Sur le vif - Page 3

  • EXCLUSIF : la réaction du Ministre

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    M. Dal Busco : "De grâce, Messieurs, ne nous énervons pas ! Tout cela n'est qu'un lamentable malentendu ! Il a dû se produire une faute de frappe à l'Office cantonal des Transports (les scribes, de nos jours, sont si distraits). Quand nous parlons de 30 km/h en Ville, il s'agit, vous l'aurez tous compris, de VITESSE MINIMALE. Si vous roulez moins vite, vous risquerez en effet une amende. Pour entrave à la fluidité publique. Les exceptions ne seront tolérées qu'en cas de certificat médical signé de la main de votre garagiste, d'expertise psychiatrique délivrée par le Vétérinaire cantonal, ou de recours au TF, dédicacé par Me Romain Jordan. For juridique : Bayreuth. Allons, Messieurs, oublions nos différends de queues de cerises, et roulons, pleins gaz, vers la paix des braves !"

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  • Succession Maurer : homme, femme, aucune importance !

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    Sur le vif - Lundi 17.10.22 - 13.42h
     
     
    L'idée qu'il faille absolument une femme à, l'UDC, pour se porter candidate à la succession d'Ueli Maurer est le type même d'obsession n'existant que dans une certaine presse, en gros le Temps et la RTS, éternels créateurs de bulles d'opinion pour bobos urbains de centre-gauche. Et torturés jusqu'à la moelle par les élucubrations sociétales, par exemple la fixette sur le genre.
     
    La vérité, c'est que la question du genre, dans la succession Maurer, n'a strictement aucune importance. Si c'est une femme, c'est très bien. Si c'est un homme, c'est très bien. Il s'agit d'élire un membre - homme ou femme - du gouvernement fédéral de la Suisse. On l'espère compétent, clairvoyant, soucieux du bien public et des intérêts supérieurs du pays.
     
    A cela s'ajoute une chose. Si l'Assemblée fédérale devait élire un homme alémanique en décembre, alors une femme romande serait bienvenue, le jour venu, pour la succession Parmelin. Vous n'en connaissez aucune ? Moi, si.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Député ou agitateur : il faut choisir

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    Sur le vif - Jeudi 13.10.22 - 09.21h
     
     
    Un député de la République qui s’en va faire le piquet de grève est un homme qui n’a strictement rien compris à sa fonction.
     
    Un député se bat par l’échange d’arguments. Son arène : le Parlement. Dans cette enceinte, il doit tout pouvoir dire, à commencer par ce qui dérange les puissants. Cette fonction critique devrait, à Genève, s’exercer avec beaucoup plus d’acuité. Trop de députés sont les groupies de leur magistrat.
     
    Un député fait les lois. Le corps des citoyens peut certes les défaire par référendum, mais c’est rare.
     
    Un député respecte l’ordre institutionnel, celui que sa Chambre a elle-même tissé, au fil des décennies.
     
    La rue, les « actions » de désordre public, l’occupation massive de la chaussée, ça n’est pas, ça ne doit pas être le théâtre d’opérations d’un député. Ni son horizon d’attente. Ni son langage.
     
    Pour ceux qui ont fait du grec, la rue c’est le pléthos, la foule qui vocifère. Le député, c’est le démos. L’organisation de la Cité par la voie du vote. Celui des citoyens. Celui de leurs représentants. Bref, la civilisation.
     
    Député, c’est une fonction. Agitateur de Soviets locaux, à la façon bavaroise de 1918/1919, c’en est une autre.
     
    Les députés devraient lire l’Histoire, jour après jour, de la Révolution allemande, du 9 novembre 1918 (avant-veille de l’Armistice), jusqu’en 1923. Dans ces Allemagnes dévastées par les factions extrêmes, les combats dantesques entre Spartakistes et Corps-francs, manquait juste la dimension supérieure d’un État.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Constitutionnelle ? Et alors !

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    Sur le vif - Mercredi 12.10.22 - 15.32h
     
     
    De toute ma vie, je n'ai jamais aimé lorsque une certaine droite, lâche et capitularde, interpellée sur une grève, se contente de répondre "Que voulez-vous, c'est un droit constitutionnel.".
     
    Désolé, ça n'est pas une réponse. La grève est un droit, OK. Mais est-elle opportune ? Est-elle décente, par rapport à d'autres catégories de population, moins favorisées ? Dans le cas d'une grève de fonctionnaires, à Genève, ces questions-là sont éminemment pertinentes. Faut-il rappeler ici l'angoisse perpétuelle qui mine les indépendants, privés de toute protection ? Faut-il rappeler le statut de tant d'employés du privé, qui peuvent gicler à tout moment ?
     
    Et puis, il y a le principe de manifestation. Là aussi, les lâches et les capitulards nous rappellent, résignés, l'ordre constitutionnel. Mais ce dernier se heurte méchamment à d'autres libertés fondamentales : celle de circuler librement, par exemple, sans se faire bloquer par des énergumènes. Sans compter la loi, si souvent bafouée : sécurité des personnes et des biens, protection du patrimoine, droits de propriété, etc.
     
