Commentaires GHI - Page 4

  • Le rêve inavoué du pouvoir absolu

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.20

     

    Depuis la crise du coronavirus, on n’aura jamais autant vu nos pouvoirs exécutifs suisses, dans l’Histoire de notre pays, depuis 1848. Jamais autant vu nos conseillers fédéraux. Jamais autant vu nos conseillers d’Etat. Jamais octroyé autant de visibilité à un chef d’Office, à Berne, ou un médecin cantonal. Jamais autant entendu tous ces braves gens s’exprimer de façon unilatérale, sans la moindre répartie ni contrepartie en face, si ce n’est des questions sagement factuelles, pour préciser des données techniques, ou la portée de telle ou telle consigne. Nos gouvernements paraissent, délivrent la bonne parole, daignent répondre à des interrogations techniques, sur l’application des décisions, puis disparaissent. Le lendemain, ou deux jours plus tard, ils réapparaissent, sur un scénario exactement identique. C’est réglé, comme du papier à musique, comme les bandes perforées de l’orgue de barbarie. C’est la Suisse, celle des instruments de précision, des automates, au service du pouvoir.

     

    Au risque de vous surprendre, je n’incrimine en rien nos gouvernants. Ils exercent le pouvoir en temps de crise, profitent d’une visibilité qu’on veut bien leur donner, ne s’embarrassent pas de Parlements qui justement sont aux fraises, bref ils vivent à fond le rêve inespéré, inassouvi, inavoué, de tout exécutif : le pouvoir sans contradiction, ni partage. Mieux : je reconnais qu’ils le font bien ! Alain Berset est un homme courtois, cultivé, modéré, aux tonalités convenables : c’est d’ailleurs pour cela que les Chambres fédérales l’avaient préféré au tonitruant Pierre-Yves Maillard. Lorsqu’Alain Berset paraît, la Suisse est rassurée. L’aspect oraculaire de sa prise de parole, confirmée par le grand-prêtre de l’Office, M. Koch, ne semble guère contesté par l’opinion, désireuse d’être sécurisée par des Messieurs polis et présentables. L’idée que, peut-être, toute la vérité ne soit pas toujours dite, ne semble effleurer que modérément les consciences de nos concitoyens.

     

    Il va tout de même falloir que ce petit jeu cesse. Et cela, quelle que soit la suite sanitaire de la crise. Notre tradition démocratique suisse, magnifique dans ses équilibres, n’est aucunement celle d’un pouvoir exécutif hyperprésent. Tout au contraire : il est d’usage, dans notre pays, que l’apparition des gouvernants soit rare, précieuse. Nous avons, chez nous, d’autres leviers du pouvoir. Par exemple, les Parlements : Chambres fédérales à Berne, et vingt-six Grands-Conseils dans nos Cantons. Mieux, oh oui beaucoup mieux : le peuple ! Ou, si vous préférez, le suffrage universel, le collège électoral de l’ensemble des citoyennes et citoyens. Hélas, aucune de ces deux instances, législative et populaire, ne s’est réveillée pour l’heure. En quel honneur dorment-elles ? Où est-il écrit qu’elles doivent se mettre en veilleuse à la première tempête venue ? Surtout, quel clairon les réveillera ? La Suisse n’est pas composée de sujets. Mais de citoyennes et citoyens libres. Mûrs, adultes, vaccinés. Ce sont eux qui doivent reprendre la parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • La jouissance du contremaître

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.20

     

    Le télétravail ? Voilà des années qu’il était déjà possible ! Des années perdues, pour les entreprises, pour la société surtout, par conformisme, par ronron, par paresse du changement. Et plus que tout, pour maintenir, dans les boîtes et dans la fonction publique, le bon vieux contrôle physique du petit chef, version bureautique du contremaître industriel, celui qui vient vérifier, derrière votre dos, si vous faites bien votre boulot. Il aura fallu une toute petite bête, maligne et virale, pour souligner la vanité de ces rapports hiérarchiques, où la sournoiserie de la domination le dispute au génie de la tracasserie.

     

    Il y a des métiers où il faut être là physiquement. Mais il existe de nombreuses fonctions, dans une activité professionnelle, qui peuvent s’exercer derrière n’importe quel écran d’ordinateur, là où on est. Dans ce second cas, le télétravail, qui valorise la confiance et la compétence (au final, il faut bien que le boulot soit accompli), vaut mille fois mieux que venir compter ses heures dans les locaux de son employeur.

     

    La notion même de « bureau », création de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et surtout du vingtième, est de plus en plus caduque. Pourquoi continue-t-on à construire des surfaces commerciales à Genève, alors qu’une quantité d’entre elles, aujourd’hui, sont vides ? Moins de déplacements, moins de jouissance dominatrice chez les petits chefs, moins de pollution, et le boulot qui sera quand même fait ! C’est le moment d’être révolutionnaire. Ou alors, c’est à désespérer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Surchauffe : bien sûr !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    Bien sûr qu’il y a eu surchauffe ! Bien sûr qu’avant la crise, avant ce ralentissement bienvenu à tant d’égards, la planète donnait, par endroits, l’impression de ne plus pouvoir respirer ! Regardez nos villes, regardez Genève : tout le monde convient d’un point positif (un, au moins !), c’est la pureté de l’air, la qualité des parfums du printemps qui parviennent jusqu’à nos narines, le calme dans les rues. Pour quelques semaines, on a mis sur « pause », et ça fait du bien.

     

    Bien sûr, il faut que l’économie redémarre, je ne cesse de plaider dans ce sens. Parce que sans l’économie, sans notre travail à tous, il n’y a rien : ni social, ni culture subventionnée, ni systèmes de santé, ni éducation, ni recherche. Mais beaucoup d’entre nous tombent d’accord sur un point : repartir comme avant, comme en l’an quarante, sur le modèle économique antérieur, serait la pire des folies.

