Sur le vif - Page 4

  • L'Europe de Macron : l'opium des élites

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    Sur le vif - Vendredi 24.07.20 - 11.45h

     

    Entre frugaux et dévoreurs, on s'est bagarré sur quoi, à Bruxelles ? Sur un grand projet d'identité continentale ? Sur un socle de valeurs ? Sur la place de Rousseau, Goethe, Hölderlin, Paul Celan, Kafka, Dante, Pétrarque, Pessoa, Séféris, Odysséas Elytis, ou alors Dvorak, Sibélius, Bela Bartok, dans ce qui serait un Panthéon commun ?

    Pas du tout ! On s'est déchiré sur une affaire de croupiers. Une sombre et visqueuse cause d'arrangement du débiteur avec la banque du casino. Les plus puissants, les flambeurs, les mauvais garçons, les bluffeurs et les crâneurs, bref les Macron et séides, ont exigé de leurs camarades d'infortune qu'on fasse sauter la banque. "Nous sommes endettés ? Aucun problème ! Multiplions la dette !".

    Ça n'est plus l'Europe. Ça n'est plus la politique. Ça n'est plus Colbert, ni Kant. Adieu, la Raison ! Adieu, la responsabilité ! Adieu, l'appel à la Lumière ! Adieu, toute espérance de lucidité ! Adieu, le "Mehr Licht" de Goethe expirant ! En lieu et place, le pouvoir aux usuriers, le culte du Veau d'or, le chemin étoilé de la facilité, le renoncement au sacrifice.

    Et il est des naïfs pour s'en féliciter ! Tendres âmes ! Où le sureau tient lieu de clairvoyance. Sirupeuses errances. Dans le grand jardin du renoncement, elles étendront leur doux feuillage.

    La réalité du monde d'aujourd'hui, c'est encore celle des nations. Chacune d'entre elles, souveraine. Responsable de sa survie. De sa sécurité. De ses frontières. Garante de ses lois, démocratiquement votées. Soucieuse de sa cohésion sociale. Là est le concret. Le réel. Le palpable. Le vrai souci des peuples. Aux élites, laissons l'oisiveté. Et l'opium.

     

    Pascal Décaillet

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  • Alors, allons-y pour le peuple !

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 22.46h

     

    La Suisse doit mettre fin à la libre circulation multilatérale. Et passer, en fonction de ses besoins, des accords sectoriels avec les pays qu'elle souhaite avoir pour partenaires. Sur la base de quotas, de contingents. En tenant le couteau par le manche. Et en faisant systématiquement ratifier par le peuple, entendez le suffrage universel, chacun des accords signés, pays par pays.

    Reprendre le contrôle de la politique migratoire exige cette quadruple posture : fin du multilatéralisme, accords avec des pays choisis, détermination souveraine des flux, décision du corps des citoyennes et citoyens sur chaque accord.

    La Suisse est une démocratie. Ce sont les citoyens qui décident. Pas les hauts-fonctionnaires à Berne. Ni le patronat. Ni les syndicats. Ni les partis politiques. Ni les groupes de pression. Ni les professeurs de droit. Ni les corps intermédiaires.

    La démocratie, c'est le pouvoir au peuple. Alors, osons ! Allons-y pour le peuple !

     

    Pascal Décaillet

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  • On s'la joue à la Suisse ?

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 17.50h

     

    Une idée, juste en passant : et si l'Union européenne faisait ratifier, à la double majorité du peuple et des 27 États membres (au moins 14, donc), la petite plaisanterie des 750 milliards d'endettement ?

    Ils pourraient ainsi tester la prodigieuse popularité de la machinerie européenne auprès des citoyens-contribuables du vieux continent, non ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Le Prince, l'usurier, le peuple

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 08.31h

     

    On ne crée pas un sentiment commun d'appartenance en mutualisant une dette ! Aucune solidarité interne, dans aucune collectivité humaine, ne s'est forgée, dans l'Histoire, par un tel tour de passe-passe, où le Prince pactise avec l'usurier, sur le dos du peuple qui travaille.

    On créera, bien au contraire, un sentiment commun de dépossession. Pour les classes moyennes. Éreintées par la fiscalité encore plus lourde pour payer cette nouvelle dette continentale, elles n'en pourront tout simplement plus. Et se révolteront.

    Partout en Europe, il faudrait alléger la fiscalité sur le travail. Et voilà qu'on va la rendre plus pesante encore. Et on crée une Ferme générale européenne pour financer les numéros d'illusion de M. Macron pour se maintenir au pouvoir. La ficelle est énorme, nul esprit lucide n'en est dupe.

    Nous, Suisses, demeurons glacialement distants de ce casino du mensonge. Et, au passage, allégeons d'urgence notre fiscalité sur le travail. Nous avons aussi nos classes moyennes, qui étouffent.

    Les gens honnêtes, qui bossent, ont trimé toute leur vie, et ne peuvent rien mettre de côté parce que l'Etat leur pique tout, ne se laisseront plus tondre très longtemps.

     

    Pascal Décaillet

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  • Amis Néerlandais, je vous salue !

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    Sur le vif - Mardi 21.07.20 - 15.52h

     

    En 2005, je suis allé à La Haye, pour présenter un Forum spécial sur le référendum néerlandais à propos du Traité européen.

    Ce fut NON, comme on sait. Comme en France, juste avant. Et je nous vois encore, à La Haye, scruter l'immense carte des Pays-Bas, région par région, commune par commune, avec des pointes de NON dans la Frise (dont j'ai enfin fait la connaissance l'an dernier, en revenant d'Allemagne du Nord, sublime région).

    Eh bien nos chers médias de Suisse romande parlaient de ce NON néerlandais avec la même condescendance qu'ils affichent aujourd'hui, face à ce petit pays courageux qui a osé défier le couple franco-allemand à Bruxelles.

    Et les Pays-Bas, c'est un PAYS FONDATEUR, en 1957, de la construction européenne !

    Citoyen suisse, je leur adresse mon salut.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'Europe du casino et du mensonge

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    Sur le vif - Mardi 21.07.20 - 10.02h

     

    Mutualiser la dette : tel est, en ce 21 juillet 2020, 63 ans après le Traité de Rome, le galvanisant objectif du projet européen. Il y a eu l'Europe du charbon et de l'acier, il y a eu l'Europe des cœurs, il y a eu (depuis trente ans) l'Europe du Marché sanctifié, voici maintenant l'Europe de la dette !

    63 ans après les Pères fondateurs, voici l'Europe livrée au mensonge, au virtuel, aux croupiers. "Nous sommes tous déjà très endettés, nation par nation, mais rassurez-vous, nous allons nous endetter encore davantage. Et la nouvelle dette, bande de veinards, s'appellera Europe".

