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  • Les partisans roupillent ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.20

     

    « La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers » : dix mots, qui résument tout. Que vous soyez pour ou contre, l’initiative dite « de limitation » est une votation de la première importance, sur laquelle nous nous prononcerons de dimanche 27 septembre. Elle porte sur la souveraineté du pays. Mais elle porte aussi sur l’avenir des bilatérales, donc de nos relations économiques et commerciales avec l’Europe.

    L’essentiel, c’est bien la souveraineté. La capacité, pour la Suisse, à régler elle-même, en fonction de son système démocratique, le flux de l’immigration. Tenir le robinet ! Elle est une suite, au fond, à une autre initiative, fameuse, celle du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Elle demandait des quotas, des contingents. Elle avait été acceptée par le peuple et les cantons. Le Parlement a tout fait pour la vider de sa substance.

     

    La campagne bat son plein. Le patronat, les milieux économiques, ont mis le paquet. Et déboursé beaucoup d’argent, à en juger par les pubs monumentales sur les trams, les bus, les murs, les journaux, les sites en ligne. A vrai dire, on ne voit, on n’entend que les arguments des opposants. Et les partisans ? Ils roupillent ? Ils n’y croient plus ? Ils ont perdu leur légendaire verve populacière ? Pourquoi diable laissent-ils à ce point le champ libre à leurs adversaires ? Y a-t-il, à l’UDC, quelque chose de cassé, dans la dynamique ? Si oui, pourquoi ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Arrêtez de plumer ceux qui bossent !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.20

     

    Les limites du supportable. Voilà ce qu’à Genève, nous atteignons, et sans doute le seuil est-il déjà dépassé. La classe moyenne étouffe. Les gens qui travaillent, qui ont un salaire ou un revenu, mais qui ne peuvent pas mettre un seul centime de côté, parce qu’on leur prend tout ! Voilà ce que c’est, la classe moyenne. Alors, de grâce, ne venez pas, surtout de gauche, nous dire que c’est un concept flou, très relatif, subjectif. La définition que j’en donne ici est parfaitement claire. Elle correspond exactement à ce qu’éprouvent, dans leur colère interne, de plus en plus de gens à Genève.

     

    Des gens honnêtes. Des gens qui se lèvent le matin. Qui se coltinent la circulation Dal Busco pour aller bosser. Quoi triment, dur. Qui gagnent de l’argent, c’est bien le moins. Juste trop pour ne toucher aucune subvention, faire partie des quelque 36% de la population genevoise que ne paye pas d’impôts. Et largement pas assez pour être au-dessus de ces soucis, ces contingences, qui vous ulcèrent et vous empêchent de dormir. C’est cela, la classe moyenne, quelque part, sur l’échelle, entre les assistés et les nababs. N’ai-je pas été assez clair ?

     

    Et cette classe moyenne, elle en a marre. Parce qu’elle bosse, elle transpire, elle se sacrifie pour le boulot. Et le système fiscal, tel qu’il prévaut à Genève, ponctionne avant tout le fruit d’un travail, qu’on appelle communément salaire si on est employé, ou revenu si on est indépendant. Au final, peu importent les mots : ce qui compte, c’est ce qui vous reste comme pouvoir d’achat, une fois payés le loyer, la nourriture, les impôts, les taxes, les primes d’assurance maladie. Il fut un temps, à l’époque des Trente Glorieuses, les années prospères d’après-guerre, où nos parents, nos grands-parents, pouvaient mettre de l’argent de côté. Aujourd’hui, pour la classe moyenne, c’est fini. Les rentes AVS sont maigres. Et, pour tout couronner, celles du deuxième pilier fondent comme neige au soleil. Il faut arrêter de parler aux gens de « taux de conversion », terme technique qui ne veut strictement rien dire pour le grand public. Il faut leur dire la vérité : retraités, vous vivrez beaucoup plus pauvres que comme actifs. Et ça, c’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Une sourde colère commence à gronder.

     

    Les Genevois qui payent des impôts doivent impérativement en payer moins. Peut-être pas les grandes fortunes, ni les salaires mirobolants, mais en tout cas la masse de la classe moyenne. L’État doit revoir son train de vie, peser chaque centime de dépense, revoir l’équilibre des cotisations à la Caisse de pension des fonctionnaires : les deux tiers employeur, un tiers employé ne sont absolument plus acceptables, alors que dans le privé, c’est quasiment la parité. Et les indépendants financent eux-mêmes, tout seuls, l’intégralité de leurs retraites, AVS et deuxième pilier ! Ces réformes doivent se faire très vite, sans états d’âme. La classe moyenne souffre à Genève. Nous devons respecter sa douleur.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Enseignez l'Histoire, pas la morale !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.09.20

     

    Il faut tout changer, dès les premières années d’école. Tout reprendre à zéro. Il faut virer les gentils propagandistes du Bien, et enseigner aux élèves, dès leur plus jeune âge, la réalité du monde, tel qu’il est. Le monde, dans toute sa noirceur. Dans toute sa dimension tragique. Il faut enseigner ce qui est. Et de même, ce qui fut. Il faut enseigner l’Histoire, en constatant ce qui s’est passé, de façon clinique, analytique, sans s’époumoner sur le Bien et le Mal. Il faut raconter aux élèves, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’Histoire des guerres, leurs vraies causes (souvent économiques). Il faut leur dire que l’Histoire des hommes et des peuples fut marquée, et au fond l’est toujours, du sceau de la violence et du tragique. Il faut leur raconter ces guerres, puis les Traités, les alliances, comment les nations se sont formées, ont évolué, défendu leurs intérêts, asservi leurs rivaux, fait couler le sang. Tout cela, sans leur asséner des jugements moraux. Mais en prenant acte du réel.

     

    Trop de profs, aujourd’hui, enseignent l’Histoire, ou d’autres branches, en fonction de leurs désirs personnels de cheminer vers un monde meilleur. Alors, ils y introduisent la morale. Il y aurait le Bien, il y aurait le Mal, les guerriers de jadis auraient fait tout faux, il s’agirait d’établir un monde meilleur, délivré de nos pulsions de domination. Mais ces profs-là, parbleu, qu’ils enseignent le catéchisme, pas l’Histoire ! L’ascèse de cette dernière – je parle de l’Histoire politique – exige une parfaite froideur dans l’approche du réel. On lit des textes, ceux des vainqueurs, ceux des vaincus, ceux des bourreaux, ceux des victimes, on les analyse, on en met en perspective la part de propagande. On fait de la linguistique, on décortique le discours, les élèves en sont parfaitement capables, et sont les premiers demandeurs de cette distance critique. Bref, on ne milite pas ! On ne fait pas de la morale ! On cherche à comprendre !

