Sur le vif - Page 2

  • Voir et dire !

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 12.40h

     

    Suites politiques de la manif totalement illégale de mardi : il n'existe pour l'heure, à ma connaissance, qu'une seule démarche parlementaire pour exiger des explications du Conseil d'Etat : une Question urgente écrite, annoncée hier soir par le député PLR Philippe Morel.

    Et ses 99 collègues ? Ils comptent fermer les yeux ? Jouer l'autruche ? Faire comme si rien ne s'était passé ?

    Le Parlement est le premier pouvoir de notre République. Il est le garant de l'Etat de droit. Il est là pour voir et dire. Et non feindre d'ignorer. Et se taire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le ventre de la mémoire

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 10.27h

     

    Celui qui n'a pas lu au moins trois mille livres d'Histoire, ni confronté, pour chaque sujet, le maximum de visions (celle des vaincus, dans une guerre, par exemple), ne devrait pas se lancer en politique. Toujours, il lui manquera cruellement l'essentiel : la vision diachronique, la perspective, la mise en contexte, le sens de la durée, la passion de Thucydide pour les causes et les effets.

    Le préparation pour la politique n'est certainement pas la philosophie. Ni la pure mécanique des idées. Mais l'Histoire. La prise en compte, patiente, sur des décennies de lectures et d'archives, du réel. La lente reconstitution, dans sa conscience, comme il en va d'une photographie révélée en chambre noire, d'une vérité. Avec toutes ses facettes, toutes ses contradictions, toutes ses désespérantes impasses.

    Car l'approche historique ne propose pas de solution. Ni de lois universelles. Rien de tout cela. Tout est particulier, infinitésimal parfois, il faut aller y voir de très près. J'ai plus appris sur certains éléments du Troisième Reich, à la sortie de l'enfance, en lisant la correspondance en allemand de ma mère avec des gens qu'elle avait fréquentés en 1937 et 1938, que dans des quantités de livres.

    Il faut aller voir. Il faut gratter. Il faut rejeter la morale et le jugement. Il faut constituer le réel dans sa conscience. En accepter l'insondable complexité. Multiplier les sources et les témoignages. Se garder de tout universel. Laissons le ciel aux cosmopolites. Plongeons-nous dans les entrailles de la terre. Dans le ventre de la mémoire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Non, la Suisse n'est pas raciste !

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 22.55h

     

    Non, non et non, la Suisse n'est pas un pays raciste ! Le seul fait de libeller ainsi les choses est immonde. Il y a certes, dans notre pays, des dérapages, et ils doivent assurément être condamnés. Car tout être humain en vaut un autre, aucun problème avec cela !

    Mais venir transposer, par pur opportunisme de manifestants professionnels (les éternels agités, qui guettaient depuis trois mois l'occasion de retrouver cette rue qu'ils adulent), la vraie question du racisme aux États-Unis, vieille comme l'Histoire de ce pays, sur notre Suisse, est un procédé inqualifiable.

    Pour ma part, et je me contrefous de mon image auprès des bobos, je n'accepte pas ce procédé. Il me révulse ! J'invite tous les Suisses qui pensent comme moi à se révolter contre cette dictature bruyante de la minorité.

    Quant aux éternels agitateurs de la rue, peu importe la cause, pourvu qu'on batte le pavé, ils doivent rendre des comptes à la justice pour les manifestes transgressions de distances, au mépris de toutes les règles, ce soir. Ils sont faciles à trouver : certains, qui remuent la tourbe depuis plus de quarante ans à Genève, appelaient déjà, il y a quelques jours, à la manif des cyclistes. Ces gens-là doivent assumer leurs responsabilités. La République des manifs, la République des gueulards, la République de la rue, c'est non !

     

    Pascal Décaillet

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  • Colère et dégoût

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 21.01h

     

    Les centaines d'images de la manif de ce soir sont parfaitement claires : aucune distance n'a été respectée. La loi républicaine a été bafouée. Pendant ce temps, on tyrannise commerçants et restaurateurs avec des règles et des contrôles tatillons. C'est parfaitement dégueulasse. À Genève, il y a désormais deux poids et deux mesures face à la loi. Immense colère citoyenne. Et une forme de dégoût. Les 495'000 Genevois n'ayant pas participé à cette catharsis de la transgression doivent maintenant se faire entendre.

     

    Pascal Décaillet

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  • Puisque leur cause est celle du Bien !

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 13.51h

     

    Il existe, à Genève, une toute petite portion de la population, flirtant avec l'infinitésimal, qui descend dans la rue. Toujours les mêmes. Tandis que l'écrasante majorité, à l'instar de votre serviteur, ne manifeste jamais. Je dis bien : jamais.

    Ces tonitruants minoritaires, combien sont-ils ? Quelques centaines. Disons même quelques milliers. Seraient-ils, toutes causes confondues, un réservoir total de vingt-mille (et là, je suis généreux dans l'estimation !), qu'il demeurerait tout de même, dans le Canton, quelque 480'000 personnes pour ne JAMAIS manifester. Je dis bien : JAMAIS.