    En plus de leurs impôts régionaux et nationaux, les citoyennes et citoyens des 27 auront donc, dans leur charge fiscale, à s'acquitter des intérêts (dont les taux vont très vite remonter) de la dette européenne. Parmi eux, qui ? En priorité, les classes moyennes ! Des gens honnêtes, qui bossent dur, triment toute leur vie, mais ne peuvent rien mettre de côté, parce que les tentacules des États endettés leur fauchent tout. C'est parmi ces gens-là que monte la noire colère des nations. Un jour ou l'autre, elle s'exprimera. Prochain test, grandeur nature : la France du printemps 2022. Et puis, plein d'autres, tout autour.

    Cheville ouvrière de ce tour de passe-passe digne des bluffs de casino : Emmanuel Macron. On reconnaît là le grand illusionniste de la finance internationale, celle qui spécule sur les abstractions, mondialise les échanges, dilue le pouvoir des peuples et des nations au profit d'une gigantesque mathématique d'ombre.

    Dans ce grand casino de prêts et d'emprunteurs, on entrevoit déjà les Staviskys, les Panamas, qui ne manqueront pas d'éclater, ici et là, sur le dos des contribuables européens mutualisés. A terme, le numéro de magicien d'aujourd'hui porte en lui les germes de l'effondrement de cette Europe-là. Les pays frugaux, ceux qui ont tant exaspéré M. Macron, et dont nos médias (notamment nos correspondants et envoyés spéciaux à Bruxelles) ont cru bon de tant se gausser, ont pris date. Cette fronde des petits contre le rouleau compresseur franco-allemand ne fait que commencer. L'Accord de l'Union porte en lui tous les ferments d'une inévitable Sécession.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     
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  • Europe : le salut par la frugalité

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    Sur le vif - Lundi 20.07.20 - 04.35h

     

    Et si les "pays frugaux", qui refusent le diktat Merkel-Macron sur le gigantisme d'un emprunt, sauvaient l'Europe ?

    Vous avez remarqué, partout dans nos médias, la condescendance des journalistes accrédités à Bruxelles, parties prenantes de la machine, pour ces petits pays qui se permettent de résister au dogme officiel franco-allemand ?

    On en parle avec un sourire grinçant, on laisse entendre que le rouleau compresseur aplatira ces tentatives de sédition, on insiste sur l'énervement de Mme Merkel et M. Macron face à l'entêtement des pays qui se permettent de résister. Bref, on se place du côté des deux plus puissants, du côté du pouvoir.

    Mais la question est là : et si les "frugaux" incarnaient l'avenir d'une autre Europe ? Ce qu'ils rejettent, c'est l'aspect évidemment artificiel, menteur, d'un emprunt pharaonique, dont ils comprennent très bien qu'il servira les intérêts de domination interne des deux plus grands, asservira davantage les petits, augmentera la pression fiscale sur les classes moyennes : partout en Europe, la fiscalité du travail demeure outrageusement dominante.

    Car cet emprunt, surgi droit de l'idéologie de casino de l'Europe ultra-libérale et ultra-échangiste mise en place depuis trente ans (Acte unique), il faudra bien, un jour le rembourser ! Cela, le couple Merkel-Macron se garde bien de le mentionner. Magiciens, il font miroiter !

    La fronde des "frugaux" prendra date. Elle marque le refus de l'arrogance des plus grands. Elle met un frein à une idéologie de spéculation, où le banquier qui prête aux nations est roi, et peut ainsi leur instiller une obligation de pensée ultra-libérale. Comme si le continent européen, qui nous a nourris de tant de valeurs, était libéral par essence !

    Telles sont les vraies questions posées par l'émergence des "frugaux". Elles sont passionnantes. Et méritent quelques portes claquées, dans les salons de Bruxelles, par Mme Merkel et M. Macron.

     

    Pascal Décaillet

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  • Sommet de Bruxelles : avez-vous déjà réanimé un mort ?

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    Sur le vif - Dimanche 19.07.20 - 10.32h

     

    Face aux "pays frugaux", qui dénoncent le délirant projet d'endettement du l'Union européenne, le couple Merkel-Macron s'agite avec la dernière énergie pour faire passer la pilule.

    L'enjeu est de taille : le "plan de relance" n'est qu'un prétexte. Le sujet réel, c'est la survie de l'Union, qui a montré, pendant toute la crise sanitaire, son admirable propension à la non-existence.

    Pourquoi Mme Merkel et M. Macron veulent-ils sauver le château de cartes européen ? Pour des motifs de politique intérieure !

    La carte de l'Union, c'est la dernière qui reste à la Chancelière pour que sa famille politique, fondatrice en 1957 lors du Traité de Rome, puisse espérer encore jouer un rôle durable, celui du traditionnel Zentrum bismarckien, dans les années qui viennent. En Allemagne, la ligne de front de la politique ne se situe plus au centre, dans la bonne vieille dualité CDU/CSU - SPD, elle s'est éclatée en fonction de partis plus radicaux, à droite comme à gauche. Aucun de de ces nouveaux partis, qui montent, n'est européen. Leurs thèmes tournent autour de la nation allemande, et du peuple allemand.

    Quant à Emmanuel Macron, qui a beaucoup moins bien géré la crise sanitaire en France que Mme Merkel en Allemagne, il sait que son destin politique, à lui, se jouera dans deux ans (présidentielle d'avril-mai 2022) sur deux enjeux majeurs : d'abord, et loin devant, la situation sociale en France (aujourd'hui alarmante) ; et puis, la question européenne. Or, en France aussi, ne cesse de monter une radicalité souverainiste, anti-Bruxelles, et cela (comme en Allemagne) sur la gauche et sur la droite.

    Assez vite, en France et en Allemagne, les deux piliers dont tout dépend, les opinions publiques comprendront que les plans de relance européens, c'est engraisser encore plus des usuriers (ceux qui prêtent aux États, et les intérêts peuvent à tout moment remonter en flèche), donc se lier les mains pour des générations. Car soit l'Euro est une monnaie sans la moindre garantie réelle, et alors l'Union européenne est déjà morte. Soit il a encore une valeur, et les emprunts gigantesques d'aujourd'hui devront, un jour ou l'autre, être remboursés par des contribuables déjà saignés.

    Dans les deux cas, le compte à rebours du modèle ultra-libéral et libre-échangiste en cours depuis trente ans (Acte unique) a commencé.

    L'enjeu du Sommet de Bruxelles, ça n'est donc pas le "plan de relance". C'est la survie d'une certaine construction européenne, dont l'échec est aujourd'hui flagrant.

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - Numéro 27 - Sturm und Drang (1770-1785) : Tempête et Pulsion sur les âmes allemandes !

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 27 – Sturm und Drang : trois syllabes incroyablement sonores, pour un mouvement littéraire qui, juste avant la Révolution française, enflamme les Allemagnes. On le confond souvent avec le Romantisme, et… on n’a peut-être pas tort !

