Sur le vif - Page 3

  • Pire que tout : l'autel du Bien

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    Sur le vif - Dimanche 23.08.20 - 14.04h

     

    L'attachement à la souveraineté des peuples et des nations n'est pas un dada, pour une âme incarcérée dans le passé, incapable d'entrevoir le présent et l'avenir, toutes choses que cherchent à nous faire croire, par la ficelle d'une caricature méprisable, les multilatéralistes et les internationalistes.

    Il est simple et naturel de défendre l'idée de souveraineté. Il suffit d'approcher la politique par l'observation, plutôt que par l'idéologie.

    Avant de se prononcer, avant de proférer quoi que ce soit, sur l'Histoire des peuples, la première chose est de l'étudier. Non globalement (rien de plus vain que les "Histoires du monde", ou même les "Histoires de l'Europe"), mais PARTICULIÈREMENT, idiomatiquement à chaque nation, chaque peuple.

    Évidemment, c'est une entreprise d'un peu plus longue haleine (une vie jamais n'y suffit) que de déblatérer des généralités globalistes, du style "L'Europe doit être comme ceci", "Le monde doit être comme cela". Propos de géomètres, abstraits, les cadastrés de la Lumière.

    Il faut d'abord étudier les langues. Sans connaître le grec ancien, qui permet de lire dans le texte Hérodote ou Thucydide, mais aussi Plutarque, et tous les autres, on n'ira pas très loin dans la compréhension de l'Antiquité hellénique. Idem pour le latin et l'Histoire romaine. Idem pour l'Histoire allemande, italienne, etc.

    Il s'agit de lire les textes historiques, mais il s'agit, bien au-delà, d'entrer dès sa jeunesse en intimité avec les textes littéraires. On ne va quand même pas étudier le grec sans passer par Homère, Hésiode, les trois Tragiques du Cinquième siècle, Platon, Aristote, les grands poètes, etc. On se sera immergé dans les grandes fictions comme dans les textes des historiens, faisant la part des choses entre les approches. On se sera, petit à petit, forgé une vision d'ensemble d'une civilisation. Et puis un jour, on meurt, conscient de ne rien savoir sur le fond. Mais au moins, on aura cheminé.

    Reconnaître la souveraineté des peuples et des nations, c'est d'abord avoir cheminé, oui, vers leurs Histoires, au pluriel. La logique de la construction nationale française, sur un millénaire, n'a rien à voir avec celle de l'Allemagne, ni de l'Italie, ni de la Suisse. Chaque nation se développe en fonction de critères propres. Ce qui est valable pour l'une, ne l'est pas nécessairement pour l'autre. La Suisse, l'Allemagne, sont des Confédérations. La France, non. Plutôt que de juger, il faut OBSERVER l'Histoire, et tenter de comprendre.

    Reconnaître la souveraineté des peuples et des nations, c'est s'inscrire dans un CHEMINEMENT INTELLECTUEL. Il passe par la reconnaissance et le respect des différences, l'ascèse dans l'observation, la méfiance face aux grands principes universels, le refus de confondre la politique avec la morale, la passion pour les langues, pour les récits, pour l'Histoire. C'est cela, très précisément, ce renversement de priorités par rapport aux Lumières de l'Aufklärung, ce retour à l'intimité du verbe et de la langue, que nous proposent le Sturm und Drang, puis le Romantisme, dans l'Histoire intellectuelle, littéraire et même musicale des Allemagnes (à partir des années 1770). Le prodigieux "Dictionnaire de la langue allemande", des Frères Grimm, en sera la consécration.

    On apprécierait que l’École, libérée des fadaises de Mai 68, s'attache à réinventer, avec la passion du verbe et de la transmission, ce long chemin de connaissance. Mais déjà, glacialement saisi par le réel, on sent poindre l'ombre du doute. C'est terrible. Parce qu'on sacrifie une génération, sur l'autel des grandes idées, de l'universel abstrait. Et surtout, pire que tout, dévastateur, mortifère sur le plan intellectuel : sur l'autel du Bien.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Chouette !

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    Sur le vif - Samedi 22.08.20 - 20.10h

     

    La gestion de la crise sanitaire à Genève, notamment les mesures délirantes imposées dans les restaurants et les commerces, est tout simplement catastrophique.

    On va ruiner l'économie de proximité de ce canton - la seule qui vaille - par bureaucratie et par trouille.

    Ne survivront bientôt que les fonctionnaires, les rentiers qui rotent leur deuxième pilier des Trente Glorieuses, les moralistes subventionnés en sandales, et les petits collabos de la convenance. Chouette perspective, non ?

     

    Pascal Décaillet

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  • L'universel n'existe pas

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    Sur le vif - Samedi 22.08.20 - 14.25h

     

    "La Suisse règle de manière autonome l'immigration des étrangers".

    Mais de grâce, SUR LE FOND, comment peut-on être en désaccord avec la simplicité, la clarté constitutionnelles de ces dix mots ?

    Comment les citoyennes, les citoyens d'un quelconque pays de la planète pourraient-ils abdiquer à ce point qu'ils entreraient en matière pour une régulation " NON AUTONOME" de leur immigration ?

    Alors, quoi ? Ils accepteraient qu'une AUTRE NATION (voisine, par exemple) statuerait à leur place sur les flux migratoires qui arrivent chez eux ?

    Ou alors, un ensemble multilatéral, style UE ? Mais la Suisse n'est pas membre de l'UE !

    Ou alors, une gouvernance mondiale ? Un Comité planétaire de Sages ? Ou d'Experts ?

    Pour ma part, je lutte pour des peuples libres et souverains. Chaque nation, selon son génie propre, son système politique, son Histoire, décide de son destin. Les souverainetés surgissent d'en bas, du fragmenté, de la différence. L'universel n'existe pas.

    Si ce n'est dans la tête des universalistes.

     

    Pascal Décaillet

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  • De profundis, réactionnaire !

