Sur le vif - Page 4

  • Neirynck, Béglé : amitié et reconnaissance

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    Sur le vif - Lundi 03.05.21 - 18.58h
     
     
    Je ne suis ni PDC, ni Vaudois, mais il se trouve que Jacques Neirynck et Claude Béglé sont deux personnalités politiques que j'apprécie au plus haut point. Le premier, par sa culture, sa vision, sa détermination. Le second, par sa puissance d'action, son énergie, sa vitalité. Je ne partage pas toujours leurs points de vue, mais cela n'a aucune importance. Nous sommes tous des citoyennes et des citoyens libres. Notre magnifique démocratie suisse nous permet à tous de nous exprimer, nous engueuler fraternellement, dans l'amour partagé du pays.
     
    Les affaires internes au PDC vaudois, ci-devant rebaptisé "Le Centre", ne m'intéressent pas. Mais je vois les hommes et les femmes, ceux qui font la politique, tous partis confondus. Je les scrute depuis quatre décennies, leur donne la parole, certains d'entre eux m'apprécient, d'autres me détestent, et c'est très bien ainsi. Mais enfin, disons qu'il existe, entre eux les acteurs et moi le commentateur, comme une invisible communauté d'appartenance, dans l'ordre de la passion républicaine.
     
    Ce sentiment de la chose partagée m'amène, très simplement, à dire ici mon rejet total de la manière dont ces deux personnes ont été traitées par leur formation politique. On ne jette pas ainsi des humains ayant passé des années à défendre le parti, ses idées, dans l'arène politique. On ne met pas au panier, comme un vieux kleenex, des hommes de courage et d'engagement, de haut niveau intellectuel au surplus, ayant tant apporté à leur famille de pensée.
     
    Voilà, je dis cela, c'est tout. J'ajoute une chose : à mes yeux, l'âge, le statut social, le degré de performance, n'ont aucune espèce d'importance. Il y a des gens qui peuvent compter sur mon amitié. Jacques Neirynck et Claude Béglé en font partie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Bertolt Brecht : l'élan vital des mots

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    *** Réflexions sur la puissance d'invention de l'un des plus grands créateurs du vingtième siècle - Dimanche 02.05.21 - 14.23h ***
     
     
    J'aimerais dire ici, de toutes mes force, à mes amis profs d'allemand, que j'ose encore appeler "mes confrères", bien que je sois journaliste professionnel depuis 35 ans, qu'il faut étudier l'oeuvre - unique et géniale - de Bertolt Brecht sous un angle infiniment plus littéraire que dramaturgique. Rassurez-vous, dans les lignes qui suivent, je vais m'expliquer. Et crever un abcès qui m'enrage depuis l'adolescence.
     
    D'abord, il faut lire Brecht, et pas seulement aller voir ses pièces. L’œuvre, par la puissance inventive des mots, les choix de rythmes et de métrique, l’alternance des dialogues et de formes de chœurs antiques, tient parfaitement sans plateau de théâtre. J'aime lire Brecht, depuis bientôt un demi-siècle. Et, si je vais le voir sur les planches, alors il me faut la garantie - ou tout au moins l'espoir - d'une mise en scène de génie, innovante, éclairante. Je pense à des gens comme Giorgio Strehler, qui aurait eu cent ans cette année.
     
    Profs d'allemand, emmenez certes vos élèves voir les pièces de Brecht. Mais lisez-les avec eux, ou plutôt faites-les lire à vos disciples, à haute voix. Car cette langue-là, qui surgit et surprend à chaque réplique, est avant tout faite pour être entendue. Ce que les Allemands appellent le Hörspiel. Faites lire, lisez avec eux, toujours "mit lauter Stimme", soyez attentifs à la métrique, au souffle, aux césures, aux silences. Plus vous serez dans la rigueur du texte, plus s'élèvera en vous l’orfèvrerie de l'auteur. Je considère Brecht comme l'un des grands inventeurs de mots de la langue allemande, avec Martin Luther.
     
    Pourquoi j'écris ces lignes, pourquoi est-il question de "crever un abcès" ? Parce que j'en ai un peu assez d'entendre tout le monde, toujours, répéter sur Brecht les grandes déclarations sur la "distanciation" dramaturgique. Non que ces dernières ne soient pas passionnantes, j'en conviens. Mais enfin, un élève qui s'ouvre vers la langue allemande, "Unterwegs zur Sprache", je ne suis pas sûr que la théorie de la Distanzierung soit aussi fondamentale que cela pour l'immerger dans la langue de l'un des plus saisissants auteurs de la littérature allemande. Sa langue, ses effets, sa musique, son rythme, sa drôlerie, sa cocasserie, tout ce qui fait le sel d'un poète.
     
    Alors oui, j'invite les profs d'allemand, quand ils lisent Brecht en classe, à laisser la place au texte, à faire jouer les élèves, laisser libre cours à l'élan vital des mots. Si, en même temps, vous avez des élèves de grec, prenez les versions d'Antigone, chez Sophocle, chez Hölderlin, chez Brecht. Comparez. Toujours à haute voix. Laissez le texte vivre, et s'envoler. La puissance de vie du verbe emplira chaque espace de votre salle de classe.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Bonaparte, l'homme qui surgit

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    *** Essai, d'une traite, à quatre jours d'un bicentenaire - Samedi 01.05.21 - 17.58h ***
     
     
    D'abord, dans un monde qui subit la plus grande mutation politique de son Histoire, qui a pour nom la Révolution française, Napoléon est un être qui surgit. C'est la première chose qui me frappe, depuis l'enfance. Petite noblesse corse, assez modeste pour être l'homme issu du peuple. Capitaine de 24 ans, il lève le siège de Toulon. Rien que cela, c'est prodigieux. Nous sommes en 1793, la Révolution a quatre ans, l'Anglais la menace, un officier gamin renverse le cours de l'Histoire. Déjà là, l'homme surgit.
     
