Sur le vif - Page 20

  • Fin de l'enfance

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 26.06.19 - 15.21h

     

    Lorsque Georges Pompidou est entré en fonction, le jour de mes onze ans (20 juin 1969), alors que j'accomplissais mes ultimes journées d'école primaire, et que je m'apprêtais à découvrir en juillet les merveilles de l'Islam andalou, nous nous sommes dit, ma mère et moi : "Il est sûrement très bien, mais plus rien ne sera comme avant".

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • L'odieux "plan de paix" américain

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 23.06.19 - 13.59h

     

    En général, lorsque les États-Unis arrivent avec un "plan de paix", c'est qu'ils préparent la guerre. La première puissance du monde, impérialiste depuis la Seconde Guerre mondiale, a pour usage de camoufler ses intentions belliqueuses en feignant, au dernier moment, la concorde. Nul observateur sensé n'en est dupe.

    Surtout, cette arrogance. Oser l'expression "plan de paix", alors que tout est mis en oeuvre, depuis des années (bien avant Trump), par des milieux bellicistes très précis à New York et Washington, pour aller, une nouvelle fois, semer la mort et la désolation sur le Moyen-Orient. Les mêmes milieux qui veulent la guerre, feignent la paix ! Pharisienne duplicité.

    Cerise sur le gâteau : on s'arrange pour que le "volet économique du plan de paix" sorte sur la place publique en plein état d'alerte de la pré-guerre. Comme par hasard, on fait miroiter aux Palestiniens (qu'on ignore royalement depuis 71 ans) 50 milliards providentiels pour "doubler leur PIB en une décennie".

    La manœuvre est d'une grossièreté qui ne trompe personne. Comme d'habitude, les vieux renards de la Côte-Est tentent de diviser la très complexe composition politique des forces palestiniennes, d'un côté l'Autorité, avec son Président, Mahmoud Abbas (qui rejette le plan) ; de l'autre, le Hezbollah chiite et pro-iranien au Liban ; A Gaza, le Hamas.

    Acheter la Palestine en élevant le niveau de vie dans les Territoires. Au milieu des années 70, lors de discussions enflammées d'étudiants sur le Proche-Orient, l'argument était très en vogue dans les milieux pro-israéliens, je m'en souviens comme si c'était hier. Déjà à l'époque, je me permettais de rétorquer que nulle élévation du PIB, jamais, ne remplacerait l'aspiration légitime et essentielle de ce peuple meurtri depuis 1948, et plus encore depuis 1967 : celle d'avoir un Etat souverain. Un Etat, pas l'aumône !

    Tant que les Palestiniens n'auront pas d'Etat - comme Israël a eu le sien en 1948 - rien de durable ne sera possible au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Faute de jouer cette carte-là, la seule qui vaille, parce qu'elle est à hauteur de dignité humaine, les milieux bellicistes américains, qui prennent Trump en otage avec leurs pressions, ne sèmeront que la haine, la guerre, la désolation. Et, pour longtemps, la soif de vengeance.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Conservateur ?

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 22.06.19 - 15.14h

     

    Conservateur ? Oui, sans doute ! Mais un conservateur profondément social et populaire, détestant les inégalités, l'arrogance des puissants, considérant que chaque humain, dans le fragile miracle de son existence, en vaut un autre. La parole du dernier des oubliés m'importe tout autant que celle de ceux qui détiennent le pouvoir.

    Conservateur ? Oui, mais républicain, immensément attaché à l'Etat, à son rôle d'arbitre et de correcteur des inégalités, à sa mission sociale, au service des plus démunis. Sur ce plan, soyons clairs, je suis un homme de gauche. Il n'est rien dont je sois plus éloigné que les conservateurs libéraux, inféodés aux puissances de la spéculation. Fasciné depuis des décennies par la figure de Léon XIII, et de Rerum Novarum (1891), je ne puis dissocier mon conservatisme d'une aspiration à l'équilibre, à l'amélioration des conditions du travail, et de la vie des humains sur la Terre.

    Conservateur ? Oui, s'il faut protéger la nature, le patrimoine, les biotopes. Sans entrer dans l'idéologie Verte, dont certaines composantes politiques ne sont absolument pas les miennes, je dis absolument oui à la lutte pour la planète.

    Conservateur ? Mon conservatisme est européen, je dirais même, pour être précis, qu'il est français quant à l'attachement aux valeurs de la République, italien pour la préservation des valeurs sociales, allemand de type bismarckien pour la construction dialectique d'un Etat social. Je n'ai rien à voir avec les conservateurs américains, ni anglo-saxons en général, ni d'ailleurs zurichois.

    Conservateur ? Il est un plan sur lequel je le suis rudement : celui de la culture. Oh, certainement pas pour prôner la supériorité des ancêtres sur les modernes. Mais pour défendre absolument les chemins de la connaissance, leur longueur, leur âpreté, ce qu'ils exigent de patience et d'obstination. Nul violoniste ne fait l'économie de longues années de solfège, nul helléniste ne passera par pertes et profits les verbes irréguliers, ni les inflexions dialectales. Nul germaniste ne fera l'économie de la traduction de la Bible par Luther. Seule la tradition, écrit Péguy, est révolutionnaire.