    Alors, désolé ! Quand on a un minimum de courage politique, à droite, on ne se contente pas de prendre acte d'une grève, en affichant benoîtement son impuissance. Non, non et non ! On a le droit de s'y opposer. Le droit de la condamner publiquement. Le droit de dire à quel point elle est indécente, par rapport à d'autres catégories de travailleurs, tellement moins protégés. Le droit d'exiger des réparations, en cas de déprédations. Le droit de connaître le nom de ceux qui portent la responsabilité juridique. Le droit de les attaquer en justice. Pour qu'ils réparent, jusqu'au dernier centime.
     
    Seulement voilà. Les grèves, les manifestations, l'occupation parfois illégale de l'espace public ont acquis, à Genève, au fil des décennies, une quasi-impunité. La droite, pourtant majoritaire dans la représentation politique législative, fait le dos rond. Elle attend que ça se passe.
     
    Et, pour les fonctionnaires, une majorité du Grand Conseil, à l'approche de Noël, finit par céder. C'est mécanique.
     
    La gauche, elle, se frotte les mains. Rumine déjà sa prochaine grève. Et prépare sa victoire pour avril 2023. Elle l'aura méritée, face à une droite qui n'ose même plus se battre.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Esclaves du fait accompli

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    Sur le vif - Mardi 11.10.22 - 16.14h
     
     
     
    La presse n'ose plus rien contredire. Elle se contente de prendre acte. Esclave du fait accompli.
     
    Fonction publique en grève. Hurluberlus qui se collent au bitume. Ceux qui dégrafent. Ceux qui dégrapent. Ceux qui dérapent. Ceux qui dépradent. Ceux qui dégradent. On laisse faire, on invente des verbes. On invite des sociologues. Des chercheurs en sciences sociales de l'Université de Lausanne. Nulle condamnation. Nulle indignation. Ils ont leurs raisons, ceux qui font ça. La religion supérieure, celle du Climat. Ultérieure à notre ordre légal. Céleste.
     
    Deux hallucinées se collent au goudron, à Berne, bloquent tout. On les qualifie "d'expertes du climat". Non, désolé : ce sont des délinquantes, tout simplement. Nous avons un ordre légal, un Etat de droit, il s'agit de les respecter. Celui qui les enfreint n'est pas un "expert du climat", et peu importerait qu'il soit docteur en théologie, ou même Prix Nobel. Si on parle de lui, en l'occurrence, c'est qu'il a transgressé la loi. Il est donc un délinquant. Sa place est devant les juges, en instances qu'on espère les plus rapides possibles.
     
    Mais les juges eux-mêmes n'osent plus ! Ils se dégonflent. Ils acquittent. Il faut les corriger, en instance d'appel. Ils ont la trouille. Tout le monde a peur. De quoi ? De la doxa ambiante. Surtout, ne pas déplaire.
     
    Et la presse, c'est la même chose. Personne pour condamner franchement. Personne pour gueuler un bon coup. Non, juste laisser passer la vague. Raser les murs. Baisser la tête. Est-cela, le courage éditorial ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ils ne font pas grève, ils triment

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    Sur le vif - Mardi 11.10.22 - 10.04h
     
     
    Ils ne font pas grève, ceux qui s'apprêtent, dans les années qui viennent, à secouer durablement notre société suisse, et celles de nos pays européens.
     
    Ils ne font pas grève. Vous savez ce qu'ils font ? Ils bossent.
     
    Ils bossent, bossent, et bossent encore. Ils s'intéressent à leur boulot, et non aux rapports contractuels. Au centre, ils placent le fond des choses : la finalité de leur travail. La qualité de finition. C'est l'une de vertus des Suisses, reconnues à la ronde. Nous avons à en être fiers. Être un maniaque du travail bien fait n'a rien de risible : c'est une éminente qualité, une marque de civilisation.
     
    Ils ne font pas grève. Ils triment. Et n'en peuvent plus d'être tondus par les taxes, les impôts, toute cette voracité de l'Etat-Moloch, celui qui ne leur accorde jamais, à eux, la moindre subvention, celui qui ne songe qu'à tout leur prendre. Ce même Etat qui laisse tomber nos personnes âgées, préfère l'altérité aux nôtres, ne songe qu'à entretenir sa propre machine, sous prétexte de "moyens pour subvenir aux besoins de la population".
     
    Il ne subvient pas aux "besoins de la population" ! Mais aux siens propres. Il engraisse son propre fonctionnement. Il veut engager, et engager encore. Que la fonction publique fasse grève, et immédiatement, en période électorale, elle aura gain de cause, aucun souci, c'est joué, plié, la classe politique n'osera pas s'opposer à elle. C'est mécanique.
     
    Ils ne font pas grève, ceux qui ne tarderont pas, dans les années qui viennent, à secouer notre système, et ça pourrait être assez violent, à la manière d'un Novembre 1918. Pas celui du Grand Soir, cette fois ! Non, celui des classes moyennes. Celui des petits indépendants. Celui des trimeurs de l'ombre. Celui des doués de leur boulot. Ceux qui soignent le détail. Ceux qui, jour après jour, font vivre la Suisse. Pas derrière des pancartes. Mais dans l'inquiétude créatrice de leur atelier.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Mercredi, les fonctionnaires montent à l'autel

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    Sur le vif - Lundi 10.10.22 - 16.21h
     
     
    Il va sans dire que la grève des fonctionnaires, mercredi, jouira d'une incomparable popularité auprès de tous ceux qui triment dans le secteur privé.
     