     

    Pourquoi ce virage intellectuel est-il urgent ? Parce qu’on est en train, tout doucement, de formater une génération d’enfants du Bien, tétanisés par l’idée que puissent exister, sur cette planète sacrée, des nations, puissamment rivales, avec des soucis de sécurité, de survie, des armées, des avions de combat. Tout cela, dans leur tête, serait caduc, dépassé. Universalistes, cosmopolites, formatés par leurs maîtres à penser « planète » plutôt que « local », ces agneaux de la Béatitude sous-estiment gravement l’immanente noirceur de la nature humaine, avec ses pulsions de mort et de domination. Une étude analytique de l’Histoire, dégagée de préceptes moraux, attachée à comprendre les chaînes de causes et de conséquences, leur aurait offert une autre vision, moins bienheureuse, mais plus réaliste.

     

    Nous devons reprendre à zéro l’enseignement de l’Histoire. Il passe par une totalité dans la connaissance d’une époque (politique, économique, linguistique, culturelle). Par une élévation constante du niveau des connaissances. Et non par des cours de morale, sur le Bien et le Mal.

     

    Pascal Décaillet

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  • Libre circulation : la trahison syndicale

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.09.20

     

    L’initiative dite de limitation, proposée par l’UDC, sur laquelle nous votons le 27 septembre, demande que la Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers. En clair, qu’elle recouvre sans tarder une souveraineté totalement perdue depuis l’entrée en vigueur de la libre circulation des personnes. Vous me direz que cette dernière, avec les accords bilatéraux (mai 2000), a été voulue par le peuple suisse. C’est exact. Mais le peuple a été trompé. Les flux migratoires, sur notre pays, ont atteint des dimensions infiniment supérieures à ce qu’on nous racontait il y a vingt ans. Une concurrence féroce, soutenue par une sous-enchère salariale déloyale pour les travailleurs suisses, s’est abattue sur notre pays : certains patrons (pas tous, loin de là) ont offert à des travailleurs étrangers des postes nettement moins rémunérés que les mêmes, pour des salariés suisses. Certains de nos compatriotes ont perdu leur emploi à cause de ce mécanisme.

     

    Il existe donc, dans notre corps social, parmi nos concitoyens les moins favorisés, une souffrance liée à la libre circulation. Pertes d’emploi, sentiment d’être oubliés, lâchés par la société suisse, celle de leur propre pays ! Ce sacrifice, sur l’autel de l’ouverture des frontières. Et les fameuses « mesures d’accompagnement », que la classe politique et le patronat faisaient miroiter il y a vingt ans aux travailleurs suisses, n’ont absolument pas déployé leurs effets. Elles n’ont empêché ni la sous-enchère, ni les pertes d’emplois pour des salariés suisses. Elles ont juste été des mots.

     

    Dans ces conditions, le ralliement des syndicats suisses, à commencer par leur grande centrale faîtière, au principe de libre circulation, apparaît comme une incompréhensible trahison des intérêts fondamentaux des travailleurs de notre pays. C’est le patronat qui doit se frotter les mains ! Il fut un temps où les syndicats de notre pays protégeaient les ouvriers et les ouvrières suisses. Ils étaient patriotes. Ils étaient guidés par un sentiment national de cohésion sociale. Aujourd’hui, vermoulus par une certaine idéologie internationaliste, où les nations et les frontières n’existeraient plus, ils donnent l’impression de s’être arrachés aux racines de la nation, au profit d’un universel abstrait. Ce virage, pour la cohésion sociale de notre pays, est de nature à discréditer nos syndicats, pour longtemps, dans le débat politique suisse. Ne pensent-ils plus qu’à encaisser des cotisations, grossir, gagner en influence, étoffer leurs états-majors ? Tout cela, dans l’oubli du minimum de préférence aux citoyennes et citoyens suisses qu’on peut attendre de toute organisation professionnelle, dans notre pays, qu’elle soit patronale ou syndicale, d’ailleurs.

     

    Dans ces conditions, vouloir que la Suisse « gère de manière autonome » son immigration (il ne s’agit en aucun cas de la stopper, mais de la réguler), ne relève aucunement de la chimère. Mais du bon sens. Toute nation digne de ce nom, sur la planète, a le droit – et aussi le devoir – de contrôler ses flux migratoires. Pour protéger ses propres citoyennes et citoyens.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Trump et la confrérie

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    Commentaire publié dans GHI - 26.08.20

     

    Les Démocrates américains pourraient – hypothèse, bien sûr – désigner un âne comme candidat à la Maison Blanche, la presse romande choisirait l’âne. Et elle roulerait pour lui, tambour battant, dans le seul but d’accomplir son dessein, depuis quatre ans : voir Trump à terre.

     

    En 2016, pendant toute la campagne, nos braves éditorialistes ont passé leur temps à démolir le candidat Trump. Début novembre, le pestiféré a eu le mauvais goût d’être élu. La presse romande a ruminé, rongé son frein, gratté en maugréant la terre de l’arène. Et elle passé quatre ans à pulvériser toute parole, tout acte politique du Président en exercice des Etats-Unis d’Amérique. Rien ne leur convenait. Ils ont systématiquement détruit tout ce qui procédait de cet homme-là, dont une éminente éditorialiste, dans un journal de révérence, avait cru bon, la veille de son élection, de souligner avec ironie la couleur des cheveux. C’est dire le niveau de certaines attaques.

     

    A deux mois de l’élection 2020, rebelote ! Tout ce qui compte peu ou prou, tout ce qui a encore quelque pignon sur quelque rue, dans l’univers éditorial romand, vomit sur Trump. Sera-t-il réélu ? Je n’en sais rien. Mais je sais qu’en quatre ans, il n’a conduit l’Amérique dans aucune guerre, alors que son prédécesseur Obama avait multiplié, en huit ans, de la Syrie à la Somalie, de la Libye à l’Afghanistan, les bombardements sur la planète. Je sais aussi que, jusque à la crise du coronavirus (dans laquelle il n’est pour rien), il a remarquablement relevé l’économie de son pays. Me voilà donc une nouvelle fois, sur ce sujet, en total désaccord avec la confrérie.

     

    Pascal Décaillet

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  • Coronavirus : parlons d'autre chose !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.20

     

    Dans la crise sanitaire que nous traversons, je n’ai jamais écrit une seule ligne sur l’aspect médical. Dans la querelle autour des masques, je n’ai jamais affiché la moindre opinion. Cela, pour une raison simple : je n’en ai pas ! Je ne suis pas médecin, et, même si j’adorais la biologie à l’école, je n’ai aucune compétence sur les virus, leur mode de transmission, l’infectiologie, etc. Citoyen, je respecte les consignes : les normes, les distances. Je porte le masque, comme tout le monde, là où c’est obligatoire. Bref, je me comporte à peu près comme l’ensemble de la population, et mon avis sur la question n’a aucun intérêt.

