Commentaires GHI - Page 4

  • Politique : où est passée la confiance ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.12.20

     

    Au cœur de notre pays, la Suisse, il y a la confiance. Sans elle, rien de ce que nous avons construit, nous et nos ancêtres, n’existerait. La confiance entre nous tous, citoyennes et citoyens, hommes et femmes libres, adultes, responsables. La confiance envers nos autorités, celles que nous avons élues pour qu’elles accomplissent une mission. La confiance entre régions du pays, au-delà de nos différences, bien réelles. La confiance entre les habitants, Suisses, étrangers, nomades, sédentaires. La confiance entre les gens des villes et ceux de la montagne, les Suisses de la plaine et ceux de la montagne. La confiance entre les religions. La confiance entre ceux qui se réclament d’une adhésion spirituelle, et ceux qui ne s’en réclament pas. La confiance entre conservateurs et progressistes : visions différentes, mais surgies d’une même souche. Racines communes, branches éparses.

     

    Devant notre chalet valaisan, dans mon enfance, je me souviens de ces années soixante, où jamais mon père, me semble-t-il, ne fermait sa voiture à clef. Et même la clef du chalet, nous la laissions, comme des grands, quand nous sortions, sur la première poutre que n’importe cambrioleur amateur aurait immédiatement choisie pour aller la dénicher. Nostalgie, je crois, de ces années d’insouciance.

     

    Aujourd’hui, la confiance est à rude épreuve. La crise sanitaire n’a pas arrangé les choses. Le discours de l’autorité est mis en cause, ce qui est d’ailleurs parfaitement légitime de la part d’un peuple qui n’aime pas s’en laisser conter. La parole d’en haut a perdu de son crédit. Trop d’apparitions des dirigeants, trop de mots, « trop de notes », comme le hasardait l’Empereur au jeune Mozart, dans le film de Forman. Et puis, de perpétuels changements de position, un jour on ouvre, un jour on ferme, un jour on confine, un jour on libère. La parole de Berne, celle de Genève, la voix des Cantons, celle des Romands, celle des Alémaniques, celle de Macron, celle de Merkel. On gouverne par la valeur d’une seule parole, pas par la polyphonie.

     

    Ma position sur la démocratie représentative, vous la connaissez. Nous sommes, je crois, à la fin d’un processus, entamé au début du dix-neuvième siècle, au temps des diligences, où le peuple délègue ses pouvoirs à des émissaires, qui s’en vont siéger, pour des « Diètes » de plusieurs semaines, dans des Parlements nationaux. A Berne, à Paris, à Berlin. Je suis, vous le savez, partisan d’une démocratie totale, en tout cas une démocratie directe plus accomplie encore que celle d’aujourd’hui, où le suffrage universel participerait davantage aux grandes décisions. Parce que ma confiance dans le système électif n’est pas illimitée. Et c’est bien cela que nous devons sauvegarder, si nous voulons que la Suisse vive : la confiance ! Je suis le premier, je l’avoue, à ne l’accorder qu’avec parcimonie, chacun fait ce qu’il peut. Mais conservons, entre nous, ce trésor : il nous unit, là où le verbiage nous disperse. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

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  • A mercredi prochain !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.20

     

    Lorsqu’un gouvernement abuse de la parole, parce qu’il s’exprime en permanence, son autorité s’affaiblit. Les ineffables « points presse » du Conseil d’Etat genevois, depuis le début de la crise sanitaire, en sont un exemple flagrant.

     

    Singulier exercice, que cette monstration hebdomadaire du pouvoir exécutif, le mercredi après-midi. On y voit, filmés en direct, nos ministres pérorer, se remercier entre eux de se donner la parole, « Merci Madame la Présidente », « Comme l’indiquait fort justement mon préopinant », et autres tics de langage de l’officialité politique, quand elle se gonfle d’importance, et tourne en circuit fermé.

     

    Ils pérorent. Enoncent leurs directives, leurs ukases. Ils se passent la parole comme une balle de tennis. Ils sont entre eux. Se congratulent. Et en face, nulle contradiction. Juste des questions, bien sages, sur des précisions factuelles, pour « être sûr d’avoir bien compris ».

     

    La démocratie sort-elle gagnante de de ce super-show du mercredi ? La réponse est non. La parole ministérielle va dans un seul sens. Elle ne souffle nulle contradiction. Elle met en évidence, contre le vœu des locuteurs, les dissensions internes, ce qui est au mieux amusant, au pire fort pesant. Il n’y y rien. Aucun échange. Aucune vie. Juste des magistrats qui parlent, en regardant droit devant eux. « Pas de questions ? ». « Merci Madame la Présidente ». « Pour le reste, le Conseil d’Etat félicite le Président élu, M. Joe Biden ». Et la vie continue. A mercredi prochain !

     

    Pascal Décaillet

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  • Noël, Sappho, l'étoile du soir

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.20

     

    Noël approche. Nous sommes entrés dans le temps de l’Avent, qui est, pour les fidèles, celui d’une attente. La fin d’automne, le règne de la nuit, les brumes, la poisse épaisse, les rigueurs du froid. Ici et là, pourtant, quelques lumières. Noël n’est certainement pas la fête la plus importante du christianisme, en comparaison avec Pâques, mais elle est populaire, attachante, pour tant d’humains sur la terre, chrétiens ou non, croyants ou non. Elle nous annonce l’arrivée d’un enfant, c’est assez universel pour transcender tous les clivages, toutes les adhésions intellectuelles, métaphysiques, spirituelles. C’est une fête simple, imagée, son sens est immédiatement compréhensible par tous, nul besoin d’avoir étudié la théologie, ni l’Histoire des religions.

     

    Il y a des gens qui ne vont à la messe qu’une fois par an, celle de minuit. Il y en a aussi qui n’y vont jamais. Il y a ceux qui vont au culte, aux célébrations juives, musulmanes, et toutes les autres. Il y a ceux que l’idée même de religion repousse. Chacun est libre, chacun doit l’être. Et nul d’entre nous n’a à juger la foi, ni l’absence de foi, ni les doutes, ni les certitudes de son voisin. Pourtant, Noël nous rassemble. Il y a un très beau poème de Sappho, que j’avais étudié en grec à l’Université, avec André Hurst je crois, ou Olivier Reverdin, qui nous parle de l’étoile du soir qui tous nous ramène au foyer : la brebis, la chèvre, l’enfant vers sa mère. La grande poétesse de Mytilène, autour du septième, ou sixième siècle avant notre ère, en quelques mots d’un saisissante concision, nous raconte les retrouvailles de tout « ce qu’avait dispersé l’aurore brillante ». Ce poème m’a toujours bouleversé. Je me le récite, en grec, depuis quatre décennies.