    Auprès de qui ? Auprès des petits indépendants, entrepreneurs, ceux qui n'ont aucune garantie de travail, ni de revenu. Ceux qui paient eux-mêmes l'intégralité de leurs retraites, AVS et deuxième pilier (s'ils en ont contracté un). Ceux qui paient leur perte de gain, au prix fort. Ceux qui ont la trouille de tomber malades.
     
    Auprès de qui ? Auprès des employés du secteur privé, aussi. Ils ont certes droit, eux, à la part patronale pour les retraites, la perte de gain. Mais garantie d'emploi, néant. Problème avec l'employeur, raus ! Difficultés économiques, raus ! Restructuration, raus !
     
    Auprès de qui ? Auprès des chauffeurs-livreurs, qui ADORENT les cortèges de manifs, un après-midi ouvrable, en plein centre-ville, rien que pour emmerder. Auprès de tous ceux qui se lèvent le matin et rentrent le soir, doivent traverser Genève, leurs familles les attendent, le temps compte.
     
    Mais non ! La fonction publique manifeste. Procession sacrée. Fête-Dieu. Ils ont des conditions incroyables de part patronale pour leur Caisse de pension. Ils ont la sécurité de l'emploi. Ils ont des foules d'avantages que le privé n'a pas. Mais il faut bien manifester. Accomplir le rituel. Honorer les syndicats. On procède, dans la rue, dans ces après-midis de petites rencontres, comme on monte à l'autel.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Annie Ernaux : l'écriture, et rien d'autre

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    Sur le vif - Jeudi 06.10.22 - 16.13h
     
     
     
     
    Annie Ernaux. Une femme. Un style. Une écriture. La phrase est simple, courte, indépendante. Le mot est juste, sans emphase. Il désigne, presque cliniquement. L'écriture, et rien d'autre.
     
    Annie Ernaux raconte la vie. L'héroïne des "Années", toujours désignée à la troisième personne, "Elle", lui ressemble comme deux gouttes d'eaux. Mais elle ne dit pas "Je". Elle dit "Elle". C'est le premier récit que j'ai lu d'Annie Ernaux, avant tous les autres. Dès les premières pages, la présence d'un style. C'est rare.
     
    J'invite ici à lire tous ses livres. Les Années, La Place, Une femme, L'Autre Fille, Mémoire de fille, Le Jeune Homme. Et tous les autres.
     
    C'est son histoire, et c'est la nôtre. Les années passent, il y a des naissances et des morts, des affaires de famille, des choses tues, des tabous qui remontent, une mère, une soeur aînée, une colonie un peu particulière, en 1958. Il y a l'événement qu'on dit, celui qu'on tait. Il y a ce qu'on retient et ce qui sort, ce qui s'agrippe, ce qui nous échappe. Il y a la vie des syllabes, tellement belles dans leur cistercienne simplicité.
     
    Il y a un style. Oui, c'est si rare.
     
    Rarement un Nobel fut à ce point mérité.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La grève de trop

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    Sur le vif - Mardi 04.10.22 - 22.32h
     
     
    La grève des fonctionnaires est une insulte de première classe, un soufflet d’esturgeons, à tous ces milliers de minuscules indépendants, à Genève, qui n’en peuvent plus de ramer pour garder la tête dehors.
     
    Une insulte à tous ceux qui triment, crachent au bassinet, n’osent jamais tomber malades, courent derrière l’ombre de leur propre vie, sans jamais la rattraper. Leurs rêves ? Pour un lambeau de ciel bleu, combien d’amertumes, de sentiment de néant, face à la vie qui va ?
     
    Cette grève laissera des cicatrices. Les classes moyennes du privé n’en peuvent plus. Un jour, elles exploseront.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les primes prennent l'ascenseur, le liftier roupille

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    Sur le vif - Mardi 27.09.22 - 14.49h
     
     
    En vingt ans, les primes ont doublé en Suisse. C'est ça, la nouvelle. Et pas les pourcentages des différents cantons.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. J'étais à Berne lorsque les Chambres planchaient sur la LAMal, il y a près de trente ans. Déjà, je dénonçais ce pachydermique paradoxe : rendre l'assurance-maladie obligatoire (il le faut, assurément), et en même temps laisser certains requins du privé gérer les Caisses.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. Si une assurance est obligatoire, alors elle doit être guidée par un régime d'Etat. D'intérêt général. Au-dessus des factions, des corporations, des féodalités, des recherches de profit. Je ne suis pas un homme de gauche, c'est le moins qu'on puisse dire, mais j'ai toujours dit cela. Parce que ma droite à moi est nationale, patriote, non-libérale, focalisée sur la cohésion sociale de notre peuple.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. L'échec monumental de la LAMal est évidement celui des socialistes, qui l'ont portée sur les fonts baptismaux. Mais il est aussi celui de toute une droite libérale, celle qui ne s'est jamais élevée contre la gestion délirante des Caisses, la politique des réserves, le lobbyisme éhonté de leurs représentants aux Chambres fédérales, notamment au Conseil des Etats.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. C'est ça qu'il faut dire, répéter. Inscrire ce scandale, ce pataquès du politique, dans le dossier beaucoup plus large du pouvoir d'achat. Celui des classes moyennes, notamment.
     