    Sur la masse de la République, nos manifestants professionnels sont donc une poignée ! Toujours des gens de gauche. C'est normal, cette famille politique squatte, accapare, monopolise la rue, depuis 1945. Trois quarts de siècle de banderoles rouges, de postillons dans les haut-parleurs, ça crée des habitudes, on s'installe, on est chez soi. Pour un peu, on descendrait dans la rue en pantoufles, traîner ses savates et, dans la foulée, son blues.

    Les générations passent. Dans les familles de gauche comme dans la noblesse de robe, sous l'Ancien Régime, on se transmet la charge. Comme dans les paroisses, à l'ombre des clochers. La manifestation n'est-elle pas une procession ? Pas de Vierge noire, mais la marée rouge des slogans. Sinon, même litanie. Même liturgie. Dans la rue, tu jouis, tu communies, tu exploses du bonheur terrestre et charnel de la présence.

    A partir de là, les causes pourraient presque (à un esprit chagrin) ressembler à des prétextes. Un jour, les gentils Kurdes. Un autre jour, les gentils Arméniens. Ou encore, les gentils Tibétains. Le nucléaire. L'anti-militarisme. Le climat. Le féminisme. Ah ben tiens, le racisme en Suisse, pourquoi pas : on surfe sur l'affaire Floyd, on se dit qu'on pourrait exporter la question - bien réelle, et pertinente - du racisme aux États-Unis.

    Alors, d'un coup de baguette, on helvétise la cause, pourquoi se gêner ! Et hop, on descend dans la rue, à l'heure de pointe ! Et on se sanctifie d'emmerder le bon bourgeois bosseur, le cochon de payeur d'impôts et de taxes, qui a le mauvais goût de rentrer de son travail, via le centre-ville, à ce moment-là. On lui en aura fait voir, à ce gros porc ! On lui aura ouvert les yeux sur ces plaies de la Suisse que, de son auge aveugle, il est incapable d'entrevoir. Eh oui, Robert, la Suisse est raciste, tu refuses de le voir, nous t'abreuvons de lumière.

    Chaque fois que Genève manifeste, c'est une certaine famille qui descend dans la rue. Avec ses rites, ses couleurs, ses canons de conventions. Le Ciel est avec eux, avec tous ses archanges et tous ses séraphins. Puisque leur cause, comme l'éternelle blancheur de leurs consciences, est celle du Bien.

     

    Pascal Décaillet

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  • Poids et mesures

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    Sur le vif - Lundi 08.06.20 - 15.26h

     

    Les blanches âmes qui manifestent contre "le racisme en Suisse" prendront-elles aussi la rue pour dénoncer la maigreur des retraites, les conditions de vie de nos aînés, la précarité croissante de la classe moyenne, la fiscalité étouffante du travail, les oubliés de la libre-circulation, le chômage des résidents face à la pression migratoire, le scandale absolu des primes maladie ?

    Ou, peut-être, ces quelques causes vulgaires - face à l'universalité cosmique de la première - ne seraient-elles pas assez porteuses, en termes d'image, dans les cocktails branchés ? Où l'on prendra soin, of course, de se rendre à vélo. Sur les bandes cyclables de Sergio-la-Terreur.

     

    Pascal Décaillet

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  • Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être !

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    Sur le vif - Samedi 06.06.20 - 18.07h

     

    La liberté d'expression n'existe pas. Tout le monde en parle, tout le monde la promeut, mais elle n'existe pas.

    Ceux qui la brandissent avec le plus de majesté, ou de fureur messianique, sont en général les premiers à la déchiqueter, dès qu'ils se sentent eux-mêmes atteints, ou en danger. La sauvegarde de chaque intégrité s'impose immédiatement sur les grands principes universels, c'est ainsi, c'est viscéral, c'est la vie. L'humain n'est pas une idée abstraite, mais un champ de forces physiques, avec leurs antagonismes, leurs contradictions.

    Même dans notre bonne Suisse, pays libéral sur le plan de la pensée, cette liberté n'existe pas, autrement que comme intention posée. Un principe intellectuel, tout au plus. En réalité, y a des choses, tout simplement, qu'on ne peut pas dire. Soit parce qu'elles sont interdites (à tort ou à raison, chacun jugera) par la loi. Soit, plus sournoisement, parce que les énoncer vous exposerait à tellement d'ennuis qu'à la réflexion, après avoir hésité un moment, vous préférez renoncer. Pourquoi s'incendier l'estomac, se torturer d'insomnies, si on peut l'éviter ?

    Dans cette opacité de plomb, il y a bien, ici ou là, quelques percées de lumière. Leur vie, infiniment brève, est celle des comètes. Ou des feux de Bengale. Elles nous distraient. Nous les tolérons, pourvu qu'elles demeurent instantanées. Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être ! Plus pervers : les organes du pouvoir et de la convenance, si nombreux dans notre espace public, sont les premiers à leur octroyer une apparence de droit de cité, comme un frisson d'orgasme canaille, retenu puis hurlé, sur un sofa bourgeois.