    Conservateur ? Oui, pour la primauté des valeurs de l'esprit, celle du verbe, le secret transcendant de la musique, le cheminement vers une langue, la contemplation des oeuvres, le questionnement des humains au-delà de leurs apparences, au-delà des cravates et des costumes des puissants, au-delà de la morgue du paraître, au-delà de la triste inanité du mondain. Alors oui, conservateur, pour vous déplaire. Ou peut-être, aussi, pour vous servir.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • USA - Iran : les bellicistes auront à répondre face à l'Histoire

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 21.06.19 - 18.29h

     

    Si les États-Unis d'Amérique, se risquant une nouvelle fois à intervenir dans une région du monde à laquelle ils ne connaissent rien, et surtout où ils n'ont strictement rien à faire (pas plus qu'ils n'avaient à s'occuper, au début des années 60, de la Cochinchine et du Tonkin), se lancent dans la folie d'une agression militaire contre l'Iran, alors certains, en Amérique, prennent rendez-vous avec le jugement de l'Histoire.

    Qui ? Tout d'abord Donald Trump, dont le revirement de dernière minute mérite d'être étudié, et dont il n'est pas certain qu'au fond de lui-même, il veuille cette guerre.

    Mais surtout, les milieux qui, aux États-Unis, poussent depuis des années à une telle action guerrière. Il y a John Bolton, le conseiller militaire à la Maison Blanche, mais il y a aussi les Évangéliques conservateurs pro-Israël, dont la grille de lecture de l'Histoire demeure ancrée dans le fondamentalisme et le manichéisme. Et puis, plus généralement, il y a les milieux, notamment sur la Côte Est, qui soutiennent la politique d'Israël. Y compris l'action coloniale de ce pays, depuis 1967, à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza. Ces gens-là verraient bien l'Iran affaibli pour quelques décennies.

    Le problème, c'est qu'une guerre USA-Iran porte en elle les germes d'un conflit beaucoup plus étendu. Non seulement au Proche-Orient et au Moyen-Orient, mais dans le monde. Il y a aussi, autour de Trump, des gens qui le lui rappellent. D'où les hésitations du locataire de la Maison Blanche.

    Le problème no 2, c'est que l'Iran, civilisation plusieurs fois millénaire, serre les rangs, avec un incroyable patriotisme, chaque fois que le pays est en danger. Ce que défendent alors les Persans, ça n'est pas le régime du moment (que représentent quarante ans, face à l'incroyable Histoire de cette nation ?), mais la continuité de la patrie, à travers les siècles. On peinera à trouver beaucoup d'invasions réussies de la Perse, depuis Alexandre le Grand. Et même l'islamisation, au septième siècle, ne s'est pas opérée contre les intérêts fondamentaux du pays.

    L'hésitation de Trump est capitale. Nous en ignorons les causes exactes, mais elle révèle un hiatus entre le Président (certes grand bluffeur devant l’Éternel, mais jusqu'ici beaucoup plus économe en actes guerriers que son prédécesseur Obama), et l'incroyable pression des milieux bellicistes.

    Ces faucons, en cas de guerre, dont on peut imaginer l'horreur et l'extension, auront, le jour venu, à répondre de leurs actes. Leur responsabilité criminelle ne devra être atténuée ni par le politiquement correct, ni par la chimère d'une solidarité "occidentale". Le Moyen-Orient, je l'écrivais déjà au printemps 2003 lors de l'invasion américaine de l'Irak, c'est notre matrice de civilisation. Je n'ai pas tous les jours cette impression avec ce qui nous vient du Nouveau Monde.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 8 commentaires
  • Allemagne, Ukraine, paravents

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 19.06.19 - 15.35h

     

    Les couloirs de pénétration Allemagne-Ukraine, via la Pologne, sont exactement les mêmes qu'il y a 78 ans. Aujourd'hui, ce sont les grands groupes économiques allemands qui étendent leurs tentacules sur les Marches de l'Est. Avec la bénédiction générale du reste de l'Europe, à commencer par celle de la France, et de Macron, tout à sa philosophie des miroirs, mais incapable de la moindre perception historique des événements.

    C'est l'Allemagne de Mme Merkel, avec l'aide américaine, qui a tout fait pour diviser l'Ukraine, renforcer le très sympathique régime pro-européen, affaiblir et discréditer à tout prix la partie pro-russe du pays. Exactement les mêmes divisions, naguère, dans les terribles circonstances que nous savons, avaient été créées. Exactement les mêmes ! A l'époque, c'était la poudre qui parlait. Aujourd'hui, ce sont les capitaux.