    En vingt ans, les primes ont doublé. La gauche échoue. La droite libérale joue en bourse la santé des Suisses. Entre ces deux dérives, il y a la volonté de construire un pays, avec une économie libre, forte, fondée sur les PME. Avec le respect et la promotion des toutes petites entreprises, des indépendants, ceux qui ne coûtent rien à personne, et entretiennent le plus la machine, s'ils ont le mauvais goût de bien s'en sortir professionnellement. Parce qu'on les tond, tout simplement.
     
    Il faut cette dimension de liberté d'entreprendre, oui. Mais il faut, tout autant, le sens de l'Etat, de l'intérêt supérieur, pour tout ce qui touche aux fondements de la vie. La santé de nos compatriotes ne m'apparaît pas comme le dernier d'entre eux.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Giorgia : l'espoir, sur l'Italie

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    Sur le vif - Lundi 26.09.22 - 14.50h
     
     
    Un mois et trois jours avant le centenaire de la Marche sur Rome, voilà donc Giorgia Meloni qui triomphe. Elle gagne les élections. Sa coalition aura la majorité parlementaire. Elle pourra devenir la première Présidente du Conseil de l'Histoire italienne.
     
    Pour autant, voyez-vous, chers amis, je doute que nous ayons des défilés de chemises noires, ce soir, dans les rues d'Italie. Ni que le prochain grand chantier du pays soit l'assèchement d'un Marais. Il y a, c'est vrai, une inspiration directement puisée de la période 1922-1943 (laissons les deux années suivantes, sur les bords du Lac de Garde), chez cette femme politique. Mais il faut oublier l'idée, tant brandie par la gauche (et la RTS) que nous assistons à un retour du fascisme.
     
    Pourquoi ? Mais c'est très simple ! Parce que l'Histoire ne se répète pas avec l'exactitude d'une matrice. Le fascisme mussolinien, il faut l'étudier à fond avant d'en parler, tenez vous devez absolument lire l'excellente biographie du Duce par Pierre Milza, quelque 800 pages, chez Fayard. C'est passionnant, notamment sur les grands chantiers sociaux des années vingt et début trente. Tout le monde sait que ça a commencé à dégénérer avec l'Alliance allemande, mais aussi un impérialisme colonial délirant : Mussolini est un réformateur social, il n'est pas un chef de guerre. La fin, on la connaît : terrible, pitoyable. Fin avril 45, l'Italie est en lambeaux.
     
    Ca, c'est l'Histoire du fascisme italien. Mais Giorgia Meloni, c'est autre chose. Une femme d'aujourd'hui, moderne, ayant capté certaines aspirations puissantes des Italiens. En matière sociale. En matière de maîtrise des flux migratoires (l'Italie, par son flanc sud, est droit sur le front, et nous n'avons strictement aucune leçon à lui donner). En matière de cohésion et de fierté nationales. Tout cela, bien sûr, peut rappeler le Mussolini des années 1919 à 1922, jusqu'à sa prise du pouvoir le 28 octobre. Mais tout cela, en même temps, n'a rien à voir : un siècle complet s'est écoulé, le fascisme a fait son oeuvre, il est tombé, l'Italie est républicaine depuis 1946, membre fondateur de la Communauté européenne, dans un Traité justement signé à Rome, en 1957.
     
    Et puis - et cela n'est pas nécessairement pour me plaire - Giorgia Meloni est atlantiste. Elle est conservatrice sur certains sujets, très avancée sur certains aspects sociaux. Elle est nationale dans la pensée, pour la frontière, pour la préférence aux Italiens. Elle présente beaucoup de points communs avec une Marine Le Pen.
     
    Tout cela ne plaît pas à la gauche. Ni à la RTS. Ni au Temps. Ni aux éditorialistes partisans d'un "ordre libéral", de la planète, et d'un multilatéralisme où la nation irait se liquéfiant dans un improbable conglomérat.
     
    Mme Meloni ne plaît pas à ces gens, qui le font beaucoup savoir. Elle ne plaît pas à la Présidente de la Commission européenne, qui multiplie les ingérences et se comporte en Chambellan du Saint-Empire. Elle ne plaît pas au Ministre espagnol des Affaires étrangères, détail totalement dépourvu d'intérêt, que les flashes RTS, ce matin, et le Journal de 12.30h ont pourtant jugé bon de placer en tête de leurs nouvelles annonçant la victoire de Giorgia.
     