     

    L’être humain doit travailler. Il doit produire un effort pour vivre. Mais le travail doit être au service de l’humain, non l’inverse. Au service de toute la communauté ! Et la préservation de l’environnement doit être l’une de nos priorités. Il y a d’autres modèles de loisirs que de griller du kérosène pour aller passer des week-ends à Berlin ou Barcelone. Il faut aussi s’interroger sur la récupération commerciale des grands rassemblements. Pour ma part, je vis parfaitement bien loin des foules. Et j’écoute mes concerts le soir, sur Mezzo. De l’air, de la musique, quelques livres ! Le bonheur est là, à portée de main.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Pour une Suisse libre et souveraine !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    La crise que nous traversons depuis des semaines a beau être planétaire, elle n’en est pas moins nationale dans les réponses que chaque pays, séparément, tente de lui donner. Chaque nation, au mieux, fait ce qu’elle peut ! Mais chacune le fait pour elle-même, avec le souci prioritaire de ses citoyennes et citoyens. On sait bien que les autres, à côté, livrent la même bataille, on pense à eux, en amis. On les admire même, comme cette magnifique Italie qui chante le « Va pensiero » de Verdi sur ses balcons. Oui mais au fond, chaque pays est seul. De la toile multilatérale, celle dont la « Genève internationale » est si fière, tissée depuis 1945, que reste-t-il ?

     

    Dans cette épreuve majeure, ces conglomérats de discours et d’intentions se sont purement et simplement évaporés. L’ONU, aux fraises. L’OMS, fragilisée comme jamais par la défection américaine. L’OMC, aux abonnés absents. L’Union européenne, incapable d’exister. Le château de cartes s’effondre, et avec lui toute une idéologie mondialiste, née de l’après-guerre, ayant joué le rôle de paravent présentable, ou de feuille de vigne, à la volonté dominatrice d’un impérialisme bien précis : celui des Etats-Unis d’Amérique.

     

    Le coronavirus est un révélateur. Il jette la lumière, sans la moindre ambiguïté, sur la permanence et la primauté demeurée des nations. Oui, ces mêmes nations que toutes ces dernières décennies ont cherché à gommer, décrire comme ringardes, dépassées. Que survienne une souffrance, et les voilà qui resurgissent ! La nation italienne livre son combat, à elle, avec son génie propre. La nation française. Et notre Suisse, aussi. Toutes sont respectables. Mais chacune est seule, ne peut compter que sur son peuple. Dans la réalité vécue de l’épreuve, les bavardages mondialistes, ça ne marche plus. Moment de vérité !

     

    Alors, plus que jamais, la Suisse, notre pays, doit mettre toutes ses énergies à construire sa souveraineté. Qu’elle le fasse avec détermination, sans se laisser impressionner une seule seconde par l’image qu’elle pourrait donner d’elle-même. Souveraineté sanitaire, ça va de soi, à une époque où tant de masques, de gants, de tests de détection ont fait défaut. Souveraineté énergétique. Souveraineté alimentaire : notre population, de tout son cœur, la réclame, elle qui retrouve le bonheur d’aller s’approvisionner à la ferme. Souveraineté économique. Souveraineté monétaire, en remerciant le ciel d’avoir encore le franc. Souveraineté sécuritaire : eh oui, la bonne vieille indépendance militaire, vilipendée depuis des décennies par les pacifistes. Souveraineté politique, la clef de tout, en demeurant un pays maître de ses décisions, de son destin. Il ne s’agit pas de construire un bunker, ni un Réduit national : il s’agit simplement, tout en cultivant avec les autres l’amitié et l’échange, de demeurer une nation libre. Paisible, ouverte, souriante. Mais libre !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Simon le Stylite

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    Commentaire publié dans GHI - 15.04.20

     

    Grand, maigre, pâle, très austère dans son mode de vie : Simon Brandt, candidat battu par Marie Barbey-Chappuis dans la course à la Mairie de Genève, un est un être singulier, tellement différent du politicien genevois moyen. Il pourrait avoir le physique de Don Quichotte, le Chevalier à la Triste Figure, ce héros qui défie les moulins. Mais il lui faudrait un cheval, un Sancho Pança. Il aurait surtout besoin d’un Cervantès pour s’intéresser à lui, forger sa légende, tisser une œuvre autour de sa personne, de ses actes.

     

    Alors, plutôt que l’Homme de la Mancha, j’ai décidé d’opter pour une autre figure immortelle de l’austérité sublimée : Simon le Stylite, appelé aussi Siméon, ce Saint du début du cinquième siècle, qui vécut dans le désert, du côté de la Syrie, et choisit de passer sa vie au sommet d’une colonne. Pas vraiment l’option confort !

     

    Simon Brandt, comme son homonyme le Stylite, est un homme seul. Là déjà, j’apprécie. Il incarne même l’absolu contraire de toute mondanité : jamais nul petit-four de cocktail ne dut avoir droit au feu de ses prunelles. Un homme seul, qui vit simplement, se targue (à juste titre) d’un bilan carbone record à la baisse. Un homme seul, qui connaît à fond ses dossiers de la Ville, se bat pour des causes, ne se laisse pas impressionner. Au fond, c’est le Simon de la Colonne, oui le Siméon du désert, juste jeté là, dans le fracas de la Ville et de la chair. Un excellent politicien. A qui, pour ma part, je souhaite bon vent pour les années qui viennent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Les impôts : le fruit de notre sueur !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.20

     

    Nous sommes au cœur d’une crise majeure, je ne vous fais pas un dessin. Elle est avant tout sanitaire, et nous devons bien sûr, chaque fois, rappeler cette priorité. Mais elle est, immédiatement après, d’ordre économique et social. Car ces deux domaines vont ensemble : l’un ne saurait exister sans l’autre. Il faut d’abord l’économie, pour générer du profit. Puis, la solidarité, pour redistribuer : cela s’appelle le social. Sans les entrepreneurs, sans les travailleurs, salariés ou indépendants, sans les énergies créatrices de chacun d’entre nous lorsqu’il produit une activité professionnelle, sans nos efforts parfois sacrificiels, nulle cohésion sociale n’est envisageable.