    C'est cela qui se produit, cela qui est exact, cela qui constitue une réalité géopolitique. Le reste, ce sont des paravents.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires
  • Mme Merkel, Présidente de la Commission ? Une folie !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 18.06.19 - 15.01h

     

    Imaginer, ne serait-ce qu'une seule seconde, que Mme Merkel puisse devenir Présidente de la Commission européenne, et de surcroît estimer cela souhaitable, relève de l'inconscience quant à la nature des humains, des nations qui composent notre continent, et du jeu d'apparences et de réalités derrière le conglomérat appelé "Union européenne".

    Sans la France ni l'Allemagne, il n'y aurait certes jamais eu de construction européenne, après la guerre. Ces deux pays, les plus forts de la partie centrale du continent, sont assurément les piliers de l'Europe. Sans leur réconciliation, sans de Gaulle et Adenauer, puis d'autres couples, comme Schmidt-Giscard, ou Kohl-Mitterrand, rien n'aurait pu se faire.

    Il ne s'agit donc pas de rejeter l'idée d'une Présidente allemande de la Commission, sous le seul prétexte qu'elle serait allemande. Delors, après tout, était bien français.

    Le problème, ça n'est pas l'identité germanique de Mme Merkel, ni même son identité première, d'ailleurs, qui est prussienne, mais je vous emmène déjà là sur d'autres voies, plus internes aux équilibres historiques entre les Allemagnes. Il n'existe pas de malédiction allemande sur l'Europe, pas plus que de malédiction française, ni aucune autre d'ailleurs. Il ne saurait exister de génétique obscure qui conduirait le destin des nations.

    Le problème, c'est Mme Merkel elle-même. Depuis le 22 novembre 2005, donc depuis plus de treize ans (on touche au record de longévité d'Adenauer), elle est Chancelière fédérale de l'Allemagne. Pendant treize ans, elle a orienté une politique, exercé des choix, joué à fond de son influence sur l'Europe. Nous n'avons donc pas particulièrement affaire à une petite nouvelle.

    Quelle Chancelière, en matière européenne, fut Angela Merkel ? La réponse est très simple : dans l'immédiat sillage d'Helmut Kohl (et Schröder n'avait pas beaucoup dérogé), elle a profondément accru l'influence allemande sur le continent. Détruite en 1945, redevenu géant économique très vite (milieu des années 50), l'Allemagne a mis du temps à se reconstituer, en Europe, comme géant politique.

    Avec la chute du Mur (1989), l’absorption gloutonne de la DDR par Kohl (1990), la carte germanique jouée pendant dix ans dans les guerres balkaniques (1990-2000), l'extension à l'Est, la prédation des entreprises allemandes sur l'Europe centrale et orientale, la prise de position de Mme Merkel sur la question ukrainienne, plus rien en Europe ne se fait sans l'Allemagne. Et combien de fois, jusque dans l'affaire grecque, la Chancelière ne s'est-elle pas déjà comportée, avec une arrogance inouïe, comme patronne de l'Europe, ce que j'appelle souvent une "Chancelière d'Empire" ?

    Et c'est à cette femme-là, qui n'a cessé de jouer la carte nationale allemande sous paravent européen, de défendre les intérêts stratégiques, économiques, fondamentaux de l'Allemagne, sous couvert de multilatéralisme continental, qu'il faudrait confier les rênes de la Commission ? Dangereux, non parce qu'elle est Allemande. Mais parce qu'elle est elle-même. Mme Merkel est Mme Merkel, cette Chancelière au jeu caché, qui pendant treize ans, feignant l'Europe, a si bien présidé à la renaissance de la puissance allemande sur le continent.

    Et quand on pense qu'un Macron, Président de la République française, successeur de quarante rois et de toutes les fiertés républicaines, garant de l'indépendance et de la souveraineté de son pays, vient allègrement, avec cette candeur sucrée des inconscients, imaginer l'hypothèse de Mme Merkel à la tête de la Commission de Bruxelles. Mais cet homme, décidément, serait-il dénué du plus élémentaire des arrière-pays historiques ?

    Encore trois ans de répit pour l'Ancien Monde.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Hommes-grenouilles polonais

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 18.06.19 - 09.12h

     

    L'attaque des deux pétroliers par les Iraniens est aussi crédible que l'agression de citoyens allemands par des gardes-frontière polonais, le 1er septembre 1939.

    Vous reprendrez bien une petite fiole de Colin Powell ? Et, pour le dessert, quelques armes de destruction massive ?

    Allez, faisons avancer le dossier. Et reconnaissons enfin que ces pétroliers, en mer d'Oman, ont été attaqués, à la nage, par des gardes-frontière polonais. Ils avaient, comme d'habitude, un peu trop bu. Et voulaient s'essayer à marcher sur les eaux.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • Un homme, face à l'Histoire

    Imprimer

     

    Sur le vif - Lundi 17.06.19 - 11.29h

     

    Les grandes figures de la seconde partie du vingtième siècle, c'est chez les Non-Alignés qu'on les trouve. Au premier plan d'entre eux, Gamal Abdel Nasser.