     

    Je ne fais ici ni acte de foi, n’en étant pas capable, ni d’absence de foi. Je m’émerveille, comme des milliards d’humains, devant la résistance des petites lumières face à nuit, celle des sources de chaleur face au froid galactique, celle de l’énergie face à l’inertie. Je m’émerveille de la naissance d’un enfant, ce furent deux de mes plus éblouissants souvenirs. Je m’émerveille du chemin de vie, face au néant. Que dire de plus ? Si ce n’est songer à ces trois Rois, venus d’Orient, avec l’or, la myrrhe, l’encens. Qui étaient-ils ? Où allaient-ils ? Et celle étoile, qui les guidait ? Celle de Sappho, sept siècles plus tôt ?

     

    Noël est une fête ouverte. Elle n’appartient pas au seul domaine de la religion, mais à tous les humains. Elle nous annonce une naissance, et la promesse d’un salut. Elle nous réchauffe les cœurs. Elle nous figure un univers simple, austère, rural, en quête de vie et de chaleur. Elle nous fait danser des lumières dans la nuit glacée. Elle nous invite au chant. Elle nous dessine un sourire dans un décor de tristesse. Elle nous amène à nous rassembler, dans un monde où règnent solitude et dispersion. Elle nous propose une piste, comme l’étoile. Elle nous esquisse une issue. C’est une fête pour les humains, pour les mortels. Un acte de résistance, au cœur de la nuit.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'allume-cigare

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.20

     

    Tout le monde le sait, tout le monde le dit : le Conseil d’Etat, depuis les premiers jours de la crise sanitaire, ce printemps, a pris beaucoup trop de pouvoir à Genève. Directives, ukases, puissance d’une bureaucratie sanitaire à laquelle nul ne semble s’opposer, conférences de presse où le pouvoir exécutif, sans appel, a pris l’habitude de délivrer ses décisions, sans le moindre antagonisme en face, Parlement en veilleuse, opinion publique patiente ce printemps, beaucoup moins cet automne.

     

    Cette situation ne peut tout simplement plus durer. Regardez-les, ces conférences de presse, où des Conseillers – et Conseillères – d’Etat nous font la leçon, à nous le peuple souverain, nous parlent comme des régents, ou des maîtresses d’école, nous tapent sur les doigts, nous infantilisent. Et personne, en face, pour les contredire !

     

    Personne, et surtout pas le Parlement ! Il s’est refusé à lui-même les moyens de contrôle que certains de ses membres lui proposaient, notamment des Commissions d’enquête. Nos députés sont bien gentils, mais il faudrait peut-être leur offrir à chacun « L’Esprit des lois », de Montesquieu. Leur rappeler que les pouvoirs sont séparés. Que le contrôle de l’action du gouvernement constitue pour eux une mission obligatoire, au nom du peuple, et non une option, comme un allume-cigare dans une voiture neuve. Trop de députés, sur les cent du Parlement, semblent ignorer l’essence même, depuis la fin du dix-huitième siècle, de leur Chambre. A nous, le peuple souverain, de le leur rappeler. Avec une certaine férocité.

     

    Pascal Décaillet

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  • Cyril Aellen : l'excellence dans la bataille

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.20

     

    Annoncée ce mardi 24 novembre, dans l’émission « Les Yeux dans les Yeux », la candidature du PLR Cyril Aellen au Conseil d’Etat marque un tournant dans la bataille électorale du 7 mars. L’arrivée d’un candidat calme et puissant, pétri de qualités, courageux dans le combat, respectueux de l’adversaire. J’ignore absolument s’il sera élu, si la droite conservera son siège, comment la campagne va se passer. Mais une chose est sûre : qu’on aime ou non Cyril Aellen, qu’on partage ou non ses convictions politiques, voilà un poids-lourd dans la bataille. Sa campagne sera passionnante. Périlleuse, aussi : elle devra faire la part des choses entre un enracinement très fort dans le terreau du libéralisme politique, et la nécessité de convaincre au-delà de cette seule famille. L’homme est-il capable de concessions ? Doit-il seulement en faire ? L’excès d’habileté, en politique, dès qu’il devient visible, se retourne comme un boomerang contre son auteur.

     

    Pour ma part, je ne suis pas libéral, vous le savez bien pour me lire depuis bientôt dix ans dans ce journal. Je viens d’ailleurs. D’une autre droite, à la fois plus nationale et plus sociale, plus soucieuse de cohésion. Et le discours dogmatiquement libéral, depuis trente ans, centré sur les seules vertus du marché, oubliant l’Etat, la nation, les frontières, m’exaspère. Et certains représentants du libéralisme économique à Berne me font penser à des commis-voyageurs de la grande finance. Pourtant, et il y a là comme un miracle, le libéralisme d’un Cyril Aellen m’inspire un immense respect. Il respire une certaine austérité, une passion pour le travail et pour l’entreprise, un sens aigu, saisissant même, de la responsabilité individuelle. J’en ai maintes fois discuté, pendant des heures, avec le principal intéressé, il m’a si souvent convaincu. Ce libéralisme-là, illuminé par le devoir plutôt que par la jouissance, a quelque chose d’un livre ouvert dans l’immensité d’un temple, il nous confronte à notre mission d’hommes et de femmes sur cette terre, c’est quand même autre chose que signer aveuglément, à Berne, les Accords de libre-échange et les lois de dérégulation.

     

    Cyril Aellen aura face à lui d’autres candidats, de qualité. A l’interne du PLR, il devra convaincre face à Gilles Rufenacht, homme de valeur et de compétence, pour l’investiture. Chez les Verts, quatre militantes briguent la candidature, elles ont beaucoup à apporter à notre dialogue politique. Et puis, ne l’oublions pas, un certain Pierre Maudet se représente : il regorge d’ennemis, mais tout autant d’amis, qui lui sont restés fidèles dans la tempête, c’est tout à leur honneur. Rien de plus infect que la trahison, mortifère, méprisable, vêtue de pestilence. La campagne de Cyril Aellen sera difficile, semée de pièges. Cet avocat de 49 ans, brillant député, père de famille, qui fut le dernier président du Parti libéral genevois, prend le risque politique de sa vie. Rien que pour ce courage, il mérite respect et admiration.