     

    La Suisse, déjà, taxe à fond le travail. A fond, et même franchement trop. Lorsque vous êtes indépendant, par exemple, vous payez seul l’intégralité (et non la moitié, comme un salarié) de vos assurances sociales (AVS, etc.), de votre prévoyance retraite, et si vous avez le malheur de dégager un revenu vous plaçant dans la classe moyenne, alors c’est l’impôt qui violemment vient aspirer vos gains. Oui, le travail est trop taxé, il faut inventer de nouvelles formes de fiscalité. A cet égard, l’idée de micro-taxe (une initiative a été lancée) sur les transactions financières est une piste à étudier très sérieusement. Tout comme celle d’une taxe sur les géants numériques mondialisés, qui déferlent sur nos services en Suisse, sans pour l’heure être soumis à l’impôt. Ces nouvelles formes, impérativement, doivent permettre d’alléger la taxation du travail, qui devient étouffante, et n’incite guère à l’effort.

     

    Et puis surtout, cette crise va nous coûter très cher. Berne dégage des milliards, les Cantons des centaines de millions. Cet argent il faudra bien que quelqu’un le paye. Il n’est pas question, à mes yeux, que le contribuable genevois, déjà le plus taxé de Suisse, doive passer encore plus à la caisse. La classe moyenne de ce Canton (les gens qui travaillent, et n’arrivent pas à mettre un sou de côté, tant on les taxe) est déjà en voie d’étranglement. Il est encore moins question que l’Etat creuse encore davantage une dette déjà phénoménale. La légèreté avec laquelle cette hypothèse a été avancée par certains conseillers d’Etat est tout simplement consternante. Petit entrepreneur, je suis partisan d’une économie simple, prudente, et suis totalement opposé à toute forme d’endettement, y compris sous le prétexte (tellement facile !) « d’investissements ». La dette, c’est un boulet. La dette d’Etat, c’est un cadeau empoisonné pour nos enfants.

     

    Bref, nos autorités ont sacrément intérêt à apprendre à compter. Se souvenir que l’argent de l’Etat, c’est l’argent du peuple. Redimensionner l’ensemble de la fonction publique. Privilégier les postes essentiels au service de la population. Renoncer à des secteurs d’intendance, qui ne sont pas vitaux. C’est dans cet esprit que nos édiles doivent travailler. Avec rigueur, sérieux, et un immense respect pour les contribuables, qui ont donné à l’Etat le fruit de leur labeur. Le fruit de leur sueur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le confinement n'est pas un thème !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.04.20

     

    Désolé si je jette un froid, mais je considère qu’on parle beaucoup trop du confinement. Je ne porte pas, ici, de jugement sur les décisions sanitaires de nos autorités. J’en porte un – et il est sévère – sur les décisions économiques, notamment l’ordre linéaire, sans nuances ni discernement, de fermer des dizaines de milliers d’entreprises, y compris celles où le respect des distances réglementaires ne pose aucun problème. Mais je note une chose : on érige beaucoup trop le confinement en sujet de conversation, de journal intime, de réflexions partagées. Alors qu’à mes yeux, le confinement n’est pas un thème.

     

    Le thème, c’est la situation économique désastreuse dans laquelle nos autorités ont aveuglément jeté la Suisse. Le thème, c’est l’urgente nécessité de se retrousser les manches, pour relever notre pays. Le thème, c’est la survie de nos entreprises, qui étaient encore, voici quelques semaines, parmi les plus compétitives du monde. Le thème, c’est laisser entreprendre les entrepreneurs, les laisser travailler, leur foutre la paix avec la paperasse et les formalités, les laisser vivre, respirer, exister. A commencer par les indépendants, les toutes petites entreprises, deux ou trois personnes, parfois une seule, mais habitées par la fougue. Ce sont ces gens-là qui relèveront notre pays.

     

    L’effet pervers, sur lequel l’Histoire portera un regard sévère, c’est la complaisance opérée par le confinement sur les âmes et les consciences. Lorsqu’on est salarié, et que le salaire tombe à la fin du mois, ou même lorsqu’on est chômeur, avec 80% du salaire pendant deux ans, on peut sans doute mieux prendre son mal en patience, chez soi, que si on est indépendant, privé de tout revenu par décision d’en haut, angoissé pour la suite. Il ne s’agit pas d’ériger une catégorie de notre peuple contre une autre, la solidarité exige l’union. Mais enfin, il ne s’agit pas non plus, pour autant, de taire une ligne de fracture majeure entre deux systèmes de rémunération, deux rapports au monde du travail. C’est peu dire que la seconde catégorie trouvera moins de délices à tenir son journal du confinement, à faire du style sur une situation sans précédent, où chacun, sans l’avoir voulu, se retrouve reclus chez soi.

     

    Alors oui, je viens crier ici que le confinement n’est pas un thème ! Nous devons bien sûr respecter les consignes. Mais rien ne nous empêche, tout en les appliquant, d’exercer notre esprit critique ! Nos autorités, fédérales ou cantonales, nous ont imposé des normes de distance, d’hygiène, de précautions, fort bien. Elles ne nous ont pas interdit de penser ! Ni de nous exprimer, dans l’espace public, pour parler d’autre chose que de notre quotidien de confinés ! Ni d’exprimer des désaccords sur les décisions économiques. Ni d’exhorter nos législatifs, qui roupillent, à reprendre leur boulot, sous une forme ou sous une autre ! En bref, nous avons mieux à faire que raconter nos confinements. Par exemple, entreprendre toutes choses pour reprendre au plus vite le boulot. Histoire de sauver notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Toulon, novembre 42

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.20

     

    Résumons. Nous avions, il y a encore un mois, l’une des meilleures économies du monde. Nos autorités, pour des raisons que nous ne jugerons pas ici, ont décidé de la foutre en l’air, purement et simplement, et envoyant tout le monde à la maison. Elles vident les caisses des entreprises, laissent fondre les épargnes des individus, mais multiplient les conférences de presse pour nous promettre que tout cela sera compensé, au mieux.