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    Sur le vif - Jeudi 20.08.20 - 17.19h

     

    Mais enfin ! A moins que tout le monde soit devenu fou, à la question "La Suisse doit-elle contrôler son immigration de façon autonome ?", le taux de OUI, sur le principe, devrait être de 100% !

    Il devrait être de 100% en Suisse. Et il devrait être de 100% dans n'importe quelle nation de ce monde ayant encore la moindre ambition de souveraineté.

    Depuis quand est-il acceptable - sur le principe, sur le fond - qu'une nation reconnaisse que la gestion de ses flux migratoires puisse dépendre d'une autre volonté que de la sienne propre ?

    Les illusions multilatérales, depuis 1945, ainsi que le déficit effrayant, depuis 1968, d'enseignement de l'Histoire, avec un minimum de constat froid des faits, avec l'étude des grands textes, des guerres, des traités, sans morale, mais avec le réalisme intellectuel qui s'impose, toute cette démission nous précipite dans un univers de chimères.

    On ne parle plus de politique. On ne constate plus. On n'enseigne plus les qualités intellectuelles du cynisme. On ne fait plus que de la morale. On croit en un monde qui n'existe pas. On se refuse à prendre en compte les faits, le tragique de l'Histoire. On ne vibre plus que pour des questions sociétâââles, qui pour ma part m'indiffèrent.

    Homme libre, citoyen libre, esprit libre, je réfute et récuse, avec la dernière véhémence, cette vision mondialiste, moraliste, naïve. Je ne me plierai pas. Je prône la réaction. Et si prôner la réaction, c'est être réactionnaire, eh bien oui, de profundis, viscéralement, intellectuellement, culturellement, je veux bien être réactionnaire !

     

    Pascal Décaillet

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  • Helmut Hubacher (1926-2020), un vrai socialiste des temps anciens !

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    Sur le vif - Jeudi 20.08.20 - 09.59h

     

    Helmut Hubacher, que j'ai connu à Berne lors de mes premières années comme correspondant au Palais fédéral, était un vrai militant socialiste, au service des plus précaires de notre pays. Il avait la fibre sociale, un sens aigu des rapports de forces, et aussi, comme Président du PSS (1975-1990), un art du compromis entre partis, après des discussions dont l'âpreté était légendaire. Il n'était pas un type facile.

    Cette génération de syndicalistes, qui ont connu la guerre, construit la société suisse des Trente Glorieuses, vu naître la prospérité de notre pays (eh oui, elle est beaucoup plus récente qu'on ne l'imagine), participé à l'élaboration de nos grandes assurances sociales, côtoyé des figures immenses comme Hanspeter Tschudi (socialiste, Bâle-Ville, comme Hubacher), l'homme qui vient de nous quitter, à 94 ans, en était l'un des tout derniers représentants.

    Aujourd’hui ? Aujourd'hui, caviar ! Les élites socialistes font partie de la tranche supérieure de la classe moyenne. Elles préfèrent souvent la morale à la politique. Elles ont - à part quelques exceptions, bien sûr - perdu le sens des rapports de forces. Elles privilégient les grands discours cosmopolites à la défense des intérêts supérieurs de la Suisse, et surtout des Suisses. Elles sont coupées du peuple, coupées des plus précaires, coupées des chômeurs, des délaissés.

    Helmut Hubacher, bougon et revêche, n'était pas de ce monde-là. Il surgissait d'un univers où, à gauche, la défense du peuple et de la nation avaient encore un sens.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le Conseil d'Etat, expert en catastrophes

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    Sur le vif - Jeudi 20.08.20 - 05.32h

     

    "Genève court à la catastrophe, si l'initiative de limitation est acceptée", croit bon d'annoncer le Conseil d'Etat genevois.

    La même catastrophe qu'après le rejet de l'EEE, le 6 décembre 1992 ?

    La même catastrophe qu'après l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse, le 9 février 2014 ?

    Allons, citoyens ! Une initiative est une affaire surgie du peuple, à discuter par le peuple, à trancher par le peuple. L'avis des exécutifs du pays (Conseil fédéral, Conseils d'Etat cantonaux) n'y est d'aucune importance, d'aucun intérêt particulier. Si une initiative est née, si elle a recueilli les signatures, c'est justement parce qu'une partie du peuple est profondément mécontente de la gestion des affaires (l'immigration, par exemple) par les exécutifs. Alors évidemment que ces derniers disent non, puisqu'on remet en question leur politique.

    De surcroît, le Conseil d'Etat genevois est assez doué pour nous concocter lui-même toutes sortes de catastrophes. Pourquoi s'évertuer, en plus, à nous en prédire ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Ne cassez pas l'essentiel, M. Berset !

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    Sur le vif - Mercredi 19.08.20 - 18.03h

     

    Désolé, M. Berset, mais le libre choix du médecin est une donnée fondamentale du système suisse de santé.

    Il est, à l'intérieur de ce système beaucoup trop complexe, bureaucratique à souhait, opaque quant au financement des Caisses, confiscatoire quant au montant hallucinant des primes, l'un des rares éléments où demeurent la confiance, le respect, la qualité si précieuse du lien entre un malade et la personne qu'il choisit pour le soigner.

    L'essentiel, quand on est malade (je pense notamment aux maladies lourdes), c'est l'intensité du lien de confiance entre un patient et son soignant. Ca passe, au-delà des spécialités, des connaissances, des options thérapeutiques des uns ou des autres, par une relation d'humain à humain.

    Luttons contre les abus, oui c'est sûr. Mais cette question essentielle, que j'évoque ici, n'a rien à faire dans une loi. Elle est du ressort de l'intimité profonde d'un choix personnel.

     

    Pascal Décaillet

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  • De quoi se mêle l'ancien patron de l'armée de l'air israélienne ?

