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  • Droite genevoise : des thèmes, pas des stars !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.04.21

     

    La droite genevoise est-elle si malade que cela ? Pas sûr du tout ! Au second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat, cette grande famille politique a certes perdu un siège au gouvernement, et permis une majorité exécutive de gauche (deux socialistes, deux Verts). Mais enfin, regardons les chiffres : près de 60% de l’électorat, ce dimanche 28 mars, a accordé sa confiance à des candidats de droite, et seuls 40% à la gagnante, la Verte Fabienne Fischer. Cette dernière est élue, elle est légitime, mais sa victoire, en termes de sociologie électorale, n’est pas celle d’une volonté d’avoir la gauche au pouvoir à Genève. La droite était désunie comme jamais, elle se déchirait autour d’un homme, la gauche était en ordre de bataille, tant mieux pour elle, donc acte.

     

    Nous entamons une période de deux ans, un peu particulière. Un gouvernement à gauche, un Grand Conseil à droite. Un Conseil d’Etat qui n’a pas du tout convaincu pendant les trois premières années de législature. Deux ans, à laisser un monde se terminer, en attendant un renouvellement général de l’exécutif, au printemps 2023, qu’on souhaite le plus large possible. La politique genevoise a besoin de nouveaux visages, de nouvelles impulsions, de nouveaux enthousiasmes. En attendant, les droites genevoises (le pluriel s’impose, tant cet univers politique est disparate, complexe) ont un impérieux besoin de se refaire une santé. Le seul moyen, pour y parvenir, sera de se réunir sur des thèmes, et non autour d’un homme providentiel. La prédominance absolue des thèmes sur les personnes, c’est l’un des fils conducteurs de ma ligne éditoriale, depuis des années, dans cette page. Je regrettais d’ailleurs, à Noël, qu’elle fût interrompue au profit d’une complémentaire, de nature évidemment à mettre sur orbite des stars, plutôt que des idées.

     

    Oui, la droite genevoise peut se ressaisir. Qu’elle laisse, pendant ces deux ans, les questions d’écuries rivales, au profit d’une puissante réflexion sur les idées. Nous sommes en Suisse, nous avons la démocratie directe, le personnage principal c’est le citoyen, la citoyenne, et certainement pas l’élu. L’essence du combat politique, c’est le choc des idées, le fracas des imaginations, et non le petit destin personnel de tel ou tel représentant du peuple. Si la droite genevoise veut revivre, elle doit empoigner les questions de fond qui touchent la population, à commencer par le sort des classes moyennes, pressées comme des citrons dans notre canton. Fiscalité, logement, mobilité, pouvoir d’achat. Sans compter le chantier amiral de la formation : le Département de l’Instruction publique est à reprendre, à fond. Sur des objectifs d’humanisme et de passion dans l’ordre de la transmission. Il faut se défaire des apparatchiks, et renouer avec l’immense bonheur de la chose enseignée, d’humain à humain. Il faut y réintroduire la jouissance du chemin vers la connaissance. Si la droite genevoise s’engage sur ces thèmes-là, en oubliant ses vedettes, l’horizon lui est ouvert.

     

     

    Pascal Décaillet

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  • Covid : 10% de rabais d'impôts pour ceux qui ont tenu !

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    Sur le vif - Mardi 20.04.21 - 15.41h
     
     
    Le travail, le travail, toujours le travail ! Taxer ceux qui bossent, en absolue priorité. Les faire cracher au bassinet. Les transformer en vaches à lait de notre système fiscal. C'est ainsi que les choses se passent, à Genève. Et ça en devient franchement révoltant. Il faut inventer d'autres formes de perceptions fiscales, sur d'autres critères que le seul revenu du travail.
     
    Il ne faut pas dire : "Ah oui, bonne idée, on va le faire". Non, il faut SE RETROUSSER LES MANCHES, ET LE FAIRE ! Sinon, nous allons, dans les années qui viennent, vers des secousses sociales violentes. Les grandes Révolutions, à commencer par la plus universellement connue, la Révolution française, n'ont pas été faites, n'en déplaise aux images d’Épinal, par le prolétariat. Mais par les classes moyennes. En 1789, on appelait cela le Tiers Etat : des gens qui se levaient le matin pour aller bosser, avaient immensément contribué à la prospérité française de cette seconde partie du 18ème siècle, mais demeuraient méprisés par les élites, tout juste bons à cracher le fric, sous la férule de la taxe.
     
    On ne peut plus, à Genève, accorder une telle prédominance à l'impôt sur les revenus du travail par rapport aux autres formes de fiscalité. Cet impôt, pour les classes moyennes, devient totalement insupportable. Il doit être d'urgence revu à la baisse. Et puis, osons le dire : il n'est pas normal que 38% des contribuables ne paient pas d'impôts du tout. A se demander s'il vaut encore la peine de bosser, s'investir dans la vie professionnelle, y engloutir son temps, son énergie, sa puissance d'imagination, sa santé, pour finalement engraisser une machine étatique qui peut parfaitement - ET DOIT - revoir son train de vie.
     