    J'ai beaucoup lu, en quarante ans, sur cet homme, à peu près tout ce qu'on peut lire en langue française. La conscience qu'il avait de la Nation égyptienne, et, au-delà de cette dernière, de l'ensemble du concept de Nation arabe, son sens de l'Histoire, son intelligence tactique face aux grands mouvements tectoniques de la société égyptienne, dont bien sûr les différentes composantes religieuses, sa passion de l'Etat, en font à mes yeux un géant.

    Cela, au-delà de ses succès (Suez, 1956) et de ses échecs (1967), de ses immenses qualités et de ses inévitables défauts. Au-delà de la péripétie, Nasser est, comme de Gaulle, comme Willy Brandt, un homme de l'Histoire. Un homme, face à l'Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • Que chacun tienne son journal !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Dimanche 16.06.19 - 15.16h

     

    Depuis deux siècles, il y a des gens qui écrivent dans des journaux, et une masse d'autres gens, qui lisent ces journaux. Une immense majorité, pour lire la production d'une infime minorité. Ce temps-là est bientôt révolu. Donnons-lui, en étant magnanime, encore deux ou trois décennies, maximum.

    La révolution des réseaux sociaux, c'est que chacun, s'il en éprouve le besoin, peut tenir publiquement son journal. Chacun de nous est libre de le faire ou non. Libre du choix de ses sujets, de son rythme de parution, de ses angles, de la tonalité qu'il entend donner à ses mots, fougueuse ou raisonnable, rugissante ou sereine, analytique ou engagée.

    Chacun de nous est libre de prendre connaissance, ou non, de ce que les autres proposent. Libre d'aimer, détester, adhérer, rejeter. Libre de partager des textes, des archives, des photos, des musiques, des vidéos. Libre de l'ornementation qu'il veut donner à son journal : sobriété cistercienne pour les uns, limitée au texte ; enluminure baroque pour d'autres.

    Chacun de nous est libre. Chacun s'exprime pour soi, engage sa responsabilité individuelle, met en oeuvre sa sensibilité, ses antennes, ses passions. Dans cet univers, il n'y a ni mentor, ni caïd, ni chef de file, ni gourou. Il n'y a ni Barrès, ni Gide, ni Sartre pour jouer les grands éditeurs, les filtres par lesquels il faudrait absolument passer. Il n'y a ni prêtre, ni officiant, ni intermédiaire. Chacun est libre, chacun est seul, chacun est responsable.

    A partir de là, faites vos jeux. Que chacun tienne son journal. Bientôt, les experts nous rejoindront, il n'auront pas le choix, chacun d'entre eux s'exprimera en toute liberté, et chacun pourra juger de leur expertise. Si un texte est bon, s'il est fondé, s'il apporte du sens, on a tendance à s'en rendre compte assez vite, en général, et on n'a nul besoin d'un souffleur, pour nous indiquer sa qualité.

    Lorsque les réseaux sociaux se seront dégagés de leur péché originel (vie privée, bavardage, délation), ils deviendront le premier vecteur de communication, d'apprentissage, d'accès à la connaissance, de partage du savoir, sur cette terre. En attendant, laissons ronchonner les ronchonneurs, pleurnicher les pleurnicheurs, et vitupérer les vitupérateurs.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • La joyeuse confrérie du soupirail

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 15.06.19 - 11.09h

     

    Faut-il, à tout prix, aimer le journalisme ? La réponse est non. Nous sommes des citoyens et des citoyennes. Des hommes et des femmes libres, qui entendent le rester. Ce que nous devons aimer, avec passion, c'est la liberté, pour chacun d'entre nous, d'exprimer sa pensée, ses visions, sa sensibilité. En parlant, en écrivant, en dessinant, en dansant, que sais-je encore ? La liberté d'expression, voilà une valeur fondamentale.

    Si le journalisme porte la liberté d'expression, s'il l'illustre, la défend, s'il prend des risques pour cela, alors oui, rendons-lui hommage. Mais pas parce qu'il est journalisme ! Juste parce qu'il serait l'un des vecteurs (parmi tant d'autres) de la liberté d'expression.

    Ce qu'il faut récuser, c'est cet étrange statut du journalisme, véhiculé par le corporatisme de cette profession, comme prétendu sanctuaire, inviolable, de la liberté d'expression. Il ne l'est assurément pas. Tant de journaux sont au contraire le lieu de la censure, à commencer par la pire : l'autocensure. S'interdire de traiter ce qui déplaît, ne pas contredire la masse, ne pas irriter la pensée dominante, ne pas froisser ses pairs, craindre ce qui va se dire en débriefing. C'est cela, la plaie mortelle du journalisme d'aujourd'hui : la peur du semblable. On écrit pour ses confrères, sa caste, au lieu de s'adresser au plus grand nombre.

    Et puis surtout, les journaux ne sont absolument plus le lieu central de l'expression publique. Ils sont juste les résidus grégaires de ce que les groupes industriels, lâchés par les financiers actionnaires, ont bien voulu laisser, pour occuper les dernières années d'un métier qui, né avec Balzac, se meurt doucement, et rendra l'âme d'ici deux ou trois décennies.