    Il y a des sujets que nul n'ose aborder. Et qui pourtant nous tourmentent, un grand nombre d'entre nous. Mais il faut les taire, sinon c'est la foudre.

    En vérité, je ne suis pas sûr que nos sociétés européennes de 2020, la Suisse, la France, l'Italie, l'Allemagne, soient intellectuellement beaucoup plus libres que celles d'il y a 100 ans, ou 150, dans les mêmes pays. Pour avoir longuement travaillé sur la presse française et suisse romande des années Dreyfus (1894-1906), avec la folie de ses passions et de ses antagonismes, je suis même persuadé du contraire. La presse de cette époque-là était sanguine, excessive, injuste, fébrile, enflammée, dégueulasse même parfois. Mais elle était plus libre que celle d'aujourd'hui. Je ne dis pas meilleure, je dis plus libre.

    Alors ? Alors, rien ! Je n'ai rien d'autre à ajouter. Chacun jugera, selon son coeur, selon son âme, selon la puissance de ses haines, ou celle de ses passions. Chaque humain est un univers. Chaque conscience est libre de se taire. Ou de parler. J'ai lu ça quelque part dans Luther, dans sa traduction allemande de la Bible, 1522. Et nul d'entre nous n'a, au fond, à juger le degré de lâcheté - ou de courage - de son voisin. Qu'il s'occupe déjà de lui-même. Le champ est vaste. Une vie jamais n'y suffira.

     

    Pascal Décaillet

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  • Ah, les sottes gens !

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    Sur le vif - Jeudi 04.06.20 - 12.54h

     

    Singulière période, où le prolétaire se déplace en voiture, et où le bobo urbain jouit de l'horizontalité silencieuse des pistes cyclables.

    Le prolétaire ? Le petit artisan, l'ouvrier. Il n'a pas la chance d'habiter au centre-ville, il a besoin de son véhicule. Il en a rêvé longtemps, il a mis des années à pouvoir se l'offrir. C'est lui, bien souvent, qui ronge son frein dans les bouchons, à côté d'une piste cyclable aussi démesurément large que vide.

    Le bobo ? Habite en ville. Travaille en ville. Vote Vert. Aime les mots nouveaux : transition énergétique, transfert modal, énergies renouvelables. Cultivé, souvent. Doux, agréable. N'aime pas le cambouis. Ni le bruit, ni les moteurs. Aime le télétravail, sauf que son vélo lui manque. Pas de gros mots, pas d'ébullition, jamais hors de soi. La vie s'écoule, paisible, comme une éternité de petites graines.

    La guerre des transports est aussi cette guerre-là. Une bonne vieille guerre sociale. Entre le nanti, protégé à l'extrême dans son cocon, et l'infâme petit indépendant, avec sa camionnette de mauvais goût, même pas lavée. Même pas de badge "Nucléaire, non merci !" collé sur sa vitre arrière. Ah, les sottes gens !

     

    Pascal Décaillet

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  • Complot : nos révélations !

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    Sur le vif - Mercredi 03.06.20 - 13.03h

     

    Dans le tumulte des passions, aujourd'hui, deux forces antagonistes :

    1) Le pouvoir. Qui règne et se maintient en s'appuyant sur des dogmes. En matière sanitaire, par exemple. Ou climatique. Chaque dogme a sa secte, ses experts, ses grands-prêtres. Les plus inspirés, sans même se dévêtir, s'immergent dans les eaux baptismales du Jourdain.

    2) Ceux qui remettent en cause ces dogmes. Donc, remettent en cause le pouvoir qui les porte.

    Les partisans du champ 1, parmi lesquels pas mal de bouffons allaités à la Voie lactée du pouvoir, traitent ceux du champ 2 de complotistes. Appellation contemporaine du Cathare.

    La vie est simple et belle comme un feu de bûcher.

     

    Pascal Décaillet

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  • Oubliez l'Europe, regardez l'Allemagne !

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    Sur le vif - Mardi 02.06.20 - 06.34h

     

    Ma passion puissante pour l'Histoire de l'Allemagne et celle de la France, en profondeur depuis au moins 45 ans, m'amène à considérer comme très périphérique la question dite "européenne". Le mot même, "Europe", n'évoque pas grand-chose pour moi.

    Il évoque certes un continent. Dont j'ai visité presque tous les pays, certains (Allemagne, France, Italie) à d'innombrables reprises. On pourrait évoquer la fiction même que constitue l'étiquetage de la planète en cinq continents, mais bon, allons-y pour le continent européen. Je suis monté au Cap Nord, avec ma famille, l'été 1968, j'ai ressenti puissamment l'épine dorsale de l'Europe physique.

    Mais il n'y a pas, il n'y a jamais eu d'Europe politique. L'Empire carolingien, puis le Saint-Empire Romain-Germanique, ne constituent en fait que des jeux d'alliances fluctuants, fragiles, entre familles royales, liens d'intérêts économiques et financiers, en certaines parties de l'Europe.