     

    Mais, comme nous tous, je tends l’oreille. Je laisse venir à moi les nouvelles du monde. Et, pendant tout l’été, consacré en partie à la reprise de ma Série historique en 144 épisodes sur l’Histoire de l’Allemagne, j’ai vécu, comme récepteur de messages, la douce folie de la submersion par le thème unique, ou tout au moins hyperdominant, du coronavirus.

     

    Et là, je crois qu’il est temps de dire, gentiment, que ça suffit. Il faut en parler, bien sûr, du mieux qu’on peut. Mais à chaque émetteur d’informations, il appartient de doser le message. Prendre en compte la part d’angoisse que peut générer, dans le public, le matraquage. Dire les choses, le plus honnêtement possible, au service des gens, mais sans créer un climat de catastrophisme. La situation, notamment économique, de notre pays est déjà suffisamment anxiogène, avec la montée du chômage, la peur de perdre son emploi. Il nous faut parler, aussi, d’autre chose. Sinon, nous allons devenir cinglés. Et paranos.

     

    Et justement, je tiens un domaine de discussion, profondément citoyen, faisant appel à nos responsabilités, nous traitant en acteurs de nos destins, et non en gibier à directives sanitaires : la politique ! Et ça tombe bien : il ne vous a peut-être pas échappé que nous avons, le 27 septembre prochain, un dimanche de votations absolument capital pour l’avenir de notre pays. J’ai la ferme intention, dans les semaines qui viennent, de vous en parler ! Ça nous changera des histoires de masques, de distances, de traçage, de nombre d’infections. Nous sommes des citoyennes et des citoyens libres. La démocratie directe suisse, ce bijou qui permet d’actionner la politique par en-bas, s’adresse à nous comme à des hommes et des femmes capables de décider. Chacun d’entre nous, par son vote, détient un fragment indivisible de la prise de décision souveraine sur le destin du pays.

     

    Parler de politique, organiser des débats, donner la parole à tous, et parallèlement s’engager soi-même en donnant son opinion dans des commentaires, comme je le fais dans ce journal, c’est faire vivre la citoyenneté. Je n’ai, croyez-moi, aucunement l’intention de renoncer à cette ambition sous prétexte de crise sanitaire. Je vous donnerai donc, fraternellement, mon point de vue, dans les éditions qui viennent, notamment sur le contrôle de l’immigration et sur les avions de combat. Les uns seront d’accord avec moi, les autres non. C’est la vie. On se regarde dans les yeux, avec ou sans masque. Et on se dit les franchement les choses. A tous, excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Murmure et solitude

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    Commentaire publié dans GHI - 24.06.20

     

    La seule réponse à l’ignorance, c’est d’ouvrir des livres. La seule réponse aux cris de la meute, c’est le murmure ciselé d’une solitude. Il n’y a pas de troisième voie. Il n’y a pas de solution négociée, elle ne procéderait que de l’abandon. Il ne saurait exister d’armistice, encore moins de capitulation. Dans la vie, on se bat, c’est tout.

     

    Il n’y a pas de gentils centristes. Pas de compromis. Pas de démocratie de bénitier, où l’on tremperait son doigt dans l’eau salvatrice. Pour racheter quoi ! Nos lâchetés ? Nos insuffisances ? Nos paresses, pour avoir embrassé la première foule, nous êtres fondus dans le premier troupeau ? A ces concessions coupables, je dis non.

     

    Un être humain, c’est un combat. Vous le savez autant que moi. Un jour ou l’autre, nous aurons à le mener. Pas d’échappatoire. La tranquillité, c’est une illusion. La main tendue à l’ennemi, pendant la bataille, c’est l’abandon. Le prix, c’est la mort de l’âme.

     

    Chacun de nous, battons-nous. Pour nos idées. De gauche, de droite, d’où vous voulez ! Mais que chacun s’exprime ! Avec sa voix. Avec sa plume. Que chacun le fasse en son nom, en assumant, et non derrière des banderoles ! Celui qui a besoin de se fondre dans une foule affaiblit, par cet acte même d’effacement, sa position. Il nourrit la masse, mais affame en lui l’appétit de définition individuelle, intellectuelle, spirituelle. C’est un choix. Disons que ça n’est pas exactement le mien. A tous, un excellent été !

     

    Pascal Décaillet

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  • La gauche illuminée de sainteté

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.06.20

     

    Comme nous l’avons montré la dernière fois, la gauche, à Genève et en Suisse, n’est absolument pas majoritaire. Elle ne fait pas la loi parlementaire. Elle fait encore moins la loi populaire : elle se fracasse à peu près sur toutes les initiatives populaires. Elle est régulièrement désavouée par une majorité de notre peuple. Mais paradoxalement, elle dicte la loi morale. Ce qu’elle n’obtient pas, désespérément, dans les urnes, malgré des centaines de tentatives depuis 1919 (élection du National à la proportionnelle), elle tente de le compenser par un magistère dans l’ordre du convenable. Elle désigne le Bien, condamne le Mal, trie les élus et les damnés, entonne des causes, se précipite sur des prétextes mondiaux pour convoquer dans la rue les foules hurlantes. Elle qui condamne tant le populisme, que fait-elle d’autre, par cet appel constant à la rage extériorisée, théâtralisée dans les centres historiques des villes (vous avez remarqué, on ne manifeste jamais à Chancy, ni à Jussy), en opposition au démos, entendez le peuple comme institution, celui qui s’exprime dans les urnes ?

     

    Au fond, la gauche condamne le populisme quand ça l’arrange. Que la droite – et notamment la droite souverainiste – s’avise d’utiliser les mêmes procédés d’appel à la tourbe, et voilà que la gauche morale la bombardera d’étiquettes infamantes : « populistes », voire « fascistes » ! La gauche colleuse d’étiquettes, celle qui salive pour mieux estampiller, celle qui crache, expectore sa détestation pour mieux dénoncer ce qu’elle appelle « la haine ». La gauche de la vaccination, on inocule le mal que l’on prétend combattre. La gauche, comme le Chevalier aux Miroirs, dans Don Quichotte : elle vous brandit votre propre image, pour affaiblir votre assaut. Ces procédés sont très anciens, on instille la morale dans le combat politique, on se drape de vertu, on s’enrobe, on s’illumine de sainteté, comme ces madones que l’on promène, dans les processions du Sud. Faute de s’adresser à la conscience intellectuelle des gens, on s’en va farfouiller, comme d’indiscrets confesseurs, dans les strates de sa mauvaise conscience.