    Les lieux d'expression d'aujourd'hui, où sont-ils ? Eh bien ici, pardi, puisque vous avez bien voulu venir y lire ce texte ! Ici, et ailleurs. Sur les blogs, sur les réseaux sociaux, dans la rue. Nous sommes dans une société à peu près libre quant à l'expression (elle pourrait l'être davantage), nous n'avons pas à nous plaindre, nous pouvons nous exprimer, alors allons-y !

    Et l'expression libre est tellement sur les réseaux sociaux, elle y éclate avec tant de vie, que les bonnes vieilles rédactions, salariées, des bons vieux journaux, les bonnes vieilles équipes syndicalisées et corporatistes, passent leur temps, l'index pointé vers le ciel, à nous répéter que les réseaux sociaux ne valent rien, ne sont porteurs que d'humeur et pas de réflexion, ne charrient que de l'émotif et nullement de la raison. Bref, ce serait ici la racaille de la pensée, la joyeuse confrérie des Gueux derrière le soupirail, là où eux seraient l'élite du donjon.

    Laissons-les ronchonner. Laissons-les soupirer. Laissons-les mépriser. Vivons nos vies. Donnons de la voix, de la plume, chacun d'entre nous, individuellement. Soignons nos textes. Cultivons l'ultime dignité du soupirail : de la tenue, et puis du style.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • USA - Iran : parlons juste !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 14.06.19 - 12.49h

     

    Il faut arrêter de parler de "montée de la tension entre les États-Unis et l'Iran" au Moyen-Orient. Ce langage de dépêche diplomatique asexuée ne veut strictement rien dire.

    Il n'y a pas de "montée de tension". Il y a la mise en application, cynique et parfaitement dégueulasse, de la volonté de guerre américaine, voulue de longue date par des milieux très précis aux États-Unis, contre l'Iran. Ces milieux, qui exercent une influence capitale sur Trump en vue de sa réélection en novembre 2020, sont à la fois dans les rangs des conservateurs évangéliques, et dans ceux qui, traditionnellement aux USA, soutiennent Israël. Faute de tenter de comprendre un Orient compliqué qui lui échappe, Trump donne unanimement des gages à ces milieux-là.

    La réalité, c'est cela. Si elle est déplaisante, tant pis. Parler juste, ça n'est pas ânonner l'expression "montée de la tension", qui renverrait dos à dos les responsabilités historiques, et suinterait la castration cartographique. Non, parler juste, c'est parler d'application cynique de l'idéologie belliciste américaine contre l'Iran. Parler juste, c'est ne pas craindre, mais alors vraiment pas une seule seconde, d'ajouter l'adjectif "dégueulasse".

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • Kosovo : ignorance ou complicité ?

    Imprimer

     

    Sur le vif - Jeudi 13.06.19 - 16.28h

     

    Que Bill Clinton vienne se faire décorer par Hashim Thaçi, pour le vingtième anniversaire de la "libération du Kosovo", entendez la mise sous tutelle de cette région par l'Otan, avec la très active collaboration, en 1998-1999, des services secrets allemands (ceux de M. Kohl, puis de M. Schröder, mais c'est bien Kohl qui porte l'écrasante responsabilité de la politique allemande dans les Balkans, dans les années 1990), voilà qui relève de la farce, de l'imposture, de l'arrogance américaine, de l'écriture de l'Histoire à sens unique.

    Quand on voit ce qu'est devenu le Kosovo de ce cher M. Thaçi, corruption, inféodation totale à l'Otan, absence de liberté pour les minorités, à commencer par les Serbes, ambitions de Grande Albanie dans la partie méridionale des Balkans, affaires douteuses, il n'y a pas de quoi être fier d'aller chercher une décoration dans ce pays.

    Nos amis Kosovars - je salue ceux d'entre eux qui sont en Suisse et s'intègrent admirablement - méritent mieux. Mais l'Histoire s'est écrite. Elle a été rédigée par les vainqueurs. Par les Américains. Par les gens de l'Otan. Par l'Allemagne de M. Kohl et de Mme Merkel. Par l'insoutenable légèreté de ce non-lieu historique et sémantique appelé "Union européenne".

    Si l'on veut considérer avec un minimum de lucidité historique la question des Balkans, il faut tout reprendre, depuis le début. Ou tout au moins, dans cette passionnante région sans début ni fin, depuis les germes de l'éclatement de la Yougoslavie, à la fin des années 80.

    En attendant, tout chef d'Etat recevant M. Hashim Thaçi fait preuve soit d'une ignorance historique, soit de complicité. Dans les deux cas, c'est assez inquiétant.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires
  • Comment dit-on "caniche" en allemand ?

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mercredi 12.06.19 - 05.51h

     

    En se disant prêt à soutenir Mme Merkel comme présidente de la Commission européenne, Emmanuel Macron profère l'une des plus grandes énormités de son mandat, qui n'en est pas avare.