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    Sur le vif - Mercredi 19.08.20 - 14.34h

     

    Hallucinants propos - gravissimes par leur ingérence - de l'ancien chef (2015-2018) de l'armée de l'air israélienne, Zvika Haimovich, contre l'achat d'avions de combat par la Suisse. Propos tenus à la SSR : dans l'émission "Rendez-vous am Mittag", sur la radio alémanique.

    Imaginons - une seule seconde - le scandale que nous ferait Israël, si une personnalité officielle suisse se permettait publiquement un jugement sur une décision politique de ce pays, quant à son avenir stratégique. On voit déjà le tableau : protestations officielles, rappel d'Ambassadeur, leçons de morale à travers toute la planète.

    Et ils auraient raison, au fond, les Israéliens, de réagir ainsi : ils sont un pays souverain, ils assurent eux-mêmes, depuis sept décennies, leur défense nationale, ils ont mené des guerres, ils savent ce que ça signifie. Et ils sont farouchement attachés à leur souveraineté.

    Et, nous les Suisses, petit pays au coeur de l'Europe, ne bénéficiant pas - pour notre part - du soutien inconditionnel de la première puissance mondiale, nous n'aurions pas le droit d'avoir la nôtre, de fierté nationale ? Ni la nôtre, d'intransigeance quant à la souveraineté ? Ni la nôtre, de volonté farouche de nous défendre ? Ni la nôtre, de susceptibilité épidermique dès qu'une personne extérieure à notre communauté nationale viendrait se mêler de notre démocratie directe ?

    Laissons M. Haimovich s'occuper du destin d'Israël. Et, pour notre part, prenons à coeur le destin suisse.

     

    Pascal Décaillet

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  • Cela sera mon combat, au milieu du tumulte

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    Sur le vif - Mercredi 19.08.20 - 09.15h

     

    Il est temps qu'émerge, en Suisse romande, sans le moindre tabou, un espace solide et référentiel pour une pensée politique centrée sur la nation et sur la souveraineté.

    Il ne s'agit pas d'exclure, ni de combattre les autres nations. Les peuples du monde sont nos amis. Nous nous passionnons pour leurs Histoires, pour leurs langues, nous aimons infiniment le chemin qui, intellectuellement, spirituellement, nous amène à tenter de les comprendre. Unterwegs zur Sprache, pour citer le titre célèbre de Heidegger.

    Mais la compréhension de l'autre, ça n'est pas la dissolution de soi-même. Ni la négation de nos valeurs. Ni l'abdication de notre identité. Nous avons construit notre Histoire, comme tous les autres peuples ont construit la leur, nous pouvons en être fiers : la Suisse est un pays prospère, équilibré, il y règne des tonalités de respect mutuel, un souci de cohésion sociale, c'est déjà beaucoup. Nous avons quatre magnifiques langues nationales, nous nous nourrissons de la culture de nos voisins : la France, l'Allemagne, l'Italie. Nous échangeons. Nous nous engueulons entre nous, quatre fois par an, ce qui est parfaitement sain en démocratie.

    Mon souci politique numéro un est celui de la souveraineté de mon pays. Parce que je crois profondément à l'échelon des nations, et me méfie viscéralement des constructions multilatérales. Je veux une Suisse capable, au maximum, tout en étant parfaitement amie avec le reste du monde, de s'en sortir par elle-même.

    Cela passe par la souveraineté alimentaire, donc une politique agricole audacieuse, encourageante pour nos paysans, respectueuse de l'environnement. Cela passe par une économie plus attentive aux équilibres internes, moins tétanisée par la tyrannie du Commerce extérieur. Cela passe, surtout, par la bonne vieille souveraineté tout court, une maîtrise autonome de notre politique de sécurité. L'un de ses aspects, n'en déplaise à la gauche, demeure militaire, c'est pourquoi je voterai OUI aux avions de combat.

    Ma vision politique est partagée par certains, combattue par d'autres. C'est normal : nous sommes en démocratie ! Sur certains points, elle est majoritaire, sur d'autres non. Mais soyez sûrs d'une chose : en aucun cas, jamais, quelles que soient les pressions, je n’abdiquerai une seule virgule de ce que je crois juste de dire. Cela plaira aux uns, déplaira aux autres. Cela sera mon combat, au milieu du tumulte.

     

    Pascal Décaillet

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  • Un Président dépassé, Mme Obama ?

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    Sur le vif - Mardi 18.08.20 - 08.52h

     

    "Un Président dépassé" : c'est ainsi que Michelle Obama vient de qualifier Donald Trump, lors de la Convention virtuelle des Démocrates pour la présidentielle de novembre.

    Un Président dépassé ? Oh certes, Madame Obama, il n'a pas la classe de votre mari, dont les propagandistes - jusque dans la presse romande - nous vantaient sous son règne les qualités de danseur élégant, raffiné. Comme si l'art de Terpsichore devenait vertu d'Etat.

    Un Président dépassé ? A coup sûr, Madame Obama, moins porté sur la guerre que votre mari. Donald Trump : en quatre ans, aucune guerre. Barack Obama : d'incessants bombardements, de la Libye à l'Afghanistan, en passant par le Yémen, le Pakistan, la Syrie, l'Irak, la Somalie. Une moyenne de trois bombes par heure, pendant huit ans. Théâtres d'opérations souvent oubliés des médias - jusque dans la presse romande - tout occupés à sanctifier le Président aimé.

    Un Président dépassé ? Des progrès exceptionnels pour relever l'économie, et juguler le chômage, jusqu'à la crise du coronavirus, dont Donald Trump, jusqu'à nouvel ordre, n'est pas responsable.

    Un Président dépassé ? Les échos de votre intervention totalement déplacée, Madame Obama, nous parviennent, grinçants et revanchards. Jusque dans la presse romande, comme la Mer de Valéry, toujours recommencée.

     

    Pascal Décaillet

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  • Tout simplement, cela est.