    Et toute sa vie, il surgira. 1796, Général en chef de la Campagne d'Italie, il a 27 ans, il passe les Alpes une première fois, déboule sur le Piémont, puis sur la Lombardie, négocie lui-même la paix avec l'Autrichien, grille Carnot dans son autorité politique, c'est au-delà du prodige.
     
    En Égypte aussi, 1798, il surgit. Bataille des Pyramides. Mamelouks. Il écrit la légende, la sienne, celle de la France, celle du monde. Il revient brutalement au pays, quitte son armée, ça n'est pas loin d'une désertion, peu importe : lui, il arrive à Paris, et s'empare du pouvoir. Nous sommes en 1799. Il a 30 ans.
     
    Le reste, vous le connaissez. Le Consulat, l'Empire, les grandes batailles, les innombrables victoires, le sang versé, les lois, le Code civil, la refonte complète de l'administration : ça n'est plus la Révolution, mais c'est tout, sauf l'Ancien Régime. L'Empire est une période unique, à nulle autre comparable, quand même beaucoup plus proche des grands idéaux révolutionnaires que d'un ordre féodal abandonné pour jamais dans les années 1789-1793. Il n'y aura pas de retour à l'Ancien Régime. Même les trois derniers rois, à la Restauration (Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe) n'ont plus rien à voir avec les Capétiens. L'ordre divin est révolu.
     
    Napoléon surgit. A Austerlitz, il surgit. A Eylau, il surgit, par la Cavalerie de Murat. A Wagram, il surgit. Et encore à la Moskova, il surgit. Il est l'inattendu, l'imprévu, le non-désiré, celui qu'on ne voulait pas, mais qui n'a rien demandé à personne pour assumer son destin. Et encore au retour de l'île d'Elbe, le 1er mars 1815, à Golfe-Juan, sur les rivages de cette France qui s'emmerdait déjà ferme avec le bon gros Louis XVIII, l'Aigle surgit. Et de clocher en clocher, jusqu'à Paris (20 mars), il surgira.
     
    Bien sûr, il y aura Waterloo, Sainte-Hélène. Mais au Retour des Cendres, dix-neuf ans après sa mort, en 1840, l'Aigle surgit. Et son fantôme est encore plus saisissant que le personnage réel. Et Hugo, Stendhal, forgent la légende. Et l'Aigle vole, de coeur en coeur, d'âme en âme. Et la nostalgie de cette épopée immense, toute sanglante fût-elle, envahit la France. Elle ne la quittera plus.
     
    Je m'intéresse à Bonaparte depuis l'enfance. C'est l'homme sur lequel j'ai lu le plus de livres. Et pour cause : c'est celui sur qui on en a le plus écrits !
     
    La droite bonapartiste, grognarde, mais au fond profondément républicaine, la droite nationale, sociale, fraternelle, simple et chaleureuse, proche du peuple, a toujours eu mes sympathies. Les orléanistes, au contraire, me font fuir.
     
    En ce sens, oui, le legs à mes yeux est immense. Je suis Valaisan de Genève, ou Genevois d'origine valaisanne, comme on voudra, je me suis passionné pour l'Histoire de ces deux Cantons. Par hasard, l'un et l'autre, dans la même période (1798-1813), furent profondément marqués pas la France du Directoire, du Consulat, puis de l'Empire. Ca crée des liens, dans le seul ordre qui vaille à mes yeux : celui de la mémoire.
     
    Et puis, je suis tellement habité par l'Histoire allemande. Et aucun pays d'Europe, à part la France elle-même, n'a été aussi imprégné par Napoléon que les Allemagnes. C'est l'occupation de la Prusse, entre 1806 et 1813, par les Français, qui sonne le réveil de la conscience nationale allemande.
     
    Bien sûr, il y eut le sang versé, beaucoup de sang. Mais il y eut, comme dans une tragédie, une Histoire incomparable, de celles qu'on ne cesse de scruter, retrouver, réinventer. L'homme sur qui on a écrit le plus de livres ! Et la légende, sublime et tenace. Plus forte que les Lumières. Plus puissante que la Raison.
     
    Je dédie ces quelques lignes à mon confrère et ami Pierre-Alexandre Joye, camarade d'armée, frère d'armes en journalisme, hélas beaucoup trop tôt disparu. Nous avions pensé à la Bataille des Nations, en juillet 1999, en traversant Leipzig, ville natale de Richard Wagner. Nous passions notre temps à échanger sur l'Empire. Nous avions rêvé d'aller un jour à Sainte-Hélène. Ce sera pour d'autres vies. Le souvenir et la fidélité demeurent.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Joe la Terreur

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    Sur le vif - Jeudi 29.04.21 - 13.58h
     
     
    Joe Biden, le parfait chouchou de nos gentils médias, l'homme qui prétendument fait tout juste depuis cent jours, vient de qualifier publiquement la Suisse de paradis fiscal. Devant le Congrès !
     
    Le Président des Etats-Unis insulte notre pays. A moins qu'il ait confondu avec l'Etat du Delaware.
     
    Le Conseil fédéral aura-il l'élémentaire courage de réagir ?
     
    Dans ces cas-là, on convoque l'Ambassadeur, on lui passe une brossée. Et on lui souffle gentiment à l'oreille : "La prochaine fois, Excellence, c'est le goudron et les plumes".
     
    Imaginez les réactions, chez nos chers indignés professionnels, si le prédécesseur de M. Biden s'était fendu d'une telle saillie !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La jouissance durable

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    Sur le vif - Jeudi 29.04.21 - 10.15h
     
     
    Jadis, les financiers faisaient de la finance. Et les savetiers, quelque chose comme de la savate.
     
    Aujourd'hui, les banquiers ne disent plus "Je fais de la finance", mais "Nous faisons de la finance éthique". Et les investisseurs font de "l'investissement éthique et durable".
     