    Un mot enfin sur le Covid. Dans cette crise, l'Etat a pris en charge beaucoup de gens. Aides directes, exonérations des loyers commerciaux, etc. Nous n'en contestons pas le principe. Mais il y a aussi des personnes, et principalement des indépendants, qui n'ont pas touché un centime d'aide, ne l'ont d'ailleurs pas sollicité, n'ont pas pris une heure de pause, se sont rendus tous les jours sur leur lieu de travail, ont gagné de quoi se faire ponctionner par l'Etat pour entretenir la machine générale, mise sur ordre au ralenti. Eh bien ces gens, sans qui le Canton serait aujourd'hui en faillite, méritent un geste de la part de la collectivité. Une ristourne linéaire de 10% sur leur impôt sur le revenu serait un signe de reconnaissance. Parce qu'ils ont tenu. Ils n'ont rien demandé. Ils n'ont fait qu'apporter. Seulement voilà, à eux, on ne pense jamais.
     
    Ce rabais, ils n'en verront bien sûr jamais la couleur. Parce que, dans toute cette affaire du Covid, il y a, pour éviter le grand frisson des barricades, une Sainte Alliance tacite entre les puissants et les assistés. Sur le dos de la classe moyenne, tout juste bonne à cracher au bassinet. Les braves soutiers du système, dans la salle des machines !
     
    Eh bien cette classe moyenne, dans les années qui viennent, va nous donner de ses nouvelles. Sa révolte, sa colère, pourraient bien précipiter les grands changements de société que notre si tranquille classe politique, toute de bonhomie et d'impéritie, ne fait que différer.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La Révolution fiscale viendra du peuple !

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    Sur le vif - Lundi 19.04.21 - 14.11h
     
     
    Genève : l'impôt sur le revenu doit être drastiquement baissé. Si l'Etat veut se faire du fric sur le dos de la population pour auto-nourrir son propre fonctionnement, qu'il trouve d'autres ficelles que de taxer, et taxer encore, ceux qui bossent !
     
    S'il faut un impôt, alors nous devons le réinventer. Je dis "nous", à dessein : la fiscalité, c'est l'affaire de tous. Toutes les citoyennes, tous les citoyens du Canton. La politique, c'est nous qui devons la faire, et sûrement pas les seuls élus. Nous exprimer. Apporter des idées. Faire fonctionner à fond la démocratie directe. Que les lois soient nos lois, à tous, et pas juste les touche-virgules des juristes parlementaires.
     
    Républicain jusqu'à la moelle, partisan absolu du suffrage universel, méfiant viscéral face aux corps intermédiaires, j'appelle à une prise en main des questions fiscales par le corps des citoyennes et citoyens. La cléricature des élus ne changera rien sur le fond, elle ne fera que soupeser les points-virgules. La Révolution fiscale, la réinvention de l'impôt, l'allègement draconien de la charge sur les revenus du travail, tout cela doit venir du peuple. Et le peuple, c'est nous !
     
    Et l'Etat, il va falloir qu'il le réduise, son train de vie !
     
    Et la colère des classes moyennes, croyez-moi, il va falloir qu'on commence à l'entendre !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Dudamel : le feu !

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    Sur le vif - Vendredi 16.04.21 - 18.44h
     
     
    Gustavo Dudamel, nouveau directeur musical de l'Opéra de Paris ! C'est une nouvelle extraordinaire, pour tous ceux qui ont suivi le parcours de ce jeune et magnifique maestro vénézuélien, notamment à la tête de l'Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela, et de sa section Jeunes. Dudamel, juste 40 ans, c'est un tempérament, c'est la fougue, c'est le bonheur absolu de diriger. Dudamel, c'est le feu.
     
    Longue vie à ce meneur d'orchestres hors du commun. Je me réjouis qu'il revienne à Genève, et que je puisse le recevoir dans l'une de mes émissions. Sur notre vieux continent européen, tant d'immenses chefs nous ont quittés, ces dernières années : pour ceux qui me touchent au plus près, je pense à Claudio Abbado (2014), Mariss Jansons (2019), et bien sûr au bouleversant Johann Nikolaus, Comte de La Fontaine et d'Harnoncourt-Unverzagt (2016), l'homme qui avait dans l'intimité de son sang la noblesse de la musique. J'ai ressenti ces trois départs comme des pertes irréparables.
     
    Nous en avons encore, en Europe, d'immenses, comme Simon Rattle et pas mal d'autres. Mais la vieille Europe a besoin de se ressourcer. Le continent sud-américain, qui nous a donné Daniel Barenboim et Martha Argerich, a tant à nous apporter ! Paris avait besoin d'ardeur et de passion. Avec Dudamel, elle sera servie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Chancellerie : et si la Bavière avait ses chances ?

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    Sur le vif - Vendredi 16.04.21 - 14.12h
     
     
    Dans une analyse publiée il y a trois jours (mardi 13.04.21), ici même, et intitulée "La capitale du monde, c'est Munich, pas Berlin !", j'évoquais l'idée que, pour la première fois dans l'Histoire allemande, le Ministre-Président de Bavière puisse nourrir de sérieuses chances de devenir Chancelier fédéral.
     
    Mon analyse allait à l'encontre de l'ensemble des commentaires publiés dans la presse suisse, qui, bien obédients face à la Cour de la Chancelière sortante (l'élection se déroulera le 26 septembre), n'avaient d'yeux que pour le protégé de Mme Merkel, Armin Laschet.
     
    Eh bien, je vous invite à suivre ce qui va se passer dans les heures et les jours qui viennent. Markus Södler, le CSU Bavarois, a ses chances ! Et il pourrait bien les avoir, même si Laschet devait l'emporter auprès des instances internes du parti !
     