     

    Et le plus fou, c’est que ça marche ! Auprès de qui ? La réponse est simple : auprès de ceux d’entre nous qui sont hélas fragiles dans la conscience de leurs propres valeurs. Il appartient à chacun d’entre nous, en politique, de se définir. Savoir ce qu’il veut, quel type de société, déterminer où il en est. Ça prend du temps, ça remue, ça donne de l’inconfort, des insomnies, ça coupe parfois de la vie sociale, et assurément de la vie mondaine, mais l’enjeu en vaut en chandelle ! Qui suis-je ? Quelles sont mes valeurs ? Quels combats sont les miens ? Si, dans l’univers politique de la droite, ces questions fondamentales étaient davantage posées, par chacun individuellement, les hameçons de la gauche morale pendouilleraient dans le vide, sans attirer la moindre proie. La réponse à la Croisade morale, c’est la connaissance de soi. C’est une entreprise intellectuelle. Elle demande courage, capacité de résistance, et aptitude à la plus glacée des solitudes.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'extase du bitume

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.06.20

     

    Ce qui vient de se passer, à Genève, est tout simplement hallucinant. A peine le confinement prenait-il à peu près fin, avec tout de même des règles de prudence qui continuent de s’imposer, que l’éternelle nuée de manifestants professionnels sortait de ses abris pour envahir les rues. Un jour le cyclisme, un autre l’antiracisme, puis le féminisme : peu importe la cause, pourvu qu’ils retrouvent ce sacré goût du bitume qui leur avait tant manqué depuis la dernière fois !

     

    A croire qu’il existe, à Genève, une petite catégorie des gens, quelques milliers, qui sont à longueur d’années sur les starting-blocks, prêts à gicler à la moindre occasion pour débouler dans la rue. Un mystique de la procession, Fête-Dieu ou Assomption, ne les dépasse pas en ferveur. Car il y a, oui, quelque chose de religieux dans l’éternel recommencement de ce rituel. Avec des slogans en guise de litanies, des couleurs pour la liturgie, des bannières comme les titres des Psaumes, pour que les fidèles s’y retrouvent.

     

    Vous noterez que, depuis 1945 (oh non, je ne prends pas cette date au hasard), c’est la gauche, dans nos pays, qui s’est approprié la rue. Elle en a fait sa chose, son théâtre, son décor, elle y rejoue les mêmes scénarios, le même drame, le même mélange de candeur « bon enfant » et de dérapages. Pendant ce temps, la famille intellectuelle et politique de la droite demeure sur le bas-côté. Elle laisse passer, s’étrangle, piaffe de rage. A quand sa reconquête du bitume ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Rien ne nous oblige à signer l'Armistice !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.06.20

     

    La question est simple : existe-t-il encore, en juin 2020, une droite à Genève et en Suisse ? Cette famille politique, plurielle (il faudrait dire « les droites »), donne l’impression, au niveau genevois comme sur le plan national, de ne plus avoir le moindre ressort pour défendre ses valeurs. Liberté individuelle, sécurité des personnes et des biens, attachement aux valeurs traditionnelles de notre pays, combat pour un État de droit, défense de la souveraineté suisse, de son indépendance. Lutte contre l’étouffement économique et fiscal de la classe moyenne. Tout cela vole en éclats ! On entend bien, ici et là, quelques bribes de voix autour de ces thèmes, mais elles demeurent des cris d’individus, des tentatives sporadiques, fragmentées, sans unité, sans projet ni cohérence d’ensemble. A vrai dire, la droite de ce pays semble en phase démissionnaire. S’apprête-t-elle à demander l’Armistice ?

     

    Ce serait dommage. Car, contrairement aux apparences, faites de bruit et de fureur, d’occupation constante de la rue par la gauche, de tintamarre et de banderoles rouges, le Canton de Genève est à droite ! Et la Suisse est à droite ! Ni la majorité politique du Grand Conseil, ni celle des Chambres fédérales à Berne, ne sont à gauche. Les Verts, par exemple, ont certes marqué des points lors des derniers scrutins, mais ils ne représentent guère plus de 15% de la population, allez disons 20% en étant déjà trop large ! Cela signifie que 80% à 85% de l’électorat, à Genève et en Suisse, ne vote pas Vert !

     

    Alors ? Alors, nous sommes sous l’empire d’une tétanisation des esprits. En matière climatique, en matière de sujets de société, en matière de transports, d’urbanisme, il convient maintenant, même si on n’appartient absolument pas au parti des Verts, de penser comme eux. Sinon, on se sentira comme en ostracisme. En exil intérieur, au milieu d’une marée dominante ! Et c’est là tout le drame : trop peu de politiques, hélas, osent la solitude. Il faut se fondre dans un moule, c’est tellement plus confortable. Et c’est d’autant plus commode que toute la politique suisse fonctionne sur les principes du grégaire : un parti est une paroisse, une église, une chapelle de pensée, avec un ou deux grands-prêtres, et surtout la masse des fidèles. Dans ce cocon de cooptation, on fait son nid, on éclot, on grandit, toujours dans le groupe ! Dès lors, pourquoi se singulariser ? Pourquoi risquer la rupture, l’isolement ? Pourquoi se mettre en marge ? Pourquoi se coltiner des nuits d’insomnie, avec des maux de ventre ? Le conformisme de pensée (par exemple, s’aligner sur la doxa des Verts, parce qu’elle est à la mode), c’est tellement plus douillet !

     

    A toutes ces démissions, pour ma part, je dis non. Je suis un homme seul. Un homme libre. Je n’appartiens à aucun groupe. Nul ne peut me dicter ma pensée. Et si j’ai des choses à dire, je le fais. Par exemple, dans ce journal. Dont j’apprécie le combat pour la liberté des idées. Excellente semaine à tous ! C’est le 80ème anniversaire de la capitulation française, le 22 juin 1940 à Rethondes. Mais nous, rien ne nous oblige à signer l’Armistice !