    Et les éthiciens ? Ma foi, ils ne savent plus trop ce qu'ils peuvent faire. L'éthique, tout le monde le leur a piquée. Ils peuvent certes dire "Je fais de l'éthique durable", mais ce genre de tics ne dure pas.
     
    Les architectes, les bâtisseurs, affirment s'investir dans la "construction durable". Avec des moyens éthiques.
     
    Les philosophes, qui ont appris le mot "éthique" en lisant en grec un célèbre ouvrage d'Aristote, font désormais de la philosophie durable.
     
    Les proxénètes tiennent à signaler que leur métier aussi, s'il veut s'avérer durable, a une éthique. Le prix de la passe inclura désormais une taxe sur les dégagements de CO2 pendant les ébats. On servira ainsi la cause mondiale. Ce sera la jouissance durable. Une sorte d'impôt sur le sel de la vie. La gabelle de l'extase.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La soute, l'iceberg

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    Sur le vif - Mardi 27.04.21 - 13.59h
     
     
    La classe moyenne, c'est la salle des machines, au fond du bateau. Les soutiers. Ceux qui savent : ils sont dûment formés pour faire fonctionner l'appareillage complexe. Travailleurs qualifiés ! Spécialisés. Consciencieux. Ponctuels. Fiables. Ceux qui bossent, et en plus ils adorent leur boulot ! Ceux qui ont les compétences. Ceux qui ne se plaignent jamais. Ceux qui ne reçoivent aucune assistance. Ceux dont on ne parle pas.
     
    Le capitaine, l'armateur, les respectent. Ils savent bien que, sans eux, le bateau n'irait pas très loin. Rapport de confiance.
     
    Seulement voilà, le soir, sur le pont supérieur, dans l'ivresse de la musique et le parfum nacré de sublimes compagnies, il y a deux détails qu'on a tendance à oublier : les gens de la soute, l'imminence de l'iceberg.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La vie qui surgit, et qui se précipite

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    Sur le vif - Lundi 26.04.21 - 15.57h
     
     
    Je rumine, depuis des siècles, un texte de ma Série Allemagne en 144 épisodes (32 sont déjà bouclés), sur le Lied.
     
    En sachant que, sur la seule question - centrale - du Lied dans la culture poétique et musicale allemande, il faudrait déjà 144 épisodes.
     
    C'est tout mon problème, dans cette Série : chaque fois que j'ouvre une porte, je me trouve devant un miroir, qui m'offre la perspective de 144 autres miroirs.
     
    Et j'avance, lentement. Et je n'ai aucune intention d'avancer plus vite. Parce que je ne veux pas terminer cette Série. Je ne la terminerai jamais.
     
    Parce que cette Série, c'est la vie.
     
    Le Lied aussi, c'est la vie. Chez Schubert. Chez Schumann. Chez Brahms. Chez Mahler. Chez Hindemith.
     
    Le Lied, ce condensé, cette précipitation de forces vitales : les mots, les syllabes, les notes, les silences, la puissance surgie du ventre, les cordes vocales, le phrasé du poème, son rythme, sa structure. Tout cela, en quelques minutes.
     
    Le Lied, c'est la vie. Et Christa Ludwig vient de nous quitter. Elle était l'une des plus grandes. Dans Schubert, dans Brahms, elle tutoyait le sublime.
     
    Je ne terminerai jamais cette Série. J'avancerai, à mon rythme. J'entrecouperai les épisodes "officiels" de quantité de notes intermédiaires. Je m'y perdrai. Comme dans une forêt germanique. La Forêt de Thuringe, par exemple, dans l'ex-DDR, si chère à mon coeur. Et à mes souvenirs.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ni rentes, ni subventions : juste la sueur !

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    Sur le vif - Dimanche 25.04.21 - 10.40h
     
     
    Si elle est acceptée le 13 juin, la loi CO2 viendra frapper de plein fouet les classes moyennes en Suisse. Ces même classes qui sont déjà, en termes d'impôts, de taxes, de loyers, de primes maladie, de retraites, de pouvoir d'achat, les dindons de la farce dans notre pays.
     
    Prenez la voiture : elle est souvent la fierté des plus modestes, la capacité d'un indépendant à se déplacer avec sa camionnette, d'un montagnard à descendre en plaine, d'une famille à partir en vacances, toutes valises dans le coffre, liberté totale de trajet, changer au dernier moment, aller voir les villages, les chapelles reculées. Non, Mesdames et Messieurs les bobos, le train n'est pas générateur d'un bonheur aussi universel que vous le prétendez. Et pour une famille, il est hors de prix.
     
    La taxe CO2 va frapper les classes moyennes. Encore un peu plus ! Sur l'autel de l'idéologie Verte, à laquelle presque plus personne ne semble oser s'opposer. Par conformisme avec la mode du moment, on les sacrifie, ces citoyens et citoyennes suisses qui se lèvent le matin pour aller bosser, ne comptent pas leurs heures, constituent l'une des classes laborieuses les plus compétentes, soucieuses de précision et de finitude, du continent européen, mais ne voient pas la couleur de ce qu'il gagnent, parce que l'impôt, les taxes, leur reprennent tout. Pour eux, aucune aide, jamais. Ni pour l'assurance-maladie. Ni pour le loyer. Ils ne font pas partie, par exemple, des 38% de Genevois totalement exonérés d'impôts. Ils sont là pour payer, payer, et encore payer.
     
    A croire que les hautes sphères dirigeantes du pays et les assistés auraient passé comme un pacte tacite sur le dos des classes moyennes. Pas trop de désordre social, pas de Grève générale de 1918, véritable traumatisme pour la grande bourgeoisie suisse. Le prix à payer ? On fait passer à la caisse les classes moyennes. Ceux qui bossent. Et ne vivent que de leur travail. Ni rentes, ni subventions : juste la sueur !
     