    L'enjeu, c'est l'avenir de l'Allemagne. Angela Merkel aura été une Chancelière qui compte. Avec un bilan contrasté (ouverture inconsidérée des frontières à l'automne 2015, mais bonne gestion de la crise sanitaire), mais enfin elle restera dans l'Histoire. Après elle, l'Allemagne a besoin d'une autre personnalité forte. Ca n'est pas rien d'être Chancelier fédéral. Il n'est pas impossible - et c'était le sens de mon papier, il y a trois jours - que la personnalité du Bavarois Söder soit nettement plus puissante que celle du Rhénan Laschet.
     
    Seulement voilà : dans nos bons médias suisses, il faut plaider pour la gentille continuité de l'entourage Merkel. Et surtout pas pour la droite conservatrice bavaroise. Parce qu'elle est la droite. Et parce qu'elle est conservatrice.
     
    J'ignore absolument qui sera le prochain Chancelier. Mais je suis très heureux d'avoir été l'un des premiers, en Suisse, à soulever les problèmes de l'identité profonde de la Bavière, le rôle de trait d'union d'une candidature luthérienne bavaroise à la Chancellerie, l'occasion historique qui s'offre aux Allemagnes : laisser enfin, peut-être, un Ministre-Président de l'Etat libre de Bavière, ce pays profond au sein des nations de langue allemande, accéder à la fonction suprême.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Car ce chemin de mort est un chemin de vie

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    Sur le vif - Jeudi 15.04.21 - 16.48h
     
     
    La guerre qui nous a été déclarée n'est ni territoriale, ni économique, ni sociale. C'est une guerre culturelle. Au sens le plus puissant de ce mot, "culture", celui qui va chercher dans l'humain ce qu'il a de plus profond : son chemin vers la langue (pour reprendre la magnifique titre de Heidegger, Unterwegs zur Sprache), sa liberté de dire et d'énoncer, sa solitude face au champ des mots. La langue n'est pas seulement un instrument : c'est elle qui nous porte, nous élève, nourrit nos rêves. Elle est, comme la musique, souffle et vie, rythme, respiration, silences, ponctuation de la vie qui va.
     
    Si c'était une guerre sociale, je ne prendrais pas parti, tout au moins pas avec la même netteté. Regardez mon panthéon, depuis des décennies : on y trouve aussi bien Pierre Mendès France que Willy Brandt, nous ne sommes pas exactement là dans l'exaltation du libéralisme. Politiquement, je suis nuancé. Culturellement, je suis viscéral, passionné, sans doute élitaire.
     
    Ils ont touché à la langue, tenté le putsch, avec par exemple leur galimatias inclusif. Il n'auraient pas dû. Cela va se retourner contre eux, je crois. Ils touchent en nous quelque chose de trop profond, et cela n'a rien à voir avec les questions de sexe, de genre, de domination/soumission, dont ils voudraient faire le centre du monde.
     
    Mais le centre de la langue, où est-il ? Mystère. La langue n'est pas une boîte à outils, enfin pas seulement. Elle nous enfante. Elle nous accompagne. Elle nous charrie. Elle nous porte en elle. Nous passons, elle demeure. Un peu changée, mais à vrai dire très peu. Elle évolue, bien sûr, mais pas comme ça, pas sur injonctions, pas sur ordres. Ni du pouvoir, ni de ceux qui se figurent (avec quelle prétention) comme des contre-pouvoirs. Alors qu'ils ne font que dupliquer des illusions.
     
    Ils passeront. Nous passerons, tous. Nous vivons, nous allons à la mort. Vivre, c'est apprendre à disparaître. La langue, dans ce chemin, nous accompagne. Comme Simon de Cyrène, elle nous aide à porter. Ca crée des liens. Car ce chemin de mort est un chemin de vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Gottfried Benn : rigueur, précision, poésie

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    Sur le vif - Jeudi 15.04.21 -
     
     
    Il faut lire les pages culturelles de la Weltwoche, de même qu'il faut lire celles de la NZZ et de la Frankfurter Allgemeine.
     
    Là, dans l'édition de ce matin (jeudi 15.04.21, no 15), c'est Gottfried Benn (1886-1956). L'un des plus grands poètes de l'expressionnisme allemand. Un Prussien. Remarquable double page, signée Ulrich Gumbrecht, sur la réédition des poèmes selon la version originale (Fischer Taschenbuch, 688 pages).
     
    Benn est un immense poète, et je le dis aux germanistes : il mérite une approche plus complète que les morceaux retenus habituellement dans les anthologies. C'est un Prussien pure souche, habité par l'Histoire de cette nation, fils d'un pasteur luthérien de Mansfeld (l'actuelle Prignitz), il a été médecin (dermatologue), il a servi pendant la Grande Guerre, il s'est engagé dans l'expressionnisme tout en étant un adversaire de la République de Weimar, il a très sérieusement sympathisé avec les nazis, avant de s'en séparer. Disons que sa seule relation avec le régime NSDAP, de 33 à 45, mérite un livre entier, tant elle est complexe. Il meurt à Berlin, en 1956.
     
    Ca, c'est le Benn biographique. Mais il faut entrer dans son écriture poétique. La double page de la Weltwoche nous y invite avec puissance et précision : rares sont les articles de presse qui, au sujet d'un poète, entrent en matière sur l'essentiel : le rythme, le souffle, la prosodie, l'essence même du vers. Gumbrecht, dans cet article, le fait. On est loin des survols et des approximations : on entre dans le ventre du sujet.
     