     

    Pascal Décaillet

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  • Serge Dal Busco, le diviseur

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.06.2

     

    La guerre des transports fait rage à Genève. Elle n’est pas revenue toute seule, ni par la grâce du Ciel, mais par l’œuvre d’un homme, un seul, qui devra un jour en assumer toute la responsabilité : Serge Dal Busco. C’est lui, le ministre en charge de la Mobilité, qui a déterré la hache de guerre, lui qui a fait peinturlurer de nuit, en catimini, les rues de Genève, lui qui a récidivé dans ces rondes de nuit à faire pâlir Rembrandt, lui qui réveille la foudre. Du coup, Genève est divisée en deux camps : les cyclistes, les automobilistes. Alors que chacun de nous, alternativement, peut être l’un ou l’autre, le ministre lui-même, par maladresse, par inconscience ou par intelligence programmée avec un camp, a relancé le vieil apartheid des pires heures, celles des deux derniers ministres de gauche à son poste. M. Barthassat, quoi qu’on puisse penser de lui par ailleurs, a plutôt fait figure, dans cette triste séquence, de personnage conciliant et pragmatique. Sous son règne, en tout cas, Genève roulait. C’était entre 2013 et 2018. C’était il y a mille ans.

     

    Serge Dal Busco est un homme de grande valeur. Il a parfaitement sa place au Conseil d’Etat, où le peuple l’a porté, cela n’est pas en cause. Il a le sens de l’Etat, roule pour l’intérêt public. Le seul problème, c’est que nous, nous ne roulons pas ! M. Dal Busco est un homme honnête, chaleureux, sympathique. Mais pourquoi cacher les choses ? Son passage à la Mobilité est un échec. Non parce qu’il peinturlure à gauche plutôt qu’à droite, avec telle largeur pour les bandes cyclables plutôt que telle autre, dans telle rue, de tout cela on peut naturellement discuter, et nous affirmons ici que les cyclistes doivent pouvoir circuler aisément, en toute sécurité. Non, l’échec vient de deux causes. D’abord, tel un héros des romans d’espionnage de John le Carré, il est littéralement passé à l’Est, avec armes et bagages, quittant le camp de son électorat pour accomplir la politique des Verts et des partisans de la « mobilité douce ». On notera là, pour demeurer dans de convenables normes de langage, un certain sens de « l’adaptation » qui, à Genève, en choque plus d’un.

     

    Ensuite, ce comportement porte un sens. Il dessine une personnalité qui, malgré ses qualités et sa sincérité à réaliser le bien public, s’adapte un peu trop facilement au vent du pouvoir en place. Les Verts ont marqué des points ? Fort bien, M. Dal Busco surabonde dans leur sens ! Donc, il s’attelle aux forces dominantes du moment. Demain, ne s’agripperait-il, tout autant, à d’autres ? Ce trait de caractère, hélas, est de nature à atténuer la bienveillance initiale de notre jugement sur son action politique. Dans ces conditions, l’homme étant selon nous à sa place au gouvernement mais pas à la Mobilité, il ne nous apparaîtrait pas inutile qu’un remaniement, au sein du collège, décharge M. Dal Busco de ce dossier – ou tout au moins de la seule gestion de ces questions. Cela, non pour nous faire plaisir. Ni pour faire triompher un camp contre un autre, surtout pas. Mais pour rétablir, à Genève, la paix des braves. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'immigration, c'est notre affaire !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.06.20

     

    Insupportable, la manière dont d’Office fédéral de la statistique nous présentait, fin mai, les prévisions démographiques pour la Suisse ! Il nous annonçait que notre pays, doté aujourd’hui de 8,5 millions d’habitants, passerait à 9,4 en 2030, puis 10,4 en 2050. Trois quarts de cette croissance provenant de l’immigration ! L’OFS nous balance ces chiffres, comme un fait accompli. Les médias les reproduisent tels quels, sans le moindre discours critique sur ce qu’ils représentent, en termes notamment de pression migratoire benoîtement acceptée. Comme si cette dernière était inéluctable. Comme si le peuple suisse, autorité suprême de notre pays, n’y pouvait rien. Comme s’il devait rester là, sur le bord de la route, à voir débarquer les flux de la migration. Comme si l’explosion des chiffres relevait d’une obligation de destin, que nous, citoyennes et citoyens libres d’un pays souverain, devrions accepter, tête basse, les yeux fixés vers le sol, échine courbée. Comme si nous étions des sujets, alors que nous sommes le souverain !

     

    Alors, il est temps de rappeler une chose : nous ne sommes pas des sujets ! Nous ne sommes pas des jouets du destin. Nous sommes des hommes et des femmes libres. Citoyens, nous façonnons nous-mêmes, par le suffrage universel, l’avenir de notre pays. Les grandes orientations, c’est le peuple, en Suisse, qui les détermine. Le peuple, et certainement pas les seuls élus, encore moins les fonctionnaires de l’Office fédéral de la statistique. Il en va ainsi de tous les domaines de notre politique, et la question de l’immigration ne fait pas exception. La Suisse est un pays souverain. C’est elle qui gère ses flux migratoires. Elle qui fixe les quotas de ce que nous voulons accepter. Au plus haut niveau, comme arbitre ultime de ces décisions, c’est le peuple. Entendez par ce mot, « peuple », les citoyennes et citoyens suisses âgés de 18 ans et plus, ce qui fait quand même pas mal de monde.

     

    Les flux migratoires ne doivent en aucun cas nous être présentés comme une fatalité, comme le fait l’OFS, en nous plaçant devant un fait accompli. Ils doivent être, au contraire, le résultat d’une politique, donc d’un choix citoyen, démocratique, opéré par le suffrage universel, au terme d’un vaste débat, dans tout le pays, où chacun peut s’exprimer. Au final, le peuple souverain vote, et c’est cela, la voix de la Suisse. Car c’est lui, le patron. La démocratie, ça n’est pas l’absence de décision, loin de là. Ce sont, au contraire, des décisions fermes et précises, simplement elles sont celles du peuple, et non celles d’une nomenclature. C’est plutôt génial, non ? Alors, faisons-le vivre, ce système, donnons-lui corps et âme ! Car il dépend de nous, de nos énergies citoyennes, de notre passion pour la politique et pour notre pays. Ainsi, sur la question migratoire, évidemment essentielle, c’est le peuple qui décide. Nous aurons, par exemple, l’occasion de le faire le 27 septembre prochain. Nous y reviendrons bientôt. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Le vélo oui, la pensée unique non !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.05.20

     

    Je suis le premier à le reconnaître : le vélo, c’est sympa. Un mode de locomotion doux, silencieux, accessible à tous, absolument pas polluant. Les cyclistes doivent se déplacer en milieu urbain en toute sécurité, en se mélangeant le moins possible (voire pas du tout) à la circulation automobile. D’où les pistes cyclables, dont je reconnais qu’elles pourraient être plus nombreuses, et surtout plus sûres, sans ces ruptures de continuité qui constituent un danger inouï.