     

    Samedi 18.07.20 - 16.57h

     

    « Freiheit, Freiheit ! » : lorsque le rideau tombe sur les dernières paroles du Ritter Götz von Berlichingen, de Goethe, un soir de juillet 1971 à Nuremberg, où je passe l’été, je suis loin de me douter, à juste treize ans, que je viens d’assister à une pièce emblématique du Sturm und Drang ! J’ai aimé la représentation, vaguement compris l’action, tout au plus saisi qu’il s’agissait d’affranchissement, du combat d’un homme contre les codes de son époque. Mais décidément, c’était trop tôt, dans ma vie, pour saisir tout l’enjeu qu’un jeune auteur de 24 ans avait entendu donner, dans la société qui était la sienne, les Allemagnes en 1773, au combat d’un Chevalier du début du seizième siècle. Je n’avais même pas entendu parler de Werther, best-seller absolu, offert au monde ébloui l’année suivante. Inutile de dire que je n’avais jamais entendu parler du Sturm und Drang !

     

    Sturm und Drang : on pourrait traduire par Tempête et Passion, je préfère pour ma part Tempête et Pulsion, à vrai dire il est très difficile de passer en français le génial condensé sonore de ces trois syllabes : elles nous mettent la pression, comme le couvercle d’une marmite à vapeur ! Nous sommes dans les Allemagnes (j’insiste sur le pluriel : le Saint-Empire ne sera dissous qu’en 1806, après la victoire de Napoléon à Iéna et le début de l’Occupation de la Prusse), dans la seconde partie du dix-huitième, un siècle capital pour l’Histoire allemande, celui de sa renaissance, après le long désert ayant succédé à la Guerre de Trente Ans (1618-1648).

     

    On date le Sturm und Drang, généralement, des années 1770 à 1785, certains poussant jusqu’à 1790. Une période d’une incroyable effervescence dans l’univers littéraire germanique : le jeune Goethe, Herder, puis Schiller, celui des Räuber, les Brigands, sa première grande pièce (1781). On confond souvent (et une certaine postérité a entretenu cela) le Sturm und Drang avec le Romantisme, venu plus tard. Et il est vrai que les points communs sont nombreux : rupture avec le rationalisme des Lumières (encore que cette thèse soit contestée au vingtième siècle par Georg Lukacs, le grand critique hongrois, auteur de la Théorie du Roman), champ libre aux sentiments, retour aux grands récits germaniques, début d’un immense travail lexical sur les mots allemands, qui sera, plus tard, l’œuvre des Frères Grimm, auxquels nous avons déjà consacré un épisode, le no 20 (30 août 2015), de cette Série.

     

    Dans ces années-là, qui précèdent immédiatement une Révolution française dont les conséquences sur les Allemagnes seront immenses, que se passe-t-il ? On prend congé des Lumières. L’Aufklärung vient de jouer un rôle considérable, pendant des décennies, sur les esprits allemands. Elle les a ouverts. Elle les a mis en connexion avec le reste du monde, notamment la France. Elle a donné à l’Allemagne le très grand philosophe Moses Mendelssohn, grand-père du musicien, mais aussi bien sûr Kant et Lessing. Mais voilà, autour de 1770 (l’année de naissance d’une comète en perpétuelle Révolution formelle appelée Beethoven), certains esprits allemands aspirent à autre chose. Radicalisation des Lumières, c’est une école. Rupture avec les Lumières, c’en est une autre, pour laquelle j’ai toujours penché, d’abord sous l’influence de grands professeurs, puis par mes lectures.

     

    Avec le Sturm und Drang, on est moins préoccupé de démontrer (même si la grande école de la philosophie allemande demeure) que de montrer. On raconte des destins humains ! Götz se bat pour la liberté. Werther, débordé par sa passion, se suicide, et son acte fait pleurer l’Europe entière. Les Brigands de Schiller défient la morale et la convenance. On pose le drame (action théâtrale) comme fondement du récit. On germanise les figures. On commence à puiser dans le Moyen Âge allemand. On révoque l’influence française, notamment dans le théâtre. On travaille sur les mots allemands, on en invente. Difficile de ne pas voir dans le Sturm und Drang une absolue, une irrévocable préfiguration du Romantisme !

     

    La grande question : le Sturm une Drang est-il seulement un mouvement littéraire, ou faut-il le comprendre aussi comme un mouvement politique ? La postérité s’est déchirée sur le sujet. Les uns voient dans ce premier grand recours aux mythes allemands l’esquisse de la renaissance nationale qui prendra forme à Berlin, en 1807, avec les Discours à la Nation allemande de Fichte (cf. No 2 de notre Série, 21 juillet 2015). D’autres estiment que ce lien de filiation est prématuré. Une chose est sûre : si le Sturm und Drang n’est pas encore le Romantisme, certains de ses aspects y ressemblent diablement ! Nous parlerons en tout cas, au sens littéraire, pour notre part, d’une préfiguration.

     

    Et s’il n’y avait qu’une œuvre à retenir ? Werther, bien sûr ! Pour sa forme épistolaire, qui rappelle Rousseau. Pour la puissance dévastatrice des sentiments. Pour le tragique du destin. On dit souvent de Goethe qu’il est un esprit universel, avec tout le risque d’ennui que cette formule peut comporter. Mais au milieu d’une œuvre immense, à cheval sur deux siècles, ce roman si frappant, si singulier, si sincère, a fait du jeune auteur, en attendant l’Olympe, l’un des rares capables de toucher universellement le cœur des lecteurs. Et aussi, celui des lectrices ! Excellente lecture à tous !

     

     Pascal Décaillet

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

     

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  • Sommet de Bruxelles : l'amicale des boxeurs groggy

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    Sur le vif - Vendredi 17.07.20 - 12.58h

     

    La crise sanitaire l'a prouvé avec éclat : face à une difficulté majeure, chaque nation ne peut compter que sur elle-même. Chacune, sur notre continent, a fait ce qu'elle a pu, de son mieux, pour renforcer ses solidarités internes, maintenir sa cohésion sociale, venir en aide aux personnes les plus touchées.

    Dans cette tempête, l'Union européenne n'a pas existé. Chaque nation s'est trouvée seule. Respectueuse des autres, il faut le noter, sincèrement sensible aux souffrances de ses voisins. Ce ne fut pas une guerre entre nations, mais une guerre de chaque nation, pour elle-même, au milieu d'autres nations. Certains pays, comme la France, ont eu une gestion dure, jacobine, verticale, fliquée même parfois. D'autres, comme la Suisse, ont respecté la liberté individuelle des gens. Ils ont fait confiance. Nous ne nous en plaindrons pas.

    La crise, comme révélateur. Le génie propre de chaque pays, en fonction de son Histoire, a été mis en lumière par le virus. Dans cette affaire, tous ont existé. Tous, sauf l'Union européenne.

    Et voilà qu'à Bruxelles, des chefs de rencontre, semblables à une amicale de boxeurs groggy, sous prétexte de "relancer l'Union", cherchent à mutualiser leurs difficultés en recourant au pire expédient dans ces cas-là : l'endettement ! On va faire tourner la planche à billets, mettre en circulation une monnaie dont la garantie réelle est de plus en plus faible, et bien sûr reporter la charge finale sur les contribuables des pays membres.