     

    Nous assistons, sans rien pouvoir faire, à un sabordage qui n’est pas sans rappeler celui de la Flotte française à Toulon, en novembre 1942 : pour la bonne cause, on bazarde l’outil du combat, les armes du salut. On le laisse couler, mais on vient aussitôt nous échafauder mille plans, sur mille comètes, pour que tout s’arrange peu ou prou. En attendant, les navires coulés gisent dans les sables, en fond de mer.

     

    Économiquement, la Suisse procède à l’opération la plus surréaliste de son Histoire. Elle appauvrit le peuple, pour mieux venir lui faire l’aumône. Elle paralyse un système incroyablement performant, mais nous tient déjà des discours sur le retour au mouvement. Elle tue, puis nous annonce la résurrection.

     

    La perversité de ce double mouvement, détruire puis panser les plaies, fera l’objet, plus tard, d’une foule de thèses de doctorats, d’études et d’ouvrages. L’Histoire jugera, il est possible qu’elle se montre sévère. Pour l’heure, serrons les coudes. Et surtout, gardons notre esprit critique. Cela, aucun expert de Berne ne pourra nous l’ôter.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Ne sabordons pas l'économie suisse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.20

     

    Je m’exprime ici comme citoyen, mais aussi comme petit entrepreneur. Sensible à la fragilité de l’économie, à l’interdépendance entre les secteurs, à la chance que nous avons, en Suisse, d’avoir hérité de nos parents, de nos grands-parents, un pays solide et prospère. Nous sommes un peuple travailleur. Nous sommes des gens fiables. Nous ne comptons pas nos heures. Nous sommes ponctuels. Nous respectons les délais. Nous sommes des citoyens responsables : lorsqu’on nous demande s’il faut une hausse d’impôts, nous sommes capables de répondre oui ! Et nous disons non à une sixième semaine de vacances ! Lorsque je dis « nous », ce ne sont pas seulement les Suisses, mais aussi nos amis étrangers qui vivent et travaillent dans notre pays. Notre pays est respecté, dans le monde, pour son sérieux, la qualité de son travail, son souci de la finition, son respect des horaires, sa qualité d’intendance.

     

    Ces valeurs, qui peuvent faire sourire par beau temps, et même faire le bonheur des chansonniers, avec le bon vieux Suisse maniaque et ponctuel à l’extrême, prennent soudain du relief lorsque nous sommes en crise. Nous nous rendons compte que l’une des causes de notre prospérité, ce sont les qualités individuelles de chaque travailleur, chaque travailleuse de notre pays. Nous ne sommes pas des approximatifs : lorsque tout va bien, ça fait un peu ennuyeux, mais lorsque tout se déglingue, notre souci de précision fait du bien. La qualité d’une économie, c’est avant tout le pacte de confiance entre ses acteurs.

     

    Voilà pourquoi j’enrage. Et nous enrageons tous ! Tout cet édifice de qualité, sabordé en quelques jours par les décisions que nous savons. Elles sont dictées par un impératif sanitaire, que je ne juge pas ici. Je ne suis pas virologue, pas plus que climatologue ; je suis juste un petit entrepreneur, et un citoyen. J’enrage, parce que l’immobilisation de toute une économie, la paralysie dictée d’en haut, par des gens à Berne, de centaines de milliers de personnes qui ne demandaient qu’à travailler, est en train de saborder, sous nos yeux impuissants, l’une des économies les plus compétitives du monde. Saborder le travail de nos pères, de nos mères, de nos ancêtres. Il nous faudra des années pour nous relever ! Quand on a consacré toute sa vie à travailler, je peux vous dire qu’on a les boules : des centaines de milliers d’entre nous ont la rage au cœur !

     

    La priorité est évidemment, aujourd’hui, à la lutte contre le virus. Elle est à la solidarité, à la compassion avec les malades, à l’immense reconnaissance pour le personnel soignant. Mais très vite, il faudra se retrousser les manches. Nous aurons, tous ensemble, à reconstruire l’économie suisse. Puissions-nous le faire sur des bases de justice sociale, de partage, en mettant l’économie au service de l’humain, et non le contraire. Pour ma part, ce travail commence déjà maintenant, en pleine crise. En multipliant les bourses aux idées, en donnant la parole à toutes les bonnes volontés. Nous aurons raison de la crise. Nous reconstruirons l’économie suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Deuxième tour : oui !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.20

     

    Bien sûr qu’en pleine crise sanitaire, le second tour (prévu le 5 avril) des élections dans nos Mairies n’est pas la préoccupation no 1 de la population ! Les gens sont confinés. Ils doivent contempler le printemps de chez eux, voir de loin les arbres fleurir, ronger leur frein, nettoyer leurs parquets pour la centième fois, alors ne venez pas trop leur parler de conseillers administratifs, ils savent à peine ce que c’est.

     

    Et pourtant ! La crise, un jour (le plus tôt possible, nous l’espérons tous !), passera. Mais les élus dans nos 45 exécutifs communaux seront en place, dès le 1er juin 2020, pour cinq ans. Aussi dérisoire cette élection puisse-t-elle paraître, en comparaison de ce que nous vivons actuellement, elle doit tout de même avoir lieu, et le Conseil d’Etat a eu raison de la maintenir.

