Sur le vif - Page 19

  • Le figurant de proue

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    Sur le vif - Vendredi 19.06.20 - 09.18h

     

    Les guerres balkaniques des années 1990, telles que je les ai vécues dans le combat intellectuel féroce auquel j'ai pris part, n'étaient absolument pas un conflit entre partisans de telle ou telle ethnie.

    Non, c'était un antagonisme violent entre ceux qui prennent le temps d'ouvrir des livres d'Histoire, remonter aux antécédents, établir des chaînes - souvent complexes - de causes et d'effets, restituer les événements dans leurs contextes politiques, linguistiques, confessionnels, culturels.

    Et, de l'autre côté, les autres. Compensant leur inculture historique par la morale. Désignant immédiatement des bons et des méchants. Diabolisant un camp pour sanctifier l'autre. Bref, la démarche des salons parisiens. Avec, comme figurant de proue, le globe-trotter de luxe en chemise blanche. Immaculée. Sans la moindre tache, le moindre pli, jamais.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'esprit humain, tout simplement

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    Sur le vif - Jeudi 18.06.20 - 11.39h

     

    Les anachroniques, incapable de restituer un fait historique dans son contexte, sont à ranger dans la même espèce que les fondamentalistes textuels.

    Rien ne m'illumine plus qu'un historien de la Bible, capable de placer chaque Livre de l'Ancien Testament dans l'environnement historique où il fut écrit. Rien ne m'assombrit davantage que celui qui sacralise le texte, en le pétrifiant pour l'éternité. Je ne crois pas, pour ma part, à une quelconque révélation. Je crois que ces Livres successifs - dans le temps - sont l'œuvre d'humains, dans le cadre bien précis d'un temps historique, idéologique, linguistique. Dans le cadre des attentes spirituelles, ou messianiques, d'un moment.

    C'est pourquoi je voue à Martin Luther une admiration sans bornes. Il a pris le texte biblique, il l'a traduit dans la langue allemande de son époque. Il a travaillé chaque mot, dans ses souches hébraïques, grecques ou latines. Il engagé toutes les puissances de son esprit, de son intelligence, pour restituer cela dans la langue véhiculaire de son époque. Il a publié cette petite bombe en 1522. Il a changé le monde.

    Dans son texte, Luther invente des mots. Il révolutionne l'allemand écrit. Il jette les bases de la littérature allemande moderne. Un fondamentaliste jamais n'aurait pu procéder à cette alchimie. Parce que l'idée même de traduction procède de la mise en lumière. Il faut passer par l'altération pour rendre vie à l'original. Luther nous sort des mots, comme les chercheurs d'or nous extraient des pépites.

    Vous pourrez, Barbares, déboulonner sa statue. Jamais vous ne détruirez l'immensité de son œuvre. Parce qu'elle procède des forces de l'esprit. Pas l'esprit révélé. Non, l'esprit humain, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

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  • La dette - La faute

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    Sur le vif - Jeudi 18.06.20 - 08.47h

     

    L'Etat n'a pas d'argent ? Eh bien, qu'il s'abstienne d'en dépenser ! Qu'il réduise sa voilure. Qu'il coupe dans son armada mexicaine, dans ses états-majors. Citoyen, je ne veux pas entendre parler des délires de relances "anticycliques" des socialistes. Il faut arrêter avec la mégalomanie des "investissements". Arrêter avec le mythe de la "bonne dette". Il n'y a pas de bonne dette ! Il n'y a que des marchands d'illusions, qui nous lient encore plus, nous et les générations suivantes.

    Le temps est à l'austérité. On n'a pas d'argent ? On se serre la ceinture ! On bosse comme des fous, on économise, et le jour où on aura de nouveau des fonds, on dépensera, ou on "investira", si ça nous chante.

    Et avant tout, pas un seul centime d'augmentation d'impôts ! À Genève, 36% des gens n'en payent pas, et désolé, ça n'est pas normal. La classe moyenne, en revanche, étouffe sous la fiscalité, les primes, les taxes ! Elle bosse, elle produit la richesse, il ne lui reste rien pour elle, c'est absolument dégueulasse.

    Austérité, oui ! Pour l'Etat ! La cléricature nous a tondus, elle a dépensé sans compter, elle a secrété des armées d'inutiles. Elle ne doit maintenant plus sortir un seul centime qui ne soit justifié par l'intérêt supérieur, le bien commun.