    Un jour ou l'autre, il faudra payer l'addition. Politiquement, ce sera une montée encore plus puissante des partis anti-européens. Un discrédit renforcé de la classe politique, et plus généralement du principe de représentation. La France, par exemple, pourrait en sentir le résultat lors de la présidentielle de 2022.

    La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne. C'est pour elle une bénédiction. Avec ce système de valeurs fictives, où la fuite en avant est reine, notre petit pays doit se montrer plus intraitable que jamais sur sa distance, sa souveraineté, son indépendance. Depuis la guerre, il a trop misé sur son Commerce extérieur avec le continent, au détriment de son agriculture et de sa souveraineté alimentaire. Il doit, en profondeur, rectifier ce déséquilibre, engager des négociations État par État, et doucement signifier à Bruxelles qu'il ne lui doit rien. Tout cela, respectueusement : si l'Union européenne est devenue, hélas, une machine antipathique et technocratique, les différents peuples qui la composent sont nos amis. Tous, sans exception.

    L'Europe, oui. Celle des cœurs, de la culture, des valeurs communes. La machine technocratique, celle qui tourne à vide comme les pantins expressionnistes dans les expos d'avant-garde des années vingt, c'est définitivement non.

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - No 26 - Klaus Mann, Méphisto, l'ambiguïté du diable

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 26 – Quand un acteur de légende, l’immense Gustaf Gründgens, se vend corps et âme, par pur opportunisme, au Troisième Reich, l’écrivain Klaus Mann en fait un livre. Le héros devient « Hendrik Höfgen », il brille dans le rôle du diable, et multiplie les compromissions avec le régime nazi. Et le roman, Méphisto, n’est rien d’autre qu’un chef d’œuvre.

     

    Jeudi 16.07.20 - 17.53h

     

     

    C’est l’un des romans les plus fascinants du fils perdu de Thomas Mann. Je m’en veux déjà, je ne devrais pas dire cela, toujours ramener Klaus Mann (1906-1949) à son immensité de génie de père, Prix Nobel de littérature en 1929, l’un des plus grands romanciers de langue allemande, l'auteur des Buddenbrooks, de la Montagne magique et de Mort à Venise, passages obligés de tout germaniste en herbe, monument de la littérature mondiale.

     

    Laissons donc le dieu Thomas, que nous avions déjà évoqué ici le 16 août 2015, dans l’épisode no 13 de notre Série, « Sanary, l’exil bleuté des écrivains », et que nous retrouverons pour vous parler un jour de Lübeck. Et intéressons-nous intrinsèquement à Klaus, non seulement fils du divin (je me gifle en le répétant), mais aussi neveu d’Heinrich (cf. numéro 12 de notre Série, 12 août 2015, « Heinrich Mann, le vrai père de l’Ange bleu »), frère d’Erika, frère de Golo, tous artistes, incroyable famille ! Dire que les relations, d’un membre à l’autre de cette Olympe littéraire où chaque nid cache une vipère, respiraient la facilité, serait exagéré.

     

    Parlons de Klaus. Et reconnaissons qu’à l’ombre d’un père qui dévore tout, une place d’écrivain est possible. Et quel écrivain ! Même si Klaus n’avait été le fils de personne, son nom retentirait encore dans la littérature allemande. Et c’est notamment grâce à Méphisto.

     

    L’affaire est assez simple à comprendre, ce qui m’amené, après une nuit (sic !) d’hésitation, à vous proposer ce sujet, qui me permet de remettre à un improbable lendemain un cycle autrement plus complexe, celui des rapports entre littératures grecque et allemande. Donc, de me lancer dans un texte de cette Série qui sera - un jour - consacré à Hölderlin.

     

    Méphisto, c’est bien sûr le diable, dans le Faust de Goethe. Le personnage principal du roman de Klaus Mann, nommé Hendrik Höfgen, fait référence à l’immense comédien allemand Gustaf Gründgens (1899-1963), qui précisément interpréta comme nul autre, sur toutes les scènes allemandes, le rôle de Méphistophélès. Eh oui, dans cette affaire, il y a Goethe, il y a Thomas Mann, on se heurte sans arrêt à des géants statufiés, on aimerait juste respirer un peu. Respirer : ce fut l’affaire de toute la courte vie de Klaus Mann. Il a entretenu une relation avec Gründgens (le vrai), qui entre 1926 et 1929 fut… le mari d’Erika, sa propre sœur ! Nid de vipères, cycle thébain de l’infernale proximité, tout est là, tout se tient. Thèbes, ou plutôt Argos ? Erika-Klaus, comme Electre et Oreste ?

     

    Le Méphisto de Klaus Mann, sorti en 1936, nous raconte donc, par nom à peine transposé et ne dupant personne, l’histoire d’un Gründgens encore bien vivant ! On y découvre un engagement dans les voies les plus progressistes, proches des communistes, dans l’avant-garde artistique de la République de Weimar (très audacieuse, comme on sait, dans l’invention formelle, nous le verrons avec le Bauhaus). Et le même immense acteur qui n’hésite pas, par opportunisme, pour avoir des rôles, des postes, à devenir une icône théâtrale du Troisième Reich ! C’est le destin de Gründgens, qui d’ailleurs survivra à tout cela, continuant d’arpenter les planches après la guerre, et dirigeant même, de 1955 à 1963, le Deutsches Schauspielhaus de Hambourg.

     

    A noter que Klaus Mann, lui, contrairement à son personnage et au vrai Gründgens, fut un authentique opposant de la première heure au régime nazi, tout comme son père Thomas (je me regifle), tout comme son oncle Heinrich.

     

    Mais Gustaf Gründgens, alias Hendrik Höfgen, alias Méphisto (« Ich bin der Geist, der stets verneint», ainsi se présente-t-il à Faust, au début de la tragédie de Goethe), lui, s’est vendu au régime nazi. Pacte faustien ? Âme perdue ? Destin du peuple allemand, tout entier ? Chacun jugera. D’autres artistes l’ont fait, par exemple au plus haut niveau musical. L’un des plus importants philosophes du vingtième siècle, aussi. Et puis, d’autres, beaucoup moins nombreux, ne l’ont pas fait. Parmi eux, un certain Klaus Mann. Une existence orageuse, fracassée, des tentatives de suicide, et puis un jour à Cannes, à l’âge de 42 ans, la mort, la vraie. Dès qu’il apprend l’événement, Thomas, le père (je me fustige), fait allusion à l’ombre sans doute envahissante qui avait dû être la sienne. La main glacée du destin.

     

    Le Méphisto de Klaus Mann est un très grand livre. Et Klaus, un très grand écrivain. Avec lui, on ne fréquente pas la voûte universelle du Ciel, comme avec Thomas (là, je me saigne). Non. On est juste avec des humains fragiles, des hommes et des femmes qui s’aiment et qui souffrent. Et avec Gründgens, pardon Höfgen, on plonge dans le coeur du pacte avec le diable. Juste pour demeurer, un peu plus encore, sur le devant de la scène.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Fichte : grundsätzlich, unentbehrlich !