    J'invite tous les profs d'allemand, dès le niveau fin Collège, à faire lire aux élèves, à haute voix, la poésie précise, concrète et structurée de Gottfried Benn. L'un des repères de la littérature allemande dans la première partie du vingtième siècle.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les ploucs ? D'une chiquenaude, nous pouvons les éjecter !

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    Sur le vif - Mercredi 14.04.21 - 16.56h
     
     
    La guerre des mots, je l'ai dit, sera sans pitié. Elle nous a été déclarée, il nous faut la mener. Pour ma part, j'irai jusqu'au bout. Je ne céderai à aucun jargon, aucun communautarisme de langage, aucun tribalisme de vocabulaire. En clair, ni langage inclusif, ni novlangue des Verts, pour prendre deux exemples.
     
    J'ajoute une chose. Dans cette guerre, les créateurs de charabia ne sont pas ceux à qui j'en veux le plus. Ils ont cru bon d'user de ces ficelles langagières comme d'outils de combat, fort bien. En revanche, je déclare ici, haut et fort, mon absence totale de considération pour ceux qui, par facilité, par trouille face aux emmerdes, par hantise de déplaire aux tsunamis de mode, reprennent comme des perroquets les barbarismes qu'on nous impose.
     
    Dans cette guerre, le personnage principal, ça n'est pas le cuistre qui nous balance ses néologismes. Non. Le personnage principal, c'est chacun d'entre nous. Seul face à sa plume. Seul face à sa langue. Seul, face au rapport qu'il entretient avec sa capacité à générer des mots. Veut-il la langue, sa qualité, sa puissance de transmission, sa prodigieuse liberté ? Ou au contraire, veut-il l'esclavage du mimétisme sur la mode qui passe, et qui tente de l'asservir ?
     
    La guerre n'est pas contre les ploucs, il nous suffirait d'une chiquenaude pour les éjecter. Non, la guerre est en chacun de nous. C'est une affaire de conscience individuelle, de capacité d'émerveillement face au miracle de la langue.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Cracher au bassinet !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.04.21

     

    Depuis de longues années, dans ce journal, je tire la sonnette d’alarme au sujet des classes moyennes. Une brève définition, d’abord : tous les gens situés entre les assistés et les personnes aisées. Un membre de la classe moyenne ne touche pas un seul centime de subvention, il paye des impôts, et même beaucoup, et même franchement trop. Il vit de son boulot, et non de rentes.

     

    Il a toujours peur de tout perdre, parce qu’il n’a pas les réserves suffisantes pour vivre six mois sans salaire, ou sans revenu, en autarcie. Les plus précaires, ce sont évidemment les indépendants de la classe moyenne : s’ils n’ont plus de travail, ils ne pourront pas toucher le chômage, leur situation peut très vite devenir dramatique.

     

    Le sort de la classe moyenne doit être l’absolue priorité de ceux qui nous gouvernent. Ils payent beaucoup trop d’impôts, on taxe beaucoup trop le travail, c’est particulièrement injuste pour ceux qui se lèvent le matin pour aller bosser. Pour les classes moyennes, aucune aide, jamais, ni pour l’assurance-maladie, ni pour le loyer : on n’est là que pour cracher au bassinet. Payer, payer, et toujours payer !

     

    Eh bien moi, je vous dis que ça suffit. La classe moyenne, à Genève, il y a un jour où elle va se révolter. C’est d’elle que pourraient venir, dans les années qui viennent, les grandes secousses sociales. Ne pas le voir venir, c’est commettre une gigantesque faute politique. Gouverner, ça n’est pas seulement administrer le présent. Gouverner, c’est prévoir.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

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  • Et la poudre aux yeux, ça rapporte ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.04.21

     

    Vous connaissez mon opposition viscérale à toute forme de dette, j’en ai déjà parlé ici. Cela me vient de mes quinze années d’expérience comme petit entrepreneur : ne rien devoir à personne, jamais. Ne pas acheter de matériel, ni se lancer dans un quelconque projet coûteux, si on n’a pas, antérieurement, économisé les fonds nécessaires. C’est une conception prudente de l’économie, peut-être même timorée, j’en suis conscient. Mais je tiens la tenue du budget d’un Etat pour comparable à celle d’une famille : on dépense ce qu’on a ; si on n’a pas, on s’abstient.

     

    Hélas, nos édiles ne voient pas exactement les choses comme cela. Ils dépensent, dépensent, et dépensent encore. Ils nous produisent des budgets déficitaires, creusent la dette, au point que cette dernière devient vertigineuse. Il faudra des décennies pour la rembourser, c’est un cadeau empoisonné légué à nos enfants. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont favorables, mais demain ? Comment notre classe politique peut-elle se montrer à ce point irresponsable ? Elle joue avec les deniers des contribuables. Notre argent, le fruit de notre travail, de notre sueur ! Elle dilapide, et il faudrait la laisser faire sans réagir.

     

    Pire : elle tente de nous entraîner dans son sillon maléfique, en nous brandissant, à longueur de débats, le prétendu distinguo entre « la mauvaise dette » (celle qui touche le fonctionnement de l’Etat), et la « bonne dette » (emprunter pour investir). Du coup, le mot « investissement » devient un vocable magique, un mantra. Peu importe qu’on se lie les mains face à un créancier (les banques qui prêtent à l’Etat, il faudra bien un jour en parler, de celles-là), pourvu que ce soit dans le dessein salvateur de « l’investissement ». Le seul mot, brandi dans un débat économique, est réputé définitif, comme un coup de marteau final à l’issue d’une sentence. « Investir » nous est présenté comme la vertu suprême, celle qui lave du péché : le miracle baptismal.