    La relance par la dette, c'est non. On relancera la machine quand on aura à nouveau, soi-même, en toute indépendance, sans rien devoir aux usuriers (car évidemment, les taux vont remonter), les moyens de se lancer dans des "investissements".

    Il faut rompre évidemment avec le socialisme, qui veut dilapider l'argent de ceux qui bossent, notre argent ! Mais il faut rompre, tout autant, avec la cupidité d'un certain libéralisme bancaire, dévoyé, où trop de profiteurs se frottent les mains d'avoir pour créancier un Etat. Auquel ils peuvent ainsi imposer leur idéologie, dicter leurs règles du jeu. C'est exactement ce qu'ils font depuis trente ans. Libre échange, libre circulation, abolition des frontières, des identités nationales, mondialisme cupide, autour du Veau d'or ! Cette droite-là n'est pas la mienne, ne l'a jamais été : JE VEUX LA NATION ! Pas les Marchands du Temple !

    Ni socialisme, ni libéralisme. Mais des communautés humaines soudées, fraternelles, autour d'une mémoire nationale, autour de leurs morts, autour de leurs valeurs culturelles, soucieuses de cohésion, à l'intérieur de frontières protectrices, avec une régulation stricte des flux. Occupons-nous d'abord de nous, avant de nous lancer dans les spéculations cosmopolites, les illusions d'universel ! Le monde n'existe pas !

    La responsabilité individuelle, dont le libéralisme financier a eu le culot de se réclamer, ça n'est pas cette prise d'otage des collectivités publiques par des manipulateurs financiers. J'en ai, pour ma part, une autre conception, plus haute, plus pure. Et je me souviens que dans la langue de Luther (qui m'habite totalement), le mot "Die Schuld" signifie à la fois "la dette" et "la faute". La faute morale !

     

    Pascal Décaillet

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  • La dette : non, non et non !

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    Sur le vif - Mardi 16.06.20 - 14.51h

     

    Le frein à l'endettement et le frein aux déficits doivent impérativement être maintenus dans notre Canton. Ces deux mécanismes sont là pour empêcher nos autorités, législatives ou exécutives, dispendieuses par nature, de précipiter notre communauté citoyenne dans un statut de débiteur qui les étouffera, eux et surtout leurs enfants. Pour les générations suivantes, la dette est tout simplement dégueulasse.

    Le principe est simple : on dépense ce qu'on a. Si on n'a pas, on ne dépense pas. On travaille, tous, comme des fous, pour avoir de nouveau, et se remettre à dépenser. Tout individu raisonnable, tout homme ou toute femme ayant la responsabilité d'une famille, tout entrepreneur, surtout les petits (chez eux, pas de salades verbales, ils savent exactement, au centime près, où ils en sont, ce qu'ils peuvent se permettre, ce qu'ils doivent s'interdire), sait ce que cela veut dire. Pourquoi pas une Ville ? Pourquoi pas un Canton ? Pourquoi pas un pays ?

    Je suis un adversaire acharné de l'endettement. Et de grâce, qu'on ne vienne pas nous parler, comme la gauche, et aussi hélas une partie de la droite, de la "bonne dette", celle qui servirait aux "investissements". Quand on n'a pas d'argent, désolé Mesdames et Messieurs, mais on s'abstient "d'investir" ! On vit plus simplement, on accepte une forme d'austérité, on bosse dur, et quand on a de nouveau quelques fonds, alors oui, on dépense, ou on "investit".

    Tout le reste, c'est du bavardage de politicards. Mme Fontanet a parfaitement raison de ne pas augmenter d'un seul centime les impôts, qui étranglent à Genève la classe moyenne. Et elle a encore plus raison d'annoncer des coupes dans le train de vie de l'Etat. Elle demeure prudente dans les exemples. N'étant ni ministre, ni député, mais simples citoyennes ou simples citoyens, nous lui fournirons très volontiers des exemples précis et concrets de secteurs où ces ajustement devront être opérés. Par exemple, du côté de certains états-majors.

    Tout cela, oui. Mais pas le déficit. Et en encore moins la dette !

     

    Pascal Décaillet

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  • Mai-juin 40 : un livre, un seul !

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    Etrange Défaite.JPG

     

    Sur le vif - Mardi 16.06.20 - 09.05h

     

    Les six semaines de guerre-éclair de l'Allemagne contre la France, la victoire totale de la première contre la seconde, l'ampleur historique - et, à mes yeux, irrémédiable - de la défaite française, constituent, depuis au moins 45 ans, l'une de mes plus grandes passions historiques.