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    Dienstag, den 14.07.20 - 09.18 Uhr
     

    Wenn nur ein Buch - nur eins ! - über die deutsche Geschichte zu empfehlen wäre... Darüber hatte ich am 21. Juli 2015 einen Text meiner Serie geschrieben (siehe unten !). Jeder Germanist, jeder Student im Bereich der deutschen Geschichte soll unbedingt diese zwölf Reden von Fichte (Berlin, 1807-1808, unter der französichen Besetzung) mit lauter Stimme lesen, als wäre er selbst der Redner. Hier : mein Exemplar vor vierzig Jahren.


    Pascal Décaillet
     
     
     
     

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  • Mise en garde

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    Sur le vif - Mardi 14.07.20 - 06.51

     

    Lorsqu'un groupe de défense communautaire, X ou Y, n'envisage le monde qu'à travers ses intérêts et ses objectifs, jusqu'à revisiter l'Histoire en ne considérant que les aspects qui le concernent, ce groupe finit par nuire à la vision historique, à sa complétude, à sa capacité de nuances.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'été, on lit ! - No 3 - Ne manquez pas André Hurst !

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    Lundi 13.07.20 - 18.09h

     

    Demain, mardi 14.07.20, à 18.50h sur Léman Bleu, ne manquez pas le troisième épisode de ma Série "L'été, on lit !". Avec, comme invité, mon ancien Professeur de grec André Hurst.

    En compagnie de cet esprit encyclopédique, aussi à l'aise dans la musique que dans la littérature, nous évoquons quatre auteurs, qui ont particulièrement compté dans sa vie de recherches et d'établissements de textes. Pindare (auquel il consacre son tout dernier livre, chez Droz) ; Apollonios de Rhodes (l'auteur des Argonautiques, à qui il a consacré sa thèse en 1967) ; Lycophron (l'auteur d'Alexandra, une longue prédiction de Cassandre, dans un style jugé souvent difficile, mais que cache cette obscurité ?) ; et Ménandre, le dramaturge de la Comédie Nouvelle.

    Trente minutes de promenade parmi les plus beaux textes de la Grèce ancienne. Vive la littérature grecque ! Qui a profondément nourri nos littératures modernes, en commençant bien sûr par les Allemands : Hölderlin pour Pindare, Christa Wolf (DDR) pour le langage prophétique de Cassandre.

    Entre l'enregistrement (lundi 29.06.20) et la diffusion (demain), je suis allé me tremper dans cette Allemagne de l'Est qui compte tant pour moi. Notamment en retrouvant, 21 ans après, la ville de Weimar, d'où j'avais dirigé un Eté Allemand, en 1999.

    Weimar, ville littéraire ! Ville d'innombrables ponts entre les littératures de la Grèce ancienne et de l'Allemagne.

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - No 25 - Ernst von Salomon, le Réprouvé !

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 25 – Si la complexité de l’Allemagne des années 1918/19, celle de la Révolution, des combats acharnés entre Corps francs et Spartakistes, ne vous fait pas peur, alors lisez à tour prix « Les Réprouvés » (1930) : ce récit autobiographique, saisissant, est un chef d’œuvre.

     

    Dimanche 12.07.20 - 16.45h.

     

     

    Lorsque j’ai lu « Les Réprouvés » (Die Geächteten), en 1980, ce livre a produit sur moi l’effet d’un choc. Je n’avais jamais entendu parler d’Ernst von Salomon, je ne connaissais guère la Révolution allemande du 9 novembre 1918, encore moins les combats féroces de 1919 entre les Spartakistes et les Freikorps (Corps francs). J’étais pourtant, depuis de longues années déjà, un passionné d’Histoire allemande. Mais ces épisodes-là, pourtant capitaux, je les ignorais.

     

    Il faut dire que nul n’en parlait ! L’historiographie de l’époque évoquait largement le nazisme (1933-1945), la Grande Guerre (1914-1918), et même la République de Weimar (1919-1933), mais étrangement, la Révolution allemande, pourtant si génialement décrite dans le roman « November 1918 » d’Alfred Döblin (première parution en 1935, puis publication intégrale après la guerre), n’intéressait que quelques universitaires dans l’univers germanophone, et… quasiment aucun dans le monde francophone !

     

    Rien que cette carence historiographique mériterait un épisode entier : on a l’impression que, dans les décennies d’après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de forces s’étant déployées en 1918/19, des communistes aux sociaux-démocrates, et aussi les nationalistes, avaient intérêt à ce qu’on ne remue pas trop cette période trouble, et pourtant essentielle. Ce mouvement de recul était sensible tant en DDR (où les communistes étaient au pouvoir, dont certains survivants de 1919) qu’à l’Ouest. Alors, pour un jeune passionné de 22 ans, en 1980, on accédait plus facilement à la Révolution allemande par le roman (Döblin), ou le récit biographique (Ernst von Salomon) que par les livres d’Histoire. Cette lacune, depuis, a été comblée, notamment par l’éblouissante « Révolution allemande, 1918-1923 », du Britannique Chris Harman (La Fabrique éditions, 2015). J’y reviendrai.

     

    Né à Kiel, port de la Baltique, le 25 septembre 1902, et mort à Winsen (Basse-Saxe) le 9 août 1972, Ernst von Salomon est un personnage fascinant. Il fut membre des Corps francs, prôna la Révolution conservatrice, ne fut pas nazi (bien que souvent confondu avec eux), se tint à l’écart de la politique sous le Troisième Reich, et aussi après la guerre, jusqu’à sa mort. Il publie « Die Geächteten » en 1930, immédiatement traduit en français, sous le titre « Les Réprouvés » en 1931. Deux ans avant l’avènement du Troisième Reich ! Et puis, il publie en 1951 un véritable best-seller, « Der Fragebogen » (Le Questionnaire), à lire absolument, où il prend le parti de la dérision face aux interrogatoires de dénazification.

     

    Pourquoi faut-il lire « Les Réprouvés » ? Parce que ce récit autobiographique a valeur de chemin de défrichement dans une forêt historique qui longtemps n’apparut sur aucune carte. Compliqué, aujourd’hui, d’expliquer au grand public qu’on pouvait être, au lendemain de la défaite du 11 novembre 1918, puis du Traité de Versailles (1919), un conservateur nationaliste allemand, sans être pour autant un nazi ! A vrai dire, Ernst von Salomon, entré à l’âge de 12 ans dans le Corps royal des Cadets de Karlsruhe, puis 16 ans lors de la défaite, a engagé son destin dans une galaxie, celle des Corps francs, d’où le nazisme protohistorique est lui aussi né (en Bavière), mais avec lequel notre homme, comme des dizaines de milliers de ces combattants nationalistes, ne se confondra pas !