     

    Pascal Décaillet

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  • C'est nous les patrons : vive le peuple !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.11.20

     

    « Nous sommes ici par la volonté du peuple, et n’en sortirons que par la force des baïonnettes ! ». La phrase de Mirabeau, lors du Serment du Jeu de Paume (20 juin 1789), résonne en moi, depuis l’enfance, comme l’une des plus belles jamais prononcées dans l’espace politique. Elle sonne au fond, plus encore que la Prise de la Bastille (14 juillet 1789), le vrai lancement de la Révolution française, que j’ai toujours considérée comme l’enchaînement d’événements le plus important de l’Histoire. Elle sonne la charge, parce qu’elle affirme la primauté du peuple, par la voix de ses représentants, sur toute chose. L’exact inverse, donc, de la Monarchie absolue, où le souverain est quasiment d’essence divine. Le contraire, surtout (parce que le bouleversement est plus structurel), du système de castes, avec la Noblesse et ses privilèges, le Clergé qui les partage, le Tiers-Etat qui tente de survivre.

     

    Je suis un Suisse passionné depuis toujours par la Révolution française. Mais aussi par ses suites chez nous, en Suisse romande : la République Helvétique (1798), l’essor des mouvements républicains sous la Restauration, qui sont les ancêtres des radicaux, et surtout le bouleversant « Printemps des Peuples », en cette année 1848, la plus importante de toutes, qui marque le début de la Suisse fédérale, la Suisse moderne. J’ose dire que les événements du treizième siècle, autour de 1291, avec toute la part du mythe qui le dispute à l’Histoire vérifiée, me touchent moins. Mais enfin, je suis Genevois d’origine valaisanne, ou Valaisan de Genève si on préfère : dans les deux cas, mes ancêtres (de Salvan ou d’Orsières) ne sont pas Suisses avant 1815 ! Le treizième siècle, dans cette mémoire-là, intellectuelle, familiale, spirituelle, affective, c’est vraiment très loin. Si j’étais originaire de Stans, Sarnen, Glaris, Appenzell ou Herisau, je verrais assurément les choses autrement. L’Histoire suisse, c’est le choc dialectique de ces deux champs de références : le treizième siècle, le dix-neuvième.

     

    En Suisse, nous avons encore mieux que la démocratie représentative, celle de Mirabeau : nous avons la démocratie directe ! Et là, il faut rendre hommage, j’en conviens, à des traditions plus ancestrales que le Siècle des Lumières, celles des Landsgemeiden par exemple, même si nos droits populaires modernes datent de la fin du dix-neuvième siècle. J’aime la démocratie directe, passionnément, parce que, comme dans la phrase sublime de Mirabeau, elle rend hommage à ce qui vient d’en bas. Non plus seulement le choix des personnes, mais celui des thèmes ! Hommage absolu au fleuron de nos droits : celui d’initiative, qui permet à une poignée de citoyennes et citoyens d’interpeller, un beau dimanche, la totalité du corps électoral suisse !

     

    Telles sont nos valeurs. Tel est notre trésor commun. Dans le beau temps comme dans la tourmente, dans la santé comme dans la crise sanitaire, ne renonçons jamais à exercer la démocratie. C’est nous les patrons : vive le peuple !

     

    Pascal Décaillet

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  • Avec nos restaurateurs !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.11.20

     

    Bistroquets, cafetiers, restaurateurs, tenanciers de bars, cuisiniers, serveurs, fournisseurs, nous sommes avec vous ! Parce que, depuis le début de la crise sanitaire, vous êtes en souffrance. D’en haut, d’un diktat de la bureaucratie sanitaire cantonale, ce printemps, on vous a fermés, tous. Et puis, d’un claquement de doigts, à l’orée de l’été, on vous a rouverts. Et puis, à l’automne, on vous a refermés ! On joue avec vous, avec vos nerfs, vos espoirs, vos angoisses. Vous êtes, sur le plan économique et social, les grandes victimes de la période noire que nous traversons.

     

    Nous sommes avec vous, cela signifie que nous nous réjouissons, tous, de revenir fréquenter vos établissements. Car le meilleur moyen de soutenir un restaurant, c’est tout simplement d’aller, de temps en temps, y manger un plat du jour ! Et le meilleur moyen de soutenir un libraire, c’est de lui acheter, une fois ou l’autre, un bouquin. Le reste, c’est du pipeau ! On ne va quand même pas, sur des années, jouer au yoyo avec les nerfs des gens, fermer trois mois, rouvrir trois mois, refermer. Comme si le métier de commerçant n’était rien d’autre que celui d’huissier, celui qui tient la porte, un jour il ouvre, un autre il ferme.

     

    Dès qu’il y aura eu réouverture des cafés et restaurants, il nous faudra, nous tous, un élan citoyen de solidarité. Non avec des mots. Mais juste, une fois ou l’autre, en fonction de nos capacités économiques, une petite visite dans leurs établissements.

     

    Pascal Décaillet

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  • Guy-Olivier Segond, le souffle de l'Etat

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.11.20

     

    De ma vie, je n’oublierai jamais l’homme, de treize ans mon aîné, dont j’avais fait la connaissance lors du repas d’Escalade d’une célèbre Confrérie genevoise, avec bris de la Marmite, événement considérable où le Journal de Genève avait jugé bon d’envoyer le jeune étudiant et pigiste de 18 ans que j’étais. C’était à l’automne 1976, la rugueuse tradition des grognards baignait l’assemblée d’Histoire et de gloires perdues, il y régnait un parfum de Consulat et d’Empire, la marmite était immense, je crois bien l’avoir cassée, sabre au clair, comme cadet, avec un Monsieur qui me semblait surgir des temps antiques.

     

    Mais surtout, le hasard des affectations avait placé le pigiste jouvenceau, ne connaissant de la vie que vers allemands et hexamètres grecs, face à un homme de 31 ans, mince, austère, lunettes sévères, regard prodigieusement rapide, esprit alerte, infatigable conteur. Il était conseiller juridique de Chavanne, s’était présenté à moi avec douceur, il s’appelait Guy-Olivier Segond. En deux ou trois heures, constamment interrompues par les salves et les discours de cantine, avec toasts à la Patrie, l’éminence juridique de l’homme qui régnait depuis quinze ans sur l’Ecole genevoise avait, dans un condensé explosif, fait mon éducation politique. Il parlait, je l’écoutais, il racontait, dégommait, dézinguait, pulvérisait les huiles de la République. Je l’avais trouvé fascinant, à la fois sec et drôle, hyper-cérébral, lapidaire dans ses formules. Il couvrait aussi l’événement, pour le Genevois. Mais qui est-donc cet homme étrange, m’étais-je demandé : journaliste ou politicien, chroniqueur ou acteur, Saint-Simon ou Louis le Quatorzième ?