    Au moment où nous commémorons le 80ème anniversaire de cette offensive foudroyante, l'une des percées les plus réussies, les plus décisives, de l'Histoire militaire, je voudrais, sur des centaines de livres ou articles spécialisés que j'ai lus, vous en recommander un seul : "L'Etrange Défaite".

    Marc Bloch, 54 ans au moment des faits, est un homme immense. Historien, fondateur (avec Lucien Febvre) de l'Ecole des Annales en 1929, il a participé comme officier à toute la Grande Guerre (qu'il a terminée comme capitaine). En 1939, il a demandé à reprendre du service, et a vécu les terribles événements de mai-juin 40 comme officier d'état-major.

    Sous ses yeux, il a vu la France s'écrouler. Défaite militaire. Défaite intellectuelle. Défaite spirituelle. Défaite morale. La plus grande catastrophe de toute l'Histoire de France. Elle ne s'en remettra pas. À lire le livre, on a presque l'impression que les Allemands sont une sorte de personnage secondaire, juste le catalyseur d'une liquéfaction française qui ne demandait qu'un agent externe pour s'opérer.

    Ce livre est tout simplement saisissant. C'est un traité sur la pétrification des esprits, dans la pensée stratégique française, depuis 1918. Alors qu'en face, il y a le risque, l'audace, la surprise, le mouvement. Bref, le plan Manstein. Et le génie de Rommel pour passer la Meuse. Il y a, surtout, une ivresse dionysiaque de l'action, celle dont parle Nietzsche.

    Résistant, arrêté puis torturé par la Gestapo, Marc Bloch sera fusillé, au bord d'un champ, à Saint-Didier-de-Formans, le 16 juin 1944.

    Il m'arrive, en date du 16 juin, de penser à lui. On occupe sa mémoire comme on peut.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • C'est une guerre culturelle !

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    Sur le vif - Dimanche 14.06.20 - 16.54h

     

    C'est la guerre. De partout, on nous envahit de questions sociétâââles, on nous presse de pesanteur morale, on nous culpabilise de ce que nous sommes, on nous brandit le péché de l'Histoire, on éradique nos valeurs, on déboulonne, on arrache.

    Et nous ? Nous devrions contempler le carnage en nous taisant ? Nous serions gouvernés par la peur ? Il faudrait se plier face à la première meute venue, juste parce qu'elle génère un boucan d'enfer ?

    A tout cela, nous devons répondre NON. C'est une guerre qui nous est déclarée. Et c'est une guerre culturelle. Celle de l'ignorance face à la connaissance historique. Celle de la perception brute face à la mise en contexte. Celle de l'immédiat face à la diachronie.

    C'est une guerre culturelle. Il s'agit donc, pour chacun de nous, de lui donner des réponses culturelles. Ne surtout pas paniquer. Ne se laisser faire en aucun cas. Laisser gueuler les gueulards. Leur opposer la connaissance. La capacité à mettre en contexte, tirer des liens, établir (comme nous le propose Thucydide) des chaînes de causes à effets. Leur opposer la culture. Leur opposer notre passion pour la langue, l'Histoire des mots, les singularités nationales, et au fond l'Histoire tout court.

    Car ces furibards ont un point faible : leur inculture crasse. Ils déboulent, juste pour déboulonner. Ils veulent marcher sur Rome, sans rien connaître ni de Romulus, ni de Remus, ni du miracle matriciel de la Louve, ni du temps des Rois, ni de la République, ni de l'Empire.

    Si nous abdiquons nos valeurs, ils auront gagné. Si nous demeurons calmes, argumentés, fiers de nos héritages, y compris dans leurs dimensions rebelles, contradictoires, conflictuelles, alors nous les remettrons à leur place. Le personnage principal de cette guerre culturelle, celui dont tout dépend, ça n'est pas eux. C'est nous.

     

    Pascal Décaillet

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  • Epicène : c'est non, et on vous emmerde !

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    Sur le vif - Dimanche 14.06.20 - 08.54h

     

    Le langage épicène ? Il suffit de lui dire non.

    Simplement non. Sans autre forme de discussion.

    Non à cette saloperie, bricolée par des idéologues n'ayant aucune oreille à la musique des mots. Ils marquent la syllabe comme on plombe un oiseau.

    Non à ce boulet de redondances, qui alourdit les paupières, émousse le désir, empoisse les sens.