    Jusqu'en 1989 (chute du Mur), ou même jusqu'en 1992 (Maastricht), la construction européenne prenait soin de s'opérer sur l'équilibre, le respect des diversités, la mise en valeur des petites nations. On se gardait bien de trop mettre en évidence les deux grands, les deux piliers démographiques et historiques de l'Europe, la France et l'Allemagne.

    À partir de l'Acte unique, tout a changé. On a laissé Kohl, qui venait d'avaler la DDR, jouer dans les Balkans un rôle majeur. On a aligné la politique balkanique européenne sur celle des intérêts économiques et stratégiques supérieurs de l'Allemagne. Mitterrand (en lâchant les Serbes) y a porté une responsabilité historique écrasante. Il a fini par jouer, dans les Balkans, la politique de Kohl. C'est cela, cette réalité historique, sous le masque européen, qui s'est produit.

    Plus tard, on a aligné l'élargissement à l'Est, précipité et glouton, sur l'accomplissement des intérêts économiques et commerciaux des grandes entreprises allemandes. En Pologne, en Tchéquie, en Slovaquie, dans les Pays Baltes, le géant allemand a pu prospérer. Voies de pénétration traditionnelles de l'influence allemande, déjà avant Frédéric II.

    Plus tard encore, lors de l'affaire grecque, Mme Merkel, en saignant ce pays, en l'humiliant publiquement, s'est outrageusement comportée en Chancelière d'Empire. Elle a parlé, agi, comme si elle était la cheffe de l'Europe. Faut-il rappeler ici le souvenir laissé par l'Allemagne sur la Grèce, comme sur les Balkans, entre 1941 et 1945 ?

    Dans l'affaire ukrainienne, où nous nous abstiendrons d'évoquer les souvenirs de ces mêmes années 41-45, l'UE laisse l'Allemagne de Mme Merkel, de façon éhontée, soutenir sa politique propre, sous le paravent de l'OTAN. C'est l'une des plus grandes forfaitures des années 2000.

    Mme Merkel, digne successeur de Kohl, se comporte en Chancelière d'Empire. Sa vision est celle d'une Europe entièrement construite autour de l'Allemagne. Ce qu'elle cherche à reconstituer, c'est une forme de Saint-Empire, aboli par Napoléon en 1806, au lendemain d'Iéna.

    Que M. Macron puisse entrer en matière, une seule seconde, sur l'idée de placer cette femme-là à la tête de l'Europe, en dit long sur l'ampleur de l'ignorance historique de l'actuel locataire de l’Élysée, son inféodation à l'Allemagne, sa mise sous tutelle par Mme Merkel, son inaptitude à penser la nation française, sa résignation à la relégation de la France, face à l'Allemagne.

    C'est cela, après les propos de Macron, qui devait être dit. Au nom de la lucidité. Au nom de la vision diachronique des rapports entre les peuples. Au nom de la vérité historique. Et si dire cela doit déplaire, eh bien nous déplairons.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Blasphémez leurs idoles, juste pour voir !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 11.06.19 - 13.54h

     

    Les gens qui passent leur temps à nous encenser le "contre-pouvoir" du dessin de presse, sont souvent les premiers à hurler contre un dessin qui, par aventure, n'irait pas dans leur sens. Saisir les instances morales compétentes. Rappeler qu'il existe tout de même des limites, mon bon Monsieur.

    Le liberté d'expression, c'est pour leurs idées, à eux, leur vision du monde. Esquissez donc un dessin, ou n'importe quel commentaire, en prenant une position opposée, ajoutez-y le sarcasme si loué par eux (tant qu'il est de leur côté), le sel de l'insolence, blasphémez leurs idoles, paraphrasez leurs liturgies, et vous les verrez contre vous, le yeux injectés, comme une meute.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires
  • Jouir en se fouettant

    Imprimer

     

    Sur le vif - Mardi 11.06.19 - 11.29h

     

    Rive droite bloquée, ce matin, quartier Nations, avec un nombre impressionnant de policiers, carrefours bloqués, motos avec sirènes. Hier, c'était même un incessant ballet d'hélicos.Tout cela, pour le centenaire d'une Organisation internationale qui envisage de placer notre pays sur liste noire ! Sommet de masochisme, de la part de la gentille Suisse. Et la gentille Genève, toujours prompte à jouir des verges du multilatéralisme, par elle-même administrées.

    Il y a cinquante ans et un jour, le 10 juin 1969, je la respectais profondément, cette même Organisation. C'était la visite du Pape Paul VI à Genève. Première du genre depuis la Réforme. Journée entière, avec ma mère, consacrée à l'événement. Guetté le Pontife à l'entrée du BIT, en fin de matinée. Puis, l'après-midi, la grand-messe en plein air, au Parc La Grange. Journée magnifique, joyeuse. Le père d'un de mes camarades de classe, haut dignitaire du Dahomey (aujourd'hui Bénin), était vice-directeur du BIT, c'est lui qui avait reçu le Pape. Nous étions aux premières loges.