     

    Seulement voilà : le vélo, c’est un mode de locomotion, et ça n’est que cela. Comme le scooter, comme la moto, comme la voiture. Un moyen, parmi d’autres, de se mouvoir ! Le problème, c’est qu’il est devenu une idéologie. Il y a, parmi les cyclistes en milieu urbain, certains Croisés qui nous assomment avec leur prosélytisme. Sous prétexte qu’ils ont choisi ce mode-là, qui semble avoir transfiguré leur vie (les pires étant comme souvent les néo-convertis), il faudrait que le monde entier s’y mette. Ces extrémistes n’ont qu’un but : à petits pas, quartier par quartier, rue par rue, ils veulent éradiquer tout trafic motorisé privé de l’espace urbain. Ils poursuivent cet objectif depuis de longues années, font la morale à la terre entière, insultent scootéristes, motards et automobilistes, qualifient de ringarde toute personne ne partageant pas leur folie extatique de la petite reine.

     

    A ces ultras, qui rendent en passant un bien mauvais service à leur propre cause, il faut dire non. Ce sont eux – et nul autre – qui ont déclenché la guerre des transports à Genève, eux qui ont participé à la manifestation totalement illégale du lundi 18 mai, eux qui vomissent sur les automobilistes, eux qui les prennent à partie en les insultant, et cela – bel exemple de courage – dès qu’ils manifestent en groupe. A eux, nous devons dire non. D’ailleurs, qui sont-ils ? De quel droit, de quelle légitimité, se camouflant derrière d’improbables « collectifs » ou « associations », revendiquent-ils la posture de parler au nom de tous les cyclistes ? Dans ce domaine comme dans d’autres (oh, oui j’ai des exemples !), toute discussion respectueuse entre humains, où la seule force réside dans la qualité des arguments, a laissé la place à une liturgie des imprécations : on s’abrite derrière le groupe, on s’invente la raison sociale d’un « collectif » bidon, et on tente de flanquer la trouille à toute la République.

     

    Le plus fou, c’est que ça marche ! Ils étaient deux mille (estimations maximales) à la manif illégale du 18 mai, nous sommes un demi-million à Genève, leur proportion est donc fort minoritaire, mais l’imprécation, ça marche ! Jusqu’à faire peur au ministre de la Mobilité, qui est passé avec armes et bagages dans leur camp, comme d’autres passent à l’Est, dans les romans d’espionnage de la Guerre froide. A ces quelques idéologues extrémistes, il faut dire non. Oui au vélo, oui à des pistes cyclables. Oui au respect mutuel sur la chaussée. Mais non au prosélytisme furibard des ayatollahs.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le règne sans partage de la barbichette !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.05.20

     

    A quoi sert un Parlement ? A deux choses : faire des lois, et contrôler l’activité du gouvernement. La seconde tâche n’est absolument pas une option, comme un allume-cigare quand on achète une voiture. Non, elle est fondamentale, tout autant que la première. Elle est inhérente à la nature même de l’institution parlementaire. Elle est chargée d’Histoire, depuis les premiers Parlements britanniques jusqu’à nos jours, en passant par Montesquieu et son Esprit des lois (publié à Genève en 1748), par les épisodes successifs de la Révolution française, par le Printemps des peuples de 1848, par notre admirable démocratie suisse, constituée d’équilibres, où aucune institution (peuple, Parlement, gouvernement) ne doit écraser les autres. C’est l’une des clefs de notre réussite.

     

    Hélas, à Genève, cette mission de contrôle ne fonctionne pas comme elle devrait. Il y a bien quelques députés teigneux, des Thomas Bläsi, des Cyril Aellen, des Jean Burgermeister, des Jocelyne Haller, et d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer. Oui, quelques-uns à ne pas s’en laisser conter, à exiger des réponses précises du Conseil d’Etat lorsqu’ils l’interpellent. Mais à côté, combien de dociles, de gentils, de tout inféodés aux conseillers d’Etat de leur parti, de surtout pas contrariants dès que vient poindre l’odeur de la poudre. Des députés de consensus, tiens par exemple ceux qui rêvent d’une carrière au Perchoir, en passant par cette ineffable couveuse à ambitions qui s’appelle le Bureau. On se tutoie, on est copains, on mange ensemble, on se retrouve en Commission, tu m’épargnes mon magistrat, je t’épargne le tien, je te tiens, tu me tiens, par la barbichette. Désolé, mais c’est cela, l’institution législative. Peut-être pas celle dont rêvaient Montesquieu ou Mirabeau, mais celle qui EST.

     

    Un exemple ? La session du Grand Conseil genevois, les 11 et 12 mai derniers. A l’ordre du jour, il s’agissait d’analyser sans concessions la gestion de la crise sanitaire par le Conseil d’Etat, ces deux derniers mois. Il y aurait eu tant à dire : foules à l’aéroport dans les premiers temps de la crise, impéritie dans la planification, navigation à vue concernant la fermeture des chantiers. Bien pire : mise en avant d’un expert, certes compétent (nous ne saurions envisager l’hypothèse contraire), mais tout-puissant, et donnant l’impression d’agir en roue libre, sans contrôle politique. Ces choses-là, pour le moins, méritaient un débriefing solide au Parlement. Hélas, elles tombaient le même jour que l’élection d’un nouveau Président, ainsi que d’un nouveau Bureau, missions consensuelles par excellence. Hélas, on a laissé les magistrats exécutifs se trouver finalement fort bons. Hélas, on s’est assoupi dans sa vigueur de contrôle. Hélas, on a laissé faire. Hélas, la catharsis, faute de crainte et faute de pitié, s’est achevée en queue de poisson. Notre démocratie a vécu de plus glorieux moments. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Non à une société du traçage !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.20

     

    L’être humain, depuis son apparition sur la terre, laisse des traces. Vous marchez sur une plage, vous en laissez ! Mais la mer, comme dans le poème, se charge aussitôt de les effacer. Vous gravez vos amours de jeunesse sur un tronc d’arbre, deux prénoms, un cœur, une flèche ? Une trace ! Jusqu’au passage du bûcheron. Vous composez la Neuvième Symphonie, avec son Hymne à la Joie ? Une trace, sublime, pour l’éternité ! Oui, la trace peut être belle, émouvante, bouleversante parfois, comme ces repères, qui marquent nos vies.