     

    Plus largement, et n’en déplaise à ceux qui ont toujours détesté la politique, les institutions, les lois, la vie de la Cité ne doit en aucun cas s’arrêter. Ralentir, oui. Remettre à plus tard les enjeux moins importants, privilégier l’essentiel. Mais il serait catastrophique de la voir disparaître des radars.

     

    A cet égard, la mise en congé, aux allures d’auto-dissolution temporaire, de nos législatifs, aux trois échelons de notre vie politique suisse (fédéral, cantonal, communal), n’était pas la solution à choisir. Vous allez voir comme les exécutifs vont très vite s’y habituer, multiplier les décisions par ordonnances ou arrêtés, bref se passer des Parlements. Malgré toutes les impulsions prétoriennes qui, parfois, me traversent, je ne pense pas que cela soit conforme aux intérêts supérieurs de notre pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Le virus et Beethoven

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    Commentaire publié dans GHI - 18.03.20

     

    Le danger, lorsque nous sommes confrontés à une crise majeure, du type de celle que nous traversons, c’est de la transformer en thème unique, voire obsessionnel, de conversation. Rien ne nous y oblige ! Il faut certes en parler, avec tout le sérieux requis, informer au mieux la population, répondre aux questions des gens, transmettre les consignes. Mais par pitié, rien ne nous interdit de parler d’autre chose !

     

    Dimanche soir, après avoir couvert avec mes collègues les élections municipales, j’ai écouté la Missa solemnis, de Beethoven, sur Mezzo. Puis, une extraordinaire interview du chef d’orchestre, René Jacobs, sur les circonstances de l’écriture de cette Messe par l’un des deux ou trois plus grands compositeurs de l’Histoire humaine. C’était d’une précision, d’une érudition musicologique, à couper le souffle. Et ça nous prouvait qu’un grand chef, ça n’est pas seulement des choix de tempo, mais une vie entière de culture musicale.

     

    Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que Beethoven et René Jacobs, après une journée passée dans le cambouis du concret, m’ont incroyablement lavé l’esprit. Parce qu’il y a le virus, c’est vrai, et qu’il faut en parler, et appliquer les directives. Mais aussi, parce qu’il existe, à côté du virus, avant et après le virus, un homme qui s’appelle Beethoven, cet esprit constamment en mouvement, qui a fait progresser le génie humain à des galaxies de la force de frappe du virus. Alors, s’il faut parler de l’un, parlons aussi de l’autre ! Et nous verrons bien qui gagnera. Bon courage à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Solitaires ? Oui, mais solidaires !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.03.20

     

    La crise que nous traversons place chacun d’entre nous dans une situation totalement inédite. Nul, il y a encore trois semaines, n’aurait pu en prévoir l’ampleur. Voilà qu’on nous appelle à demeurer chez nous, le plus possible. Limiter les déplacements. Nous tenir à distance les uns des autres. Ecoles fermées, cinémas, théâtres, salles de concerts. Pas de rassemblements. Faire nos courses, mais sans nous précipiter pour faire des réserves, comme si nous étions en pleine guerre. On sait que les hôpitaux font le maximum, produisent un travail admirable, avec un personnel qui lutte contre la fatigue. A ces gens, nous devons penser en priorité. Ceux qui sont malades, ceux qui les soignent.

     

    Appelés à être solitaires, nous sommes pourtant investis du devoir de nous montrer solidaires. Les deux mots se ressemblent, cela me frappe depuis des décennies. On pourrait y voir un paradoxe. Et pourtant ! Beaucoup d’entre nous, peut-être une majorité, sont des hommes et des femmes seuls, et cela bien avant la crise actuelle. Seuls chez eux. Seuls face à leur écran. Seuls dans leur tête. Mais la solitude, en aucune manière, ne signifie désintérêt, ni absence d’empathie, pour l’autre. A l’inverse, on peut être grégaire, toujours dans des grappes humaines, ou dans des foules, sans pour autant se sentir en communion avec son semblable. Méfions-nous des apparences.

     

    On nous invite à rester chez nous, ne pas frayer physiquement, pendant un certain temps, avec d’autres humains. Soit. Mais la vie est là, la vie oui, dans sa totalité, visible et invisible. La communauté des humains ne se réduit pas à leur capacité à produire de la foule, mais à sentir, en soi, ce qui nous relie en profondeur. Nous ne pouvons pas trop nous voir, nous toucher, pendant une période. Mais enfin, nous pouvons nous parler, nous écrire, nous entraider pour des choses très pratiques. Jusqu’à nouvel ordre, le virus n’a rien à voir avec celui des ordinateurs : nous avons là, tout de même, un prodigieux outil de communication à distance, nous aurions tort de nous en priver.

     

    De même, les réseaux sociaux. Je suis, vous le savez, un partisan très vif de ces nouveaux outils de communication. On peut les utiliser pour le pire : étalage de vie privée, curiosité malsaine, délation, effets de meute. Mais ils peuvent, tout autant, servir au meilleur : informer les gens, écrire et découvrir des textes, partager des émotions culturelles, ouvrir le débat. Notre solitude est donc toute relative ! Et autrement nourrie que celle d’un confiné du dix-neuvième siècle ! Pour ma part, et pour reprendre un mot célèbre – et magnifique – de François Mitterrand, je crois aux forces de l’esprit. Il a pu m’arriver, il y a une quinzaine d’années, de ne pas être, pendant de longs mois, au sommet de ma force physique : je ne me suis jamais senti aussi entouré d’humanité, visible ou invisible, qu’en cette période. Je souhaite à chacun d’entre nous le courage, la force morale, et aussi la capacité d’humour et de dérision pour traverser ces temps particuliers. De grâce, ne baissons pas les bras !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le Nil, l'Amazone

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.20

     

    Le 1er novembre 1974, j’avais seize ans, je suis allé voir Georges Marchais, le tonitruant Premier Secrétaire du Parti communiste français, dans un meeting à Plainpalais. Soirée inoubliable, mon premier contact avec le Parti du Travail, qui fêtait ses trente ans, et recevait l’illustre Français. Discours interminables, autant de Jean Vincent, notre communiste suisse aux dons d’orateur remarquables, que de Marchais lui-même. Discours-fleuves : le Nil, l’Amazone.

