez tout, jusqu’à votre âme ! Démocrates-chrétiens, parlez-nous de la famille ! Radicaux, parlez-nous de l’Etat ! Socialistes, parlez-nous de la justice ! Mais de grâce, cessez de vous laisser tous tétaniser par l’immense machine de propagande des prophètes de l’Apocalypse ! Il en va du crédit et de la dignité du discours politique, tout simplement. A tous, excellente semaine.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Conseil d'Etat : le courage serait de démissionner en bloc !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.09.19

     

    Le Conseil d’Etat genevois dysfonctionne. Non dans la gestion individuelle, par chaque magistrat, des sept départements. Mais en tant que collège. D’abord, parce qu’il ne dégage aucune priorité, aucune lisibilité. Ensuite, parce que la zizanie interne règne sur des questions aussi majeures que le choix du budget ou la fiscalité des classes moyennes. Mais encore, parce que les bisbilles s’étalent sur la place publique. Enfin, et c’est sans doute là le point le plus douloureux, parce qu’il n’émane de ce septuor aucune dynamique d’ensemble, aucune forme de bonheur à gouverner ensemble. En clair, cet attelage gouvernemental, quelles que soient les qualités intrinsèques des uns ou des autres, est un échec. Il n’émane de lui que discorde et dissensions. Sa capacité d’action, son crédit politique ne sont absolument plus suffisants pour qu’il fasse bouger la République, à une époque, hélas, où cette dernière en a tant besoin.

     

    « Être dans un gouvernement, me disait un jour de décembre 2003, dans le train Berne-Genève, un ancien conseiller d’Etat radical aussi lucide et brillant que vipérin, c’est co-exister avec six personnes que l’on déteste, sans jamais avoir le droit de le montrer ». Eh bien disons qu’avec le gouvernement genevois actuel, seize ans après la parole de Cassandre de l’ancien magistrat, les choses sont au moins claires : on se déteste, et on le montre ! On l’a vu, à la rentrée, avec les règlements de comptes, par presse interposée, entre l’actuel Président du Conseil d’Etat et son prédécesseur, Pierre Maudet. On l’a vu, le 21 septembre, avec un rapport de minorité de Pierre Maudet sur le budget. On l’a vu, le lundi 23 septembre, avec la révélation de la mise en minorité, révélée par l’Agence Decaprod, de la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, à six contre un, lors de la fameuse décision du Conseil d’Etat, si controversée, fin août, sur la hausse d’impôts (finalement rejetée par le Parlement).

     

    Dans cette cacophonie, les trois ministres de gauche n’ont rien à se reprocher. Ils tentent, au maximum, d’infléchir l’action gouvernementale dans le sens de leur philosophie politique, c’est de bonne guerre. Le ministre MCG, compétent et travailleur, fait également son boulot. Au sein de l’Entente, Nathalie Fontanet se montre loyale à ses engagements, c’est tout à son honneur. Tous au plus pouvons-nous nous interroger sur la ductilité idéologique du ministre de la Mobilité, qui semble franchement être passé dans le camp de la gauche. Et surtout, à quel jeu joue Pierre Maudet ? Cet homme d’instinct semble préparer un grand coup. Mais pour aller où ? Avec quels soutiens ?

     

    Dans de telles conditions de paralysie politique, le courage serait de démissionner en bloc. Libre à chacun de se représenter. Le peuple trancherait. Bien évidemment, cela ne se produira pas. Chacun tentera au mieux de gérer son département, le nez sur le guidon. Et la faiblesse de l’attelage perdurera, jusqu’au printemps 2023. Ainsi va la politique. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Aimons nos arbres !

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    Commentaire publié dans GHI - 18.09.19

     

    Votre serviteur serait-il lui-même un bobo ? Ce serait quand même le comble, si vous avez pris la peine de lire l’article ci-contre ! Oh, certes, il ne se déplace pas à vélo. Et défend mordicus le trafic privé motorisé en ville. Il est passionné, depuis l’âge de sept ans, par les guerres et les conflits, le tragique de l’Histoire. Il est persuadé de l’immanente noirceur de l’âme humaine, tant que s’exercera le jeu de miroirs du pouvoir. En clair, il ne croit que modérément à l’idée de progrès.