    Le conglomérat appelé aujourd'hui "Union européenne" n'a aucune dimension politique. Il n'a ni défense commune, ni affaires étrangères, deux éléments qui constituent la puissance de souveraineté d'une communauté humaine. Dans la crise sanitaire que nous venons de traverser, l'UE s'est liquéfiée, elle a disparu, seules les nations ont agi. Chaque nation séparément, pour elle-même. Le concept de préférence nationale s'est naturellement imposé, sans provoquer le moindre débat. L'Europe, aux abonnés absents.

    Mieux : le jeu très ancien de triangulation entre trois pôles dominants (France, Allemagne, Angleterre) n'a cessé d'opérer, tout au long de l'Histoire de l'Europe communautaire. Réconciliation franco-allemande les premières années, tentative de greffe britannique en 1972, puis inexorable montée de l'Allemagne, suite à la chute du Mur, dès l'Acte unique. Déjà dans les Guerres balkaniques des années 1990, l'Allemagne se remet à jouer sa carte nationale. C'en est fini du nain politique de l'après-guerre.

    Nous sommes en juin 2020. L'Europe politique n'existe pas. Elle n'a jamais existé. L'Allemagne est plus puissante que jamais. Son économie demeure d'une vitalité exceptionnelle. Ses capacités stratégiques, dans l'indifférence générale, ne cessent de se renforcer. L'implantation de ses entreprises à l'Est de l'Europe se renforce.

    Face à cette Allemagne, la France est larguée. C'est un événement considérable : la construction de 1957, puis la Réconciliation (Versöhnung) de Gaulle - Adenauer, se fondaient, comme une Cathédrale, sur deux piliers de force égale. Aujourd'hui, c'est fini : l'Allemagne est loin devant. La France, une nouvelle fois, a perdu la guerre. La puissance française en Europe est morte en juin 1940, le 22 pour être précis. Dans une forêt de l'Oise.

    Nous sommes en juin 2020, il n'y a pas d'Europe. La vérité, c'est qu'il n'y en a jamais eu. Tout au plus une fiction, un paravent. La réalité demeure celle, tenace et ancrée, des intérêts nationaux. Et celle de l'inexorable montée en puissance de l'Allemagne. Ce chemin a commencé pendant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), sous l'immense Roi de Prusse Frédéric II. Et depuis, il n'a jamais cessé. Le 8 mai 1945, dans ce parcours, n'est qu'une défaite d'étape.

    Le 8 mai 1945, pour l'Allemagne, est infiniment moins important que le 22 juin 1940, pour la France. Les livres d'Histoire ne le disent pas. Pas encore.

     

    Pascal Décaillet

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  • Les extases du cyclo-diacre

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    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 15.58h

     

    Gardons-nous, frères et soeurs, de confondre le cyclo-diacre avec le cycliste, tout court.

    Le cycliste est l'usager d'un moyen de transport. Pour se mouvoir, il a choisi le vélo, comme d'autres ont opté pour la voiture, le scooter, la trottinette ou le téléphérique.

    Le cyclo-diacre, c'est le cycliste militant. Il s'est converti un jour, il en a été transfiguré. Le feu ! Alors, de son corps d'avant, devenu cendre et braise, a émergé l'être nouveau. Par le vélo, il a trouvé la paix. Il a trouvé la voie (cyclable). Il a trouvé la vérité.

    Le cyclo-diacre n'est pas un égoïste. La sublimation de sa métamorphose, il veut la partager. Avec tous. Alors, tel le chrétien des premiers siècles, il se fait prosélyte. S'il faut aller vers le martyre, allons-y tous ensemble, en pédalant.

    Métamorphosé. De cloporte, il est devenu colporteur. Partout, il répand la bonne nouvelle. Il récite. Il encense. Il nous invite à la liturgie des temps nouveaux. Il nous éduque aux mots de son latin d'église : mobilité douce, transfert modal. Tout sceptique, qui ne serait pas immédiatement illuminé par la Grâce de ces vocables, sera rayé du cercle des élus.

    Le cyclo-diacre est tombé amoureux de son moyen de locomotion. Tel l'Empereur Caligula, épris de son cheval, il adule ce qui le transporte, il veut en faire la totalité, l'universel, la clef du monde et celle des songes, le vent du soir qui nous ramène au Paradis perdu.

    Longue vie au cyclo-diacre. Un coeur, une âme, deux roues, la vie qui chante, la vie qui crisse, la vie qui s'emballe. La vie qui va.

     

    Pascal Décaillet

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  • La morsure infectée des Gueux

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    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 08.00h

     

    J'ai condamné ici la décoiffante conversion de nombreux libéraux à la dette, en toute hâte, au plus fort de la crise sanitaire. Ont-ils pris peur ? Ont-ils vu poindre, avec quelque frayeur, un effondrement de l'ordre social ? Ont-ils eu le vieux réflexe de la bourgeoisie suisse face à la possibilité d'un Novembre 1918 ? Encore que la perspective d'une grève générale eût paru fort singulière en une période où... tout le monde était au repos forcé !