     

    Dans ce petit jeu où la langue nous piège, soyons attentifs, pour prendre un exemple au hasard, au discours des Verts. Ils commencent par nous parler anglais : « Green New Deal ». Une louche de poudre aux yeux, une petite référence au grand Roosevelt, pour nous dessiner, en pure théorie, en pure spéculation, sans la moindre garantie, des chœurs symphoniques de lendemains qui chantent. Des milliards pour la rénovation et l’isolation des bâtiments, par exemple, tout cela sur engagement massif de l’Etat, sur la base d’emprunts à on ne sait quelle banque, charge au contribuable (et à sa progéniture) de rembourser un jour ces sommes colossales.

     

    Ce discours-là, c’est exactement celui qui fait mode auprès de nos élites de gauche, à Genève. Et ça tombe bien : ils ont, pour deux ans, la majorité au Conseil d’Etat ! Le Parlement aura-t-il le cran de s’opposer à cette chansonnette de perlimpinpin ? Comprendra-t-il qu’il représente le peuple, les contribuables, et qu’un minimum de rigueur et de raison s’impose, si on veut éviter la catastrophe ? On peut rêver ! C’est l’un des derniers droits qui restent aux classes moyennes, ponctionnées jusqu’à la moelle. Excitant, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La capitale du monde, c'est Munich. Pas Berlin.

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    Sur le vif - Mardi 13.04.21 - 10.19h
     
     
    Quand on pense Bavière, on pense catholicisme. C'est un tort. La Bavière est certes à majorité catholique, mais tout le Nord du pays bavarois est fortement imprégné par la Réforme, notamment la Franconie moyenne (Mittelfranken) et la Haute-Franconie (Oberfranken), régions que j'ai la chance de bien connaître : elles jouxtent par le Sud le Land de Thuringe, temple vivant de la religion luthérienne.
     
    Mais c'est ainsi : l'image première de la Bavière, ce sont Munich, les Châteaux de Louis II, les lacs sublimes qui se reflètent dans les Alpes, à la frontière autrichienne. J'y ai passé encore quelques jours l'été dernier, de retour d'un séjour en ex-DDR. Il est vrai que le tableau est saisissant.
     
    J'ai déjà abordé, dans ma Série Allemagne en 144 épisodes, le cas, si particulier et passionnant, de "l'Etat libre de Bavière", la région d'Allemagne (avec la Saxe et la Prusse) où j'ai passé le plus de temps. C'est un pays, en soi. C'était un Royaume, jusqu'à la Révolution de novembre 1918, qui y fut particulièrement féroce, avec des Soviets locaux, proclamés en 18-19 dans la plupart des principales villes. La Bavière industrielle, ouvrière, se rappelait à notre bon souvenir, faisant éclater le vernis d'une imagerie paisible et prospère, celle de la carte postale de Linderhof et Neuschwanstein.
     
    Bref, l'Histoire de la Bavière reste à écrire : elle est celle d'un pays comme un autre, qui a cherché au 19ème siècle à vendre au monde une image d’Épinal, mais traversé par toutes les forces antagonistes de l'Europe : Réforme, Contre-Réforme, guerres napoléoniennes, fin du Saint-Empire (1806), cheminement vers l'Unité allemande (1866), Révolution industrielle, deux guerres mondiales, Révolution de novembre 1918, contradictions et mensonges de l'après-guerre. Pays captivant, méconnu, victime de la carte postale qu'il nous avait lui-même concoctée, avec de bons gros bougres, en shorts de cuir, brandissant une chope de bière. Un pays comme les autres : ça ne vous rappelle rien, amis Suisses ?
     
    Je vous parle ce matin de la Bavière luthérienne, moins connue que la Bavière catholique, parce que le Ministre-Président, Markus Söder, 54 ans, natif de Nuremberg, est justement luthérien. Et qu'il s'invite, contre l'appareil de la CDU, contre Armin Laschet, le dauphin désigné de Mme Merkel, à la course à la Chancellerie, qui se jouera le 26 septembre. Et sa candidature, moins sage et moins docilement orthonormée Europe que celle de son rival, va faire parler d'elle.
     
    A-t-il des chances ? Nous verrons. Mais une chose est sûre : pour la toute première fois, un Ministre-Président de Bavière s'ouvre la voie vers le pouvoir central. A l'image d'un Prince électeur, à l'époque du Saint-Empire, postulant pour le titre d'Empereur. Telles sont les Allemagnes, décentralisées, plurielles, très personnalisées dans les régions. Un Bavarois à la Chancellerie : même le puissant Franz Josef Strauss, le Taureau de Bavière, n'y était pas parvenu. En avait-il seulement eu envie ? La capitale du monde, chez ces gens-là, c'est Munich. Pas Berlin.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Résister aux modes : maintenant, ou jamais !

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    Sur le vif - Dimanche 11.04.21 - 10.37h
     
     
    Il faut savoir résister aux modes. Elles finissent toujours par passer. Et il arrive toujours un moment, après quelques années, où on finit pas les considérer avec le demi-sourire qui sied aux choses désuètes. Pire : les plus sévères, après coup, sont ceux qui, sur le moment, leur avaient succombé avec le plus d'obédience.
     