    Elle déplaît à tous ces gens. Mais il se trouve qu'elle a réussi à convaincre d'innombrables Italiens. Réussira-t-elle ? Ne risque-t-elle pas de se faire neutraliser par le système des alliances fluctuantes, en vigueur depuis 77 ans ? Impossible à savoir. Mais l'avènement de cette femme, qui veut le primat de la Nation contre les Empires, mérite qu'on lui accorde le plus vif des intérêts. Nous suivrons cette expérience italienne avec une passion égale à celle que nous éprouvons pour cet incomparable pays, sa beauté, son Histoire, sa langue plurielle et dialectale. Son style de vie, surtout, unique au monde.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'unité d'un pays tellement pluriel

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    Sur le vif - Dimanche 25.09.22 - 14.52h
     
     
    Le résultat très serré sur l'AVS nous révèle d'ancestrales fractures au sein de la Suisse. Entre régions linguistiques. Entre Suisse centrale/orientale et Suisse occidentale. A certains égards aussi, villes-campagnes. Sans compter la vieille césure entre conception libérale (Freisinn économique) où l'Etat n'est pas premier, et approche latine, où il est plus maternant. De vieilles lignes de front, oui, qui rappellent les votes du 6 décembre 1992, ou ceux sur l'assurance-maternité.
     
    La leçon à tirer ? Sur les retraites, comme sur les tous les grand sujets sociaux, tellement plus importants, en lames de fond, que les vaguelettes sociétales, nous devons avoir à l'esprit l'unité de notre pays.
     
    L'unité, ça n'est pas l'homogénéité, surtout pas ! Le génie de la Suisse, c'est sa diversité. Les opinions s'entrechoquent, le corps électoral tranche, c'est parfois très serré, il faut en tenir compte. Non pour relativiser le vote majoritaire. Mais pour construire l'avenir sans écarter personne. Sur les retraites, c'est un enjeu majeur. Le chantier est encore immense, pour construire un système digne des grands idéaux de 1947 : donner à tous nos aînés les moyens de vivre dignement.
     
    L'unité suisse n'est pas en danger lorsque les composantes du pays votent différemment les unes des autres. Ni lorsqu'un scrutin, comme aujourd'hui, est serré. Elle serait en péril le jour où la voix du peuple ne serait plus considérée comme l'ultime arbitrage. Le jour où les factions l'emporteraient sur le processus politique. C'est valable pour les retraites. C'est valable pour l'assurance-maladie, dont aurons nous à parler en tout début de semaine. C'est valable pour tout ce qui touche à l'intérêt supérieur. Non celui d'un clan, mais celui de l'ensemble.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Italie : merci, Ursula !

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    Sur le vif - Dimanche 25.09.22 - 10.29h
     
     
    La déclaration totalement intempestive de la Présidente de la Commission européenne sur les élections italiennes est une maladresse majeure. Elle renforcera, dans les urnes, le camp national, souverainiste, celui qui monte en Italie, celui qui monte en Europe.
     
    A un peuple souverain qui s'apprête à choisir le destin de son pays, on ne fixe pas de règles supérieures. Le faire, c'est provoquer automatiquement une montée de la fierté nationale : "Ca n'est quand même Bruxelles qui va décider pour nous".
     
    Les propos de Mme von der Leyen sont ceux d'une Allemande de Saint-Empire. Une vision de l'Europe où les différents pays peuvent toujours déléguer à une échelon supérieur. C'est la vieille conception démocrate-chrétienne allemande, rhénane, celle d'un Kohl. A quoi s'ajoute un détail : les Allemands plaideront d'autant plus volontiers pour ce modèle impérial que le personnage principal, tout en haut, sera, par hasard, un.... Allemand. Ou une Allemande. Cette vieille querelle, appliquée à l'Italie, est celle des Guelfes et des Gibelins. Ne doutons pas que Mme von der Leyen ait lu Roméo et Juliette. La chansonnette, sous le balcon, elle la connaît.
     
    Mais le choix de l'Italie, cette fois, pourrait bien ne pas aller dans ce sens-là. La question nationale, pour la troisième fois depuis l'unité (Risorgimento, 1922, aujourd'hui) refait surface. Laissons les Italiens voter. Respectons la souveraineté de leur peuple citoyen. Et analysons les résultats, quand nous les aurons. Disons simplement une chose, avec fermeté : si, par hasard, l'option nationale devait l'emporter, il s'agirait de la respecter. Prendre acte de cette donne, en effet nouvelle depuis 77 ans (voire 79). Décrypter son importance réelle et symbolique dans l'Histoire de ce peuple, depuis son unité, fort récente comme on sait.
     
    Tout cela, oui. Et surtout : nous n'aurons en aucun cas à faire la leçon à un peuple d'Europe de ses choix démocratiques et souverains. Nous ferions mieux - mais c'est un peu plus difficile - d'essayer de comprendre. Pour cela, il faut ouvrir des livres d'Histoire.
     
    A tous les Italiens, toutes les Italiennes, quel que soit leur vote, je souhaite un bon dimanche électoral.
     
     
    Pascal Décaillet
     
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  • L'atelier, toujours recommencé

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    Sur le vif - Vendredi 23.09.22 - 20,00h
     
     
     
    Je ne supporte pas le mot « start-up ». Le fait qu’une entreprise commence son activité n’a aucun intérêt en soi.
     
    Qu’elle dure ! Qu’elle emporte, sur le long terme, la confiance de ses partenaires. Qu’elle se montre fiable, solvable, qu’elle honore ses engagements. Qu’elle soit appréciée pour sa rigueur, sa précision, la qualité de son travail.
     