    Dans ce contexte, la taxe CO2, née de la doxa Verte, certes amendée par le Parlement, représente symboliquement l'allégeance de la classe politique suisse aux nouvelles matrices de pensée qu'on tente de nous imposer. On reprend déjà leur langage, j'en ai souvent parlé. On vote leurs lois. On parle comme eux. On fait comme ils disent. Bref, on se soumet. C'est votre intention ? Libre à vous. Pour ma part, la soumission n'a jamais été dans mes fantasmes.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Suisse-Europe : maintenant, ça suffit !

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    Sur le vif - Vendredi 23.04.21 - 17.13h
     
     
    Il fallait s'y attendre, mais c'est encore pire que les pires de nos craintes. La tragi-comédie de Bruxelles, la Farce de Maître Parmelin, aboutit ce vendredi 23 avril 2021 à une situation où la Suisse s'humilie à Bruxelles. C'est un Vendredi Noir pour la diplomatie suisse, Jean-Pascal nous manque, lui qui savait exactement ce qu'il voulait, parlait au nom d'un Conseil fédéral uni, avait une vision, une stratégie, était doté de ce mélange unique de courage et de roublardise pour faire le voyage de Bruxelles sans finir dans les choux.
     
    Il ne s'agit pas d'accabler M. Parmelin. Mais enfin, pourquoi lui ? Certes, il est Président, mais on n'envoie pas ainsi à Bruxelles un franc-tireur esseulé, sans le Ministre des Affaires étrangères, sans l'appui puissant de ses six collègues, du Parlement, du peuple. Les partenaires européens ne sont pas des idiots, loin de là : il leur suffit de lire la presse suisse pour être au parfum de l'absence totale de tir de couverture dans cet envoi aventureux d'un singleton en apesanteur, privé de tout contact avec la base terrestre qui lui a confié cette hasardeuse mission.
     
    Désolé, mais notre Conseil fédéral est au-dessous de tout. Et M. Parmelin a été bien brave de monter ainsi au casse-pipe. Les principes élémentaires de la diplomatie ont été bafoués : on a juste envoyé le Président à Bruxelles, comme ça, en se disant qu'il pourrait peut-être en sortir quelque chose. On a vu le résultat.
     
    On n'envoie pas le Président de la Confédération à Bruxelles sans avoir, en amont, réuni dans le pays les ferveurs et les énergies. On ne l'envoie pas se fracasser contre la ligne des digues, sans avoir l'intime certitude qu'on a le pays profond derrière soi. On n'envoie pas le Président tenter de défendre un accord de hasard, mal fagoté, réprouvé par une grande partie de l'opinion suisse, en se disant que peut-être, il y aurait une chance que ça passe.
     
    La diplomatie, ça n'est pas cela. Et je repense, en cette fin d'après-midi, à mes nombreux contacts avec Jean-Pascal Delamuraz, il y a trente ans, sur l'Europe. Il savait que le Fantôme du Commandeur, c'était le peuple. Il l'a su, en tout cas, le 6 décembre 1992, à 15.22h, et à ses dépens ! Mais lui, tel Don Giovanni, avait eu le courage de l'affronter, cette statue de marbre. Il a joué, il a perdu, il a été grand. Tout le contraire de notre actuel Conseil fédéral, qui se contente de demi-jeu, de semi-certitudes.
     
    Colère. Rage au coeur. Il faut jeter cet accord, très vite. Et retrouver, face à l'Europe, un discours qui jaillisse des profondeurs des cœurs. Et non des conciliabules des experts.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Je panse, donc je souffre

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    Sur le vif - Jeudi 22.04.21 - 12.14h
     
     
    Choqués. Sidérés. Traumatisés. Blessés. Outragés. Et même pas libérés !
     
    Ce qui stupéfie, c'est la propension de nos contemporains, dans nos bonnes sociétés douillettes, et justement pas dans la partie réellement en souffrance du monde, à se revendiquer de l'ordre de la blessure.
     
    Un rien les blesse, un fétu d'insignifiance les offense. C'est le règne de la grande plaie, toujours revendiquée, jamais cicatrisée. On n'arbore plus son savoir, ni sa capacité d'analyse, on se contente de faire valoir l'éternelle vivacité, jamais apaisée, de sa blessure originelle. Je souffre, donc je suis.
     
    En chacune des ces âmes torturées, on aimerait tout au moins trouver l'universalité du Jeune Werther. Mais non. Nous vivons sous l'empire des souffrances spécifiques. Communautarisées. Avec des collectifs pour en porter la bannière, mettre au ban, siffler la meute, sonner l'hallali.
     
    Je panse, donc je souffre.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le camp du Bien et le poison du sens

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    Sur le vif - Jeudi 22.04.21 - 07.59h
     
     
    Joe Biden félicité par la presse française, parce qu'il "multiplie les dépenses publiques" ! Et de le comparer illico, alors qu'il vient d'arriver, au grand Roosevelt, entré en fonction il y a 88 ans sur la base de son New Deal, le grand programme de relance économique qui allait changer le visage de l'Amérique, dans les années trente.
     
    Cet accessit totalement prématuré à un homme qui n'a encore rien fait, mais ne fait pour l'heure que promettre, en rappelle un autre : le sommet absolu du ridicule atteint par le jury, lorsqu'il avait attribué le Nobel de la Paix à Barack Obama, au tout début de son mandat. Juste parce que l'icône, en termes de représentation et non d'action, convenait à la doxa du moment. Dans les faits, les huit années d'Obama auront été parmi celles où les États-Unis ont le plus bombardé, sur l'ensemble de la planète, souvent sur des théâtres d'opérations pas du tout médiatisés chez nous.
     
    Biden, Obama, même syndrome : à Trump, nos médias ne passaient rien ; à ces deux-là, les yeux de Chimène. Tout ce qu'ils font est génial, pour la simple raison qu'ils sont du camp du Bien. On refile à Obama le Prix qu'avait reçu Willy Brandt pour s'être agenouillé à Varsovie en décembre 1970, ce qui est l'un des plus grands gestes de l'Histoire allemande. On proclame Biden successeur de Roosevelt, l'homme qui avait sorti les États-Unis de la crise de 1929, et qui en fera avec la guerre la première puissance mondiale.
     