    Mais c'est trop tard, Messieurs les anciens servants enfin affranchis. Les modes, c'est du temps de leur tyrannie qu'il faut leur dire non. Je parle ici des modes de pensée, non des caprices vestimentaires, qui ne m'ont jamais intéressé.
     
    Alors, parlons d'ici et de maintenant. Pour ma part, je résiste aux excès d'un double courant : la mode féministe et la mode climatiste. Je ne remets pourtant en cause ni l'égalité la plus totale des sexes, ni la nécessité de protéger notre planète. Je parle bien des excès : colonisation du discours, postures menaçantes face aux gens qui pensent autrement, auto-proclamation tribale de "collectifs", mise à l'écart des opposants : je n'accepte pas ces procédés. Je ne les ai jamais acceptés, de personne.
     
    J'avais dix ans en mai 68, j'ai observé de près les événements, j'avais l'oreille collée à la radio : déjà, je détestais ces mouvements de foule, qui s'élevaient contre un homme que j'admirais, un homme de l'Histoire.
     
    Les années passeront. Un jour, d'autres contempleront l'empire exercé sur nos consciences, au début de ces années 2020, par des mouvements extrêmes. Le langage inclusif, cette verrue sur la langue française, ils en dégageront toute la part de Préciosité, au sens de Molière. Le sabir des "chercheurs en sciences sociales", ils le compareront au latin des médecins du Malade imaginaire.
     
    Ce sera bien. L'Histoire efface, sur le sable. Elle avance, corrige, prend distance. Ce sera bien, mais ce sera trop tard. Je m'adresse à ceux d'entre vous qui, peut-être, partagent mon scepticisme dans les domaines que j'ai évoqués ici. Je leur dis : le réveil, c'est maintenant. Le combat, c'est maintenant. La solitude, c'est maintenant. Les maux de bide parce qu'on se crée des emmerdes face à la doxa qui régente, c'est maintenant.
     
    Maintenant, ou jamais.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Thomas Mann : l'autre vie

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    Sur le vif - Samedi 10.04.21 - 20.13h
     
     
    Il y a, dans la phrase de Thomas Mann, toute l'extrémité d'une saveur qui ressemble au vertige de se perdre. Celui d'un enfant, en forêt.
     
    La phrase est complexe. Le verbe, lointain. Les incises, enracinées. C'est son style, c'est son souffle, c'est sa vie. Jamais plus saisissant que lorsqu'il laisse poindre, dans une description physique, les premiers signes d'une maladie.
     
    À lire Thomas Mann, on commence par se dire qu'on se perd. Et puis, par le miracle d'une adhésion, qui est souffrance et jouissance, on se remet à vivre. Dans l'autre vie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La gauche et l'altérité sublimée

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    Sur le vif - Samedi 10.04.21 - 10.27h
     
     
    Jean Ziegler se passionne pour le sort des migrants.
     
    On aimerait sentir, chez lui, la même fougue en faveur de nos jeunes sans emploi ni avenir, nos retraités qui n'en peuvent plus d'attendre la maigre rente de fin du mois, nos Suisses dans l'extrême précarité, nos sédentaires depuis des générations, dont les familles ont fait ce pays, à tous les niveaux, sans se croire obligées de céder à l'ivresse spéculative du mondialisme.
     
    On aimerait percevoir, chez la gauche, le même élan de solidarité pour les nôtres que pour l'altérité.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Logement : merci de penser à la classe moyenne !

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    Sur le vif - Samedi 10.04.21 - 08.54h
     
     
    Logement : il est raisonnable et pertinent de songer aussi à la classe moyenne. Et de mettre une limite à la frénésie de "logements sociaux" imposée par la gauche idéologique à la Praille. Le projet de loi et la motion de la droite vont dans le bon sens.
     
    Ponctionnée jusqu'à la moelle par la pression fiscale, ne bénéficiant d'aucune subvention, aucune assistance, n'étant là que pour cracher son pécule et le remettre à l'Etat, la classe moyenne doit avoir au moins - dans le premier temps d'une vaste reconquête de ses droits - la possibilité de trouver un logement à Genève.
     
    Pendant ces deux ans de gouvernement de gauche, la droite genevoise, majoritaire au Parlement et surtout au sein du peuple (60% le 28 mars), doit se montrer inflexible, frontale et unie.
     
    Dans les actes. Mais aussi, dans le vocabulaire : elle doit refuser de reprendre les mots de la gauche, à commencer par la liturgie verbale des Verts. Du courage, que diable !
     
    Les deux prochaines années seront passionnantes.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Richard Strauss : le chant de nos corps, jusqu'aux os !

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    Sur le vif - Vendredi 09.04.21 - 17.50h
     
     
    Pas un seul jour sans que je ne songe au miracle que représente pour moi l'oeuvre instrumentale de Richard Strauss (1864-1949). Pas seulement les opéras, ça on sait ! Pas seulement les Lieder, assurément sublimes ! Mais l'oeuvre instrumentale. Le sens infini, wagnérien, du "motif". L'art de la variation. Le champ de vie et d'éclosion accordé à chaque instrument, comme chez Debussy, chez Bartók.
     