    Non à ce goudron dans les ailes des mots.

    Non à la ridicule préciosité qui prétend imposer à la langue le corset de ses préjugés.

    Si cet immondice verbal s'impose, ce ne sera pas à cause de ceux qui l'ont sécrété. Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils ne savent d'ailleurs rien, c'est bien là le problème, leur abyssale inculture.

    Non. Ce sera à cause de nous. Chacun d'entre nous, individuellement responsable. Parce que, par lâcheté, nous n'aurons pas dit non.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le tragique, l'obscur, l'essentiel

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    Sur le vif - Samedi 13.06.20 - 11.18h

     

    La gauche sociétâââle adore, tous les six mois, s'enflammer mondialement pour des feux d'artifice moraux ou cosmopolites, c'est le vieux rêve trotskiste de Révolution mondiale, ils sont gens des Lumières, contemplent le bouquet final en saluant l'universel. Accessoirement, cette gauche-là a perdu tout contact avec le monde ouvrier, les oubliés, les damnés de la terre, mais c'est sans doute un détail.

    Je me réclame d'une tradition de pensée - ou plutôt d'une confluence - diamétralement opposée. Rien d'universel ne m'habite, le monde ne m'intéresse pas. Mais la vie interne, intrinsèque, de chaque nation. Avec son Histoire, ses conflits, ses contradictions. Avec toute la lumineuse noirceur de ses passions. Avec le cortège de ses morts. Avec toute la puissance de sa langue, l'Histoire vivante de ses mots, comme dans le prodigieux Dictionnaire de la langue allemande des Frères Grimm, le deuxième plus grand monument de la langue allemande moderne, après la traduction de la Bible par Luther. Avec la voix de ses poètes, les chants de ses musiciens. Avec l'immensité du tragique, immobile, désespérante.

    Je ne crois pas à l'idée de progrès. J'observe la permanence du pouvoir, sous le masque des apparences. L'Histoire n'offre ni lois, ni solutions. Elle nous invite juste à l'essentiel : l'exercice de la lucidité, la lecture, l'écriture, la musique.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'empire de la rue

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 15.53h

     

    Il y a deux semaines, manif cycliste. Totalement illégale. Le Conseil d'Etat ne bouge pas.

    Mardi soir, manif contre le racisme. Totalement illégale. Le Conseil d'Etat ne bouge pas.

    Dimanche, manifs féministes annoncées. Respecteront-elles les normes légales ? Le Conseil d'Etat bougera-t-il ?

    Sommes nous dans un Etat de droit ? Ou sous l'empire des collectifs, associations et communautés ?

    Somme-nous sous l'empire de la rue ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Voir et dire !

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 12.40h

     

    Suites politiques de la manif totalement illégale de mardi : il n'existe pour l'heure, à ma connaissance, qu'une seule démarche parlementaire pour exiger des explications du Conseil d'Etat : une Question urgente écrite, annoncée hier soir par le député PLR Philippe Morel.

    Et ses 99 collègues ? Ils comptent fermer les yeux ? Jouer l'autruche ? Faire comme si rien ne s'était passé ?

    Le Parlement est le premier pouvoir de notre République. Il est le garant de l'Etat de droit. Il est là pour voir et dire. Et non feindre d'ignorer. Et se taire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le ventre de la mémoire

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    Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 10.27h

     

    Celui qui n'a pas lu au moins trois mille livres d'Histoire, ni confronté, pour chaque sujet, le maximum de visions (celle des vaincus, dans une guerre, par exemple), ne devrait pas se lancer en politique. Toujours, il lui manquera cruellement l'essentiel : la vision diachronique, la perspective, la mise en contexte, le sens de la durée, la passion de Thucydide pour les causes et les effets.

    Le préparation pour la politique n'est certainement pas la philosophie. Ni la pure mécanique des idées. Mais l'Histoire. La prise en compte, patiente, sur des décennies de lectures et d'archives, du réel. La lente reconstitution, dans sa conscience, comme il en va d'une photographie révélée en chambre noire, d'une vérité. Avec toutes ses facettes, toutes ses contradictions, toutes ses désespérantes impasses.

    Car l'approche historique ne propose pas de solution. Ni de lois universelles. Rien de tout cela. Tout est particulier, infinitésimal parfois, il faut aller y voir de très près. J'ai plus appris sur certains éléments du Troisième Reich, à la sortie de l'enfance, en lisant la correspondance en allemand de ma mère avec des gens qu'elle avait fréquentés en 1937 et 1938, que dans des quantités de livres.