     

    Cette rencontre première avait donné le ton de toutes les autres. Des bijoux de soliloques, le Maître parle, le disciple aère tout au plus la conversation par des relances, toute la galerie y passe, chacun y prend pour son grade, le peloton d’exécution tourne à plein régime, il n’est pas fait usage du droit de grâce. Conversations de vieux grognards, « aux guêtres de coutil », souvenirs de batailles, pessimisme sur la nature humaine. Et pourtant, le même homme, pétri d’Histoire et de connaissance des religions, était très engagé dans l’Eglise protestante, vous racontait la Réforme, les guerres de Religion, les négociations, les grands Traités, l’humanisme, le calvinisme. Visionnaire en politique, il allait puiser dans les racines du passé la sève de ses rêves d’avenir.

     

    Tenez, il était intarissable, par exemple, sur le Président américain Lyndon Baines Johnson, le méchant successeur du gentil Kennedy. Dans un trajet retour de Berne à Genève, après l’élection de Micheline Calmy-Rey (4 décembre 2002), il m’avait réhabilité de façon saisissante ce chef d’Etat boudé par l’opinion. Il m’avait raconté son rôle majeur dans les droits civiques.

     

    Guy-Olivier Segond (1945-2020) était un homme rare. D’une altitude intellectuelle peu courante dans les strates de la politique. Un homme habité par l’Histoire et par l’Etat. L’une des trois grandes figures genevoises de l’après-guerre, à mes yeux, avec André Chavanne et Christian Grobet.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Covid : un peu de respect, SVP !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.11.20

     

    Voilà un sacré bout de temps que j’alerte l’opinion publique, ici et ailleurs, sur les tonalités rugueuses avec lesquelles, du haut de la hiérarchie sanitaire cantonale genevoise, on s’adresse aux personnes qui doivent se placer en isolement. On leur parle comme à des pestiférés ! La circulaire, venant de la Direction générale de la Santé, et intitulée « décision de placement en isolement » rappelle des périodes qu’on espérait révolues. Je ne conteste en aucun cas, ici, le fond de l’affaire, et invite chacun d’entre nous à se conformer aux règles. Mais nous sommes des citoyennes et des citoyens, pas des lépreux errants des temps médiévaux, avec leurs clochettes, et nous avons droit, quand on nous parle, à un minimum de respect.

     

    Ce minimum, la circulaire le piétine. Il faut voir comme on nous parle, comme le chante si bien Souchon, il faut soupeser toute la morgue dont l’autorité (sanitaire, en l’occurrence) peut faire preuve, lorsqu’elle se sent supérieure, s’adresse à nous d’en haut, cautionnée par une autorité politique de tutelle qui semble fermer les yeux. La circulaire est libellée exactement comme un acte juridique : « En fait », « En droit », puis… « Par ces motifs, la Médecin cantonale décide de l’isolement de Monsieur X, Madame Y, etc. ». Un peu plus loin, il vous est signifié, de manière encore plus charmante, que « si la mesure n’est pas suivie, elle peut être exécutée par voie de contrainte, notamment par un transfert dans un autre lieu approprié, si nécessaire avec l’appui de la police cantonale » !

     

    Cette circulaire est un scandale. A qui s’adresse-t-on ? A des malfaiteurs, des gens qui ont transgressé la loi, pulvérisé des records de vitesse sur les routes ? Non ! On s’adresse à des hommes et des femmes libres, contribuables (et payant en cela le salaire des fonctionnaires), qui n’ont rien fait du tout, si ce n’est que le destin, le hasard de cette saloperie de virus est tombé sur eux. De quoi être inquiet, fragilisé ! Le moindre des choses serait de s’adresser à eux comme un médecin à des patients, avec respect, empathie. Et non comme un garde-chiourme. J’aimerais bien avoir en face de moi l’auteur de cette circulaire, pour lui dire ce que je pense, pas vous ?

     

    Cette lamentable affaire doit nous amener à réfléchir. Sur la nature du pouvoir – tout pouvoir, d’où qu’il vienne – mais aussi sur le sentiment d’impunité qui semble habiter certaines hautes strates de la fonction publique, lorsqu’elles parlent aux administrés. Mais encore, sur la complicité ou l’aveuglement de l’autorité politique de tutelle : cautionne-t-elle ce ton, oui ou non ? Quant à la noirceur du pouvoir, elle est partout. Y compris – nous le découvrons, à la faveur de cette crise – dans le milieu des médecins. On avait déjà pas mal entendu parler de la verticalité des mandarins. Il nous reste à nous confronter aux pépins malvenus des mandarines.

     

    Pascal Décaillet

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  • Pompier-pyromane

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.20

     

    Je ne me prononce pas ici sur l’opportunité sanitaire, mais désolé, une chose est sûre : nos politiques, à Genève et au niveau fédéral, sont en train, depuis ce printemps, de foutre par terre notre économie. Le grand sabordage, organisé non par un pays ennemi, ni par une Cinquième Colonne. Non, juste par le pouvoir, en place ici et maintenant !

    A Genève, on a rendu la vie impossible aux bistrots. On a multiplié les consignes pour les restaurants. On a fermé des bars. On a intimé au monde de la nuit l’ordre de tout arrêter, en quelques heures. Ces gens-là, ce sont de petits entrepreneurs, ils ont pris des risques, engagé des gens, vécu la folle aventure de l’entreprise privée, et les voilà sur le carreau.

    Des politiques qui, sous un prétexte que je ne juge pas, sapent eux-mêmes l’économie du pays, ou du canton, dont ils ont la responsabilité : c’est quand même, dans l’Histoire humaine, une sacrée première, vous en conviendrez !

    Peut-être l’ont-ils fait pour de bonnes raisons. Et puis, peut-être pas. L’Histoire jugera. Mais ce sacré virus aura réussi l’exploit de transformer l’Etat en pompier-pyromane : un ministre ferme des entreprises où les gens ne demandent qu’à bosser ; son collègue arrive avec la pharmacie de secours, et les « aides à l’économie ». Ce modèle de gouvernance, justifié ou non par l’impératif sanitaire, restera dans l’Histoire comme l’un des plus surréalistes que Genève et la Suisse aient connus.

     

    Pascal Décaillet

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  • Rentes AVS : même pas l'aumône !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.20

     

    Dix francs par mois d’augmentation de la rente minimum AVS en 2021, vingt francs pour la rente maximum. Cette nouvelle, tombée mercredi 14 octobre, alors que tous les regards, toutes les attentions sont fixés sur l’obsession sanitaire, est l’un des pires scandales, en Suisse, de l’année 2020. Il ne faut pas venir nous parler de chiffres, ni de courbes, ni d’indexations. Il ne faut pas venir nous enfumer avec des histoires de diagrammes. Nous parlons d’hommes et de femmes. Nous parlons de nos pères et de nos mères. Nous parlons de nos frères ou sœurs aînés. Nous parlons de nos grands-parents. Nous parlons de citoyennes ou citoyens qui ont travaillé toute leur vie.