     

    Mais en même temps, comment ne pas aimer passionnément la nature, qui est si belle ? Sentiers valaisans, l’été, à n’en plus finir. Les bisses, les torrents, les lacs de montagne, les gentianes, le silence des vallons. Le reste de l’année, à Genève, une promenade, toujours la même depuis plus de vingt ans, sur les lieux qui furent ceux de son enfance. La même boucle, au millimètre près ! Les mêmes arbres, dont certains plus que centenaires, et parmi les plus beaux qui soient.

     

    Alors, oui ! Oui à la nature. Oui à la protection des paysages. Oui à l’amour inconditionnel des arbres. Oui à leur préservation, leur salut. Ils sont nos compagnons de vie, nos amis. Nous leur parlons, nous les admirons, nous les prenons à témoin. Ils sont nos repères, nos contemporains. Il est parfaitement normal, légitime, de se battre pour sauver des arbres. Être humain, c’est s’inscrire dans la reconnaissance de toute vie. Il n’y a, à cela, nulle sensiblerie. Juste la joie partagée de se reconnaître dans la Création.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le bobo, vous connaissez ? Portrait

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.09.19

     

    Le bobo habite en ville. Le plus près possible du centre. Près de la gare, mais pas trop, c’est mal famé. Le bobo aime la ville, son anonymat, son cocon protecteur, le champ de tous ces possibles qu’il contemple de son vélo, si possible électrique. Car le bobo se meut : pas question de demeurer immobile, ni sédentaire, quand la vie est là, qui vous appelle, avec ses promesses de cocktails, de mojitos, de légumes et céréales métissés, comme un chant recommencé du vaste monde. Le bobo ne dédaigne pas de se mouvoir, pourvu que la mobilité soit douce, silencieuse, conforme aux impératifs de l’urgence climatique. On ne doit entendre que la caresse des pneus, joueuse, sur l’épiderme érectile du macadam. Ne klaxonnez jamais le bobo, son cœur est fragile.

     

    Le bobo n’aime pas la violence. Il condamne le principe de la guerre, tient cette dernière pour une erreur de l’humanité, à corriger au plus vite. Le bobo n’étudie donc ni les conflits, ni l’Histoire, ni les traités, ni les alliances. Du passé, il veut faire table rase. Du haut de son jus de carottes où baigne la fière verticalité d’une tige de céleri, le bobo décrète la fin de l’Histoire, l’avènement d’une humanité nouvelle, délivrée du Mal. Car le bobo aime le Bien. Il entend sauver la nature, la couche d’ozone, réduire son bilan carbone, limiter le nombre de watts auxquels nous aurions droit, chacun, pour une année. Il veut chasser des villes le trafic privé, voitures, motos, scooters, comme autant de suppôts de Satan. Le bobo se bat pour le salut de nos âmes. Si nous avons le mauvais goût de rouler dans une automobile, c’est que nous sommes encore dans les griffes de l’archaïsme, hommes et femmes d’un autre temps, en attente de la délivrance par laquelle le bobo, lui, est passé. Il n’est pas notre ennemi, il nous précède.

     

    Le bobo n’est pas une brute inculte. Tenez, il aime Berlin par exemple. Pendant vingt ans, tout en roulant à vélo en ville, il a pris quarante fois une compagnie à bas coûts pour des week-ends festifs dans la capitale de l’Allemagne. Dans laquelle il a pu se pâmer d’admiration devant le règne du vélocipède. Mais, depuis quelques mois, il a pris conscience que l’avion, c’était mal. Désormais, le bobo prendra le train de nuit, via Bâle et Mannheim. De retour à Genève, il sanctifiera la mobilité douce de la ville prussienne, tout en pestant contre ces insupportables camionnettes de livraisons qui se permettent de venir polluer la cité de Calvin. Car le bobo n’aime pas les livreurs. Ni le bruit des camions. Ni le monde de l’industrie, ni celui des chantiers. Au bleu de travail prolétarien, il préfère le bleu du ciel, au-dessus de l’infini d’une piste cyclable.

     

    Le bobo n’aime pas le bruit, ni le monde des ouvriers. Pour nourrir sa réflexion sur l’écologie politique, il a besoin de silence, d’air pur. Juste le souffle d’une chambre à air, comme un zéphyr de bonheur. Longue vie au bobo, dans une humanité renouvelée, délestée du péché, plein cap sur la félicité, toutes voiles dehors.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Nos jaunes amis

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    Commentaire publié dans GHI - 04.09.19

     

    A longueur de flashes, nos antennes radiophoniques nous abreuvent d’informations sur les manifestations à Hong Kong. Avec un parti-pris immédiatement perceptible pour l’auditeur : un immense capital de sympathie pour ceux qui, là-bas, à des milliers de kilomètres de la Suisse romande, descendent dans la rue pour faire valoir leurs droits. Il n’y en a que pour Hong Kong, et on pourrait, en passant, s’interroger un peu sur les puissances qui, peut-être, seraient derrière ces manifestations.