    Bref, non seulement on s'égare, mais on délire. On délivre des prix avant même l'action. On juge les élus non sur ce qu'ils font, mais sur ce qu'ils sont. Sur les vertus morales qu'on leur prête. On encense le Bien, au mépris de toute observation réelle des actes politiques. Bref, on intoxique. Et face à ce poison du sens, nul vaccin, hélas, n'est encore disponible.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les radicaux, la Patrie, l'amour du pays

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    Sur le vif - Mercredi 21.04.21 - 15.18h
     
     
    Le grand parti qui a fait la Suisse, c'est le parti radical. Il a fait la Suisse moderne, celle de 1848, il a façonné nos institutions, il a lancé notre économie, et avec quelle incroyable vigueur, pendant les 43 années (1848-1891), où il était seul au pouvoir, eh oui sept conseillers fédéraux sur sept ! A ce parti, à ce qu'il a représenté dans notre Histoire, nous devons tous être reconnaissants.
     
    Mais, si le parti radical a tenu près de deux siècles, ça n'est pas seulement parce qu'il incarne les Pères fondateurs. Il y a autre chose : jusqu'à un très grand homme, que j'ai connu et fréquenté de près dans mes années à Berne, Jean-Pascal Delamuraz, le parti radical a été, en Suisse, le défenseur des classes moyennes.
     
    Oh, bien sûr, il y avait la Bahnhofstrasse. Les pontes zurichois de la finance. Mais enfin, sans une puissante assise populaire, ces chers colonels aux nuques raides ne seraient jamais allés très loin dans la présence radicale à Berne et dans les Cantons.
     
    Il y avait la Bahnhofstrasse, et il y avait le peuple. Il y avait les financiers, et il y avait les petits artisans, les commerçants, les indépendants, bref l'USAM. Il y avait la superbe zurichoise, confinant trop souvent à la morgue, et jamais aussi bien décrite qu dans le roman "Mars", de Fritz Zorn. Mais il y avait aussi le Carougeois Robert Ducret, le Vaudois Delamuraz, quelques grands Valaisans, minoritaires dans leur Canton, majoritaires à Berne, tels Pascal Couchepin.
     
    Et puis, il y avait tous les autres. Les quidams. Les inconnus. Ceux qui bossaient. Ceux qui, après la guerre, ont trimé dur comme fer pour reconstruire une prospérité suisse. Des pragmatiques. Des modérés. Des méfiants face aux idéologies. Des gens qui savaient écrire, compter, convaincre, bâtir. En pensant à eux, toute cette génération, je pense en priorité à mon père, Paul Décaillet (1920-2007), ingénieur, bâtisseur, infatigable bosseur. Il n'a jamais fait de politique, mais je crois bien qu'il devait être quelque chose comme radical. Ca allait de soi : on était ingénieur, on était bosseur, on était radical. Mais à quoi bon en parler ?
     
    La puissance du parti radical, c'est de n'avoir jamais décroché des classes moyennes. Il les a défendues. Pour elles, il a permis la prospérité partagée. Pour elles, et pour l'ensemble du peuple, il a fait les grandes assurances sociales. Avec les autres partis, comme le remarquable compromis de 1947 sur l'AVS. Mais au premier plan d'entre eux.
     
    Le radicaux ont fait la Suisse. Ils ont fait les chemins de fer, les routes, les tunnels, les barrages, l'hydro-électrique, la chimie, l'industrie des machines, et j'en oublie. Ils n'ont pas toujours assez défendu le monde paysan, et je leur en veux. Ils ont donné à ce pays certains de ses plus grands hommes, je pense encore une fois à Jean-Pascal Delamuraz.
     
    Les descendants des radicaux, aujourd'hui, où sont-ils ? Leurs partenaires de fusion, en 2011, sont-ils vraiment les bons, en tout cas ceux d'entre eux qui se sont compromis dans l'ultralibéralisme des années 1990-2008, ceux qui voulaient démanteler l'Etat, privatiser jusqu'à nos âmes ?
     
    La seule chance de survie des radicaux, en Suisse, c'est de retrouver le feu de la défense des classes moyennes. Pouvoir d'achat, lutte pour une fiscalité du travail allégée, passion pour la formation, pour le savoir, la connaissance, la transmission. A quoi s'ajoute l'amour de la Patrie, sans lequel rien n'est possible, et dont nul n'a le monopole. Mais aussi la primauté aux nôtres, le goût de la frontière retrouvée, la passion pour l'indépendance et pour la souveraineté.
     
    Depuis trente ans, ces thèmes-là ne sont plus ceux des radicaux. Eh bien c'est un tort. La Suisse de 1848, moderne, institutionnelle, passionnée de savoir, n'a pas à laisser les grandes valeurs patriotiques aux seuls défenseurs des récits mythiques du treizième siècle. La Patrie est l'affaire de tous, sans exception. Elle est une affaire de raison (Vernunft), et une affaire de coeur. Elle s'adresse aux forces de la nuit comme à celles de la lumière. Elle est une petite mère, qui nous accueille et nous sourit.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • Covid : 10% de rabais d'impôts pour ceux qui ont tenu !

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    Sur le vif - Mardi 20.04.21 - 15.41h
     
     
    Le travail, le travail, toujours le travail ! Taxer ceux qui bossent, en absolue priorité. Les faire cracher au bassinet. Les transformer en vaches à lait de notre système fiscal. C'est ainsi que les choses se passent, à Genève. Et ça en devient franchement révoltant. Il faut inventer d'autres formes de perceptions fiscales, sur d'autres critères que le seul revenu du travail.
     