     

    Beaucoup d’entre eux ont eu des enfants, les ont élevés, leur ont tracé le chemin. Aujourd’hui, les forces en eux n’ont plus la vigueur d’antan. Mais ils sont toujours là, humains parmi les humains, naufragés de la mémoire, témoins de notre Histoire commune. 40 ans, 45 ans de vie professionnelle, donc de travail au service du pays, de sa prospérité. Et là, au milieu d’un renchérissement général de la vie, avec des primes maladie qui ne cessent de grimper, des classes moyennes étouffées par les taxes et les impôts, ces dix misérables francs ! Ça n’est même pas un pourboire ! Même pas l’aumône ! C’est au-delà du dégueulasse, et je pèse mes mots.

     

    Comment la Suisse en est-elle arrivée là ? Comment ce pays sublime, celui du respect et de la reconnaissance, celui de la main tendue à ce qui diffère, celui des grands principes de mutualité, de solidarité de 1848, celui de la grande aventure de l’AVS dans les années 1947/48, peut-il être devenu le pays de l’oubli des Anciens ? Il y a là quelque chose de terrible, comme si l’ingratitude était la fille perdue de l’amnésie : je ne te reconnais pas, frère humain, sœur humaine, parce que j’ai moi-même perdu toute mémoire, tout repère, tout ancrage dans la durée, dans la chaîne de l’Histoire. Je ne te reconnais pas, parce que je ne suis plus capable de me reconnaître moi-même, dans ma fonction d’humain, mes priorités de citoyen. Alors, je ne reconnais plus rien. Ma vie est un marécage, mon horizon est un brouillard.

     

    Être citoyenne, être citoyen, c’est vouloir des repères. Il faut aussi des lois écrites, c’est cela la civilisation. Se passionner pour la politique, c’est dessiner des priorités. On aurait pu imaginer que le sort des personnes âgées sans trop de ressources, ou celui de nos jeunes sans emploi, ou celui des 192 apprentis au chômage à Genève, ou celui des plus faibles, des plus fragiles, fussent placés au sommet de la hiérarchie de l’urgence. La décision des dix francs vient fouetter cet espoir comme bise d’hiver, glacée. Cette décision, nous ne pouvons pas l’accepter. Le régime des retraites en Suisse, révolutionnaire en 1948, plein de vigueur et de santé dans les années Tschudi, cet exceptionnel conseiller fédéral socialiste de Bâle, qui fit à lui seul trois réformes de l’AVS, est aujourd’hui à bout de souffle. A nous d’en inventer un autre. C’est une tâche prioritaire, au nom du pays.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Vivre, bon sang !

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    Commentaire publié dans GHI - 14.10.20

     

    Pour relancer Genève, il faut rétablir, un peu partout, un certain sens des priorités. C’est valable pour les politiques. Mais aussi, pour les médias. Et au fond, pour toute citoyenne, tout citoyen, ambitionnant de s’exprimer dans l’espace public. A cet égard, une certaine hiérarchie des sujets s’impose.

     

    Ainsi, avoir le sens de ce qui préoccupe vraiment le grand nombre. Je parle beaucoup de cela, ces temps, ça n’est pas par plaisir, mais les gens, autour de moi, sont vraiment inquiets. L’économie, d’un coup, a cessé d’être une science de courbes sur des tableaux noirs, dans des Universités. Elle devient l’essentiel, la vérité des choses : ce qui nous touche, nous crée des insomnies, nous donne des ulcères. Parce que rien n’est gagné, et que la prospérité des dernières années, fondée sur beaucoup de spéculation et d’argent facile, n’était qu’une façade.

     

    Alors oui, parlons-en, de l’économie ! Et ça tombe bien : c’est passionnant. Ça nous concerne. Ça nous travaille. Ça nous oblige à nous remettre en question. Considérer autrement l’argent. Vivre plus simplement. Aller à l’essentiel.

     

    L’essentiel, c’est quoi ? Mais vivre, bon sang ! Vivre en plénitude. Soigner son alimentation. Demeurer ouvert, avec son cœur, son cerveau, ses antennes, sa curiosité. Laisser une place à l’autre. Mais pour tout cela, il faut avoir le minimum. Au-dessous d’un certain seuil, on ne pense plus qu’à survivre. Et cela, dans la société genevoise de 2020, n’est simplement pas acceptable.

     

    Pascal Décaillet

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  • Genève a besoin d'un cabinet de guerre !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.20

     

    Pourquoi se cacher la face, craindre d’utiliser les mots justes ? Genève est en crise économique, et nous n’en sommes peut-être qu’au début. Suite à la crise sanitaire de ce printemps, qui continue d’ailleurs de battre son plein, des secteurs entiers de notre économie cantonale s’effondrent : l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, le petit commerce, l’artisanat, pour ne prendre que quelques exemples. Les effets induits sont dévastateurs : les fournisseurs d’un commerçant en faillite sont affaiblis, les familles se paupérisent, le pouvoir d’achat général, principalement celui des classes moyennes, est en chute libre. Surtout, la confiance, la prévisibilité, ne sont plus au rendez-vous. Nul ne sait de quoi demain sera fait. La peur s’installe. Jeunes sans emploi, seniors guettant avec anxiété l’arrivée de la retraite, rentiers AVS n’arrivant tout simplement pas à tourner.

     

    Dans ces conditions, pour relever notre économie, il ne s’agit plus de se contenter de la bonne vieille politique pépère, au jour le jour. Mais de faire la guerre. Il faut, au plus haut niveau de notre Canton, une énergie indomptable, des ambitions parfaitement claires, exposées au grand public, soutenues par un effort de tous les instants. En termes de gouvernement, cela s’appelle un cabinet de guerre. Il n’est absolument plus pensable, dans la situation où nous allons nous trouver, de continuer avec un improbable septuor, fruit du hasard des urnes, dont les dissensions internes sont connues loin à la ronde. Et en plus, avec un vilain petit canard, mis à l’écart par ses six charmants collègues.

     

    Surtout, Genève ne peut pas se permettre d’affronter la tempête avec, à sa tête, un gouvernement constitué de sept Départements parfaitement cloisonnés, dirigés comme des silos par sept chefs, sans souci de l’ensemble. Un Conseiller d’Etat n’est pas seulement le patron d’une administration. Il est, avant tout, membre d’un collège indivisible, dont il doit être solidaire. Face à la crise, l’idéal serait que les sept s’occupent d’économie ! Chacun d’entre eux ayant des objectifs précis, mesurables, à atteindre. Au final, le collège entier gagnerait – ou perdrait – son pari de redressement. Dans le premier cas, tant mieux. Dans le second, il devrait, comme partout ailleurs dans le monde, en tirer les conséquences. Et laisser sa chance à une autre équipe.