    Tout cela, sur de longues années. Dans la créativité recommencée de l’atelier, et non le cliquetis des cocktails.
     
    Après, peut-être, on discutera.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'Italie, ses clans, ses ferments de dispersion

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    Sur le vif - Vendredi 23.09.22 - 16.41h
     
     
    Après-demain, le peuple italien décidera souverainement du destin politique de son pays. Il le fera démocratiquement, selon le chemin des institutions, à l'issue d'une campagne électorale nourrie, dans laquelle tous ont pu s'exprimer.
     
    L'Italie est une grande nation européenne. Son Histoire, depuis près de trois mille ans, nous la connaissons tous, ses richesses culturelles, l'incomparable beauté de sa langue, avec sa variété dialectale. Ses peintres, ses cinéastes, ses poètes.
     
    Il est une question que je me pose depuis l'adolescence : l'Italie est-elle une grande nation politique ? La réponse n'est pas aisée. Le spectacle donné par ce pays, depuis 1946, est celui d'une extrême complexité parlementaire, face à des exécutifs faibles, furtifs. La puissance du politique, au sens large, apparaît bien fragile, bien précaire, face aux grandes familles, aux riches industriels, au pouvoir de l'Argent, aux ferments de dispersion des clans, des fiefs. La nation peine à s'affirmer. On a même l'impression qu'on "s'arrange" même plutôt bien sans elle.
     
    Pire : cette impuissance semble programmée par le système. En 1946, lorsqu'il a fallu donner au pays de nouvelles institutions, après 23 ans de fascisme, on a tout fait pour éviter l'émergence d'un nouvel homme fort. L'Italie s'est voulue républicaine, elle a voulu montrer au monde l'exemple des pouvoirs équilibrés, où nul destin providentiel ne parviendrait à ravir la totalité de la puissance.
     
    Elle a voulu cela, et elle y est si bien parvenue qu'elle a donné, en trois quarts de siècle, l'image d'un Etat où le politique peine désespérément à s'imposer. Et cela ne date pas de 1946 ! On peut même dire que le pouvoir fort, entre octobre 1922 et avril 1945 (ou juillet 1943, si on préfère), a plutôt été une exception, dans l'Histoire de cette nation si jeune, comme pays unitaire.
     
    Après-demain, les Italiens choisiront. Ils le feront en toute indépendance, en toute souveraineté. Leur choix, quel qu'il soit, devra être respecté. Le destin du peuple italien appartient aux Italiens, non aux intellectuels parisiens, ni aux moralistes. Leur rapport à l'immigration, à l'Etat, à la nation, à l'indépendance, tout cela, c'est leur affaire à eux. Et à eux-seuls.
     
    Pour ma part, je continuerai d'aimer ce pays. Il est complexe, pluriel, souvent déroutant. Il est le lieu de violentes forces antagonistes, où le politique est rarement gagnant. En août 1979, avec un ami, j'avais assisté au Palio de Sienne. Avec ses écuries rivales, ses "Contrade". Ses couleurs. Ses familles, ses clans de quartier qui se défiaient dans la joute. Il faisait une chaleur étouffante. Sur la Piazza del Campo, nous étions serrés comme des sardines. Dans le vacarme des chevaux, on ne voyait que la flamboyance des fanions. Et je crois que toute l'âme des Italies était là. Compliquée. Fragmentée. Familiale. Clanique. Picturale. Chromatique. Insaisissable. Irréductible à la vision unitaire d'un jacobin français.
     
    Pour l'amateur d'art, c'est fantastique. Pour celui qui veut attendre quelque chose d'une action publique lisible et cohérente, au niveau d'une nation, c'est parfois un peu plus difficile.
     
    A tous les Italiens, je dis mon amitié.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • USS : le délire !

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    Sur le vif - Jeudi 22.09.22 - 17.10h
     
     
    Il faut le dire très clairement : l'exigence, par l'USS, d'une hausse de 5% des salaires en Suisse relève du pur et simple délire.
     
    Il fut un temps où l'Union syndicale suisse, principale faîtière de notre pays, fonctionnait encore avec les mécanismes hérités de 1937, qui ont fait l'efficacité contractuelle du système suisse.
     
    Aujourd'hui, c'est fini. Et Pierre-Yves Maillard, Président de l'USS, un homme que j'ai longtemps admiré pour son courage, sa clarté, son tempérament, porte une responsabilité écrasante dans cette dérive. Son discours porte, de plus en plus, la marque de l'idéologie pure, celle qui durcit le verbe pour mieux exister dans l'espace public. L'équivalent, côté syndical, de l'ultra-libéralisme. Son contrepoids, dans l'ordre du délire. Alors que la sagesse suisse se situe entre ces deux excès idéologiques.
     
    97% des entreprises suisses sont des PME. Quelques employés, parfois un seul, parfois même aucun. Comment voulez-vous que ces mini-structures, déjà incroyablement mises à mal par la crise Covid, mais aussi par les taxes, la fiscalité écrasante, puissent se permettre, en vertu d'un diktat linéaire, de telles hausses ?
     