     

    Le manifestant de Hong Kong est par essence sympathique, puisqu’il remet en cause le méchant régime communiste chinois. De même, tous les Tibétains sont sympathiques, par définition. De même, tous les Kurdes. Tout ce qui est minoritaire, face à un Etat organisé, représente par nature le Bien. Et la machine d’Etat, en face, incarne nécessairement le Mal.

     

    Pour nos beaux esprits, un manifestant a meilleur temps de battre le pavé dans un ancien Mandat britannique en Chine, que revêtu d’un gilet jaune contre la police macronienne. Parce que Macron, c’est le Bien. Il est convenable, pro-européen, libéral jusqu’à la moelle, ami des banquiers, adversaire de la Bête immonde : le gendre idéal. Oser le défier, sur un rond-point de France, c’est se comporter en gueux, casser l’harmonie de l’image, tout foutre en l’air. Alors voilà, autant le manifestant de Hong Kong est à louer, autant son jaune confrère français est à rejeter. La grille de lecture est sauvée. Le manichéisme, aussi.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • La religion du libre-échange, c'est fini !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.09.19

     

    Ouvrir la Suisse à tous les marchés du monde, permettre à nos industriels d’exporter, multiplier les passerelles commerciales avec l’étranger, c’est la vision qui, depuis des décennies, régit la politique économique de notre pays. Cette conception ne tombe pas du ciel, elle a une Histoire bien précise, avec son enchaînement de causes et d’effets. Après la Seconde Guerre mondiale, et six années de fermeture des frontières, la Suisse, au milieu d’une Europe en ruines, où régnaient la faim, les privations, les tickets de rationnement, et même le manque de charbon pour affronter plusieurs hivers particulièrement froids, a éprouvé le besoin de multiplier les Accords, s’ouvrir, diversifier les partenaires. A l’époque, elle a vu juste : il en allait de sa survie.

     

    Cette stratégie d’ouverture, pendant des dizaines d’années, s’est renforcée. En 1957, c’était le Traité de Rome, avec six pays fondateurs de la Communauté économique européenne, aujourd’hui UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), la Suisse n’en était pas, il a fallu qu’elle se fraye des pistes dans le grand monde, elle a signé des Accords de libre-échange, et là aussi elle a vu juste. Au fond, notre pays s’est comporté comme un petit entrepreneur, ne devant compter que sur son énergie propre, son réseau, pour s’en sortir. C’était l’époque où peu de gens contestaient le bien-fondé de ces Accords : tous comprenaient à quel point ils étaient vitaux.

     

    En 2019, la situation a radicalement changé. La Suisse a multiplié les Accords de libre-échange, les parlementaires se sont souvent contentés d’avaliser le travail de négociations des fonctionnaires, les référendums n’ont pas été saisis, on a laissé faire. Et au final, bien que le peuple eût pu réagir, l’impression dominante est celle d’une politique du fait accompli, d’une absence criante de contrôle démocratique, d’un défaut de vision politique sur certains pays avec qui on signe, en un mot d’une tyrannie du dogme libéral, au détriment de la justice sociale et environnementale. L’Accord, dont on parle tant ces jours, entre la Suisse (via l’AELE) et le Mercosur (Marché commun de l’Amérique latine : Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) constitue une caricature du genre, créant un déséquilibre crasse entre l’intérêt des exportateurs industriels, favorisés, et l’abandon de nos paysans, laissés en proie aux importations massives de viande bovine d’Amérique latine.

     

    Bref, aujourd’hui, le libre-échange ne passe plus. Et la Congrégation pour la doctrine de la foi libérale ne parvient plus à berner les gens, avec son dogme de l’ouverture et ses promesses de miracles. En 2019, en Suisse, les gens veulent des frontières. De la protection. Du respect et de l’aide pour nos paysans. Une conception sociale et environnementale des rapports internationaux. Ils veulent aussi un contrôle démocratique : plus question de passer des Accords en catimini à Berne, comme s’ils n’étaient qu’affaires d’experts et d’entre-soi. En un mot comme en mille, la religion du Salut par le libre-échange, c’est fini.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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