    Dès l'adolescence, j'étais tombé amoureux des opéras de Strauss. Et puis, j'ai travaillé sur Hofmannsthal, il y a une quarantaine d'années, et là je suis entré encore plus dans Strauss, tant les deux hommes, le librettiste et le musicien, le dramaturge et le compositeur, étaient faits l'un pour l'autre. Miracle d'une rencontre, comme Brecht et Kurt Weill, Mozart et Da Ponte, Alban Berg et Frank Wedekind, l'auteur de Lulu.
     
    Fasciné par cette fécondité viennoise (sans oublier jamais que Richard Strauss fût Munichois), j'ai mis des années à me rendre compte de l'incomparable qualité de l'oeuvre instrumentale de l'auteur des Métamorphoses. Hier encore, sur le coup de minuit, j'écoutais sur Mezzo "Aus Italien", sous la remarquable direction de la cheffe Ariane Matiakh. Il y a, dans la musique de Richard Strauss, l'usage des cordes et des cors, dès sa jeunesse wagnérienne et jusqu'à sa mort, quelque chose qui me semble de nature à faire vibrer nos os, nos vertèbres, nos côtes. C'est une musique tellurique. On y entend la terre.
     
    Je consacrerai un épisode de ma Série Allemagne, dans les mois qui viennent, à l'exceptionnelle collaboration qui fut, au tournant des 19ème et 20ème siècles, celle entre Hugo von Hofmannsthal et Richard Strauss. L'Autriche et la Bavière sont de grandes nations. On y tutoie les sommets.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Chômage en Suisse : l'absolu scandale d'un chiffre !

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    Sur le vif - Vendredi 09.04.21 - 12.37h
     
     
    Comment osent-ils annoncer triomphalement une baisse du chômage en Suisse, alors que les chiffres sont éhontément biaisés par la mise sous perfusion de centaines de milliers de salariés par le système des RHT (chômage partiel) ?
     
    Sans compter les milliards de subventions allouées directement par la Confédération ou les Cantons, depuis un an, en puisant dans les réserves. On creuse la dette, et on vient bomber le torse en disant "Regardez comme nous sommes bons, en Suisse, avec le taux de chômage !".
     
    A la vérité, la situation économique et sociale de la Suisse est en train d'atteindre une précarité jamais vue depuis la guerre. Pour le moment, ça ne se voit pas trop (sauf dans l'hôtellerie-restauration), parce qu'on a encore les moyens de la mise sous perfusion. Mais cela ne sera pas éternel, on ne peut appauvrir à l'infini notre pays, il a besoin de réserves pour le long terme.
     
    Cette présentation des choses, avec ces prétendus miraculeux 3,4%, est un véritable scandale. Tout comme est scandaleuse, à Genève, la non-prise en compte de l'assistance sociale dans les chiffres des sans-emplois. De partout, on biaise, on distorsionne. De partout, on enjolive. De partout, on nous ment.
     
    Qu'on laisse les entreprises reprendre leur boulot. Qu'on laisse les gens bosser. Qu'on fasse, à la fin de l'année, le vrai décompte des faillites (dans la restauration, il sera hélas catastrophique). Qu'on laisse la vérité des choses poindre, une fois les perfusions asséchées. Et nous le verrons monter en flèche, le vrai chiffre du chômage en Suisse.
     
    Le Seco se conduit comme une officine de propagande, pour rassurer la population. Aucun relayeur d'informations, en Suisse, n'a le droit de recracher bien docilement ces chiffres, sans les mettre dans la perspective du réel. En vérité, notre pays va mal. Il peut et doit s'en sortir. Nous ferons tout pour cela. Mais de grâce, pas en construisant l'avenir sur du vent. Ni sur des mensonges.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Devenir Suisse

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.04.21

     

    Vouloir le vote des étrangers, c'est avoir une conception flasque, approximative, du périmètre de l'Etat, et de celui d’appartenance nationale. On a la nationalité, ou on ne n'a pas. Si on l'a, on vote. Si on ne l'a pas, on ne vote pas. Si on veut l'acquérir, on postule à la naturalisation.


    Cette dernière doit être accessible à tous, mais claire quant à ses exigences. Il faut montrer un intérêt très vif pour le pays dont on demande le passeport. Il faut connaître son Histoire, et de grâce pas seulement les récits mythiques du treizième siècle, mais la vraie Histoire suisse, celle de 1798, 1848, 1919, nos institutions, nos grandes figures. Il faut connaître tout cela en profondeur.

     

    Le candidat ne doit pas être jugé comme un singe savant, peu importe s'il bute sur une date. Ce qu'il faut, c'est dégager la puissance de passion qu'il installe dans sa volonté d'être Suisse, le reste vient après. Notre Histoire. Il doit la connaître dans ses grandes lames de fond, et non en laborieux pointilliste ayant appris par cœur des repères.