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    Sur le vif - Lundi 17.08.20 - 18.26h

     

    L'immense erreur du multilatéralisme, depuis 1945 (voire depuis 1919), consiste à s'imaginer qu'existerait, quelque part dans l'univers, une forme de sagesse collective de l'humanité. On gommerait les peuples, les nations, on diluerait l'Histoire, le réel. On remplacerait le concret par le rêve d'une Entente cordiale planétaire : SDN en 1919 (on a vu le résultat !), ONU depuis 1945.

    Les grandes constructions multilatérales sont des chimères. Dès que surgit le vent du tragique, tout ce beau monde, tous ces beaux parleurs, s'éclipsent. Et chaque nation, face à son destin, reste seule. Si elle est forte, si elle a puisé en elle-même la puissance du survie, elle pourra s'en sortir. Si elle est faible, elle risquera le pire.

    Cet ordre du monde, ancestral, n'a strictement pas changé depuis la nuit des temps. Il n'existe, dans l'Histoire des peuples, ni modernité, ni nouveauté, ni soudaine douceur, ni progrès. Il n'existe que des rapports de forces.

    Et les gentils diplomates des organisations politiques internationales (je ne parle pas ici de l'humanitaire) ont beau prendre l'avion à longueur d'années, se faire filmer sur les tarmacs, s'embrasser ou (plus récemment) s'accouder, arborer le masque bleu qui défie le diable, rien n'y fera. A la vérité, tout ce petit monde gesticule. De 1919 à 1939, jamais la SDN n'a réussi à empêcher la moindre guerre. Pas plus que l'ONU, depuis 1945. On parle, on parlotte, on parlemente. Mais le rapport de forces des nations, immuablement, demeure.

    Aucune de ces organisations multilatérales n'a jamais réussi à équilibrer, en faveur du faible, le rapport de pouvoirs. Qu'a fait l'ONU, depuis 1945, pour atténuer l'arrogance de l'impérialisme américain ? Rien ! Pire : elle l'a confortée !

    Dans ces conditions, une lecture réaliste de l'Histoire nous amène à constater que l'échelon le plus crédible, le plus concret, aujourd'hui, demeure celui des peuples et des nations. C'est en tout cas, pour notre part, l'unité de référence que nous voulons considérer en priorité. Cela ne nous réjouit pas particulièrement, nous n'entretenons à la nation nulle mystique. Cela ne nous attriste pas, non plus. Tout simplement, cela est.

     

    Pascal Décaillet

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  • Notre avenir, et celui de nos enfants

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    Sur le vif - Lundi 17.08.20 - 10.31h

     

    La question fondamentale, pour une nation, est celle de la souveraineté. Il n'existe de nation que souveraine, c'est sa définition même.

    Si nous voulons la souveraineté, nous devons nous en donner les moyens. Des lois, des valeurs, une fraternité à l'interne autour des objectifs majeurs, une économie forte, une agriculture encouragée et respectée, une cohésion sociale pour les membres de notre communauté nationale.

    Si nous voulons la souveraineté, nous devons la proclamer haut et fort face aux autres peuples du monde, que par ailleurs nous respectons, dont l'Histoire, les langues et les cultures nous passionnent. Ils doivent connaître notre amitié, notre capacité d'échange, mais en même temps ils doivent savoir la totalité marmoréenne de notre intransigeance. Nous sommes un peuple, une nation. Nous avons des lois, des valeurs. Nous sommes soucieux de cohésion sociale. Nous n'entendons pas nous laisser guider notre destin national par quiconque.

    Et, comme nous avons de l'Histoire une conception tragique, intensément nourrie par des milliers de lectures, profondément pessimiste sur la nature humaine, cynique dans la prise en compte des rapports de forces, totalement méfiante face à la vanité, l'inanité, l'inutilité du "multilatéral", qui s'évapore au premier danger, nous comprenons très bien que chacune des autres nations du monde lutte, elle aussi, pour sa souveraineté, à elle.

    Dans ces conditions, un peu rudes à accepter pour ceux qui préfèrent la béatitude universelle à l'étude concrète des différentes Histoires nationales, la question n'est même pas de savoir s'il faut des avions de combat. Bien sûr qu'il en faut ! Et les plus modernes, et les plus performants. Pas de guerre en Europe depuis 1945 ? Totalement faux ! Il y a 21 ans, "l'Otan", entendez les États-Unis et leurs séides, bombardaient Belgrade, capitale de la Serbie, ex-capitale de la Yougoslavie, vieille terre européenne, pays ami de la Suisse. L'avenir stratégique, nul ne le connaît ! Nul ne peut le prévoir. Alors, comme toujours dans le domaine, il faut envisager le pire. S'il ne se produit pas, tant mieux. S'il advient, nous aurons au moins accompli notre devoir.

    C'est cela, la stratégie. Ça n'a rien de gentil, rien de moral. C'est la capacité que se donne chaque nation a défendre, s'il le faut, ses intérêts supérieurs de survie, y compris par les armes.

    Bien sûr, il existe d'autres dangers : sanitaires, cybernétiques, numériques, environnementaux. Eh bien contre eux aussi, nous devons nous armer. Et nous montrer imaginatifs, performants. Mais ces périls ne gomment en aucune manière l'hypothèse d'une résurgence, un jour, d'un conflit conventionnel sur sol européen. Le risque, certes, est faible aujourd'hui. Mais la stratégie doit nous prémunir pour l'avenir. Le nôtre, et celui de nos enfants.

     

    Pascal Décaillet

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  • KKS : la votation d'une vie

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    Sur le vif - Dimanche 16.08.20 - 13.18h

     

    Karin Keller-Sutter, cheffe de campagne du NON à l'initiative du 27 septembre sur l'immigration : voilà bien, depuis la guerre, l'un des plus ébouriffants contre-emplois de l'Histoire du Conseil fédéral.