    Je ne parle pas ici de la gauche. Ni de la droite souverainiste. Mais de la droite libérale ! Celle qui, dans les Cantons et sous la Coupole fédérale, gardait le Temple de l'orthodoxie financière. Frein à l'endettement, refus des déficits, coupes dans les dépenses. Et là, en quelques jours, juin 40 ! Tout se retourne, tout s'effondre ! La fin d'un discours, la fin d'un monde. Soudain, c'est Keynes, le New Deal, la relance de l'économie par les investissements, sans qu'on sache d'ailleurs lesquels !

    Alors, quoi ? On n'était anti-dette que par posture, par beau temps ? On lâche des dizaines de milliards aux Gueux par peur de la morsure infectée ? On craint l'ordre social secoué, la vase retournée, la tourbe répandue ?

    Pour ma part, moi qui ne suis pas libéral, je demeure viscéralement opposé à tout déficit, et tout endettement. On dépense l'argent si on l'a. Pas d'emprunt. Pas de lien avec les usuriers. S'il le faut, on vit plus simplement. On travaille pour gagner sa vie, tant qu'on le peut. On va chercher du travail là où il y en a. On ne sollicite les aides qu'en cas d'extrême nécessité. On arrête de tout attendre de l'Etat, comme des oisillons, le bec ouvert. Et ce dernier ne doit être fort que dans ses fonctions vitales ou régaliennes. Pas comme distributeur de milliards à la première crise.

     

    Pascal Décaillet

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  • Sur le Mur, 16 juillet 1972

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    Sur le vif - Dimanche 31.05.20 - 13.20h

     

    Sperrgürtel der DDR. Extrait (ci-dessous) de mon Journal. J'ai écrit des centaines de pages, comme celle-ci, textes, dessins, croquis, photos, sur plusieurs années. C'était pulsionnel, il fallait que je tienne mon journal, j'adorais ça.

    Là, nous sommes le dimanche 16 juillet 1972. Je vivais tout au Nord de l'Allemagne, chez un ancien combattant de la Guerre à l'Est, à deux pas de la frontière historique entre la Prusse et la Saxe. Nous avons fait des milliers de kilomètres, lui et moi, dans sa Coccinelle vert bouteille. Tous les soirs, nous regardions le téléjournal de la DDR. Nombreuses visites sur le Mur de Fer, qui me fascinait.

    On était en pleine Guerre froide, mais instinctivement, je refusais les clefs de lecture de cette dernière. Je ne considérais ce Mur, cette ligne de fracture entre les Allemagnes, que comme un prix à payer, provisoire, pour la défaite d'étape du 8 mai 1945. Le Mur ne m'intéressait pas du tout comme séparation entre l'Est et l'Ouest, encore moins comme césure entre les Bons et les Méchants (je n'étais absolument pas anticommuniste). Mais comme une cicatrice interne au destin allemand. Une Mer Rouge réinstallée, en attendant la Réconciliation (Versöhnung). Quelque chose de biblique, puissant, comme dans la traduction de Luther.

    A noter que la Ligne de démarcation avait sacrément bien été tracée (sans doute par un Renseignement britannique, juste avant Yalta, qui savait lire des livres d'Histoire) : la frontière sur laquelle je me trouvais était non seulement celle entre Niedersachsen et Mecklenburg-Vorpommern, mais c'était la vieille frontière, si importante dans la Guerre de Sept Ans (1756-1763), entre la Prusse et la Saxe. Là oui, beaucoup plus qu'entre capitalistes et communistes, deux univers. Deux rapports à la langue allemande, aux mythes fondateurs médiévaux, à l'écriture, à la tradition musicale, à la Réforme.

    Je refusais les clefs de la Guerre froide. Pour autant, je n'aurais jamais imaginé, ce 16 juillet 1972, qu'une Réunification fût possible, 17 ans plus tard. Le Chancelier, à l'Ouest, s'appelait Willy Brandt. C'était un homme d'exception, que je place au plus haut rang de mon admiration. Nous étions dix-neuf mois après la génuflexion de Varsovie. Partout, autour de moi, surtout dans les cercles très particuliers que je fréquentais, on parlait d'Ostpolitik. Mais imaginer une Allemagne réunifiée, avant des siècles, c'était intellectuellement impossible.

    Déjà, le destin allemand me troublait, m'habitait, me concernait. Au plus profond. Pour des raisons que je discerne. Et aussi, pour d'autres. Un être humain, c'est une part de lumière, et des fragment plus enfouis. L'un et l'autre nous constituent.

     

    Pascal Décaillet

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  • Toutes les manifs - Sauf une !

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    Sur le vif - Samedi 30.05.20 - 17.19h

     

    Je suis ennemi viscéral de toute manifestation. Jamais participé à aucune, de toute ma vie. Je rejette absolument cette culture de la foule. Tout comme j'abhorre le monopole de la gauche sur la rue, depuis 75 ans. Aucune sympathie pour les défilés du 1er Mai, et je ne sache pas qu'on puisse me qualifier d'ennemi du travail. Jamais aimé les banderoles, encore moins les vociférations.