    Il ne faut pas dire : "Ah oui, bonne idée, on va le faire". Non, il faut SE RETROUSSER LES MANCHES, ET LE FAIRE ! Sinon, nous allons, dans les années qui viennent, vers des secousses sociales violentes. Les grandes Révolutions, à commencer par la plus universellement connue, la Révolution française, n'ont pas été faites, n'en déplaise aux images d’Épinal, par le prolétariat. Mais par les classes moyennes. En 1789, on appelait cela le Tiers Etat : des gens qui se levaient le matin pour aller bosser, avaient immensément contribué à la prospérité française de cette seconde partie du 18ème siècle, mais demeuraient méprisés par les élites, tout juste bons à cracher le fric, sous la férule de la taxe.
     
    On ne peut plus, à Genève, accorder une telle prédominance à l'impôt sur les revenus du travail par rapport aux autres formes de fiscalité. Cet impôt, pour les classes moyennes, devient totalement insupportable. Il doit être d'urgence revu à la baisse. Et puis, osons le dire : il n'est pas normal que 38% des contribuables ne paient pas d'impôts du tout. A se demander s'il vaut encore la peine de bosser, s'investir dans la vie professionnelle, y engloutir son temps, son énergie, sa puissance d'imagination, sa santé, pour finalement engraisser une machine étatique qui peut parfaitement - ET DOIT - revoir son train de vie.
     
    Un mot enfin sur le Covid. Dans cette crise, l'Etat a pris en charge beaucoup de gens. Aides directes, exonérations des loyers commerciaux, etc. Nous n'en contestons pas le principe. Mais il y a aussi des personnes, et principalement des indépendants, qui n'ont pas touché un centime d'aide, ne l'ont d'ailleurs pas sollicité, n'ont pas pris une heure de pause, se sont rendus tous les jours sur leur lieu de travail, ont gagné de quoi se faire ponctionner par l'Etat pour entretenir la machine générale, mise sur ordre au ralenti. Eh bien ces gens, sans qui le Canton serait aujourd'hui en faillite, méritent un geste de la part de la collectivité. Une ristourne linéaire de 10% sur leur impôt sur le revenu serait un signe de reconnaissance. Parce qu'ils ont tenu. Ils n'ont rien demandé. Ils n'ont fait qu'apporter. Seulement voilà, à eux, on ne pense jamais.
     
    Ce rabais, ils n'en verront bien sûr jamais la couleur. Parce que, dans toute cette affaire du Covid, il y a, pour éviter le grand frisson des barricades, une Sainte Alliance tacite entre les puissants et les assistés. Sur le dos de la classe moyenne, tout juste bonne à cracher au bassinet. Les braves soutiers du système, dans la salle des machines !
     
    Eh bien cette classe moyenne, dans les années qui viennent, va nous donner de ses nouvelles. Sa révolte, sa colère, pourraient bien précipiter les grands changements de société que notre si tranquille classe politique, toute de bonhomie et d'impéritie, ne fait que différer.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La Révolution fiscale viendra du peuple !

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    Sur le vif - Lundi 19.04.21 - 14.11h
     
     
    Genève : l'impôt sur le revenu doit être drastiquement baissé. Si l'Etat veut se faire du fric sur le dos de la population pour auto-nourrir son propre fonctionnement, qu'il trouve d'autres ficelles que de taxer, et taxer encore, ceux qui bossent !
     
    S'il faut un impôt, alors nous devons le réinventer. Je dis "nous", à dessein : la fiscalité, c'est l'affaire de tous. Toutes les citoyennes, tous les citoyens du Canton. La politique, c'est nous qui devons la faire, et sûrement pas les seuls élus. Nous exprimer. Apporter des idées. Faire fonctionner à fond la démocratie directe. Que les lois soient nos lois, à tous, et pas juste les touche-virgules des juristes parlementaires.
     
    Républicain jusqu'à la moelle, partisan absolu du suffrage universel, méfiant viscéral face aux corps intermédiaires, j'appelle à une prise en main des questions fiscales par le corps des citoyennes et citoyens. La cléricature des élus ne changera rien sur le fond, elle ne fera que soupeser les points-virgules. La Révolution fiscale, la réinvention de l'impôt, l'allègement draconien de la charge sur les revenus du travail, tout cela doit venir du peuple. Et le peuple, c'est nous !
     
    Et l'Etat, il va falloir qu'il le réduise, son train de vie !
     
    Et la colère des classes moyennes, croyez-moi, il va falloir qu'on commence à l'entendre !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Dudamel : le feu !

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    Sur le vif - Vendredi 16.04.21 - 18.44h
     
     
    Gustavo Dudamel, nouveau directeur musical de l'Opéra de Paris ! C'est une nouvelle extraordinaire, pour tous ceux qui ont suivi le parcours de ce jeune et magnifique maestro vénézuélien, notamment à la tête de l'Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela, et de sa section Jeunes. Dudamel, juste 40 ans, c'est un tempérament, c'est la fougue, c'est le bonheur absolu de diriger. Dudamel, c'est le feu.
     
    Longue vie à ce meneur d'orchestres hors du commun. Je me réjouis qu'il revienne à Genève, et que je puisse le recevoir dans l'une de mes émissions. Sur notre vieux continent européen, tant d'immenses chefs nous ont quittés, ces dernières années : pour ceux qui me touchent au plus près, je pense à Claudio Abbado (2014), Mariss Jansons (2019), et bien sûr au bouleversant Johann Nikolaus, Comte de La Fontaine et d'Harnoncourt-Unverzagt (2016), l'homme qui avait dans l'intimité de son sang la noblesse de la musique. J'ai ressenti ces trois départs comme des pertes irréparables.
     
    Nous en avons encore, en Europe, d'immenses, comme Simon Rattle et pas mal d'autres. Mais la vieille Europe a besoin de se ressourcer. Le continent sud-américain, qui nous a donné Daniel Barenboim et Martha Argerich, a tant à nous apporter ! Paris avait besoin d'ardeur et de passion. Avec Dudamel, elle sera servie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Chancellerie : et si la Bavière avait ses chances ?