    Voilà une personne d'une rare qualité. Brillante, cultivée, polyglotte. Une femme d'Etat, dont la stature n'est pas sans rappeler celle d'un autre Saint-Gallois, que j'ai eu naguère l'honneur de connaître et d'interviewer : Kurt Furgler.

    Bref, KKS, c'est la classe. Lorsqu'elle était Conseillère d'Etat, à Saint-Gall, elle s'est montrée d'une très grande rigueur dans les dossiers de l'immigration et de l'asile, elle aurait pu être UDC. Avant beaucoup d'autres, avant l'initiative du 9 février 2014 sur l'immigration de masse, elle avait compris qu'une ouverture des frontières sans régulation conduirait à la catastrophe. Voilà une PLR qui avait un sens profond de l'Etat, ne craignait pas l'opinion publique, entreprenait ce qui lui paraissait nécessaire aux intérêts supérieurs.

    Conseillère fédérale, elle doit défendre l'option du collège, c'est la règle. Et elle défend aussi la ligne de son parti. Elle le fait avec sens du devoir et respect du jeu politique. Au soir du dimanche 27 septembre, quel que soit le résultat, elle n'aura rien à se reprocher.

    Mais au fond d'elle-même ? Comment la dame de fer du gouvernement saint-gallois vit-elle la métamorphose qui, par les nécessités du verbe et des postures, l'amène à apparaître comme la championne de l'immigrationnisme face au camp de la régulation ?

    Du paradoxe, elle est consciente. Dans le Matin dimanche, elle affirme vouloir cantonner l'immigration au strict nécessaire. On voit bien à qui elle s'adresse, quelle frange de l'électorat. Au sein même de son parti, le PLR, champion de la libre circulation, d'innombrables militants partagent la conviction qu'il faut réguler l'immigration. Pas la stopper, la RE-GU-LER ! C'est à eux que la Conseillère fédérale, ce matin, a voulu envoyer un message.

    Que voteront les Suisses le 27 septembre ? Je l'ignore. Mais il y aura un 28 septembre, et un 29 ! Et il serait peut-être temps, en Suisse, que les esprits intelligents et raisonnables du PLR et de l'UDC , au lieu de se faire la guerre sur la question européenne, élaborent ensemble des solutions vers une forme, X ou Y, de contrôle de l'immigration. C'est une question de curseur, je l'écrivais hier, et non de dogme.

    En 1992, correspondant RSR au Palais fédéral, j'ai couvert en toute première ligne la votation historique du 6 décembre sur l'Espace économique européen. Sur le front, j'ai vu la droite suisse se déchirer. Trente ans plus tard, il est temps, entre UDC et PLR, de trouver d'autres tonalités, sur la question migratoire, que celle de la discorde dogmatique. Dans ce chantier de réconciliation, une femme, en Suisse, pourra jouer un rôle majeur. Parce qu'elle incarne les valeurs de la droite et de l'intelligence. Elle s'appelle Karin Keller-Sutter.

     

    Pascal Décaillet

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  • Formidable gâchis

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    Sur le vif - Samedi 15.08.20 - 13.30h

     

    La question européenne n'a pour effet, depuis trente ans, que de diviser la droite suisse. Sur la plupart des autres sujets (Défense nationale, Finances, Fiscalité, soutien aux PME, liberté d'entreprendre, redimensionnement de l'Etat), UDC et PLR s'entendent fort bien.

    Et sur le nécessaire rééquilibrage entre Commerce extérieur (obsession PLR, aile affairiste) et soutien à l'Agriculture suisse (absolument indispensable, pour la souveraineté alimentaire et la survie de nos paysans), les esprits intelligents de ces deux partis peuvent s'entendre. C'est une question de curseur, plus que de dogme. Nulle âme sensée n'entend asphyxier l'un de ces deux secteurs d'activité de notre économie. Il s'agit juste de ré-équi-librer ! Au profit du marché intérieur. Moins de profit mondialisé, ou continentalisé ; davantage d'économie nationale, au service de l'humain, et de la prospérité interne du pays.

    De même, au PLR, d'innombrables militants, dès qu'on discute un peu sérieusement avec eux, sont d'accord de réguler l'immigration, en fonction de nos besoins. Mais ils rejetteront l'initiative le 27 septembre, pour ne pas avoir l'air de s'aligner sur l'UDC. Et parce que le libre-échangisme, dans leur parti, fonctionne hélas comme un dogme. Eh oui, il existe aussi un dogme libéral !

    Formidable gâchis, donc. Qui profite à la gauche, et à la liturgique trahison des gentils centristes de bénitier. La droite suisse, majoritaire dans le pays mais suicidaire dans ses déchirements, finira-t-elle un jour par le comprendre ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Venir au monde. Ou tenter de s'en extraire.

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    Sur le vif - Mardi 04.08.20 - 15.18h

     

    La puissance du réseau social, incomparable, réside dans l'immense liberté accordée aux usagers. Chacun est libre d'ouvrir un compte, dire (comme dans Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité, mais là il s'agit d'un enclos délimité) : "Ceci est à moi !".

    Il est libre. Il est chez lui. Il est responsable. A lui, le vertige de la page blanche. Se taire, ou parler. S'engager, ou se contenter de ricaner. S'impliquer, ou feindre la neutralité. Attaquer, ou demeurer dans sa tranchée. Sortir ses tripes, ou glisser sur la surface. Surprendre, ou se fondre dans la masse. Oser la guerre, donc se faire des ennemis, ou jouer au gentil Papy, copain de tous.

    Le réseau social, en soi, n'existe pas. Il ne fonctionne, pour chacun de nous, que comme miroir de ce que nous voulons bien projeter. Le héros, ça n'est pas la machine. C'est nous. La question fondamentale n'est justement pas celle du social (car ce réseau, toutes illusions bues, ne nous relie pas, il creuse les fortins individuels), mais celle de l'intensité de chacune de nos solitudes.