     

    Tout cela exige une chose. C’est que les examinateurs, eux aussi, soient dotés intellectuellement de ce bagage. Et soient capables de faire la différence entre une Histoire suisse comprise, et la tristesse d’un bachotage que l’on recrache. On souhaite à tous les candidats de réussir l’examen, il faut se montrer ouvert, humain, et non pinailleur sur un détail relatif à Sempach ou Morgarten. On leur souhaite de réussir. On se réjouit de les accueillir. Et là, oui, ils pourront voter.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • La guerre des mots sera sans pitié

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.04.21

     

    « Pacification ». C’est le mot utilisé par les Verts, à Genève, quand ils s’expriment sur l’avenir de la mobilité en Ville. Le mot est doux, il contient la paix, la douceur d’un monde meilleur. Les Verts ne sont pas des guerriers. Ils veulent notre bonheur. Ce qu’ils appellent « pacification », en mobilité urbaine, c’est tout simplement la victoire totale de leur vision, à eux. Pistes cyclables, rues piétonnes, priorité absolue aux transports publics, voitures chassées du centre-ville. Pour une bonne partie des Genevois, les habitants de la Ville, les livreurs, les travailleurs, les petits entrepreneurs, cette éradication du trafic motorisé est la promesse d’une grande violence à leur égard, peut-même un acte de guerre. Mais les Verts disent « pacification ». Ils tentent d’imposer leurs mots, leur langage, leurs euphémismes. Ils adoucissent les vocables, pour atténuer la part d’agressivité du concept. Car ce qui, pour les uns, constituera le Paradis de la mobilité future, sera hélas perçu par d’autres comme un Enfer. Alors, pour préparer le terrain, on enjolive les mots.

     

    C’est un exemple, parmi tant d’autres. Les Verts déboulent dans notre espace sémantique et sonore avec une batterie de mots, qu’ils glissent partout, et tentent de rendre courants : « transition énergétique », « urgence climatique », « transfert modal ». Ils arrivent avec leur vocabulaire, dans leur sac à dos. Ils entendent non seulement triompher politiquement (on ne saurait le reprocher à un parti), mais refonder notre rapport au langage. Ils aspirent à prendre pied dans nos cerveaux, coloniser notre vocabulaire, imposer quelques mots-clefs, qui sont ceux de leur propagande. Ils débarquent avec leur liturgie, leur latin d’Eglise. Et nous ? Nous sommes les indigènes de leur nouveau monde, les sauvages qu’ils vont éradiquer de leurs archaïsmes. Pour notre bien, ils vont nous inculquer le vocabulaire de la rédemption.

     

    Et les Verts sont encore bien doux. A côté, par exemple, des partisans du langage inclusif, cette poisse noire, pesante, collée aux ailes de la langue française. De partout, on tente de nous l’imposer. Partout, je l’affirme, il faut résister. C’est la beauté de notre langue qui est en cause, sa capacité à l’envol, sa grâce, sa légèreté. Sa lisibilité, aussi, qui doit offrir au lecteur, à l’auditeur, un champ ouvert, accueillant à toute semaison, plutôt qu’un fatras d’obstacles. Nous sommes enfants de la langue, elle est notre mère, bienveillante et nourricière, à l’image de ces madones, qui nous sourient, sur le contour d’un sentier de montagne. Défendons notre langue, ne la laissons pas salir, surcharger, par des idéologues incapables de saisir la puissance musicale d’une syllabe, la richesse de répit d’un soupir. Ils nous ont déclaré la guerre de la langue. Eh bien, menons-la ! Si nous cédons sur ce point, alors nous aurons tout perdu. Les mots sont beaucoup plus que des outils. Ils sont les feux sacrés de nos âmes. Sur ces valeurs-là, désolé, on ne transige pas. On se bat.

     

    Pascal Décaillet

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  • Über Brecht als Dichter - Meine persönliche Empfindung

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    *** "Distanzierung" ? Ja, natürlich ! Aber vor allem ein Dichter. Ein Zauberer der Sprache. In Brecht's Texten singt eine unvergleichbare Musik. Mein Verhältnis mit diesem ungeheurem Schrifsteller.***
     
    Ostermontag, den 05. April 2021. 16.06h.
     
     
    Überall seit meiner Kindheit höre ich Bertolt Brecht fast exclusiv als Dramaturg bezeichnet, was er natürlich im höchsten Punkt war. Überall "Dramaturg", und immer mit diesem Leitmotiv : "Distanzierug". Was auch genau ist.
     
    Seit der Kindheit - oder Ende Kindheit - habe ich trotzdem persönlich eine ganz andere Empfindung von diesem unvergleichbaren Autor. Für mich ist Brecht zuerst ein Dichter. Ein Zauberer der Sprache. Ein Worterfinder. Ich habe natürlich unzahlbare Stücke von Brecht auf der Bühne gesehen. Aber ich habe vor allem das Werk von BB gelesen, und nochmals gelesen, und immer noch gelesen. Und gehört ! Mit der Musik von Kurt Weill.
     
    Ich bin normalerweise kein Theaterleser, nur Zuschauer. Aber nicht im Falle von Bertolt Brecht ! Und auch nicht im Falle von Jean Racine. Warum ? In diesen beiden Beispielen schenkt uns der Text - der Text allein ! - etwas unsagbares zu hören. Ich lese Brecht immer mit lauter Stimme, wie für jeden Dichter, und wie (zum Beispiel) die deutsche Übersetzung der Bibel durch Martin Luther. Brecht's Antigone, über die ich vor vierzig Jahren gearbeitet hatte (im Vergleich mit Sophokles), ist wie eine Musik geschrieben : die Spezialisten können sogar etwas schwäbisches wiedererkennen, wie eine Spur von Brecht's entfernten Kindheit.
     
    Gegen mächtige Dramaturgentheorien über "Distanzierung" habe ich überhaupt nichts. Bin aber kein Thetarfachmann ! Nur ein gespannter Leser, verliebt in die Dichtung und in die deutsche Sprache.
     
    Beste Grüsse an alle deutschsprachigen Leser !
     
     
    Pascal Décaillet

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