     

    Le traçage, c’est évidemment autre chose. Ce sont les signes que vous laissez, contre votre gré. Et qu’un Big Brother, quelque part, les services d’un Etat par exemple, se charge de récolter, recenser, pour votre dossier ! Là, la trace devient moins sympathique, quand elle n’est pas franchement haïssable. Avec votre carte de crédit, vous laissez des traces. Avec votre téléphone portable. Avec votre ordinateur. Avec votre véhicule. Avec vos publications sur les réseaux sociaux. Dans tous ces domaines, prudence ! Mais ça, vous le savez déjà. Ou en tout cas, vous devriez le savoir : la protection des données, celle de la vie privée, de la personnalité, sont des thèmes majeurs de nos sociétés d’aujourd’hui et de demain, ils doivent être pris en considération prioritaire.

     

    Et puis, il y a tout ce que nous ne saurions pas. Le traçage médical, par exemple. Dans la période de crise sanitaire que nous traversons, il constitue un risque majeur. D’autant plus sournois que les traceurs le justifient pour la bonne cause, l’intérêt public, la santé générale de la population. Là, Big Brother n’est pas le méchant, mais bien pire : il est celui qui veut votre bien, le gentil ! A ce stade, méfiance ! Et rappel de quelques droits fondamentaux : le secret médical, en Suisse, existe, il est garanti, et si votre médecin livre contre votre gré des données de votre dossier, il devra en répondre. Maintenant, si vous estimez que votre état santé n’a rien de secret, peut regarder tout le monde, c’est votre droit. C’est vous qui décidez, et personne ne doit le faire à votre place.

     

    La Suisse est une démocratie, l’une des plus belles au monde. Le personnage principal, c’est la citoyenne, le citoyen. Eux sont la pierre angulaire de notre système. Et certainement pas les élus. Et encore moins les hauts-fonctionnaires, chefs d’Offices, ou médecins cantonaux. Ni les experts. Les décisions suprêmes concernant nos libertés individuelles, c’est le suffrage universel qui doit les prendre. Nous ne pouvons accepter plus longtemps que, sous prétexte de crise sanitaire, des atteintes à nos droits fondamentaux passent par un autre aval que celui des citoyens. Si le peuple décide de limiter temporairement certaines de nos libertés, j’accepte ! Parce que le souverain, c’est lui. Si c’est juste un chef d’Office, c’est niet. Nous voulons demeurer des hommes et des femmes libres. Et non des sujets, repérés par des espions et des délateurs, quelque part, dans des chaînes de traçage. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

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  • Pour l'honneur

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.20

     

    Interviewé dans ce journal, la semaine dernière, par Giancarlo Mariani, puis par votre serviteur dans « Les Yeux dans les Yeux », Simon Brandt ne lâche rien. Le candidat malheureux à la Mairie de Genève, interpellé par la police dans des circonstances hallucinantes le vendredi 13 décembre 2019, pour des griefs dont il a plus tard été disculpé, n’entend pas en rester là. Il se bat pour son honneur. Et il a raison.

     

    Le fin mot de l’histoire, je l’ignore. Nous sommes dans un domaine complexe, entremêlé, où le judiciaire se mêle étroitement au politique. Un imbroglio ! Mais une chose est certaine : Simon Brandt n’a rien d’un adepte du grand banditisme, ni d’un homme qu’il faudrait arrêter comme s’il appartenait à la Bande à Bonnot, ou à celle de Baader. C’est un homme parfaitement paisible, ne représentant strictement aucun danger pour la société. Si la justice voulait l’entendre, elle avait d’autres moyens à utiliser pour l’appréhender.

     

    Dans sa contre-attaque judiciaire, Simon Brandt, à juste titre, exige des explications. Nous sommes dans un Etat de droit : nous avons, tous, le droit de savoir ce qui s’est passé exactement. Le rôle de certains policiers. Les consignes d’arrestation du Ministère public. Y a-t-il eu volonté d’humiliation, de pression ? Visait-on, à travers M. Brandt, d’autres personnes ? Avons-nous été, en pleine campagne municipale, en présence d’un règlement de comptes, interne à l’Entente ? Tout cela, les citoyennes et citoyens ont le droit de le savoir.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le rêve inavoué du pouvoir absolu

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.20

     

    Depuis la crise du coronavirus, on n’aura jamais autant vu nos pouvoirs exécutifs suisses, dans l’Histoire de notre pays, depuis 1848. Jamais autant vu nos conseillers fédéraux. Jamais autant vu nos conseillers d’Etat. Jamais octroyé autant de visibilité à un chef d’Office, à Berne, ou un médecin cantonal. Jamais autant entendu tous ces braves gens s’exprimer de façon unilatérale, sans la moindre répartie ni contrepartie en face, si ce n’est des questions sagement factuelles, pour préciser des données techniques, ou la portée de telle ou telle consigne. Nos gouvernements paraissent, délivrent la bonne parole, daignent répondre à des interrogations techniques, sur l’application des décisions, puis disparaissent. Le lendemain, ou deux jours plus tard, ils réapparaissent, sur un scénario exactement identique. C’est réglé, comme du papier à musique, comme les bandes perforées de l’orgue de barbarie. C’est la Suisse, celle des instruments de précision, des automates, au service du pouvoir.

     

    Au risque de vous surprendre, je n’incrimine en rien nos gouvernants. Ils exercent le pouvoir en temps de crise, profitent d’une visibilité qu’on veut bien leur donner, ne s’embarrassent pas de Parlements qui justement sont aux fraises, bref ils vivent à fond le rêve inespéré, inassouvi, inavoué, de tout exécutif : le pouvoir sans contradiction, ni partage. Mieux : je reconnais qu’ils le font bien ! Alain Berset est un homme courtois, cultivé, modéré, aux tonalités convenables : c’est d’ailleurs pour cela que les Chambres fédérales l’avaient préféré au tonitruant Pierre-Yves Maillard. Lorsqu’Alain Berset paraît, la Suisse est rassurée. L’aspect oraculaire de sa prise de parole, confirmée par le grand-prêtre de l’Office, M. Koch, ne semble guère contesté par l’opinion, désireuse d’être sécurisée par des Messieurs polis et présentables. L’idée que, peut-être, toute la vérité ne soit pas toujours dite, ne semble effleurer que modérément les consciences de nos concitoyens.