    Avec le réseau, non seulement nous vivons nos solitudes, mais nous les proclamons. Je dis "Je suis seul !", je n'en suis pas pas moins seul, mais je le dis. L'urgence première n'est pas celle du social, mais du langage. Unterwegs zur Sprache !

    Le réseau n'est pas une thérapie de la solitude. D'abord, parce que cette dernière, vécue par un être de caractère, est tout, sauf une maladie. Elle n'a donc pas à être guérie.

    Non, le réseau est une sublimation de la solitude. Chacun de nous, doté d'un minimum de sens, sait bien qu'il n'y a là ni "amis", ni solidarité, juste du vent. Ça n'est donc pas, malgré le nom, dans le "social" qu'il faut chercher une issue, c'est dans l'accomplissement de chacune de nos solitudes.

    Ensuite ? Ensuite, chacun est libre. Montrer son chat, son plat de spaghettis, écrire, chanter, hurler, gémir, geindre, soupirer. Venir au monde. Ou tenter de s'en extraire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Haydn, la montagne, le miracle d'un Stabat Mater

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    Sur le vif - Lundi 03.08.20 - 23.56h

     

    L'église de Saint-Luc (VS), ce lundi 3 août, 20h : trompant le furtif retour de l'hiver, avec ces boules de brouillard qui remontent les pentes en s'accrochant aux pointes des sapins (souvenir d'enfance : on courait s'inventer des histoires dans le galetas), le Stabat Mater de Joseph Haydn (1767).

    Un Ensemble instrumental, le Chœur "Le jardin des voix", placés sous la direction de Grégoire May. Huit solistes remarquables. Un moment d'intense magie. Et la réussite recommencée du plus intime et du plus efficace des Festivals : celui du Toûno. Il y règne, depuis des années, une ambiance de famille, de fidélité, de confiance : pas de clinquant, pas de Veau d'or, pas de démesure, juste le souci de ce qui sonne juste, dans la musique et dans les textes.

    Le 18 juillet, dans ma Série Allemagne, no 27/144, je vous parlais du Sturm und Drang littéraire, ce moment sismique qui prend congé de l'Aufklärung, s'en va chercher les racines enfouies des mots allemands, des récits germaniques, préfigure le Romantisme.

    Avec le Stabat Mater de Haydn, voici l'une des œuvres premières du Sturm und Drang musical, sur lequel je reviendrai dans une chronique ultérieure. Avec son homonyme littéraire, d'éminentes similitudes (prédominance du mode mineur, description des sentiments, jeux d'ombres et de lumières, moments d'angoisse).

    Mais aussi, de sérieuses distances : avec le Sturm und Drang musical, nous sommes du côté de Vienne, capitale de toute musique en ces années-là (Mozart a onze ans, Beethoven naîtra dans trois ans). Alors que le Sturm und Drang littéraire, celui de Herder et du Goethe du Jeune Werther, est un mouvement profondément allemand : il préfigure la prise de conscience de l'idée nationale allemande, qui sera exprimée par Fichte dans ses "Reden an die deutsche Nation", à l'Université de Berlin, en 1807, dans une Prusse occupée par les Français.

    Le Stabat Mater de Haydn de ce lundi soir à Saint-Luc, c'était un choeur, remarquable d'homogénéité, et, tout à la fois, une mise en valeur de chaque tessiture de soliste. Une oeuvre intense, sans fioritures, avec une conclusion céleste, "Paradisi Gloria", où la force de l'Esprit ramène la lumière. A la fin, tonnerre d'applaudissements, on quitte l'église, on ôte son masque, on court dans la nuit froide et humide. Et on souhaite longue vie à ce Festival où tout est mesure, et en même temps tout est passion. Il vous reste jusqu'à samedi soir pour découvrir de nombreux autres moments littéraires et musicaux. Avec, notamment, un Don Giovanni. Tous les détails sur festivaldutouno.ch.

    Quant à cette remarquable équipe de jeunes solistes, voici leurs noms : Laura Andres, Léonie Cachelin, Géraldine Cloux, Valérie Pellegrini, Gabriel Courvoisier, Oscar Esmerode, Cao-Thang Jeffrey Pham, Anthony Paccot.

    Longue vie au Toûno !

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - Numéro 28/144 - Littérature allemande, ou littérature de langue allemande ?

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 28 – La question est simple, et… diablement complexe ! Qu’est-ce que la littérature allemande ? Comment la matrice de la langue – celle de Luther, celle de Brecht – parvient-elle à englober dans une communauté d’appartenance des auteurs aussi divers, issus de Bohème, de Roumanie, ou de cet Est lointain dont plusieurs millions d’Allemands furent chassés en 1945 ?

     

    Lundi 03.08.20 - 12.55h

     

    Aimé Césaire est Martiniquais, Senghor est Sénégalais, Simenon est Belge, Ramuz est Suisse. Chacun de ces auteurs est pourtant un magnifique représentant de la littérature de langue française. Il y a leur pays d’origine, pays de combat même parfois, et puis il y a l’autre pays, qui est celui de la langue. L’autre matrice. La vraie mère ?

     

    Il en va ainsi de la littérature allemande. Franz Kafka, l’un des plus grands prosateurs germanophones, est Tchèque. Enfin, disons qu’il est enfant de cette Bohème austro-hongroise qui l’a vu naître (1883), dans une Prague d’une incroyable richesse multiculturelle, et pourtant nul n’aurait l’idée de le classer, comme Musil, dans les auteurs autrichiens. Ni comme un Allemand d’Allemagne, ce qu’il n’est pas. Ni comme un Tchèque nationaliste, il ne l’est pas non plus.

     

    A la vérité, Kafka est Kafka, l’un des plus puissants génies du récit dans le monde, il maîtrise le tchèque, l’hébreu, sa culture juive est remarquable, omniprésente. Il est tout cela. Mais à côté de sa relation matricielle à la ville de Prague (qui le tient entre ses griffes, « comme un petite mère »), il y a l’immensité d’une autre appartenance : la langue allemande. En elle, il s’exprime. En elle, il vit et transmet ses sentiments. En elle, il lègue une œuvre, ou plutôt son ami Max Brod nous la livre, malgré les pulsions de destruction de l’auteur.