     

    Ce qui m’avait frappé, c’étaient les échauffourées entre jeunes, à l’entrée du meeting. Quelques droitistes aux ergots de jeunes coqs étaient venus défier les jeunes communistes, des noms d’oiseaux avaient été échangés, j’avais pu me faufiler pour pénétrer dans la salle, on avait frôlé l’échange de coups. La gauche dure, contre la droite dure : un frisson d’années 30, avec les ombres fugaces d’Oltramare et de Léon Nicole.

     

    Aujourd’hui, les jeunes ont changé. Je fréquente de très près la jeunesse politique genevoise, tous partis confondus. J’ai déjà dit, et je répète, que globalement, ces garçons et ces filles m’impressionnent par leur maturité, leurs tonalités. Ils ne sont pas là pour casser l’équipe adverse, mais pour construire, avec eux, dans une ambiance remarquable de respect mutuel, la société de demain. Ils disent leurs désaccords, mais n’attaquent pas les personnes. Au centre, ils placent le contenu, le projet politique. A cette jeunesse qui pourrait nous en apprendre, je dis bravo.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Contrôler les flux !

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    Commentaire publié dans GHI - 04.03.20

     

    Personne, à moins d’être fou, n’a jamais demandé que la Suisse ferme ses frontières. Mais de plus en plus de gens souhaitent une régulation de l’immigration vers la Suisse. Réguler, ça n’est pas arrêter : c’est contrôler les flux, en fonction de critères décidés par soi-même, non par les autres.

     

    Chaque pays, indépendant et souverain, a non seulement le droit, mais aussi le devoir de contrôler son immigration. Chaque pays décide de ce qu’il peut accepter, en quantité, en fonction de ses capacités territoriales, démographiques, économiques. Il n’y a là nulle espèce de xénophobie, c’est juste une protection de ses propres résidents, de la cohésion sociale interne à chaque peuple, qui nécessite sagesse, équilibre, aménagement du territoire, sens de la mesure.

     

    Nous voterons le 17 mai sur une « initiative de limitation », sans doute la plus importante depuis celle du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Chacun d’entre nous jugera en conscience. Mais une chose est certaine : ni les menaces du patronat, ni celles de centrales syndicales plus attachées à l’internationalisme qu’à la défense des travailleurs suisses, ni la Sainte Alliance des grands partis politiques, ne remplaceront l’intime conviction de chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays. Chacun d’entre nous vote comme il veut. Il n’a aucune leçon à recevoir de personne. Il est seul, face à l’urne. Il représente une part certes infinitésimale de l’ensemble. Mais souveraine. Et indivisible.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Coronavirus : notre immense fragilité d'humains

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.03.20

     

    Nous voilà donc confrontés à une épidémie. Qui d’entre nous, il y a seulement quelques semaines, aurait été capable de le prévoir ? Nous n’avons rien vu venir, juste pensé un moment que le mal se cantonnerait à la Chine. Et là, il est chez nous. Les proportions, à l’heure où j’écris ces lignes, sont encore modestes dans notre pays. Les autorités ont pris des mesures, dont certaines spectaculaires, chacun jugera. Notre pensée première va aux victimes. Celles d’ici, celles d’ailleurs : un humain est un humain, chacun à mes yeux en vaut un autre. Et la mort chinoise, si lointaine pour nous, vient faucher les existences, endeuiller les humains, tout comme la mort d’ici.

     

    Notre deuxième pensée, en importance et en chronologie, doit se diriger vers toutes les personnes, à Genève et ailleurs, qui vont souffrir économiquement des décisions annoncées par le conseiller fédéral Alain Berset. On aime ou non le Salon de l’Auto, je ne m’y suis pour ma part plus rendu depuis au moins quarante ans, mais une chose est sûre : cette manifestation entraîne d’inestimables retombées pour l’économie genevoise, hôtellerie, restauration, sous-traitants, petits boulots pour étudiants, etc. Le manque à gagner sera considérable. A ces habitants de notre canton, qui vont beaucoup perdre à cause d’une mesure de prévention, nous devons dire notre solidarité. Et sans doute les autorités cantonales devront-elles imaginer un mécanisme de compensation.

     

    Pour le reste, la crise que nous traversons amène chacun d’entre nous à se poser l’une des questions les plus fondamentales pour un humain : son rapport à l’autre. Déjà, on nous invite à éviter les foules. Pas trop de mains serrées, encore moins d’accolades, de l’hygiène, de la retenue. Là encore, chacun jugera. Mais cet appel à la distance ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le rapport que toute personne, dans notre communauté humaine, entretient avec l’altérité. La Chine, provenance réputée du mal en question, n’est-ce pas l’autre par excellence, le lointain, le dissemblable ? Le malade, le contaminé, doit-il cesser d’être notre frère, notre sœur, sous prétexte qu’à son corps défendant, il véhiculerait le mal ?

     

    A vrai dire, le coronavirus nous brandit un miroir : celui de notre immense fragilité d’humains. Jetés là, sur cette terre, entre naissance et mort, dans les aléas d’une existence dont nous ne maîtrisons pas grand-chose. Un soir, la foule sentimentale, innombrable et magique. Au matin du lendemain, on nous invite au confinement, peut-être à la solitude. Qui croire ? Et la sagesse, d’où viendrait-elle ? Des illuminations de l’ermite, ou des chaînes de transmission, entre les humains ? Et la joie, celle de cet inoubliable choral de Bach, cette joie appelée à « demeurer », d’où peut-elle surgir, si ce n’est d’une profonde acceptation de l’Autre ?