     

    Il va tout de même falloir que ce petit jeu cesse. Et cela, quelle que soit la suite sanitaire de la crise. Notre tradition démocratique suisse, magnifique dans ses équilibres, n’est aucunement celle d’un pouvoir exécutif hyperprésent. Tout au contraire : il est d’usage, dans notre pays, que l’apparition des gouvernants soit rare, précieuse. Nous avons, chez nous, d’autres leviers du pouvoir. Par exemple, les Parlements : Chambres fédérales à Berne, et vingt-six Grands-Conseils dans nos Cantons. Mieux, oh oui beaucoup mieux : le peuple ! Ou, si vous préférez, le suffrage universel, le collège électoral de l’ensemble des citoyennes et citoyens. Hélas, aucune de ces deux instances, législative et populaire, ne s’est réveillée pour l’heure. En quel honneur dorment-elles ? Où est-il écrit qu’elles doivent se mettre en veilleuse à la première tempête venue ? Surtout, quel clairon les réveillera ? La Suisse n’est pas composée de sujets. Mais de citoyennes et citoyens libres. Mûrs, adultes, vaccinés. Ce sont eux qui doivent reprendre la parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • La jouissance du contremaître

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.20

     

    Le télétravail ? Voilà des années qu’il était déjà possible ! Des années perdues, pour les entreprises, pour la société surtout, par conformisme, par ronron, par paresse du changement. Et plus que tout, pour maintenir, dans les boîtes et dans la fonction publique, le bon vieux contrôle physique du petit chef, version bureautique du contremaître industriel, celui qui vient vérifier, derrière votre dos, si vous faites bien votre boulot. Il aura fallu une toute petite bête, maligne et virale, pour souligner la vanité de ces rapports hiérarchiques, où la sournoiserie de la domination le dispute au génie de la tracasserie.

     

    Il y a des métiers où il faut être là physiquement. Mais il existe de nombreuses fonctions, dans une activité professionnelle, qui peuvent s’exercer derrière n’importe quel écran d’ordinateur, là où on est. Dans ce second cas, le télétravail, qui valorise la confiance et la compétence (au final, il faut bien que le boulot soit accompli), vaut mille fois mieux que venir compter ses heures dans les locaux de son employeur.

     

    La notion même de « bureau », création de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et surtout du vingtième, est de plus en plus caduque. Pourquoi continue-t-on à construire des surfaces commerciales à Genève, alors qu’une quantité d’entre elles, aujourd’hui, sont vides ? Moins de déplacements, moins de jouissance dominatrice chez les petits chefs, moins de pollution, et le boulot qui sera quand même fait ! C’est le moment d’être révolutionnaire. Ou alors, c’est à désespérer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Surchauffe : bien sûr !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    Bien sûr qu’il y a eu surchauffe ! Bien sûr qu’avant la crise, avant ce ralentissement bienvenu à tant d’égards, la planète donnait, par endroits, l’impression de ne plus pouvoir respirer ! Regardez nos villes, regardez Genève : tout le monde convient d’un point positif (un, au moins !), c’est la pureté de l’air, la qualité des parfums du printemps qui parviennent jusqu’à nos narines, le calme dans les rues. Pour quelques semaines, on a mis sur « pause », et ça fait du bien.

     

    Bien sûr, il faut que l’économie redémarre, je ne cesse de plaider dans ce sens. Parce que sans l’économie, sans notre travail à tous, il n’y a rien : ni social, ni culture subventionnée, ni systèmes de santé, ni éducation, ni recherche. Mais beaucoup d’entre nous tombent d’accord sur un point : repartir comme avant, comme en l’an quarante, sur le modèle économique antérieur, serait la pire des folies.

     

    L’être humain doit travailler. Il doit produire un effort pour vivre. Mais le travail doit être au service de l’humain, non l’inverse. Au service de toute la communauté ! Et la préservation de l’environnement doit être l’une de nos priorités. Il y a d’autres modèles de loisirs que de griller du kérosène pour aller passer des week-ends à Berlin ou Barcelone. Il faut aussi s’interroger sur la récupération commerciale des grands rassemblements. Pour ma part, je vis parfaitement bien loin des foules. Et j’écoute mes concerts le soir, sur Mezzo. De l’air, de la musique, quelques livres ! Le bonheur est là, à portée de main.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Pour une Suisse libre et souveraine !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    La crise que nous traversons depuis des semaines a beau être planétaire, elle n’en est pas moins nationale dans les réponses que chaque pays, séparément, tente de lui donner. Chaque nation, au mieux, fait ce qu’elle peut ! Mais chacune le fait pour elle-même, avec le souci prioritaire de ses citoyennes et citoyens. On sait bien que les autres, à côté, livrent la même bataille, on pense à eux, en amis. On les admire même, comme cette magnifique Italie qui chante le « Va pensiero » de Verdi sur ses balcons. Oui mais au fond, chaque pays est seul. De la toile multilatérale, celle dont la « Genève internationale » est si fière, tissée depuis 1945, que reste-t-il ?

     

    Dans cette épreuve majeure, ces conglomérats de discours et d’intentions se sont purement et simplement évaporés. L’ONU, aux fraises. L’OMS, fragilisée comme jamais par la défection américaine. L’OMC, aux abonnés absents. L’Union européenne, incapable d’exister. Le château de cartes s’effondre, et avec lui toute une idéologie mondialiste, née de l’après-guerre, ayant joué le rôle de paravent présentable, ou de feuille de vigne, à la volonté dominatrice d’un impérialisme bien précis : celui des Etats-Unis d’Amérique.

     

    Le coronavirus est un révélateur. Il jette la lumière, sans la moindre ambiguïté, sur la permanence et la primauté demeurée des nations. Oui, ces mêmes nations que toutes ces dernières décennies ont cherché à gommer, décrire comme ringardes, dépassées. Que survienne une souffrance, et les voilà qui resurgissent ! La nation italienne livre son combat, à elle, avec son génie propre. La nation française. Et notre Suisse, aussi. Toutes sont respectables. Mais chacune est seule, ne peut compter que sur son peuple. Dans la réalité vécue de l’épreuve, les bavardages mondialistes, ça ne marche plus. Moment de vérité !

     

    Alors, plus que jamais, la Suisse, notre pays, doit mettre toutes ses énergies à construire sa souveraineté. Qu’elle le fasse avec détermination, sans se laisser impressionner une seule seconde par l’image qu’elle pourrait donner d’elle-même. Souveraineté sanitaire, ça va de soi, à une époque où tant de masques, de gants, de tests de détection ont fait défaut. Souveraineté énergétique. Souveraineté alimentaire : notre population, de tout son cœur, la réclame, elle qui retrouve le bonheur d’aller s’approvisionner à la ferme. Souveraineté économique. Souveraineté monétaire, en remerciant le ciel d’avoir encore le franc. Souveraineté sécuritaire : eh oui, la bonne vieille indépendance militaire, vilipendée depuis des décennies par les pacifistes. Souveraineté politique, la clef de tout, en demeurant un pays maître de ses décisions, de son destin. Il ne s’agit pas de construire un bunker, ni un Réduit national : il s’agit simplement, tout en cultivant avec les autres l’amitié et l’échange, de demeurer une nation libre. Paisible, ouverte, souriante. Mais libre !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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