    Il faut aller voir. Il faut gratter. Il faut rejeter la morale et le jugement. Il faut constituer le réel dans sa conscience. En accepter l'insondable complexité. Multiplier les sources et les témoignages. Se garder de tout universel. Laissons le ciel aux cosmopolites. Plongeons-nous dans les entrailles de la terre. Dans le ventre de la mémoire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Non, la Suisse n'est pas raciste !

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 22.55h

     

    Non, non et non, la Suisse n'est pas un pays raciste ! Le seul fait de libeller ainsi les choses est immonde. Il y a certes, dans notre pays, des dérapages, et ils doivent assurément être condamnés. Car tout être humain en vaut un autre, aucun problème avec cela !

    Mais venir transposer, par pur opportunisme de manifestants professionnels (les éternels agités, qui guettaient depuis trois mois l'occasion de retrouver cette rue qu'ils adulent), la vraie question du racisme aux États-Unis, vieille comme l'Histoire de ce pays, sur notre Suisse, est un procédé inqualifiable.

    Pour ma part, et je me contrefous de mon image auprès des bobos, je n'accepte pas ce procédé. Il me révulse ! J'invite tous les Suisses qui pensent comme moi à se révolter contre cette dictature bruyante de la minorité.

    Quant aux éternels agitateurs de la rue, peu importe la cause, pourvu qu'on batte le pavé, ils doivent rendre des comptes à la justice pour les manifestes transgressions de distances, au mépris de toutes les règles, ce soir. Ils sont faciles à trouver : certains, qui remuent la tourbe depuis plus de quarante ans à Genève, appelaient déjà, il y a quelques jours, à la manif des cyclistes. Ces gens-là doivent assumer leurs responsabilités. La République des manifs, la République des gueulards, la République de la rue, c'est non !

     

    Pascal Décaillet

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  • Colère et dégoût

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 21.01h

     

    Les centaines d'images de la manif de ce soir sont parfaitement claires : aucune distance n'a été respectée. La loi républicaine a été bafouée. Pendant ce temps, on tyrannise commerçants et restaurateurs avec des règles et des contrôles tatillons. C'est parfaitement dégueulasse. À Genève, il y a désormais deux poids et deux mesures face à la loi. Immense colère citoyenne. Et une forme de dégoût. Les 495'000 Genevois n'ayant pas participé à cette catharsis de la transgression doivent maintenant se faire entendre.

     

    Pascal Décaillet

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  • Puisque leur cause est celle du Bien !

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    Sur le vif - Mardi 09.06.20 - 13.51h

     

    Il existe, à Genève, une toute petite portion de la population, flirtant avec l'infinitésimal, qui descend dans la rue. Toujours les mêmes. Tandis que l'écrasante majorité, à l'instar de votre serviteur, ne manifeste jamais. Je dis bien : jamais.

    Ces tonitruants minoritaires, combien sont-ils ? Quelques centaines. Disons même quelques milliers. Seraient-ils, toutes causes confondues, un réservoir total de vingt-mille (et là, je suis généreux dans l'estimation !), qu'il demeurerait tout de même, dans le Canton, quelque 480'000 personnes pour ne JAMAIS manifester. Je dis bien : JAMAIS.

    Sur la masse de la République, nos manifestants professionnels sont donc une poignée ! Toujours des gens de gauche. C'est normal, cette famille politique squatte, accapare, monopolise la rue, depuis 1945. Trois quarts de siècle de banderoles rouges, de postillons dans les haut-parleurs, ça crée des habitudes, on s'installe, on est chez soi. Pour un peu, on descendrait dans la rue en pantoufles, traîner ses savates et, dans la foulée, son blues.

    Les générations passent. Dans les familles de gauche comme dans la noblesse de robe, sous l'Ancien Régime, on se transmet la charge. Comme dans les paroisses, à l'ombre des clochers. La manifestation n'est-elle pas une procession ? Pas de Vierge noire, mais la marée rouge des slogans. Sinon, même litanie. Même liturgie. Dans la rue, tu jouis, tu communies, tu exploses du bonheur terrestre et charnel de la présence.

    A partir de là, les causes pourraient presque (à un esprit chagrin) ressembler à des prétextes. Un jour, les gentils Kurdes. Un autre jour, les gentils Arméniens. Ou encore, les gentils Tibétains. Le nucléaire. L'anti-militarisme. Le climat. Le féminisme. Ah ben tiens, le racisme en Suisse, pourquoi pas : on surfe sur l'affaire Floyd, on se dit qu'on pourrait exporter la question - bien réelle, et pertinente - du racisme aux États-Unis.