     

    Si cette crise épidémiologique pouvait, peut-être, susciter en chacun de nous l’une ou l’autre réflexion, on constaterait assez vite que le personnage principal, le seul qui vaille, n’est pas le virus. Mais l’être humain, sur la terre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Jacobins pète-sec

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    Commentaire publié dans GHI - 26.02.20

     

    Plongé à fond dans les élections municipales du 15 mars prochain, je n’ai jamais autant fréquenté les gens de nos Communes. J’ai déjà, ici, rendu hommage aux candidats. Mais je veux aujourd’hui aller plus loin : nos 45 Communes genevoises ont besoin de plus de considération, plus de liberté, plus d’autonomie, moins d’interventions tatillonnes du Canton, moins de jacobinisme.

     

    Il n’est pas normal que la Commune genevoise, en 2020, ait si peu de pouvoir en comparaison intercantonale, qu’elle puisse être aussi facilement « recadrée » par les juristes ou les fonctionnaires de la Couronne cantonale, qu’un Maire ou un Conseiller administratif puisse être « révoqué », comme s’il était un employé de la fonction publique cantonale.

     

    Sur la Commune, la Constituante n’est pas allée jusqu’au bout de son travail. Cet échelon de proximité, le premier entre tous, dont l’existence historique est bien antérieure à celle du Canton, doit s’affranchir des petits jacobins pète-sec de l’administration cantonale. Pour cela, il nous faudra bien sûr amender la Constitution, par exemple par la voie d’une initiative.

     

    Un Maire, un Adjoint, un Conseiller administratif, un Conseiller municipal sont des élus du peuple. Leur légitimité, là où ils opèrent, ne doit rien avoir à envier à celle d’un élu cantonal. Dans leur Commune, les élus doivent être souverains. C’est cela, l’enjeu premier de la politique communale à Genève pour 2020-2025. Au-delà des noms ou des partis que vous choisirez, en toute liberté, de glisser dans l’urne.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ville de Genève : la Croisière s'amuse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.02.20

     

    C’est un peu comme un Vaisseau fantôme. Un navire à la dérive. Il se laisse porter sur les flots. L’exécutif de la Ville de Genève, qui vit les dernières semaines d’une législature de cinq ans, multiplie les décisions les plus étrangères à son mandat. Il interfère dans la souveraineté française, en entreprenant des démarches officielles contre une autoroute dans le Chablais. Il se mêle de modifier des signaux universels de circulation. Il débaptise les noms de rues. Il se pointe en première ligne de toutes les questions mondiales concernant les droits de l’homme. Il moralise la planète. Il instruit l’univers de la lecture genevoise du cosmos, des lois de la gravitation, pour un peu corrigerait Newton et Einstein, amenderait la pesanteur, rappellerait que Genève est le centre du monde. Comme si nous en avions douté !

     

    On ne lui en veut pas. Ce quintette est sympathique, attachant, juste un peu lourd sur les notes de frais. Il aurait pu nous emmener en taxi sur la Marne ou sur Tobrouk, nous déniaiser à la Coupole, nous vendre du vent au prix du pétrole, nous n’y aurions vu que du feu. Sur les cinq, un seul (Sami Kanaan) se représente, alors déjà les souris dansent. C’est un peu comme une classe d’école, en juin, les derniers jours avant les vacances d’été. Il fait beau, les journées sont longues, on tombe amoureux matin et soir, on se dit que l’éternité est si belle qu’il faut la mordre au plus vite. Alors voilà, dans l’équipe de rêve qui gouverne la Ville depuis cinq ans, la Croisière s’amuse. On a mis la musique sur le pont, on danse, on rit, on défie les étoiles, on a juste oublié de laisser un pilote à la barre. Le cockpit est vide, mais la vie est si belle.

     

    Bien sûr, la nouvelle équipe, dès le 1er juin, reprendra le gouvernail. D’ici là, on s’occupe de tout, sauf du bateau lui-même. Surtout pas de décisions politiques, c’est vulgaire ! Non, des sujets de société, tellement dans l’air du temps. Il faut qu’ils tournent autour du climat, du féminisme, de la mobilité douce. Que certains de ces sujets ne dépendent en rien du rayon d’action de la Ville de Genève, aucune importance ! Il faut savoir s’extraire du champ, sortir du cercle, intimider les géomètres, se laisser guider par les courbes, faire rougir les chiffres. Ainsi, on aura été moderne. Urbain, au-delà des rêves les plus fous du bobo, sur son vélo électrique. S’ingérant dans les affaires françaises, on aura montré la vanité des frontières, l’universalité des rêves, l’archaïsme des nations, l’incroyable ringardise de ceux qui veulent encore y croire. Sur le pont du navire, on aura dansé, virevolté, annoncé la fin des récifs et des tempêtes. Aux successeurs, ceux d’après le 1er juin, entrés dans l’Histoire par le Port Noir, on aura laissé le soin de tout reprendre à zéro. Aller faire un tour dans la salle des machines. Définir un cap. Reprendre en mains l’équipage. Mais ça, ce sera dans une autre vie. Juste après le Déluge.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

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  • Citernes : agir, vite !

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    Commentaire publié dans GHI - 19.02.20

     

    Qui, à Genève, ne connaît les citernes de Vernier ? Il suffit de passer par l’autoroute de contournement, à votre droite direction France, pour frôler ces immenses réservoirs, qui occupent le paysage depuis des décennies. On savait déjà qu’ils n’étaient pas là pour l’embellir. On sait depuis quelques jours, grâce au Temps, qu’un projet d’attentat les visait.