    A dix jours de mes onze ans, je finissais l'école primaire, m'apprêtais à un sublime voyage en Andalousie, respirais cette journée bleutée de juin comme la promesse d'un monde ouvert et fraternel.

    Plus tard, j'ai étudié le rôle éminent du BIT, sous l'impulsion d'Albert Thomas et de ses successeurs, dans les législations internationales sur le travail. Organisation respectable, oui !

    Mais aujourd'hui ? Une pieuvre multilatérale, trois immenses avions russes à Cointrin (je viens de les voir), le ballet des Grands, qui dominent tout, le Tiers-Monde oublié, les Non-Alignés qui ne sont plus qu'un souvenir. Et ils se proposent de mettre la Suisse sur liste noire ! Et on les reçoit, comme des grands ! En priorité absolue. Sirènes. Flics, partout. Obédience, courbettes et révérences. Etat de siège. La Genève internationale est passée de l'apparence de la grâce à la réalité de la pesanteur.

    Il y en a, paraît-il, pour dix jours. Et sur notre dos.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires
  • Pentecôtiste du Lundi

    Imprimer
     

     

    Sur le vif - Lundi 10.06.19 - 16.05h

     

    Avec ses airs d'enfant de choeur, passé à l'âge adulte comme on monte à l'autel, Macron me fait de plus en plus penser à un télévangéliste américain, une sorte de Pentecôtiste du Lundi. Il y a en lui la rage du Bien, l'ignorance de l'Histoire, l'apesanteur de celui qui tente d'échapper à la terre, la béatitude ailée du ciel.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 0 commentaire
  • La noire fureur des entrailles

    Imprimer

     

    Je republie ici ce texte datant d'il y a deux ans (09.06.17), un an et demi avant le mouvement des Gilets jaunes. Aujourd'hui, je ne lui retrancherais pas la moindre virgule.

     

    L'ère Macron : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

    Cinq ans, non pour rénover, mais pour conserver.

    Conserver le système actuel, ultra-libéral, celui qui nous étouffe depuis trois décennies. Négation de l'idée nationale. Intégration progressive à une idée impériale, appelée "Union européenne", en réalité une vassalité de l'Allemagne qui, doucement, construit sa puissance tutélaire sur le continent.

    Cinq ans d'obédience à l'atlantisme. Priorité à la finance spéculative. Aucun souci de l'humain, de son épanouissement. Dérégulation. Délocalisations. Défaut de contrôle sur les flux migratoires. Mépris de la cohésion sociale. Mort de la paysannerie. Prolongation du mensonge multilatéral : cinq ans de SDN, cinq ans d'Aristide Briand. On prend des milliers d'avions, on grille des millions de tonnes de kérosène, pour signer des protocoles sur le... climat. Cinq ans de tartufferies encravatées.

    Et les gens, pour l'heure, applaudissent. Parce que c'est le printemps. L'état de grâce d'un nouveau souverain, le Bien Aimé, comme on surnommait Louis XV au début de son règne. Il fait beau. On s'apprête à savourer les Congés payés, cet été. On ne pense pas, on sifflote. On est au printemps 36.

    Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans pour réprimer, enfouir, jeter au diable toute parole contraire. Cinq ans pour oublier les neuf millions de voix qui, au second tour, n'ont pas soutenu Macron, mais sa rivale.

    Cinq ans pour laisser l'Ancien Régime, faussement rajeuni sous l'aimable visage de l'orléanisme, briller de mille feux. Mais un jour, le contrepoids surgira. Tout ce que l'ère Macron aura voulu enfouir, dissimuler, en se bouchant le nez, tout cela éclatera comme un volcan demeuré trop longtemps silencieux.

    Tout cela, toute cette lave et cette braise, ne jaillira pas des cerveaux, ni des puissants raisonnements, ni du choc démontré de quelque Talmud. Mais de la noire, l'incandescente fureur des entrailles.

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire
  • Le temps des vapeurs

    Imprimer

     

    Sur le vif - Samedi 08.06.19 - 11.34h

     

    Nés à l'époque de Balzac et des Illusions perdues, promis à s'éteindre d'ici (au maximum) deux ou trois décennies, le métier et la fonction de journaliste auront vécu un peu plus de deux siècles.

    Deux siècles, ça n'est pas si mal.

    C'est mieux que conducteur de locomotives à vapeur (un peu plus d'un siècle). Mais c'est nettement moins que tant d'autres métiers, vraiment utiles au plus grand nombre, qui, eux, ont traversé les âges.

    Mon arrière-grand-père, en Valais, était boulanger. Mon grand-père, instituteur. Mon père, ingénieur en génie civil. Ces trois métiers, utiles et concrets, survivront tous à celui auquel j'ai consacré tant de passion, toute ma vie, et aujourd'hui encore.