    Pour moi, le peuple, c'est le démos, le corps des citoyens qui font institution, par le suffrage universel. Et ça n'est certainement pas le pléthos, celui qui hurle dans le désordre de la rue.

    Des manifestations, il en est en pourtant une - UNE SEULE - à laquelle j'aurais aimé participer. Elle s'est déroulée il y a jour pour jour 52 ans, sur les Champs-Élysées. C'était pour soutenir Charles de Gaulle. Montrer - sans la moindre ambiguïté - où était la vraie majorité en France. Remettre à leur place les bourgeois libertaires du Quartier Latin. Mettre fin à la petite plaisanterie de Mai 68, qui demeure pour moi une verrue dans l'Histoire de la France au vingtième siècle.

    Je me souviens comme si c'était hier du 30 mai 1968. J'allais sur mes dix ans. Je terminais mon avant-dernière année d'école primaire. J'adorais l'école. Je ne comprenais absolument pas ce que mes aînés reprochaient à un système de transmission des connaissances qui, pour ma part, me convenait fort bien.

    Vous n'imaginez pas ce que cette école-là a fait pour moi, à quel point elle m'a ouvert l'âme, aiguisé l'esprit. A quel point j'ai aimé, dès l'âge de sept ans, l'Histoire avec ses dates et ses Traités, la géographie avec ses fleuves et leurs affluents. La musique, avec un prof génial - j'étais dans sa chorale - qui est devenu chef d'orchestre. Et, avant toute chose, le miracle de la langue. Les dictées. Les poèmes à apprendre par coeur : Paul Fort, Emile Verhaeren, Albert Samain. Oui, j'ai passionnément aimé mon école primaire, entre septembre 1965 et juin 1969. Et j'ai, déjà sur le moment, haï - je pèse mes mots - l'esprit de Mai 68. A commencer pas son leader.

    Alors voilà, j'exècre toutes les manifestations. Sauf une. Ca doit être comme dans la grammaire latine : il y a toujours une exception. Et on tombe sous son charme.

     

    Pascal Décaillet

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  • Les Verts en Ville : Salut, les Copains !

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    Sur le vif - Vendredi 29.05.20 - 17.06h

     

    Un excellent article de la Tribune de Genève le souligne : les nouveaux magistrats Verts en Ville de Genève n'ont même pas attendu leur entrée en fonction pour se confectionner, chacun, une Garde Noire qui ferait presque, en comparaison, passer tel ancien Conseiller d'Etat radical, et son âme damnée, pour des oies blanchâtres.

    Une Garde Noire, ou plutôt une Garde Verte : tel nouvel élu au Municipal, humide encore dans le juvénile entourage de ses oreilles, renonce à siéger, se précipite dans le cabinet de l'exécutif, pour y faire antichambre. Tel ancien du G8, observateur du tragique de l'Histoire, rejoint la Cour de la Princesse.

    Tout cela nous dit quoi ? Que les Verts, dans la pratique du pouvoir, sont comme les autres ! Eux qui n'ont cessé, depuis des années, de nous bassiner avec "la politique autrement", reproduisent exactement les travers de toute oligarchie à qui trop de pouvoir est confié : consanguinité, proximités, copinage.

    Il y a eu le pouvoir des radicaux vaudois, buveurs de Dézaley, logés à de rudes et rustiques enseignes. Il y a eu celui des conservateurs valaisans, dégustateurs de Petite Arvine, bénitier le dimanche, prébendes le lundi. Voici celui de nos braves Verts, moralistes, cyclistes, torturés du Climat, prophètes d’Apocalypse. Mais tellement fidèles à toutes les chorégraphies du pouvoir, dès qu'ils entrent dans la danse. Bonne législature, et Salut les Copains !

     

    Pascal Décaillet

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  • Le gisant et les fausses écritures

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    Sur le vif - Jeudi 28.05.20 - 05.38h

     

    Après avoir été totalement inexistante pendant la crise, l'Union européenne, fantôme hagard tiré de sa torpeur, se réveille pour claironner qu'elle va faire tourner la planche à billets. Et cracher de la fausse monnaie.

    La crise sanitaire a été gérée par les nations. Chacune seule, en fonction de son identité propre, de son trajet historique, de sa relation, tissée par les siècles, à l'exercice du pouvoir.

    De ces mois décisifs, les nations sont sorties grandies. Elles ne se sont pas battues les unes contre les autres, mais chacune pour soi, en respectant ses voisins.

    L'Union européenne, elle, a tout perdu. Déjà gisante avant la crise, elle a exténué ce qui lui restait de crédit. La voilà, comme les faux-monnayeurs de l'Île Noire, à s'extasier, dans sa grotte, devant le filigrane de ses billets.

    Qu'elle retourne dans sa léthargie ! La parole est aux nations souveraines. Amies, ouvertes les unes envers les autres. Mais chacune indépendante, maîtresse de son destin.