     

    Lire « Les Réprouvés », c’est donc accepter une école historique de la nuance. Ne pas mettre tous les nationalistes, tous les déçus de l’Armistice de novembre 1918, tous les écorchés du Traité de Versailles, dans le même panier. Certains devinrent des nazis, d’autres pas. Je raconterai un jour, dans cette Série, l’Histoire d’une famille de la noblesse militaire bavaroise, de très haut rang, fort connue de moi, qui avait refusé Versailles, défendu les thèses nationalistes, et… profondément rejeté le Troisième Reich, allant jusqu’à refuser de pavoiser sa maison lors du passage d’Hitler se rendant à Nuremberg. Une famille qui s’engagera dans le complot du 20 juillet 1944, et dont certains membres le payeront, le soir-même, de leur vie. Eh oui, l’Histoire allemande, c’est compliqué !

     

    La lecture des « Réprouvés » vous emmènera sur des chemins totalement inconnus du grand public, dont plus personne ne parle aujourd’hui ! En 1919, âgé de 17 ans, ulcéré par la défaite et par Versailles, notre jeune adhérent aux Corps francs quitte Weimar pour aller se battre du côté de la Lettonie, contre les communistes du Régiment Liebknecht. Puis, il trempe dans l’Organisation Consul (nationaliste, férocement opposée à la République de Weimar), se trouve lié à l’assassinat du ministre des Affaires étrangères, Walther Rathenau, le 24 juin 1922, puis fait de la prison. Bref, un véritable paria nationaliste dans une Allemagne en pleine effervescence, qui ne se calmera qu’avec le rebond économique du milieu des années vingt, avant de sombrer à nouveau dans le chaos après la Crise de 29. Mais cette Histoire-là, qui nous mènera droit au 30 janvier 1933, n’est déjà plus celle d’Ernst von Salomon. Sa première jeunesse est passée. La suite de sa vie, il la consacrera à l’écriture.

     

    Restent deux livres, au premier chef. Le Questionnaire, et Les Réprouvés. Incroyable témoignage humain d’un jeune Allemand qui refuse la défaite et ne rêve que d’action. Son action la plus éclatante, pourtant, sera d’écrire. Lisez « Les Réprouvés » : ce récit élargira, dans l’Histoire allemande, le champ de votre conscience.

     

    Pascal Décaillet

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma précédente chronique, parue hier ici même. La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

     

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  • Série Allemagne : c'est reparti !

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    Adresse au lecteur, et récapitulatif des 24 premiers épisodes - Samedi 11.07.20 - 16.30h

     

    Chers lecteurs,

     

    J’ai décidé de reprendre cet été ma Série Allemagne, lancée en 2015. Il s’agit pour moi de peindre 144 tableaux de l’Histoire allemande, entre 1522 (traduction de la Bible en allemand par Luther) et aujourd’hui. Sur ces 144, un sixième exactement a déjà été publié en 2015, soit les 24 premiers épisodes. Ci-dessous, un récapitulatif détaillé. VOUS POUVEZ RETROUVER DIRECTEMENT CHACUN DES 24 PREMIERS ÉPISODES EN CLIQUANT SUR LE LIEN JOINT.

     

    L’Histoire allemande est, avec celle de la France, mais aussi celle de la Suisse, des Balkans, de l’Algérie, du Moyen-Orient, l’une de mes grandes passions. Elle m’habite furieusement depuis la fin de l’enfance, ou le tout début de l’adolescence, c’est selon. J’éprouve depuis un demi-siècle, un peu plus même, une attraction intime pour tout ce qui touche à l’Allemagne, à vrai dire depuis le premier grand voyage familial à travers ce pays, l’été 1968. Mais certains éléments de ma fascination sont largement antérieurs. Ils sont liés à ma mère.

     

    Ma passion s’exerce envers l’Histoire allemande. Histoire politique, mais tout autant littéraire (j’ai étudié les textes allemands), musicale (passion totale), et aussi par exemple l’Histoire industrielle, plus récente, mais tellement révélatrice. Entre 10 et 14 ans (jusqu’à ma lecture du Grand Meaulnes, qui m’a donné le goût des textes), je voulais étudier la mécanique, devenir ingénieur (comme mon père), et aller travailler dans une usine en Allemagne ! Dès l’âge de 14 ans, la passion littéraire a tout emporté, adieu la Ruhr, adieu les fabriques de voitures, adieu les ateliers d’optique à Iéna !

     

    J’ai fréquenté de très grands professeurs. Je n’en mentionnerai que deux : Rolf Kühn, de 1971 à 1973, sous l’influence duquel s’opéra mon tournant littéraire ; et bien sûr plus tard Bernhard Böschenstein, spécialiste de Hölderlin, de Paul Celan, des rapports entre littératures grecque et allemande. Chaque jour, je pense à eux.

     

    Ma Série commence en 1522, parce que Luther est un homme immense, sans doute avec Beethoven le plus grand des Allemands. Et parce que sa traduction de la Bible constitue vraiment, par la Révolution qu’elle a impliquée, l’acte fondateur de la langue allemande moderne. Elle s’étend jusqu’à aujourd’hui, ou plutôt jusqu’à l’année où se terminera ma Série, pour peu que j’arrive à terme.

     

    Un choix fondamental, qui risque de dérouter certains d’entre vous : ma Série n’est pas chronologique ! Elle vagabonde, de 1522 à nos jours, au gré de mes humeurs, de mes désirs, de mes lectures, de mes aimantations du moment. Bien sûr, le jour venu, lorsque j’aurai achevé ma tâche, une mise en forme chronologique vous sera proposée. Mais nous sommes loin d’en être à ce stade !

     

    Pour l’heure, je veux vous prendre à témoins de mon atelier, avec tout ce qu’il a de brouillon, d’imprévisible, d’inachevé, d’irrationnel. Je prends des photographies. L’heure de la chambre noire, de la révélation, viendra plus tard. C’est, pour moi, un très long chemin, j’appelle cela (pour paraphraser Liszt) mes « Années de pèlerinage ». Je l’ai entamé dans l’enfance, il est lié à mes origines, il m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle. J’ai besoin de faire cela, d’aller jusqu’au bout.

     

    Le 16 juillet 2015, j’avais annoncé une Série en 12 épisodes. C’était un peu court ! Je me suis ravisé le 2 août 2015, multipliant douze par douze, pour me fixer sur 144. J’en ai bouclé 24 le 10 septembre 2015. Il m’en reste 120, c’est aussi simple que cela. L’affaire est claire.

     

    A ceux d’entre vous qui auront l’envie de me suivre, je souhaite une excellente lecture ! Le numéro 25, après cinq ans de silence, devrait paraître dans les jours qui viennent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    Récapitulatif des 24 premiers épisodes

     

     

    1) 16 juillet 2015 – L’Histoire allemande en douze tableaux – Série d’été – Présentation générale du projet.