    Alors, d'un coup de baguette, on helvétise la cause, pourquoi se gêner ! Et hop, on descend dans la rue, à l'heure de pointe ! Et on se sanctifie d'emmerder le bon bourgeois bosseur, le cochon de payeur d'impôts et de taxes, qui a le mauvais goût de rentrer de son travail, via le centre-ville, à ce moment-là. On lui en aura fait voir, à ce gros porc ! On lui aura ouvert les yeux sur ces plaies de la Suisse que, de son auge aveugle, il est incapable d'entrevoir. Eh oui, Robert, la Suisse est raciste, tu refuses de le voir, nous t'abreuvons de lumière.

    Chaque fois que Genève manifeste, c'est une certaine famille qui descend dans la rue. Avec ses rites, ses couleurs, ses canons de conventions. Le Ciel est avec eux, avec tous ses archanges et tous ses séraphins. Puisque leur cause, comme l'éternelle blancheur de leurs consciences, est celle du Bien.

     

    Pascal Décaillet

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  • Poids et mesures

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    Sur le vif - Lundi 08.06.20 - 15.26h

     

    Les blanches âmes qui manifestent contre "le racisme en Suisse" prendront-elles aussi la rue pour dénoncer la maigreur des retraites, les conditions de vie de nos aînés, la précarité croissante de la classe moyenne, la fiscalité étouffante du travail, les oubliés de la libre-circulation, le chômage des résidents face à la pression migratoire, le scandale absolu des primes maladie ?

    Ou, peut-être, ces quelques causes vulgaires - face à l'universalité cosmique de la première - ne seraient-elles pas assez porteuses, en termes d'image, dans les cocktails branchés ? Où l'on prendra soin, of course, de se rendre à vélo. Sur les bandes cyclables de Sergio-la-Terreur.

     

    Pascal Décaillet

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  • Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être !

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    Sur le vif - Samedi 06.06.20 - 18.07h

     

    La liberté d'expression n'existe pas. Tout le monde en parle, tout le monde la promeut, mais elle n'existe pas.

    Ceux qui la brandissent avec le plus de majesté, ou de fureur messianique, sont en général les premiers à la déchiqueter, dès qu'ils se sentent eux-mêmes atteints, ou en danger. La sauvegarde de chaque intégrité s'impose immédiatement sur les grands principes universels, c'est ainsi, c'est viscéral, c'est la vie. L'humain n'est pas une idée abstraite, mais un champ de forces physiques, avec leurs antagonismes, leurs contradictions.

    Même dans notre bonne Suisse, pays libéral sur le plan de la pensée, cette liberté n'existe pas, autrement que comme intention posée. Un principe intellectuel, tout au plus. En réalité, y a des choses, tout simplement, qu'on ne peut pas dire. Soit parce qu'elles sont interdites (à tort ou à raison, chacun jugera) par la loi. Soit, plus sournoisement, parce que les énoncer vous exposerait à tellement d'ennuis qu'à la réflexion, après avoir hésité un moment, vous préférez renoncer. Pourquoi s'incendier l'estomac, se torturer d'insomnies, si on peut l'éviter ?

    Dans cette opacité de plomb, il y a bien, ici ou là, quelques percées de lumière. Leur vie, infiniment brève, est celle des comètes. Ou des feux de Bengale. Elles nous distraient. Nous les tolérons, pourvu qu'elles demeurent instantanées. Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être ! Plus pervers : les organes du pouvoir et de la convenance, si nombreux dans notre espace public, sont les premiers à leur octroyer une apparence de droit de cité, comme un frisson d'orgasme canaille, retenu puis hurlé, sur un sofa bourgeois.

    Il y a des sujets que nul n'ose aborder. Et qui pourtant nous tourmentent, un grand nombre d'entre nous. Mais il faut les taire, sinon c'est la foudre.

    En vérité, je ne suis pas sûr que nos sociétés européennes de 2020, la Suisse, la France, l'Italie, l'Allemagne, soient intellectuellement beaucoup plus libres que celles d'il y a 100 ans, ou 150, dans les mêmes pays. Pour avoir longuement travaillé sur la presse française et suisse romande des années Dreyfus (1894-1906), avec la folie de ses passions et de ses antagonismes, je suis même persuadé du contraire. La presse de cette époque-là était sanguine, excessive, injuste, fébrile, enflammée, dégueulasse même parfois. Mais elle était plus libre que celle d'aujourd'hui. Je ne dis pas meilleure, je dis plus libre.