     

    Nous ne sommes pas encore, certes, en 1929. Ni dans les Raisins de la colère, de Steinbeck. Ni dans l’Allemagne des années vingt, avec les brouettes de billets de banque, ne valant plus rien, pour payer son épicier. Nous n’en sommes pas là, mais la crise est sérieuse. La prospérité de notre pays est beaucoup plus récente qu’on ne le croit. J’entends encore mon père me raconter le Valais des années vingt, et trente. Nous devons tous nous battre. Nous avons besoin d’un gouvernement clair et fort, unitaire dans sa doctrine. Genève a besoin d’un cabinet de guerre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • L'économie, voilà l'urgence no 1 !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.10.20

     

    D’ordinaire, on se plaint de la vue trop courte des politiques. On leur reproche de ne pas voir à long terme, ne se soucier que de l’immédiat, n’avoir aucun projet d’ensemble, ne songer qu’à leur réélection. On brandit des contre-figures : de Gaulle, Mendès France, Willy Brandt, Bismarck. Fort bien. Mais le problème, c’est que juste maintenant, début octobre 2020, c’est exactement le contraire qui se produit ! La mode absolue, celle qui régente les consciences, obnubile le candidat comme l’élu, c’est le climat. Presque tous les partis ont piraté les priorités des Verts, s’imaginant qu’en surfant sur la vague, ils récolteraient des voix. Presque tous nous entonnent la chansonnette du climat. Presque tous ont repris, tels des perroquets, la petite musique des Verts, et jusqu’à leur ineffable terminologie : transfert modal, mobilité douce, transition énergétique, etc. S’il est une bataille que les Verts ont provisoirement gagnée, c’est bien celle du langage. Les plus redoutables ministres de la propagande le savent : dicter le choix des mots est une étape capitale dans la conquête des âmes.

     

    Tout cela est bien joli. Bien gentil. Aimablement pétri de nobles intentions. Mais enfin, vous regardez, de temps en temps, autour de vous ? Vous les avez vues, les queues, pour obtenir un cabas de nourriture d’une vingtaine de francs ? Vous les voyez, les entreprises qui suppriment des postes, licencient ? Les visages de certains, dans la rue, dans les trams ? Vous les lisez, au moins un peu, les pages économiques des journaux : indicateurs au rouge, perte générale de confiance, navigation à vue, règne de l’imprévisible, colère contre les ukases sanitaires les plus contradictoires, rage contre l’arbitraire, plongée du pouvoir d’achat des classes moyennes ? Désolé de refroidir ici les ardeurs climatiques tellement à la mode, désolé de décevoir tous ces ardents regards portés vers le très long terme, l’horizon théologique, l’Apocalypse. Désolé, oui, mais j’appelle de toute urgence la classe politique à recentrer ses préoccupations sur le hic et le nunc des Latins, les cris de douleur d’ici et de maintenant. Que la société suisse s’occupe en priorité des siens, les Suisses. Que la société genevoise s’occupe des résidents genevois. Priorité aux nôtres ! Nous devons sauver notre économie, nos PME, nos petits patrons et leurs employés. Nous devons sauver l’emploi. Tout cela, non pour l’horizon 2050, mais pour ici et maintenant ! Noël, c’est dans deux mois et demi !

     

    Petit entrepreneur, accroché à mon boulot, qui est certes passionnant, je rencontre tous les jours des petits patrons. Je reçois sans cesse leurs représentants dans mes émissions. Leurs inquiétudes, croyez-moi, sont gigantesques. Lorsque le régime du chômage technique aura passé, que va-t-il se passer à Genève ? Qui va survivre ? Voilà, en absolue priorité, les questions que doivent se poser nos politiques. Et ils doivent trouver d’urgentes réponses ! Quitte à mettre au frigo la si brûlante chansonnette du réchauffement.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Vous délirez, Monsieur le sociologue !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.20

     

    Et si les Suisses suivaient des cours d’intégration ? Pour s’adapter à quoi ? Réponse : à « l’hyperdiversité » qui règne dans leur pays ! Cette proposition hallucinante nous vient d’un sociologue, et déchaîne à juste titre la polémique en Suisse alémanique. L’occasion, ici, de mettre quelques points sur quelques « i ».

     

    La Suisse est un pays ouvert. Nous sommes un peuple simple et paisible, nous nous passionnons pour les pays et les cultures du monde, nous parlons trois des principales langues continentales (français, allemand, italien), et la quatrième, le romanche, attire l’intérêt des linguistes du monde entier. Nous n’avons, sur les pays qui nous entourent, aucune espèce de tentation dominatrice. Nous n’avons pas de passé colonial. Nous avons une diplomatie ouverte au monde, et sommes respectés pour notre neutralité. Je me suis rendu plusieurs fois, pour des reportages, au Proche-Orient : les peuples antagonistes de cette région du monde m’ont toujours dit qu’ils appréciaient la présence suisse, la capacité d’intermédiaire de notre pays.

     

    Et puis, la Suisse accueille beaucoup d’étrangers. La plupart viennent s’installer chez nous pour des raisons économiques. Nos compatriotes ne sont, dans leur écrasante majorité, ni xénophobes, ni racistes. Prétendre le contraire, pour nourrir telle mode de pensée, embrasée par telle flambée planétaire, jaillie du mimétisme des réseaux sociaux, c’est mentir. Et ce mensonge-là, à l’encontre du pays ouvert et tolérant qui est le nôtre, est immonde.

     

    Seulement voilà. Les Suisses, désolé Monsieur le sociologue, ne vont pas, croyez-moi, se mettre à suivre à des « cours d’intégration » pour mieux saisir « l’hyperdiversité » de leur propre pays. Cela, pour une raison simple : les citoyennes et citoyens de ce pays, hommes et femmes mûrs, adultes, libres et responsables, n’ont pas à « s’intégrer » au sein même de leur patrie ! Proposer cela, comme vous le faites, c’est renverser éhontément le fardeau de la tâche d’assimilation aux mœurs et coutumes. Ce devoir n’échoit pas aux Suisses, mais aux immigrés. Inverser les pôles, comme vous l’entreprenez, c’est mettre la République la tête en bas, nous placer aux antipodes, refuser les lois de Newton sur la pesanteur.