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/16/l-histoire-allemande-en-douze-tableaux-serie-d-ete-268802.html

     

     

    2) 20 juillet 2015 – Série Allemagne – No 1 – Rastenburg, 20 juillet 1944 (publié le jour de l’anniversaire de l’attentat contre Hitler)

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/20/serie-allemagne-no-1-rastenburg-20-juillet-1944-268871.html

     

     

    3) 21 juillet 2015 Série Allemagne – No 2 – Les Discours à la Nation allemande, de Fichte (1807)

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/21/serie-allemagne-no-2-les-discours-a-la-nation-allemande-1807-268897.html

     

     

    4) 22 juillet 2015 – Série Allemagne – No 3 – Tannenberg, août 1914 : naissance du mythe Hindenburg

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/22/serie-allemagne-no-3-tannenberg-aout-1914-naissance-du-mythe-268920.html

     

     

     

    5) 23 juillet 2015 – Série Allemagne – No 4 – Bad-Godesberg, 1959 : Marx et Engels au vestiaire !

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/23/serie-allemagne-no-4-bad-godesberg-1959-marx-et-engels-au-ve-268935.html

     

     

     

    6) 23 juillet 2015 - Série Allemagne – Intermezzo no 1 – Premières esquisses sur la méthode et la structure

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/23/serie-allemagne-intermezzo-en-un-seul-paragraphe-268942.html

     

     

     

    7) 24 juillet 2015 – Série Allemagne – No 5 – Le Clavier bien tempéré (1722)

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/24/serie-allemagne-no-5-le-clavier-bien-tempere-1722-268957.html

     

     

     

    8) 25 juillet 2015 – Série Allemagne – No 6 – Allemagne, Année Zéro (1945)

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/25/serie-allemagne-no-6-allemagne-annee-zero-268966.html

     

     

     

    9) 26 juillet 2015 – Série Allemagne – No 7 – Weimar, 1850 : la Première de Lohengrin

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/26/serie-allemagne-no-7-weimar-1850-la-premiere-de-lohengrin-268981.html

     

     

     

    10) 29 juillet 2015 – Série Allemagne – No 8 – Le Sac du Palatinat – 1688, 1689

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/29/serie-allemagne-no-8-le-sac-du-palatinat-1688-1689-269035.html

     

     

    11) 30 juillet 2015 – Série Allemagne – Intermezzo no 2 – Accomplir l’essentiel

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/30/serie-allemagne-intermezzo-no-2-accomplir-l-essentiel-269055.html

     

     

    12) 31 juillet 2015 – Série Allemagne – No 9 – Leipzig, 1869 : Ein Deutsches Requiem

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/31/serie-allemagne-no-9-leipzig-1869-ein-deutsches-requiem-269083.html

     

     

     

    13) 1er août 2015 – Série Allemagne – No 10 – Weimar, 1804 : le Wilhelm Tell, de Schiller

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/01/serie-allemagne-no-10-weimar-1804-le-wilhelm-tell-de-schille-269106.html

     

     

     

    14) 2 août 2015 Série Allemagne - Intermezzo no 3 – Mes Années de PèlerinageDans ce texte, j’annonce ma décision de passer de 12 à 144 épisodes.

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/02/serie-allemagne-intermezzo-no-3-144-episodes-mes-annees-de-p-269117.html

     

     

     

    15) 10 août 2015 – Série Allemagne – No 11 – Leipzig, 1813 : la Bataille des Nations

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/10/serie-allemagne-no-11-1813-lepizig-la-bataille-des-nations-269270.html

     

     

     

    16) 12 août 2015 – Série Allemagne – No 12 – Heinrich Mann, le vrai père de l’Ange Bleu

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/12/serie-allemagne-no-12-heinrich-mann-le-vrai-pere-de-l-ange-b-269308.html

     

     

    17)  16 août 2015 – Série Allemagne – No 13 – Sanary : l’exil bleuté des écrivains

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/16/serie-allemagne-no-13-sanary-l-exil-bleute-des-ecrivains-269382.html 

     

     

    18) – 18 août 2015 – Série Allemagne - No 14 – Blücher : le Maréchal Vorwärts !

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/18/serie-allemagne-no-14-blucher-le-marechal-vorwarts-269418.html  

     

    19) – 19 août 2015 – Série Allemagne – No 15 – Lili Marleen : histoire d’une chanson

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/19/serie-allemagne-no-15-radio-belgrade-histoire-d-une-chanson-269440.html

     

    20) – 20 août 2015 – No 16 – Kaspar Hauser, l’orphelin de l’Europe

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/20/serie-allemagne-no-16-kaspar-hauser-l-orphelin-de-l-europe-269464.html

     

    21) – 22 août 2015 – No 17 – Empire colonial : la folie mondialiste du Kaiser

     

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/22/serie-allemagne-no-17-empire-colonial-la-folie-mondialiste-d-269502.html

     

    22) - 23 août 2015 – No 18 – Berlin-Bagdad : en voiture, SVP !

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/23/serie-allemagne-no-18-berlin-bagdad-en-voiture-svp-269517.html

     

     

     

    23) - 29 août 2015 – No 19 – Le Zentrum, parti catholique sous Bismarck

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/29/serie-allemagne-no-19-le-zentrum-parti-catholique-sous-bisma-269657.html

     

    24) - 30 août 2015 – No 20 – Les Frères Grimm : l’Allemagne leur doit tout !

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/30/serie-allemagne-no-20-les-freres-grimm-l-allemagne-leur-doit-269676.html

     

     

    25) - 4 septembre 2015 – No 21 – Le Taureau de Bavière

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/09/04/serie-allemagne-no-21-le-taureau-de-baviere-269830.html

     

    26) – 5 septembre 2015 – No 22 – Deutschland über alles : le Chant des Allemands

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/09/05/serie-allemagne-no-22-deutschland-uber-alles-le-chant-des-al-269858.html

     

    27) – 6 septembre 2015 – No 23 – La Cathédrale de Cologne, Monument de la Nation

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/09/06/serie-allemagne-no-23-la-cathedrale-de-cologne-monument-de-l-269872.html

     

    28) – 10 septembre 2015 – No 24 – 1945 : le Grand Exil

     

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/09/10/serie-allemagne-no-24-1945-le-grand-exil-269998.html

     

     

     

     

     

     

     

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  • Angela, Willy, et les méchants espions

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    Sur le vif - Vendredi 10.07.20 - 18.06h

     

    Tiens, Angela Merkel a son Günter Guillaume ! Et il est Égyptien ! On passera donc l'éponge. D'abord, parce que la Chancelière est inattaquable, nulle bonne âme ne s'y frotte. Et puis, vous pensez : l'inoffensive Égypte, en comparaison de la très méchante DDR de 1974 !

    Notons tout de même que le Chancelier touché en 1974 par l'affaire Guillaume, assurément le plus grand de l'après-guerre à mes yeux, celui qui avait osé porter à nouveau son regard vers l'Est, avait immédiatement tiré les conséquences de la situation. L'affaire avait causé infiniment moins de dégâts (on le sait aujourd'hui) que ce qu'avait prétendu la propagande américaine, relayée par l'anti-DDR primaire de la CDU-CSU, notamment du Bavarois Franz Josef Strauss.