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    Sur le vif - Vendredi 16.04.21 - 14.12h
     
     
    Dans une analyse publiée il y a trois jours (mardi 13.04.21), ici même, et intitulée "La capitale du monde, c'est Munich, pas Berlin !", j'évoquais l'idée que, pour la première fois dans l'Histoire allemande, le Ministre-Président de Bavière puisse nourrir de sérieuses chances de devenir Chancelier fédéral.
     
    Mon analyse allait à l'encontre de l'ensemble des commentaires publiés dans la presse suisse, qui, bien obédients face à la Cour de la Chancelière sortante (l'élection se déroulera le 26 septembre), n'avaient d'yeux que pour le protégé de Mme Merkel, Armin Laschet.
     
    Eh bien, je vous invite à suivre ce qui va se passer dans les heures et les jours qui viennent. Markus Södler, le CSU Bavarois, a ses chances ! Et il pourrait bien les avoir, même si Laschet devait l'emporter auprès des instances internes du parti !
     
    L'enjeu, c'est l'avenir de l'Allemagne. Angela Merkel aura été une Chancelière qui compte. Avec un bilan contrasté (ouverture inconsidérée des frontières à l'automne 2015, mais bonne gestion de la crise sanitaire), mais enfin elle restera dans l'Histoire. Après elle, l'Allemagne a besoin d'une autre personnalité forte. Ca n'est pas rien d'être Chancelier fédéral. Il n'est pas impossible - et c'était le sens de mon papier, il y a trois jours - que la personnalité du Bavarois Söder soit nettement plus puissante que celle du Rhénan Laschet.
     
    Seulement voilà : dans nos bons médias suisses, il faut plaider pour la gentille continuité de l'entourage Merkel. Et surtout pas pour la droite conservatrice bavaroise. Parce qu'elle est la droite. Et parce qu'elle est conservatrice.
     
    J'ignore absolument qui sera le prochain Chancelier. Mais je suis très heureux d'avoir été l'un des premiers, en Suisse, à soulever les problèmes de l'identité profonde de la Bavière, le rôle de trait d'union d'une candidature luthérienne bavaroise à la Chancellerie, l'occasion historique qui s'offre aux Allemagnes : laisser enfin, peut-être, un Ministre-Président de l'Etat libre de Bavière, ce pays profond au sein des nations de langue allemande, accéder à la fonction suprême.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Car ce chemin de mort est un chemin de vie

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    Sur le vif - Jeudi 15.04.21 - 16.48h
     
     
    La guerre qui nous a été déclarée n'est ni territoriale, ni économique, ni sociale. C'est une guerre culturelle. Au sens le plus puissant de ce mot, "culture", celui qui va chercher dans l'humain ce qu'il a de plus profond : son chemin vers la langue (pour reprendre la magnifique titre de Heidegger, Unterwegs zur Sprache), sa liberté de dire et d'énoncer, sa solitude face au champ des mots. La langue n'est pas seulement un instrument : c'est elle qui nous porte, nous élève, nourrit nos rêves. Elle est, comme la musique, souffle et vie, rythme, respiration, silences, ponctuation de la vie qui va.
     
    Si c'était une guerre sociale, je ne prendrais pas parti, tout au moins pas avec la même netteté. Regardez mon panthéon, depuis des décennies : on y trouve aussi bien Pierre Mendès France que Willy Brandt, nous ne sommes pas exactement là dans l'exaltation du libéralisme. Politiquement, je suis nuancé. Culturellement, je suis viscéral, passionné, sans doute élitaire.
     
    Ils ont touché à la langue, tenté le putsch, avec par exemple leur galimatias inclusif. Il n'auraient pas dû. Cela va se retourner contre eux, je crois. Ils touchent en nous quelque chose de trop profond, et cela n'a rien à voir avec les questions de sexe, de genre, de domination/soumission, dont ils voudraient faire le centre du monde.
     
    Mais le centre de la langue, où est-il ? Mystère. La langue n'est pas une boîte à outils, enfin pas seulement. Elle nous enfante. Elle nous accompagne. Elle nous charrie. Elle nous porte en elle. Nous passons, elle demeure. Un peu changée, mais à vrai dire très peu. Elle évolue, bien sûr, mais pas comme ça, pas sur injonctions, pas sur ordres. Ni du pouvoir, ni de ceux qui se figurent (avec quelle prétention) comme des contre-pouvoirs. Alors qu'ils ne font que dupliquer des illusions.
     
    Ils passeront. Nous passerons, tous. Nous vivons, nous allons à la mort. Vivre, c'est apprendre à disparaître. La langue, dans ce chemin, nous accompagne. Comme Simon de Cyrène, elle nous aide à porter. Ca crée des liens. Car ce chemin de mort est un chemin de vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Gottfried Benn : rigueur, précision, poésie

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    Sur le vif - Jeudi 15.04.21 -
     
     
    Il faut lire les pages culturelles de la Weltwoche, de même qu'il faut lire celles de la NZZ et de la Frankfurter Allgemeine.
     
    Là, dans l'édition de ce matin (jeudi 15.04.21, no 15), c'est Gottfried Benn (1886-1956). L'un des plus grands poètes de l'expressionnisme allemand. Un Prussien. Remarquable double page, signée Ulrich Gumbrecht, sur la réédition des poèmes selon la version originale (Fischer Taschenbuch, 688 pages).
     
    Benn est un immense poète, et je le dis aux germanistes : il mérite une approche plus complète que les morceaux retenus habituellement dans les anthologies. C'est un Prussien pure souche, habité par l'Histoire de cette nation, fils d'un pasteur luthérien de Mansfeld (l'actuelle Prignitz), il a été médecin (dermatologue), il a servi pendant la Grande Guerre, il s'est engagé dans l'expressionnisme tout en étant un adversaire de la République de Weimar, il a très sérieusement sympathisé avec les nazis, avant de s'en séparer. Disons que sa seule relation avec le régime NSDAP, de 33 à 45, mérite un livre entier, tant elle est complexe. Il meurt à Berlin, en 1956.
     