    C'est de la pure et simple folie. Et Pierre-Yves Maillard le sait bien. Il pousse le bouchon, pour obtenir une partie seulement, au final. Ce ne sont pas là nos méthodes suisses. Ce sont des procédés calqués sur les grandes syndicales françaises, CGT-CFDT. Des postures rhétoriques, oratoires et sémantiques. Des gesticulations, pour la galerie. M. Maillard se trompe de pays.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ceux qui commencent. Ceux qui durent.

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    Sur le vif - Jeudi 22.09.22 - 10.09h
     
     
    C'est fait. Les taux repartent à la hausse. Et les Cantons endettés vont payer encore plus de dette, à cause des intérêts. Et les contribuables des Cantons endettés vont devoir payer davantage, pour éponger les dettes de décisions qu'ils n'ont pas prises eux-mêmes, mais que d'autres ont prises, avec leur argent, sur leur dos. Et les enfants des contribuables des Cantons endettés vont porter le poids accru de la dette à rembourser. C'est tout simplement dégueulasse.
     
    J'ai toujours combattu la dette. Comme citoyen, mais aussi comme entrepreneur. Face à moi, j'ai toujours eu une double opposition. D'une part, les flambeurs ultra-libéraux, ceux qui prennent des risques avec l'argent des autres, ceux pour qui l'argent n'est qu'une valeur fictive, des billets de Monopoly. De l'autre côté, la gauche. Celle qui dépense, dépense encore, à n'en plus finir, pour engraisser la machine d'Etat, le Moloch. Elle non plus, n'a aucun sens de la valeur réelle de l'argent. Peu importe la dette, à ses yeux.
     
    Entre les flambeurs ultra-libéraux et l'absolue inconscience de la gauche, il y a ma position. Elle est très claire : pas un seul centime d'emprunt. Pas un seul centime de dette. Et qu'on ne vienne pas me balancer la rengaine des "investissements". Quand on n'a pas d'argent, désolé, mais on "n'investit" pas. On économise. Et le jour où on a assez, on entreprend des travaux de rénovation, d'innovation, si on le souhaite. Entretenir des usuriers, non merci !
     
    Ma démarche est trop classique, trop prudente, timorée ? Peut-être. Mais elle est douce, humaine et durable. Et je n'ai pas attendu les cris d'alarme des Philippulus Verts pour un usage très parcimonieux de l'énergie.
     
    En économie, il y a ceux qui n'en peuvent plus de commencer. Annoncer qu'ils vous commencer. Organiser des fêtes pour dire qu'ils sont sur le point de commencer. Se gargariser des mots "start-up", "innovation". Changer de boulot tous les six mois, avec de nouvelles fonctions, si possible en anglais. Et, puis, il y a ceux qui bossent. Sans jamais s'arrêter. Ne négligeant aucun détail d'intendance. Remettant chaque jour l'ouvrage sur le métier. Bref, ceux qui durent.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Avec ou sans glace, Sir ?

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    Sur le vif - 21.09.22 - 16.13h
     
     
    Les organisations économiques doivent être au service des hommes et des femmes qui, au jour le jour, font tourner l'économie. Toutes fonctions confondues. A commencer par les plus modestes. Je n'ai jamais, pour ma part, établi la moindre différence de considération entre un nettoyeur, une caissière, et le grand patron. Toute énergie, tout travail bien fait, mérite respect.
     
    Les organisations économiques, disais-je, doivent se mettre au service de ces gens-là, qui forment le corps social de notre communauté nationale. Et non passer leur temps à fricoter, dans des cocktails, avec le pouvoir.
     
    Ai-je été assez clair ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La nation, fille aînée de l'instinct

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    Sur le vif - Mardi 20.09.22 - 15.19h
     
     
    Depuis l'adolescence, je défends la nation. Je ne l'idéalise pas. Je ne la déifie pas. Je ne réclame pour elle ni culte, ni liturgie. J'exprime, avec les outils de la raison, ce qui m'amène, lecteur de Michelet, Péguy, Barrès, Maurras, Emmanuel Mounier, Fichte, à placer l'idée nationale au centre de ma réflexion politique.
     
    Il ne s'agit pas d'organiser des cortèges avec des flambeaux : j'ai dit, nulle liturgie. Ni d'exprimer - cela serait contraire à toutes mes valeurs - une quelconque préférence dans l'ordre de l'ethnie, ou d'une quelconque appartenance communautaire. Non, la nation, c'est justement ce qui dépasse cela.
     
    Il ne s'agit pas, non plus, d'abreuver nos sillons. Je suis citoyen suisse, d'origine valaisanne aussi loin que remontent mes arbres généalogiques, paternels et maternels, je vis à Genève où je me sens fort bien, je suis donc suisse depuis 207 ans, et auparavant, avant 1815, j'aurais été, tout simplement, Valaisan. Cette ascendance, la profonde conscience que j'en ai, ne m'incline, croyez-moi, à aucun sentiment belliciste, aucune espèce de rejet, aucune envie de prendre les armes, si ce n'est pour défendre notre Suisse.
     