    La démission brutale, immédiate, de ce très grand Chancelier, celui de la génuflexion de Varsovie du 7 décembre 1970, m'avait bouleversé. J'allais sur mes seize ans, ce 7 mai 1974. Je sentais bien que l'Allemagne perdait un homme du destin.

    Les Américains n'ont jamais pardonné à Willy Brandt (1969-1974) son Ostpolitik. C'est cela, la clef de l'affaire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Pour une Suisse indépendante et souveraine

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    Sur le vif - Vendredi 10.07.20 - 10.32h

     

    La Suisse doit contrôler ses flux migratoires. Comme toute autre nation, dans le monde, a le droit, et aussi le devoir, de les contrôler. Chaque pays doit être parfaitement libre de déterminer lui-même, souverainement, en fonction de son système politique de décision, le taux d'immigration qu'il veut laisser pénétrer à l'intérieur de ses frontières.

    Nous sommes encore dans le temps des nations, né de la Révolution française, qui s'est dûment battue, au moment des Soldats de l'An II, pour défendre ses frontières, alors que l'Europe entière voulait rétablir par les armes l'Ancien Régime. Ce sont eux, ces soldats héroïques, qui ont décidé du sort de la France, beaucoup plus que les palabreurs des Assemblées parisiennes.

    Ce qui fut valable pour la France de 1792, pour la Prusse des années 1806-1813, pour l'Italie du Risorgimento, l'est aussi pour la Suisse de 2020. Les visions multilatérales, qui prolifèrent (sous influence américaine) depuis 1945, ne valent pas un seul kopeck. Elles ne sont qu'illusions cosmopolites, mensonges universels, spéculations sur des idées abstraites, planétaires. Concepts de géomètres, tout au plus ! La vérité, la dure, la tenace réalité depuis deux siècles, ce sont les nations. Oh, elles ne sont pas éternelles ! Un jour, elles passeront. Mais pour l'heure, elles prévalent.

    Qui dit nation dit souveraineté. Ne compter que sur soi pour sa survie. Passer des alliances, certes, mais en fonction de nos intérêts supérieurs. N'adhérer en aucun cas à une organisation multilatérale qui aurait valeur de tutelle. Pour notre petit pays, ce serait le début de la fin.

    Dans les attributs de notre souveraineté, il y a le contrôle des flux migratoires. Nulle puissance extérieure n'a à nous dicter ce que nous devons accueillir ou non. Cette décision doit relever de la seule Suisse. En fonction du système de décisions politiques qui est le nôtre, en l'occurrence la parole, in fine, au peuple souverain.

    C'est sur ce thème, et avec cet horizon-là, historique et intellectuel, que nous avons voté le 9 février 2014.

    C'est sur ce thème que nous voterons le 27 septembre 2020.

    Ai-je été assez clair ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Graine de petits dictateurs hygiénistes !

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    Sur le vif - Jeudi 02.07.20 - 13.36h

     

    Non satisfaits de l'obligation du port du masque dans les transports en commun, voilà que les ineffables "médecins cantonaux" (mais quel Gogol, quel Pirandello bureaucratique a laissé surgir de ses méninges cette fonction qui sublime la noirceur du caporalisme le plus étriqué ?) exigent une obligation générale du port du masque, dans tout l'espace public en Suisse.

    Et demain ? Le port du masque chez soi, face au miroir ?

    Eh bien, vous savez ce qu'on leur dit, aux "médecins cantonaux" ?

    Ces aspirants-dictateurs nous ont déjà suffisamment pourri la vie pendant trois mois, et Genève n'a pas été en reste. Pour tester leurs petits pouvoirs de satrapes locaux, ils ont décrété, sécrété des ordonnances, fait la loi à la place des élus. Alors là, il est temps de leur dire que ça suffit.

     

    Pascal Décaillet

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  • Mobilité : Pierre Maudet a raison !

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    Sur le vif - Mardi 30.06.20 - 08.13h
     
     
    Il y a des gens qui détestent Pierre Maudet, et deviennent cinglés dès qu'on prononce son nom. Il y en a, au contraire, qui le suivraient "jusqu'à la mort". Je ne fais partie ni des uns, ni des autres. Je ne regarde que les intérêts supérieurs de l'Etat. Il m'est parfaitement indifférent de savoir si, intrinsèquement, Pierre Maudet est un gentil ou un méchant. La morale, en politique, ne m'intéresse pas. Je me pose une seule question : tel ministre en place (élu pour cinq), quels services peut-il rendre à la République ?
     
    Dans cette optique, il m'apparaît parfaitement légitime que Pierre Maudet, conseiller d'Etat chargé des questions économiques, affiche son désaccord face aux errances de son collègue Serge Dal Busco en matière de circulation. Voilà un ministre des Transports qui, dans le catimini de la nuit, a envoyé ses sbires peinturlurer nos rues. Il a, sans la moindre concertation, pris des options rompant gravement la paix fragile établie par son prédécesseur. Il a donné un gage à un camp contre un autre. Il a cédé aux sirènes de la mode, du pouvoir d'un moment. Il a donné à la doxa le baiser aux lépreux. Il a laissé tomber ceux qui l'ont porté au pouvoir. Il est passé à l'Est, avec armes et bagages.
     
    Il m'est parfaitement égal que Pierre Maudet se serve de cette affaire comme contre-feu à ses propres déboires judiciaires, ce que laisse entendre le Président du Conseil d'Etat. Nous, les citoyennes et citoyens, laissons cette clique à ses tactiques internes, ne regardons que l'intérêt supérieur. Et là, il faut le dire, Pierre Maudet a parfaitement raison de dénoncer toute la part d'ombre du passage de son collègue dans l'autre camp.
     
    Nous, les citoyennes et citoyens, la "collégialité" n'a pas à nous occuper particulièrement. Elle est une affaire interne au collège exécutif. Ce sacro-saint principe n'intéresse d'ailleurs, en Suisse, que la classe politique et les journalistes proches du pouvoir. Le quidam, dans la rue, coincé dans un bouchon par exemple, se contrefout de la "collégialité" ! Ce qu'il veut, c'est circuler. Livrer sa marchandise. Passer sa vie autrement qu'à ronger son frein, en contemplant, à la droite de sa congestion, une piste cyclable vide, juste là comme blason à une idéologie.
     
    Oublions tout. Oublions nos propres sentiments pour Maudet. Oublions la morale. Oublions le petit jeu de la route de Chancy. En cet été de grâce, penchons-nous sur des correspondances un peu plus vivifiantes que celles entre MM Brandt et Maudet. Ne regardons que l'Etat, l'intérêt supérieur. Vu comme cela, le coup de gueule de Pierre Maudet contre le peintre nocturne était juste. Et légitime.
     
    Pascal Décaillet

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