     

    Il suffit de joindre ces deux mots, « citernes », « attentat », pour imaginer le pire. La zone habitée est proche, mais aussi le réseau routier, des bureaux, et surtout l’aéroport. On n’est ni en plein désert, ni en rase campagne, ni même (comme dans les années soixante) en périphérie industrielle. Non, les citernes, avec le développement des cinquante dernières années, sont maintenant au cœur d’un tissu urbain, ou tout au moins périurbain.

     

    Un homme politique verniolan, courageux et solitaire, lance l’alarme depuis longtemps. Stéphane Valente, homme de cœur et d’engagement, avait même entrepris, il y a quelques années, une grève de la faim pour que Vernier puisse se débarrasser de ses citernes. Sur le moment, dans sa commune et au niveau cantonal, on avait entendu quelques engagements, assez vagues. Et puis, plus rien.

     

    Nous sommes en février 2020. Les citernes sont toujours là. On nous dit que leur déménagement serait fort complexe et prendrait de longues années, tant d’échelons (y compris fédéraux) étant concernés. On veut bien. Mais il faut maintenant que Genève agisse, et vite. On ne peut traîner, lorsque des vies humaines pourraient être en jeu.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Vie privée, sanctuaire inviolable !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.02.20

     

    J’ai toujours été un défenseur acharné du respect de la vie privée. Celle des politiques, mais pas seulement ! Toute vie privée, de tout humain. Plus précisément : toute part de vie, que tel humain souhaite garder privée. Dans l’ordre politique, je répète depuis trente ans que la vie privée ne nous regarde pas. Nos élus, nous devons les juger sur leur action publique : ont-ils tenu leurs promesses électorales, ont-ils été capables de réformer, faire avancer une situation, débloquer des contentieux, bref servir le bien public ? A partir de là, leurs choix personnels, familiaux, leurs préférences sexuelles, tout cela les regarde, et doit laisser parfaitement indifférents les citoyennes et citoyens que nous sommes. A condition, bien sûr, que la loi soit respectée. La loi, en République, doit être notre seul critère, pas la morale.

     

    Prenons l’affaire Griveaux. Il ne s’agit pas, comme on a pu le lire, d’un « scandale sexuel ». Ce qu’a fait cet homme, à notre connaissance, n’est pas illégal. Non, le vrai scandale est qu’une vidéo à caractère strictement privé ait pu se trouver duplifiée des milliers de fois dans l’espace public, et que cette horreur ait poussé un candidat à la Mairie de Paris à se retirer de la compétition. Je ne suis pas citoyen de la Ville de Paris, mais, si je l’étais, je ne jugerais ce candidat que sur son aptitude, à mes yeux, à faire avancer la Ville-lumière : mobilité, logement, finances, chantiers culturels, grands projets, etc. Le reste me serait parfaitement égal. Je tenais déjà ce discours lors de l’affaire Mark Muller, qui pour moi n’en était pas une, n’aurait jamais dû en être une.

     

    A des années-lumière de M. Griveaux, je vais vous parler d’un autre homme, l’un de ceux que j’admire le plus dans l’Histoire contemporaine de la France. Il s’appelle Pierre Mendès France (1907-1982), il a été Président du Conseil entre le 18 juin 1954 et le 5 février 1955 : moins de huit mois ! Pendant cette période, courte et intense, cet homme austère, au physique peu flamboyant, au charisme discret, orateur moyen, s’est imposé, par sa rigueur et son imagination, comme l’un des plus grands dirigeants d’un gouvernement français, depuis la Révolution. De cet homme, croyez-moi, je sais tout, ayant tout lu sur lui. Tout, sauf une chose : je ne connais quasiment rien de sa vie privée ! D’abord, parce que lui-même en faisait très peu état. Aussi, parce que l’action publique m’intéresse autrement que la vie familiale, ou sexuelle, de tel ou tel. Cet homme, je l’admire parce que, dans son discours d’investiture, le 18 juin 1954, il a pris des engagements précis, concernant notamment la Guerre d’Indochine. Et, au jour près, il les a tenus. Voilà, chers amis, ce qui doit nous intéresser suprêmement dans la politique : la capacité d’un homme, ou d’une femme, ou d’une équipe, à tenir parole, emporter ce sentiment si rare qu’on en vient à le quérir désespérément : notre confiance. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • La Culture, partout !

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    Commentaire publié dans GHI - 12.02.20

     

    Genève, c’est une belle et grande ville, que nous aimons tous. Je ne pourrais m’imaginer vivre ailleurs. Mais Genève, c’est en tout 45 communes, toutes passionnantes ! La culture à Genève, ça n’est pas seulement le Grand Théâtre. C’est aussi la musique à Lancy, animée avec tant de fougue par Michel Bovey. Ou encore, les Spectacles onésiens, dont s’est si admirablement occupée Mme Schnyder-Masmejan. Ou les Concerts du Lignon. Ou les offres remarquables à Meyrin, Carouge, Chêne-Bourg, Thônex, pour ne prendre que quelques exemples. La culture, ce sera peut-être un jour un tout nouveau pôle à Châtelaine, notamment pour la danse, pour lequel se battent Martin Staub et Me Romain Jordan.

     

    Bref, la culture est partout dans le canton, et c’est très bien ainsi. Elle doit l’être encore davantage, principalement dans les communes. Il faut arrêter, quand on parle et on pense culture, de limiter son regard au centre historique et patricien. Pensons à Patrice Chéreau, cet artiste d’exception, et à ce qu’il avait réussi à faire de Nanterre, avec son Théâtre des Amandiers : la culture pour tous ! Et quelle culture : l’un des plus grands dramaturges de France avait fait rayonner de mille feux ce qu’il est convenu d’appeler une « Cité ».

     

    La même chose, le pari de Patrice, dans tout son orgueil et toute son ambition, doit exister dans nos communes genevoises. Plus elle est défavorisée, plus l’horizon culturel doit être là. J’y crois, dur comme fer. Par amour de Genève. Et par passion culturelle.

     

    Pascal Décaillet

     

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