    Mais je crois en la nation. Mes sources, vous les connaissez. La France révolutionnaire, celle des Soldats de l'An II, pas celle de la Terreur. L'Allemagne des années 1770 à 1820, Sturm und Drang, débuts du Romantisme, découverte et réinterprétation des textes grecs, naissance de l'idée de nation chez le philosophe Fichte, avec ses conférences en plein Berlin occupé par les Français (décembre 1807), Discours à la Nation allemande, redécouverte des mots allemands par les Frères Grimm. J'ai beaucoup écrit sur tout cela, s'il vous arrive de me lire : c'est la période de l'Histoire allemande qui m'occupe le plus.
     
    Je dis que l'idée nationale est moderne. Partout en Europe, elle revient. Les peuples retrouvent le besoin de s'inscrire dans un périmètre, un horizon d'attente, intellectuel et spirituel, linguistique aussi, une communauté de mémoire, un rapport avec les ancêtres, les oeuvres, les écrits, les musiques. La nation, loin de se résumer à des défilés militaires (ça, c'est l'image caricaturale que cherchent à donner ses ennemis), c'est une commune macération de tout cela. C'est lent, c'est puissant, c'est prenant, ça vient d'en bas, ça surgit des racines, de la terre, ça n'a rien de céleste, rien d’intellectuel, rien de démonstratif, rien de la perfection d'une Horlogerie, la grande chimère des Lumières. La nation est fille aînée de l'instinct.
     
    Partout, l'idée nationale revient. En France. En Italie (prochain test grandeur nature, ce dimanche 25 septembre). Dans les pays d'Europe centrale et orientale. Contrairement à ce que vous radotent les libéraux-libertaires, ou les dogmatique de gauche, ce ne sont pas les années trente qui reviennent. D'ailleurs, rien ne revient. L'idée nationale est moderne. Tournée vers l'avenir.
     
    La nation inventera, dans les différents pays, en fonction du génie propre de chacun, de son Histoire, de sa relation aux grands mythes, aux récits, des solutions pour affronter les défis de demain. Elle étonnera par sa capacité inventive, son courage à défendre les petits contre les géants, son audace à ne pas se décoiffer, ni s'incliner, devant le premier émissaire du pouvoir mondialisé, celui qui nivelle, celui qui rabaisse, celui qui corrompt, celui qui humilie les peuples.
     
    La nation est moderne. Elle rassemble, à l'intérieur d'un périmètre. Face aux ogres de puissance, face au pouvoir de l'Argent spéculé, elle fixe des limites. Elle définit son espace de liberté. Elle est une piste d’affranchissement, pour nos sociétés humaines.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Electricité : le bien commun, ça passe par l'Etat !

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    Sur le vif - Dimanche 18.09.22 - 09.56h
     
     
    Et le Matin dimanche qui arrive encore à nous chanter les louanges de la libéralisation du marché de l'électricité ! Il leur faut quoi, pour comprendre ? La panne généralisée, dans l'Arc lémanique, par une saisissante aube de janvier ?
     
    Je suis un petit entrepreneur, partisan de la concurrence. Très sévère face à l'Etat-Providence, l'Etat glouton, l'Etat qui tond les classes moyennes, l'Etat qui entretient sa propre machine, l'Etat qui ose encore créer 488 nouveaux postes, alors que son déficit dépasse les 400 millions. Bref, l'Etat, version gauche gouvernementale genevoise.
     
    Je suis tout, sauf un homme de gauche. Je réclame moins d'impôts, moins de taxes, moins de fonctionnaires. Mais il est, à mes yeux, des domaines relevant du bien commun. Ceux, au fond, que produit la nature, sur cette planète aimée que nous voulons préserver, ce n'est pas le monopole des Verts. L'eau, l'électricité, la faune et la flore, entre beaucoup d'autres, en font partie.
     
    "Mais mon pauvre ami, tu veux un monopole d'Etat, on a vu les résultats !", me rétorquent les ultra-libéraux. Un monopole, je ne sais pas, mais des sociétés productrices et distributrices d'électricité qui soient au service du plus grand nombre. Comme pour l'eau. Cela s'appelle l'intérêt commun.
     
    A cela s'ajoute que l'énergie est d'importance stratégique pour notre pays. Une question de survie. De souveraineté. D'indépendance. Je ne diabolise pas le privé. Mais disons que ma confiance dans son patriotisme économique n'est pas illimitée.
     
    Alors oui, je prône depuis un quart de siècle (et j'étais bien seul, à droite, dans cette fin des années 90 où il fallait tout maladivement privatiser) des solutions d'Etat pour l'eau et l'électricité. Non par passion pour la machine, quelle horreur ! Mais parce que j'ai étudié à fond l'Histoire de l'Etat dans nos pays d'Europe, principalement en France (depuis Philippe le Bel, en passant par Louis XI et Colbert), en Allemagne (Bismarck), en Suisse. J'ai une culture d'Etat. Une connaissance de l'Etat. Je ne l'idéalise pas. Je le déteste, dès qu'il devient tentaculaire. Mais s'il se met au service du plus grand nombre, dans un grand dessein d'épanouissement de l'humain, et non de profit facile, alors je dis oui, il faut lui laisser sa chance.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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