    Alors ? Alors, rien ! Je n'ai rien d'autre à ajouter. Chacun jugera, selon son coeur, selon son âme, selon la puissance de ses haines, ou celle de ses passions. Chaque humain est un univers. Chaque conscience est libre de se taire. Ou de parler. J'ai lu ça quelque part dans Luther, dans sa traduction allemande de la Bible, 1522. Et nul d'entre nous n'a, au fond, à juger le degré de lâcheté - ou de courage - de son voisin. Qu'il s'occupe déjà de lui-même. Le champ est vaste. Une vie jamais n'y suffira.

     

    Pascal Décaillet

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  • Ah, les sottes gens !

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    Sur le vif - Jeudi 04.06.20 - 12.54h

     

    Singulière période, où le prolétaire se déplace en voiture, et où le bobo urbain jouit de l'horizontalité silencieuse des pistes cyclables.

    Le prolétaire ? Le petit artisan, l'ouvrier. Il n'a pas la chance d'habiter au centre-ville, il a besoin de son véhicule. Il en a rêvé longtemps, il a mis des années à pouvoir se l'offrir. C'est lui, bien souvent, qui ronge son frein dans les bouchons, à côté d'une piste cyclable aussi démesurément large que vide.

    Le bobo ? Habite en ville. Travaille en ville. Vote Vert. Aime les mots nouveaux : transition énergétique, transfert modal, énergies renouvelables. Cultivé, souvent. Doux, agréable. N'aime pas le cambouis. Ni le bruit, ni les moteurs. Aime le télétravail, sauf que son vélo lui manque. Pas de gros mots, pas d'ébullition, jamais hors de soi. La vie s'écoule, paisible, comme une éternité de petites graines.

    La guerre des transports est aussi cette guerre-là. Une bonne vieille guerre sociale. Entre le nanti, protégé à l'extrême dans son cocon, et l'infâme petit indépendant, avec sa camionnette de mauvais goût, même pas lavée. Même pas de badge "Nucléaire, non merci !" collé sur sa vitre arrière. Ah, les sottes gens !

     

    Pascal Décaillet

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  • Complot : nos révélations !

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    Sur le vif - Mercredi 03.06.20 - 13.03h

     

    Dans le tumulte des passions, aujourd'hui, deux forces antagonistes :

    1) Le pouvoir. Qui règne et se maintient en s'appuyant sur des dogmes. En matière sanitaire, par exemple. Ou climatique. Chaque dogme a sa secte, ses experts, ses grands-prêtres. Les plus inspirés, sans même se dévêtir, s'immergent dans les eaux baptismales du Jourdain.

    2) Ceux qui remettent en cause ces dogmes. Donc, remettent en cause le pouvoir qui les porte.

    Les partisans du champ 1, parmi lesquels pas mal de bouffons allaités à la Voie lactée du pouvoir, traitent ceux du champ 2 de complotistes. Appellation contemporaine du Cathare.

    La vie est simple et belle comme un feu de bûcher.

     

    Pascal Décaillet

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  • Oubliez l'Europe, regardez l'Allemagne !

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    Sur le vif - Mardi 02.06.20 - 06.34h

     

    Ma passion puissante pour l'Histoire de l'Allemagne et celle de la France, en profondeur depuis au moins 45 ans, m'amène à considérer comme très périphérique la question dite "européenne". Le mot même, "Europe", n'évoque pas grand-chose pour moi.

    Il évoque certes un continent. Dont j'ai visité presque tous les pays, certains (Allemagne, France, Italie) à d'innombrables reprises. On pourrait évoquer la fiction même que constitue l'étiquetage de la planète en cinq continents, mais bon, allons-y pour le continent européen. Je suis monté au Cap Nord, avec ma famille, l'été 1968, j'ai ressenti puissamment l'épine dorsale de l'Europe physique.

    Mais il n'y a pas, il n'y a jamais eu d'Europe politique. L'Empire carolingien, puis le Saint-Empire Romain-Germanique, ne constituent en fait que des jeux d'alliances fluctuants, fragiles, entre familles royales, liens d'intérêts économiques et financiers, en certaines parties de l'Europe.