     

    Il est convenu de résumer l’affaire en disant que Kafka est « un auteur Tchèque de langue allemande ». Depuis plus de quatre décennies, je trouve cette formule un peu courte. Mais n’en ai pas vraiment d’autre à proposer. Enfin, si : j’opterais pour « auteur universel né dans la matrice de langue allemande ».

     

    Prenez Paul Celan (1920-1970), mon poète préféré du vingtième siècle, dont je vous recommande la lecture, par exemple dans la remarquable édition bilingue NRF/Gallimard, traduction de Jean-Pierre Lefebvre. Il vient d’une famille juive de Bucovine. Au moment de sa naissance, c’est la Roumanie. Deux ans avant (1918), c’était encore l’Empire austro-hongrois. Aujourd’hui, c’est l’Ukraine. Les frontières changent, le tragique de l’Histoire passe (la famille du poète périt dans les camps), mais une matrice nous est transmise : la langue allemande.

     

    Ce germanophone de Roumanie, qui choisit en avril 1970 le Pont Mirabeau (celui d’Apollinaire) pour se jeter dans la Seine, avait pourtant toutes les raisons biographiques de rejeter toute référence à l’Allemagne, qui a anéanti les siens. Mais sa langue est l’allemand. Du premier au dernier jour. Il n’est pas un poète roumain. Il est un « poète allemand », non par la nation, mais par « la petite mère » de la langue. Si vous ne l’avez pas lu, je vous conjure de le faire : vous y découvrirez une langue simple, sobre, concise, le thème de la mort, de la disparition, de l’anéantissement, du néant, du silence. Il ne parle pas expressément des camps, mais l’univers de l’extermination est omniprésent. A tous, je vous demande de lire à haute voix, en allemand, le poème « Die Niemandsrose », dans le recueil qui porte ce nom. Deux ou trois minutes de votre vie. Vous n’aurez pas l’impression, je crois, d’avoir perdu votre temps.

     

    Sur Celan, je reviendrai dans cette Série. Sur Kafka, aussi. Sur la question autrichienne, la littérature et la musique autrichiennes. Sur le statut de la littérature suisse-alémanique, qui sera traitée en soi. Entre autres.

     

    Reste la grande question : qu’est-ce que la littérature allemande ? Celle de tout auteur germanophone, dont les millions d’Allemands établis à l’Est, hors des frontières, jusqu’au Grand Exil de 1945 (cf. le numéro 24 de cette Série) ? Ou alors, seulement les auteurs allemands « de l’intérieur » ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas d’abord les définir par leur région d’origine (la Souabe pour Hölderlin ou Brecht, la Prusse pour Kleist, Fichte ou Fontane, Lübeck pour Thomas Mann, etc.) ? Ou encore, ne les considérer comme « auteurs allemands » que dans la mesure où ils auraient, d’une manière ou d’une autre, dans l’adhésion ou dans le rejet, posé la question de la nation allemande ? Trop compliqué ! La matrice qui tous les réunit, c’est la langue. Pour ma part, tout écrivain ayant pris la plume en allemand, de Luther jusqu’à Christa Wolf, d’où qu’il vînt, quelles que fussent ses origines, ses positions, constitue l’incomparable richesse de la littérature germanophone. Pour la simple raison qu’il nous transmet une langue. Et que, Roumain, Tchèque, Polonais germanophone, Allemand de la Volga, il s’exprime dans la langue de Luther, Hölderlin ou Goethe.

     

    Mais cette langue, qui depuis Luther constitue la littérature allemande moderne (je ne traite pas ici du Moyen Âge littéraire allemand, faute de compétence dans ce domaine), quelle est-elle ? Quel est son trésor ? Son héritage ? Que nous transmet-elle ? Entre la longue période de Kafka ou Thomas Mann, leurs longues phrases (parfois une page entière), le roman bourgeois prussien d’un Theodor Fontane (lire Effi Briest, 1896), les saisissantes formules de Brecht mises en musique par Kurt Weill, la relecture des Grecs chez Hölderlin, les incantations de Heiner Müller, la grande prophétie de Cassandre revue par Christa Wolf (1983), la finesse viennoise d’un Schnitzler ou d’un Hofmannsthal, le picaresque déroutant d'un Günter Grass, et des centaines d’autres témoignages humains et littéraires, quelle communauté ? Quelle Gemeinschaft ? Quel lien d’appartenance ? Quel fil invisible ?

     

    A ces questions, je n’ai pas la réponse. Le salut viendra de l’immersion. Avec une double sensibilité : à l’Histoire, et à la langue. Dans le monde germanique, l’une est inséparable de l’autre. Entreprendre une Histoire des Allemands sans se plonger dans la langue, est une vaine tentative. Sans parler de la musique. Mais c’est encore là une toute autre affaire. A mon sens, la première de toutes. Nous y reviendrons largement, dans les années qui viennent. Excellente journée à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Vous venez de lire le numéro 28, publié ce matin - Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

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  • Défendez la Suisse, M. Cassis !

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    Sur le vif - Dimanche 02.08.20 - 09.49h

     

    Pourquoi nous, Suisses, petit pays au cœur du continent européen, devrions-nous prendre parti dans le conflit - qui pourrait prendre des proportions majeures - entre les États-Unis et la Chine ?

    M. Cassis, vous n'êtes pas obligé de vous aligner systématiquement sur les positions de l'Oncle Sam. Ni face à l'Empire du Milieu, ni sur l'échiquier de l'Orient compliqué, où vous fûtes maladroit, il y a quelques mois, humiliant pour le monde arabe.