    Peut-être ces métiers-là étaient-ils moins arrogants, moins persuadés d'être "indispensables à la démocratie", plus ancrés dans la vie réelle, plus en lien avec les gens de tous les jours.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires
  • Suisse-Europe : bonjour le peuple, adieu les diplomates !

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 07.06.19 - 14.40h

     

    Le NON du Conseil fédéral, à l'instant, à l'Accord-cadre est une bonne nouvelle. Nous appelions, ici même et dans GHI, à ce NON, avant-hier. Pour une fois - la première, depuis bien longtemps - nous voilà donc en phase avec le gouvernement de notre pays, sur la politique européenne, dossier que nous suivons, comme journaliste, depuis plus de trente ans. La campagne EEE du 6 décembre 1992, nous l'avons couverte jour après jour, à fond, sur l'ensemble du pays.

    La Suisse doit maintenant reprendre à fond le dossier européen. Nous devons savoir qui nous sommes, ce que nous voulons, quels liens nous entendons tisser avec nos voisins continentaux.

    Au fond, il n'y a pas de problème Suisse-Europe. Il n'y a qu'un problème de la Suisse face à la Suisse. Cette affaire, complexe et passionnante, est davantage révélatrice de nous-mêmes, nos contradictions, nos relations intestines équivoques, que de l'état du continent.

    A dater d'aujourd'hui, une inversion s'impose. Le temps - que nous avons connu et couvert pendant des années - des diplomates qui négocient, puis du paquet qu'il faut ratifier (Parlement, puis peuple), est totalement révolu. Le temps des diplomates est passé, tout au moins celui de leur tyrannie, en lien avec l'Administration bernoise, sur le monde politique, peuple et élus.

    Désormais, nous devons d'abord consulter en profondeur la population de notre pays. Écouter le peuple ! C'est à l'ensemble des citoyennes et citoyens de ce pays - et surtout pas les seuls élus - de prendre en charge ce dossier. Nous en avons les moyens organiques et constitutionnels : la démocratie directe, principalement le droit d'initiative, sont des outils uniques au monde pour permettre au suffrage universel de se saisir du destin national.

    D'abord, un immense brassage populaire, ça nous prendra quelques années. L'enjeu est de taille, il s'agit de notre place au milieu de nos amis européens, ça vaut la peine de prendre le temps, travailler en profondeur. Le jour où nos outils démocratiques nous auront permis de nous mettre d'accord (dans la douleur, comme dans toute dialectique avec des enjeux), alors nous reprendrons contact avec l'Union européenne (ou ce qu'il en restera), et nous leur dirons : "Chers amis, voici ce que la Suisse veut". Et c'est à ce moment-là seulement que pourra commencer une phase de négociation.

    Car dans toute négociation, le problème no 1, ça n'est pas le partenaire, qui est en face. Non, le problème no 1, c'est soi-même : qui suis-je, quels sont mes objectifs stratégiques profonds, dans quelle état vais-je aborder la discussion ?

    Nos diplomates ? Qu'il prennent un peu de congé. Ou de retraite. Ils pourront s'épancher dans les journaux lausannois prétendument romands, faire la leçon aux Suisses, au peuple, à notre démocratie directe, vitupérer le populisme. Ils feront ce qu'ils voudront. Pourvu qu'ils ne se remettent pas, derrière le dos du peuple, à "négocier".

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 6 commentaires
  • Orient compliqué, France souveraine

    Imprimer

     

    Sur le vif - Vendredi 07.06.19 - 08.38h

     

    En aucun cas la position de la France sur l'Accord nucléaire iranien ne doit s'aligner sur celle des États-Unis d'Amérique.

    La France est une grande nation, riche d'une époustouflante Histoire. Depuis l'expédition d’Égypte de Bonaparte (1798), elle a tissé avec l'Orient compliqué un réseau de relations d'une infinie richesse, fondée sur la connaissance des langues, des Histoires, des civilisations, de l'estime et du respect, un dialogue des cultures. C'est valable pour le monde arabe. Et aussi, pour le fascinant univers de la Perse. Nous sommes a des années-lumière du rouleau compresseur américain.

    Jules Ferry, Pierre Mendès France, Charles de Gaulle, auxquels il faut ajouter MM Chirac et Villepin : quelques noms, avec aussi de grands ministres des Affaires étrangères comme Claude Cheysson, qui ont porté très haut la politique arabe de la France.

    Au Proche-Orient, au Moyen-Orient, la France doit avoir sa propre politique. Les lumières de son Histoire diplomatique peuvent nous éclairer. En aucun cas la France ne doit s'aligner sur l'atlantisme, sur Washington, ni Trump ni n'importe quel autre locataire de la Maison-Blanche.

    En aucun cas Paris ne doit sombrer dans l'obédience au cosmopolitisme financier de New York et de Londres. La France doit avoir, au Proche-Orient comme ailleurs, sa politique propre. Elle seule doit tracer, face à ses amis arabes ou persans, les chemins de l'honneur et de la grandeur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Lien permanent Catégories : Sur le vif 6 commentaires