    Le conglomérat appelé aujourd'hui "Union européenne" n'a aucune dimension politique. Il n'a ni défense commune, ni affaires étrangères, deux éléments qui constituent la puissance de souveraineté d'une communauté humaine. Dans la crise sanitaire que nous venons de traverser, l'UE s'est liquéfiée, elle a disparu, seules les nations ont agi. Chaque nation séparément, pour elle-même. Le concept de préférence nationale s'est naturellement imposé, sans provoquer le moindre débat. L'Europe, aux abonnés absents.

    Mieux : le jeu très ancien de triangulation entre trois pôles dominants (France, Allemagne, Angleterre) n'a cessé d'opérer, tout au long de l'Histoire de l'Europe communautaire. Réconciliation franco-allemande les premières années, tentative de greffe britannique en 1972, puis inexorable montée de l'Allemagne, suite à la chute du Mur, dès l'Acte unique. Déjà dans les Guerres balkaniques des années 1990, l'Allemagne se remet à jouer sa carte nationale. C'en est fini du nain politique de l'après-guerre.

    Nous sommes en juin 2020. L'Europe politique n'existe pas. Elle n'a jamais existé. L'Allemagne est plus puissante que jamais. Son économie demeure d'une vitalité exceptionnelle. Ses capacités stratégiques, dans l'indifférence générale, ne cessent de se renforcer. L'implantation de ses entreprises à l'Est de l'Europe se renforce.

    Face à cette Allemagne, la France est larguée. C'est un événement considérable : la construction de 1957, puis la Réconciliation (Versöhnung) de Gaulle - Adenauer, se fondaient, comme une Cathédrale, sur deux piliers de force égale. Aujourd'hui, c'est fini : l'Allemagne est loin devant. La France, une nouvelle fois, a perdu la guerre. La puissance française en Europe est morte en juin 1940, le 22 pour être précis. Dans une forêt de l'Oise.

    Nous sommes en juin 2020, il n'y a pas d'Europe. La vérité, c'est qu'il n'y en a jamais eu. Tout au plus une fiction, un paravent. La réalité demeure celle, tenace et ancrée, des intérêts nationaux. Et celle de l'inexorable montée en puissance de l'Allemagne. Ce chemin a commencé pendant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), sous l'immense Roi de Prusse Frédéric II. Et depuis, il n'a jamais cessé. Le 8 mai 1945, dans ce parcours, n'est qu'une défaite d'étape.

    Le 8 mai 1945, pour l'Allemagne, est infiniment moins important que le 22 juin 1940, pour la France. Les livres d'Histoire ne le disent pas. Pas encore.

     

    Pascal Décaillet

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  • Les extases du cyclo-diacre

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    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 15.58h

     

    Gardons-nous, frères et soeurs, de confondre le cyclo-diacre avec le cycliste, tout court.

    Le cycliste est l'usager d'un moyen de transport. Pour se mouvoir, il a choisi le vélo, comme d'autres ont opté pour la voiture, le scooter, la trottinette ou le téléphérique.

    Le cyclo-diacre, c'est le cycliste militant. Il s'est converti un jour, il en a été transfiguré. Le feu ! Alors, de son corps d'avant, devenu cendre et braise, a émergé l'être nouveau. Par le vélo, il a trouvé la paix. Il a trouvé la voie (cyclable). Il a trouvé la vérité.

    Le cyclo-diacre n'est pas un égoïste. La sublimation de sa métamorphose, il veut la partager. Avec tous. Alors, tel le chrétien des premiers siècles, il se fait prosélyte. S'il faut aller vers le martyre, allons-y tous ensemble, en pédalant.

    Métamorphosé. De cloporte, il est devenu colporteur. Partout, il répand la bonne nouvelle. Il récite. Il encense. Il nous invite à la liturgie des temps nouveaux. Il nous éduque aux mots de son latin d'église : mobilité douce, transfert modal. Tout sceptique, qui ne serait pas immédiatement illuminé par la Grâce de ces vocables, sera rayé du cercle des élus.

    Le cyclo-diacre est tombé amoureux de son moyen de locomotion. Tel l'Empereur Caligula, épris de son cheval, il adule ce qui le transporte, il veut en faire la totalité, l'universel, la clef du monde et celle des songes, le vent du soir qui nous ramène au Paradis perdu.

    Longue vie au cyclo-diacre. Un coeur, une âme, deux roues, la vie qui chante, la vie qui crisse, la vie qui s'emballe. La vie qui va.

     

    Pascal Décaillet

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