    Vous êtes le Ministre suisse des Affaires étrangères. Vous n'êtes pas l'antenne suisse du Pentagone. Ni du Département d'Etat. Ni de la Maison Blanche.

    Dans vos déclarations, pensez en priorité aux intérêts supérieurs de notre pays, qui exigent intelligence et diversité. Nous ne sommes pas un dominion de la superpuissance américaine.

    Nous sommes un peuple libre, indépendant, souverain. Et nous entendons le demeurer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Mais faut-il à tout prix discuter ?

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    Sur le vif - Vendredi 31.07.20 - 10.01h

     

    La souveraineté n'est pas une option, comme le serait le gadget d'une nouvelle automobile. Si on se veut pays, si on se déclare tel dans le monde, alors il faut l'indépendance. Il faut la souveraineté. Et il faut s'en donner les moyens. Sinon, à terme, c'est l'intégration dans un empire plus vaste, ce que d'aucuns souhaitent, pas moi.

    Nation ou partie d'un empire, il faut choisir. L'empire n'est pas le diable, c'est une option. Simplement, ça n'est pas la mienne. Comme humain, comme citoyen, comme petit entrepreneur, je sais ce que signifie pour moi l'indépendance. C'est vital. C'est cela, ou la mort. D'autres voient les choses autrement, se fondent volontiers dans un groupe, c'est leur affaire. Moi, je suis sauvage, intraitable, j'ai besoin de décider de mon destin, au maximum de ce qui dépend de moi. C'est ainsi.

    Ce qui vaut pour un humain, vaut pour un pays. La Suisse n'est ni meilleure ni pire qu'un autre, elle est ce qu'elle est, elle est mon pays. Je respecte tous les autres, tous les peuples, tous les humains. Mais je défends le pays qui est le mien.

    Car aussi individualiste soit mon tempérament, qui rejette les groupes, les factions, les partis, il se trouve que je suis citoyen suisse. J'en assume toutes les responsabilités. J'en assume les devoirs, et l'ai prouvé, par exemple, par quelque 500 jours d'engagement au sein de notre armée. Ou encore, en consacrant toute ma vie professionnelle à traiter les enjeux politiques de la Suisse, et non les faits divers, encore moins le people. Et j'en assume les droits : quasiment jamais raté votation, depuis que j'ai l'âge de me prononcer.

    Citoyen, j'annonce la couleur. Je donne mon point de vue. Comme n'importe lequel des millions de citoyennes et citoyens de ce pays en a le droit. Je ne suis pas un eunuque, je m'exprime. Cela plaît à certains, déplaît à d'autres, ça m'est parfaitement égal. Nul, jamais, nulle part, ne pourra m'empêcher de dire comment je vois les choses.

    Cette férocité indépendante, je la veux aussi pour mon pays. Je la projette sur lui. Indépendance, souveraineté, cela ne signifie absolument qu'il faille se couper du monde. Ni des échanges. Encore moins, de la curiosité culturelle qui nous pousse vers les autres peuples, en apprendre les langues, les Histoires. Il me semble, en ce domaine, avoir, au cours de ma vie, donné l'un ou l'autre exemple. Il est peu de pays d'Europe que je n'aie visités. Je me passionne depuis un demi-siècle pour l'Histoire allemande, l'Histoire de France, celle des Balkans, de l'Afrique du Nord, du Proche-Orient.

    De même, vouloir le contrôle des flux migratoires, ça n'est pas en vouloir l'arrêt. Ceux qui, à dessein, mêlent ces deux notions, pour induire le peuple en erreur, sont des trompeurs. Et des menteurs. Contrôler le flux, c'est adapter la quantité d'immigration à nos besoins. C'est un enjeu citoyen : la décision politique l'emporte sur l'acceptation d'une pression.

    Je suis un homme libre et indépendant. J'ai des amis, et des ennemis. Je défends les causes que je crois justes. J'explique pourquoi. Je fais mon boulot de citoyen.

    Je voudrais tant que mon pays agisse, à son niveau, ainsi. Liberté, indépendance, souveraineté. Travail infatigable pour assurer la survie économique. Diversification des réseaux. Connaissance des autres. Renseignement continuel sur l'état des fronts. C'est autrement stimulant, à mes yeux, que l'intégration à un empire. Pour exister, on commence par s'affirmer soi-même, très fort. Ensuite, s'il le faut, on discute.

    Mais faut-il à tout prix discuter ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Gisèle Halimi : la classe et la grâce

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    Sur le vif - Mardi 28.07.20 - 16.00h

     

    Gisèle Halimi (1927-2020) a été une très grande dame. L'une de celles qui entraînent adhésion et admiration. D'abord, par le courage de son engagement, tout au long de sa vie. Mais aussi, l'immense classe qui l'habitait. La qualité de son élocution, la douceur ciselée des mots, la précision du verbe, la très haute sérénité de sa tenue, face aux causes les plus enflammées. Je pense, notamment, à son combat pour les gens du FLN, dans les dernières années de la Guerre d'Algérie. Rappelons que nombre d'entre eux, combattants politiques, furent guillotinés par la République française. Et qu'un certain Garde des Sceaux, sous Guy Mollet, recommandait au Président Coty que la justice suivît son cours.

    Habitée d'un feu intérieur, Gisèle Halimi plaidait ses causes avec un calme impressionnant. Cette femme d'exception, par l'universalisme de son engagement, qui allait de la défense des femmes opprimées à celle des peuples se libérant du joug (la Tunisie, l'Algérie), était le contraire même d'une sectaire. Chacune de ses paroles, chacune de ses phrases, respirait l'humanisme. Celui qui abolit les frontières entre les genres, entre les peuples.

    Au-dessus des causes, des combats, des décombres, demeure chez cette femme l'une des qualités les plus rares, le feu d'une vie forgeant la précision du verbe. Cette alchimie, sans crise ni psychodrame : juste la mise en place, à la fois rationnelle et passionnée, du combat.

     

    Pascal Décaillet

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