    La trahison multilatérale, c'est fini. Demeurent des communautés de destin juxtaposées, chacune avec son passé, son récit national, sa cohésion sociale. Le rêve d'un lien planétaire, cosmopolite, celui d'une SDN avec un Adrien Deume qui taille ses crayons à Genève, n'est que spéculation coupable. Usure du désir.

    Les Italiens, sur les balcons, chantaient le Va pensiero, de Verdi. Au cœur de la souffrance, ils revivaient le bouleversant chant national de tout un peuple, lorsqu'il se libère.

    Face à cette puissance de feu sur les âmes, que peut le gisant, dérisoire et blême, avec ses fausses écritures ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Sandrine S.

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    Sur le vif - Mardi 26.05.20 - 15.13h

     

    Sandrine Salerno, qui quittera ses fonctions le 31 mai à minuit, a, pendant treize ans, très bien géré les Finances de la Ville.

    Puissent d'autres grands argentiers, aux trois niveaux de notre pays (Villes, Cantons, Confédération) s'inspirer de sa retenue dans les dépenses, de sa lutte contre les déficits, de sa prudence féline, de son souci des équilibres. Je lui souhaite le meilleur pour la suite.

    Ce que je dis déplaît à la droite revancharde, ou à la gauche ultra-dépensière, celle qui jouit de griller le pognon des contribuables, pour tout distribuer aux "collectifs" ou aux associations ? Eh bien, déplaisons !

     

    Pascal Décaillet

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  • Manif illégale : que font les députés ?

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    Sur le vif - Lundi 25.05.20 - 10.23h

     

    Le lundi 18 mai dernier, s'est déroulée à Plainpalais une manifestation de cyclistes, totalement illégale. Ils se targuaient eux-mêmes, juste après, d'avoir été 1500, voire 2000 : la limite maximale des rassemblements autorisés est de 5 personnes.

    Le Conseil d'Etat a mis 48 heures à réagir, et encore il a fallu la pression éditoriale. Pire : le Président du gouvernement, garant de l'ordre républicain, menace de rompre la collégialité si des sanctions trop méchantes à ses yeux sont prises contre les incitateurs. Car incitateurs il y a ! Pas besoin d'être officier de renseignements, ni d'avoir l'âme d'un Fouché, pour remonter la chaîne.

    Au nom des 498'000 Genevoises et Genevois qui n'ont pas participé à cette action illégale, et qui s'efforcent depuis des mois de respecter consignes et directives, l'ordre républicain, qui est notre ciment, doit s'imposer. On n'applique pas la loi avec flou : on l'applique, ou on la transgresse. Sinon, à quoi bon faire des lois, ou émettre des directives ?

    Si nos autorités ne veulent pas que les 498'000 se fassent entendre, le jour venu, avec une autre puissance que celle des gentils cyclistes du 18 mai, alors elles doivent entrer en action, et cesser de fermer les yeux. Premier concerné : le Parlement. Il est organe de contrôle ? Fort bien ! Alors, qu'il contrôle !

    Comment une transgression manifeste de l'ordre légal a-t-elle pu être commise sur la chaussée publique, le 18 mai, sans la moindre intervention des forces de police ? Que foutait là une société de sécurité privée, antithèse même du monopole régalien de l'Etat ? D'où vient l'étrange silence de la route de Chancy ? Qui a décidé quoi, qui a laissé faire quoi, qui a fermé les yeux sur quoi ?

    Parlementaires, c'est à vous d'agir. Dans le cas contraire, le peuple s'en chargera. Non par la voie immonde de la tourbe qui s'épanche dans la rue. Mais par celle du démos. Par exemple, en utilisant la démocratie directe.

     

    Pascal Décaillet

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  • Manif illégale du 18 mai : chronologie et vérité

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    Sur le vif - Dimanche 24.05.20 - 15.02h

     

    En République, la police ne prend pas ses décisions toute seule, en fonction de son humeur du jour. Elle obéit à l'autorité politique. C'est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de déterminer une stratégie face à une manifestation de rue : nous sommes là dans le domaine public, avec risque d'image pour le gouvernement, c'est ultra-sensible, Genève en sait quelque chose depuis des décennies, disons le G8 (2003), pour ne pas remonter au 9 novembre 1932.

    La police genevoise ne saurait être tenue pour responsable de son comportement lors de la manifestation totalement illégale du lundi 18 mai 2020. Si elle a laissé faire, c'est qu'elle en a, d'une manière ou d'une autre, reçu de plus haut la consigne, ou le signal. Si, par hasard, aucun ordre dans ce sens ne lui avait été donné, cela serait politiquement bien plus grave encore : cela signifierait que le gouvernement de la République, dûment averti de cette manifestation, n'aurait pas jugé bon d'élaborer une stratégie de réponse à un rassemblement illicite.

    De grâce, qu'on ne vienne pas nous dire qu'il n'y avait aucun signe avant-coureur : ce serait à désespérer de l'efficacité du Renseignement genevois. N'importe quel utilisateur de réseau social était, dès le début de la journée, informé de l'heure et du lieu de cette transgression de l'ordre public.