    Ca, c'est le Benn biographique. Mais il faut entrer dans son écriture poétique. La double page de la Weltwoche nous y invite avec puissance et précision : rares sont les articles de presse qui, au sujet d'un poète, entrent en matière sur l'essentiel : le rythme, le souffle, la prosodie, l'essence même du vers. Gumbrecht, dans cet article, le fait. On est loin des survols et des approximations : on entre dans le ventre du sujet.
     
    J'invite tous les profs d'allemand, dès le niveau fin Collège, à faire lire aux élèves, à haute voix, la poésie précise, concrète et structurée de Gottfried Benn. L'un des repères de la littérature allemande dans la première partie du vingtième siècle.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les ploucs ? D'une chiquenaude, nous pouvons les éjecter !

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    Sur le vif - Mercredi 14.04.21 - 16.56h
     
     
    La guerre des mots, je l'ai dit, sera sans pitié. Elle nous a été déclarée, il nous faut la mener. Pour ma part, j'irai jusqu'au bout. Je ne céderai à aucun jargon, aucun communautarisme de langage, aucun tribalisme de vocabulaire. En clair, ni langage inclusif, ni novlangue des Verts, pour prendre deux exemples.
     
    J'ajoute une chose. Dans cette guerre, les créateurs de charabia ne sont pas ceux à qui j'en veux le plus. Ils ont cru bon d'user de ces ficelles langagières comme d'outils de combat, fort bien. En revanche, je déclare ici, haut et fort, mon absence totale de considération pour ceux qui, par facilité, par trouille face aux emmerdes, par hantise de déplaire aux tsunamis de mode, reprennent comme des perroquets les barbarismes qu'on nous impose.
     
    Dans cette guerre, le personnage principal, ça n'est pas le cuistre qui nous balance ses néologismes. Non. Le personnage principal, c'est chacun d'entre nous. Seul face à sa plume. Seul face à sa langue. Seul, face au rapport qu'il entretient avec sa capacité à générer des mots. Veut-il la langue, sa qualité, sa puissance de transmission, sa prodigieuse liberté ? Ou au contraire, veut-il l'esclavage du mimétisme sur la mode qui passe, et qui tente de l'asservir ?
     
    La guerre n'est pas contre les ploucs, il nous suffirait d'une chiquenaude pour les éjecter. Non, la guerre est en chacun de nous. C'est une affaire de conscience individuelle, de capacité d'émerveillement face au miracle de la langue.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La capitale du monde, c'est Munich. Pas Berlin.

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    Sur le vif - Mardi 13.04.21 - 10.19h
     
     
    Quand on pense Bavière, on pense catholicisme. C'est un tort. La Bavière est certes à majorité catholique, mais tout le Nord du pays bavarois est fortement imprégné par la Réforme, notamment la Franconie moyenne (Mittelfranken) et la Haute-Franconie (Oberfranken), régions que j'ai la chance de bien connaître : elles jouxtent par le Sud le Land de Thuringe, temple vivant de la religion luthérienne.
     
    Mais c'est ainsi : l'image première de la Bavière, ce sont Munich, les Châteaux de Louis II, les lacs sublimes qui se reflètent dans les Alpes, à la frontière autrichienne. J'y ai passé encore quelques jours l'été dernier, de retour d'un séjour en ex-DDR. Il est vrai que le tableau est saisissant.
     
    J'ai déjà abordé, dans ma Série Allemagne en 144 épisodes, le cas, si particulier et passionnant, de "l'Etat libre de Bavière", la région d'Allemagne (avec la Saxe et la Prusse) où j'ai passé le plus de temps. C'est un pays, en soi. C'était un Royaume, jusqu'à la Révolution de novembre 1918, qui y fut particulièrement féroce, avec des Soviets locaux, proclamés en 18-19 dans la plupart des principales villes. La Bavière industrielle, ouvrière, se rappelait à notre bon souvenir, faisant éclater le vernis d'une imagerie paisible et prospère, celle de la carte postale de Linderhof et Neuschwanstein.
     
    Bref, l'Histoire de la Bavière reste à écrire : elle est celle d'un pays comme un autre, qui a cherché au 19ème siècle à vendre au monde une image d’Épinal, mais traversé par toutes les forces antagonistes de l'Europe : Réforme, Contre-Réforme, guerres napoléoniennes, fin du Saint-Empire (1806), cheminement vers l'Unité allemande (1866), Révolution industrielle, deux guerres mondiales, Révolution de novembre 1918, contradictions et mensonges de l'après-guerre. Pays captivant, méconnu, victime de la carte postale qu'il nous avait lui-même concoctée, avec de bons gros bougres, en shorts de cuir, brandissant une chope de bière. Un pays comme les autres : ça ne vous rappelle rien, amis Suisses ?
     
    Je vous parle ce matin de la Bavière luthérienne, moins connue que la Bavière catholique, parce que le Ministre-Président, Markus Söder, 54 ans, natif de Nuremberg, est justement luthérien. Et qu'il s'invite, contre l'appareil de la CDU, contre Armin Laschet, le dauphin désigné de Mme Merkel, à la course à la Chancellerie, qui se jouera le 26 septembre. Et sa candidature, moins sage et moins docilement orthonormée Europe que celle de son rival, va faire parler d'elle.
     
    A-t-il des chances ? Nous verrons. Mais une chose est sûre : pour la toute première fois, un Ministre-Président de Bavière s'ouvre la voie vers le pouvoir central. A l'image d'un Prince électeur, à l'époque du Saint-Empire, postulant pour le titre d'Empereur. Telles sont les Allemagnes, décentralisées, plurielles, très personnalisées dans les régions. Un Bavarois à la Chancellerie : même le puissant Franz Josef Strauss, le Taureau de Bavière, n'y était pas parvenu. En avait-il seulement eu envie ? La capitale du monde, chez ces gens-là, c'est Munich. Pas Berlin.
     
     
    Pascal Décaillet

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