     

    Il appartient aux nouveaux arrivés, Monsieur le sociologue, de prouver, comme dans n’importe quel club, leur aptitude à l’intégration. D’abord, par l’apprentissage de l’une de nos langues. Par un respect absolu de nos lois. Par une participation active à notre vie commune. A partir de là, quelle que soit la couleur de leur peau, leur religion, leurs origines, tout s’efface devant leur intégration dans notre espace républicain. A partir de là, nous les saluons comme des nôtres. Car ils auront fait l’essentiel : la preuve par l’acte. Mais ce chemin, magnifique, Monsieur le sociologue, c’est à eux de le faire. D’ailleurs, l’immense majorité d’entre eux en sont demandeurs. Ils savent très bien qu’il existe un rite initiatique pour s’intégrer dans une communauté. Ils se réjouissent de l’accomplir. Alors, de grâce, Monsieur le sociologue, ne venez pas tout inverser. Ne venez pas tout casser.

     

    Pascal Décaillet

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  • Des pistes ? Volontiers !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.09.20

     

    Vous en voulez, des pistes d’économies, dans le train de vie de l’Etat ? Mais très volontiers ! Il faut d’abord que la démocratie directe, à Genève, empoigne avec férocité les sujets financiers, fiscaux et budgétaires. Ensemble à Gauche le fait, avec talent. Mais enfin, il y a d’autres partis ! On pourrait par exemple imaginer que l’UDC et le MCG (si ce dernier veut bien se sortir de sa léthargie gouvernementale) lancent des initiatives pour un Etat redimensionné sur quelques secteurs-clefs, régaliens, comme la sécurité des personnes et des biens, et la santé.

     

    Je ne dis même pas « la formation » ! Et Dieu sait si je suis pour l’Ecole ! Mais le DIP doit impérativement faire sa mue, s’il ne veut pas affronter, dans les années qui viennent, une opposition viscérale, frontale, venue d’en bas. Il doit cibler toutes ses priorités sur le front, entendez les classes, la transmission du savoir, la qualité de ce lien magique, entre maîtres et élèves, dont parle Péguy, en 1913, dans les Cahiers de la Quinzaine.

     

    Ce DIP-là, qui place au centre de tout le contact maître-élève, nous le défendrons toujours. Mais celui des appareils internes, des organigrammes byzantins, des systèmes de contrôle où on s’y perd, je dis non. Et nous disons tous non ! Le Département n’est pas, en tant qu’organe, un but en soi. Le but, c’est l’enseignement ! Et il m’est parfaitement égal, disant cela avec force, de déplaire aux syndicats. S’il faut déplaire, eh bien déplaisons !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les impôts doivent baisser à Genève !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.09.20

     

    Le topo, vous le connaissez : je vous l’ai dressé la semaine dernière : à Genève, les classes moyennes étouffent, c’est sans doute notre problème économique et social no 1, une véritable bombe à retardement, si on n’engage pas immédiatement des moyens décisifs pour la déconnecter. C’est bien joli de nous parler climat, développement durable, mobilité douce, si nous ne prenons pas maintenant le taureau de la classe moyenne par les cornes, nous fonçons dans le mur. Faut-il rappeler que les grandes Révolutions, à commencer par la plus illustre d’entre elles, celle qui mondialement sert d’exemple, la Révolution française, ont été faites non par le prolétariat (malgré les images d’Epinal, les foules en colère, les têtes emperruquées au bout des piques), mais par les classes moyennes. La bourgeoisie. Celle qui travaille. Celle qui est formée intellectuellement, professionnellement. Et qui aspire à un minimum de reconnaissance pour ce qu’elle apporte à la société. Lisez Michelet ! Lisez Tocqueville !

     

    A Genève, 36% - et même un peu plus, paraît-il – des gens ne payent pas d’impôts. On les aide pour l’assurance-maladie, pour le loyer, on les subventionne. Certaines personnes, il faut le dire, jeunes, en pleine santé, préfèrent ce statut, certes précaire, à l’idée de se lancer corps et âme dans un boulot, même modeste. Du coup, lesdits boulots modestes, on les donne à des travailleurs étrangers, moins regardants sur leurs salaires. Ces personnes, venues d’ailleurs pour faire chez nous les jobs les plus difficiles, je les admire, je leur tire mon chapeau, je leur suis infiniment reconnaissant. Individuellement, je salue leur courage. Mais désolé, il n’est pas normal de recourir à l’altérité, alors que certains Suisses, en pleine capacité de travailler, préfèrent une solution d’assistance. Je ne parle pas des personnes âgées, fatiguées, qui ont bossé toute leur vie. Je ne parle pas des personnes handicapées, ou malades. Je ne parle pas des personnes fragiles, physiquement ou psychiquement, qui méritent notre respect, notre attention, notre affection. Je parle des jeunes, en pleine forme, semblant estimer que certains boulots ne seraient pas faits pour eux.

     

    Entre cette tranche de personnes assistées, et celle, tout en haut, des nababs, ceux qui certes paient beaucoup d’impôts, mais tout de même gardent, en valeur absolue, un sacré pactole, entre ce bas et ce haut, il y a les classes moyennes. Elles bossent, parfois très dur, mais une fois payées toutes les charges, il ne leur reste pas le moindre kopeck. Et ça, socialement, moralement, c’est dégueulasse. Et c’est cela qui doit changer, sinon ça va exploser, un jour ou l’autre. Ces gens-là, désolé, doivent payer moins d’impôts. On fiscalise beaucoup trop le travail, à Genève et en Suisse. On doit réduire d’urgence les charges de l’Etat, réduire la voilure, cibler les politiques publiques sur l’essentiel. ET BAISSER LES IMPÔTS ! Et tant pis pour les apparatchiks ! Et tant pis pour les états-majors !

     

    Pascal Décaillet

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  • Les partisans roupillent ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.20

     

    « La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers » : dix mots, qui résument tout. Que vous soyez pour ou contre, l’initiative dite « de limitation » est une votation de la première importance, sur laquelle nous nous prononcerons de dimanche 27 septembre. Elle porte sur la souveraineté du pays. Mais elle porte aussi sur l’avenir des bilatérales, donc de nos relations économiques et commerciales avec l’Europe.

    L’essentiel, c’est bien la souveraineté. La capacité, pour la Suisse, à régler elle-même, en fonction de son système démocratique, le flux de l’immigration. Tenir le robinet ! Elle est une suite, au fond, à une autre initiative, fameuse, celle du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Elle demandait des quotas, des contingents. Elle avait été acceptée par le peuple et les cantons. Le Parlement a tout fait pour la vider de sa substance.