    Tomber sur la police serait, dans cette affaire, une erreur, et même une faute. Ce serait jouer le jeu de ceux qui, au sein du Conseil d'Etat, tentent de se laver les mains, et pas seulement avec la lotion de l'excellent Professeur Pittet. Ceux qui tentent de faire jouer les fusibles, en laissant entendre qu'il y aurait une "affaire de la police", donc opérationnelle, alors que la faute est stratégique, et politique.

    Reprenez la chronologie. Le 18 mai en fin d'après-midi, l'ordre républicain est clairement transgressé par quelque 1500, voire 2000 manifestants, alors que les rassemblements ne sont autorisés que jusqu'à 5 personnes. Les gentils cyclistes individuels ne sont pas en cause. Il y a eu des incitateurs, des gens qui ont appelé au rassemblement. Ces derniers tentent de nous faire croire que c'était "spontané", c'est pour se décharger de leur responsabilité. Ceux qui ont vécu de près les événements du G8, en 2003, connaissent la chanson.

    Le soir après la manif, puis le lendemain, aucune réaction du Conseil d'Etat. Même pas le surlendemain, mercredi 20, début d'après-midi, dans le communiqué de presse hebdomadaire du gouvernement ! Il aura fallu la pression éditoriale pour que les magistrats commencent à sortir du bois. Ainsi, M. Poggia, mercredi après-midi. Mais pendant près de 48 heures après la manif, nulle condamnation : on a fermé les yeux, on s'est bouché les oreilles, on s'est dit que la chose passerait. On a surestimé le capital de sympathie de la population pour un mouvement ne représentant que deux mille personnes, sur un Canton d'un demi-million. On a un peu vite oublié les 498'000 autres.

    La fin de la semaine, au sein du collège, a été un jeu de masques et de dagues, notamment une vive tension - pour se rejeter la responsabilité - entre MM Dal Busco et Poggia. Bouquet final : le Président du Conseil d'Etat menaçant, selon mon éminent confrère Raphaël Leroy (RTS), de se désolidariser de ses collègues en cas de sanctions trop sévères. On retrouve là "l'observateur" du G8, sur le Pont du Mont-Blanc.

    Les choses, restituées ici dans leur chronologie, laissent perler l'image d'un gouvernement désuni, improvisateur, incapable d'anticiper, ni de gérer politiquement son image.

    Une réserve, toutefois, et nous avons été, par le passé, assez sévères avec le PLR pour l'émettre bien volontiers aujourd'hui : le comportement républicain et responsable, dans cette affaire, des deux élus de ce parti au gouvernement genevois. Il s'agit, pour rappel, de Nathalie Fontanet, ainsi, que cela vous plaise ou non, d'un certain... Pierre Maudet.

     

    Pascal Décaillet

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  • Conseil d'Etat : la chienlit

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    Sur le vif - Vendredi 22.05.20 - 21.48h

     

    C'est mon excellent confrère Raphaël Leroy, de la RTS, qui l'annonce : le Président du Conseil d'Etat genevois, le Vert Antonio Hodgers, aurait fait part de "réserves" quant aux sanctions envisagées par Mauro Poggia contre les organisateurs - ou incitateurs - de la manifestation totalement illégale de cyclistes de lundi soir. Il se réserverait même le droit de rompre la collégialité.

    La question, à partir de ce soir, n'est absolument plus celle des pistes cyclables, ni de leur largeur, toutes choses dont on doit en effet pouvoir discuter. Les cyclistes doivent circuler en toute sécurité en ville, pas le moindre problème de ce côté-là.

    Non. La question est désormais celle de la République. Nous sommes dans un État de droit. Le gouvernement cantonal en est le premier garant. Lundi, une manifestation manifestement illégale, bafouant les consignes sanitaires que nous nous imposons tous depuis deux mois, a éhontément défié les lois de la République. Elle a piétiné les directives du Conseil fédéral, et leur mise en application par le Conseil d'Etat genevois.

    A partir de là, le problème n'est évidemment plus la largeur des pistes cyclables. Il est celui du respect de la loi, en République. Sous prétexte d'idéologie douce, ayant le vent en poupe, portée par une doxa à laquelle nul ne semble avoir le courage de s'opposer, il faudrait fermer les yeux sur une atteinte à notre ordre légal !

    Qu'un militant Vert pense comme cela, c'est une chose. Ou un religieux du vélo. Mais le Président du Conseil d'Etat genevois !

    Lundi soir, deux mille personnes (estimation maximale) ont participé à cette manifestation illégale. Nous sommes un Canton d'un demi-million d'âmes. Cela signifie que 498'000 personnes n'y ont pas participé ! Les citoyennes et citoyens qui appartiennent à cette majorité silencieuse doivent maintenant se réveiller.

    Tout Conseiller d'Etat qui conteste les sanctions envisagées par Mauro Poggia, donc qui met en cause le respect de la loi, doit être immédiatement dessaisi de ses fonctions. Et occuper, s'il le souhaite, un poste d'observateur, sur le Pont du Mont-Blanc.

     

    Pascal Décaillet

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