     

    La campagne bat son plein. Le patronat, les milieux économiques, ont mis le paquet. Et déboursé beaucoup d’argent, à en juger par les pubs monumentales sur les trams, les bus, les murs, les journaux, les sites en ligne. A vrai dire, on ne voit, on n’entend que les arguments des opposants. Et les partisans ? Ils roupillent ? Ils n’y croient plus ? Ils ont perdu leur légendaire verve populacière ? Pourquoi diable laissent-ils à ce point le champ libre à leurs adversaires ? Y a-t-il, à l’UDC, quelque chose de cassé, dans la dynamique ? Si oui, pourquoi ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Arrêtez de plumer ceux qui bossent !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.20

     

    Les limites du supportable. Voilà ce qu’à Genève, nous atteignons, et sans doute le seuil est-il déjà dépassé. La classe moyenne étouffe. Les gens qui travaillent, qui ont un salaire ou un revenu, mais qui ne peuvent pas mettre un seul centime de côté, parce qu’on leur prend tout ! Voilà ce que c’est, la classe moyenne. Alors, de grâce, ne venez pas, surtout de gauche, nous dire que c’est un concept flou, très relatif, subjectif. La définition que j’en donne ici est parfaitement claire. Elle correspond exactement à ce qu’éprouvent, dans leur colère interne, de plus en plus de gens à Genève.

     

    Des gens honnêtes. Des gens qui se lèvent le matin. Qui se coltinent la circulation Dal Busco pour aller bosser. Quoi triment, dur. Qui gagnent de l’argent, c’est bien le moins. Juste trop pour ne toucher aucune subvention, faire partie des quelque 36% de la population genevoise que ne paye pas d’impôts. Et largement pas assez pour être au-dessus de ces soucis, ces contingences, qui vous ulcèrent et vous empêchent de dormir. C’est cela, la classe moyenne, quelque part, sur l’échelle, entre les assistés et les nababs. N’ai-je pas été assez clair ?

     

    Et cette classe moyenne, elle en a marre. Parce qu’elle bosse, elle transpire, elle se sacrifie pour le boulot. Et le système fiscal, tel qu’il prévaut à Genève, ponctionne avant tout le fruit d’un travail, qu’on appelle communément salaire si on est employé, ou revenu si on est indépendant. Au final, peu importent les mots : ce qui compte, c’est ce qui vous reste comme pouvoir d’achat, une fois payés le loyer, la nourriture, les impôts, les taxes, les primes d’assurance maladie. Il fut un temps, à l’époque des Trente Glorieuses, les années prospères d’après-guerre, où nos parents, nos grands-parents, pouvaient mettre de l’argent de côté. Aujourd’hui, pour la classe moyenne, c’est fini. Les rentes AVS sont maigres. Et, pour tout couronner, celles du deuxième pilier fondent comme neige au soleil. Il faut arrêter de parler aux gens de « taux de conversion », terme technique qui ne veut strictement rien dire pour le grand public. Il faut leur dire la vérité : retraités, vous vivrez beaucoup plus pauvres que comme actifs. Et ça, c’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Une sourde colère commence à gronder.

     

    Les Genevois qui payent des impôts doivent impérativement en payer moins. Peut-être pas les grandes fortunes, ni les salaires mirobolants, mais en tout cas la masse de la classe moyenne. L’État doit revoir son train de vie, peser chaque centime de dépense, revoir l’équilibre des cotisations à la Caisse de pension des fonctionnaires : les deux tiers employeur, un tiers employé ne sont absolument plus acceptables, alors que dans le privé, c’est quasiment la parité. Et les indépendants financent eux-mêmes, tout seuls, l’intégralité de leurs retraites, AVS et deuxième pilier ! Ces réformes doivent se faire très vite, sans états d’âme. La classe moyenne souffre à Genève. Nous devons respecter sa douleur.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Enseignez l'Histoire, pas la morale !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.09.20

     

    Il faut tout changer, dès les premières années d’école. Tout reprendre à zéro. Il faut virer les gentils propagandistes du Bien, et enseigner aux élèves, dès leur plus jeune âge, la réalité du monde, tel qu’il est. Le monde, dans toute sa noirceur. Dans toute sa dimension tragique. Il faut enseigner ce qui est. Et de même, ce qui fut. Il faut enseigner l’Histoire, en constatant ce qui s’est passé, de façon clinique, analytique, sans s’époumoner sur le Bien et le Mal. Il faut raconter aux élèves, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’Histoire des guerres, leurs vraies causes (souvent économiques). Il faut leur dire que l’Histoire des hommes et des peuples fut marquée, et au fond l’est toujours, du sceau de la violence et du tragique. Il faut leur raconter ces guerres, puis les Traités, les alliances, comment les nations se sont formées, ont évolué, défendu leurs intérêts, asservi leurs rivaux, fait couler le sang. Tout cela, sans leur asséner des jugements moraux. Mais en prenant acte du réel.

     

    Trop de profs, aujourd’hui, enseignent l’Histoire, ou d’autres branches, en fonction de leurs désirs personnels de cheminer vers un monde meilleur. Alors, ils y introduisent la morale. Il y aurait le Bien, il y aurait le Mal, les guerriers de jadis auraient fait tout faux, il s’agirait d’établir un monde meilleur, délivré de nos pulsions de domination. Mais ces profs-là, parbleu, qu’ils enseignent le catéchisme, pas l’Histoire ! L’ascèse de cette dernière – je parle de l’Histoire politique – exige une parfaite froideur dans l’approche du réel. On lit des textes, ceux des vainqueurs, ceux des vaincus, ceux des bourreaux, ceux des victimes, on les analyse, on en met en perspective la part de propagande. On fait de la linguistique, on décortique le discours, les élèves en sont parfaitement capables, et sont les premiers demandeurs de cette distance critique. Bref, on ne milite pas ! On ne fait pas de la morale ! On cherche à comprendre !

     

    Pourquoi ce virage intellectuel est-il urgent ? Parce qu’on est en train, tout doucement, de formater une génération d’enfants du Bien, tétanisés par l’idée que puissent exister, sur cette planète sacrée, des nations, puissamment rivales, avec des soucis de sécurité, de survie, des armées, des avions de combat. Tout cela, dans leur tête, serait caduc, dépassé. Universalistes, cosmopolites, formatés par leurs maîtres à penser « planète » plutôt que « local », ces agneaux de la Béatitude sous-estiment gravement l’immanente noirceur de la nature humaine, avec ses pulsions de mort et de domination. Une étude analytique de l’Histoire, dégagée de préceptes moraux, attachée à comprendre les chaînes de causes et de conséquences, leur aurait offert une autre vision, moins bienheureuse, mais plus réaliste.

     

    Nous devons reprendre à zéro l’enseignement de l’Histoire. Il passe par une totalité dans la connaissance d’une époque (politique, économique, linguistique, culturelle). Par une élévation constante du niveau des connaissances. Et non par des cours de morale, sur le Bien et le Mal.

     

    Pascal Décaillet

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