Liberté - Page 4

  • La Suisse, l'Europe, les pleureuses

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.06.21

     

    Insupportables pleureuses, dignes des cimetières méditerranéens ! Insupportables pleureurs ! Vous nous noyez de vos larmes, alors que le Conseil fédéral, sur l’Europe, a pris sa meilleure décision depuis de longues années. Enfin, claire. Enfin nette. Tranchante. A hauteur du gouvernement d’une nation certes paisible, amie de ses voisins, désireuse d’échanger et de partager, mais viscéralement attachée à sa souveraineté. La Suisse, dans le concert des nations, est un tout petit pays, aux équilibres fragiles, sans matières premières, entouré de voisins puissants, à commencer par la France et l’Allemagne. Nous les aimons, ces voisins, je suis le premier à les aimer : je rédige depuis six ans une Histoire de l’Allemagne en 144 épisodes, dont 32 déjà publiés, je me nourris depuis l’enfance d’Histoire de France, je vibre pour l’étude du monde arabe et du Proche-Orient, on peinerait à me taxer de Suisse replié.

     

    Oui, la Suisse est petite et fragile. Mais, au fil des siècles, patiemment, elle a tissé, à l’interne, des liens puissants, de confiance et de respect des équilibres, qui lui permettent de tenir, face au monde, avec la cohérence d’une nation, parmi les autres. Depuis 1848, notre pays a construit un système institutionnel, une démocratie directe (1891, surtout), une volonté de représentation proportionnelle à Berne (1919), une aspiration au dialogue social (1937), qui, peu à peu, ont dessiné les contours d’un pays ouvert, respectueux, travailleur, soucieux de finitions, que beaucoup nous envient. Et puis, après la guerre, il y a eu l’immense aventure de nos assurances sociales, dont la pierre angulaire est l’AVS, débattue en 1947, entrée en vigueur en 1948. Profs d’Histoire, apprenez ces choses-là à vos élèves !

     

    Petit pays, face aux masses tectoniques des grands mouvements européens. Ils n’ont pas commencé avec le Traité de Rome, qui lance en 1957 l’aventure de l’Europe communautaire, bien sûr que non, ils ont toujours été là : Saint-Empire, Révolution française, guerres napoléoniennes, construction des identités nationales, guerres mondiales. Nous avons toujours eu, dans l’ombilic alpin de ce continent en fusion, les ressources pour nous définir, parfois dans la communauté de destin (1848), parfois dans la différence. Avec plus ou moins de gloire, plus ou moins de panache, parfois plutôt moins que plus, nous avons toujours fini par trouver les issues. Le sort des petits n’est peut-être pas de se couvrir d’héroïsme, mais de permettre aux siens de survivre.

     

    Dans ces conditions, il faut dire, très fort, aux pleureurs et aux pleureuses, que leurs jérémiades nous fatiguent. L’Accord-cadre, que le Conseil fédéral a décidé à juste titre d’enterrer, le mercredi 26 mai 2021, n’était pas bon. Il était atrocement mal fagoté, posait des problèmes sociaux et institutionnels insurmontables, il fallait mettre fin à l’exercice, c’est chose faite. Maintenant, gardons notre calme. Respirons. Et réapprenons à nous parler, entre Suisses, avant d’envoyer à Berne des diplomates avec des sacs de nœuds dans leurs valises.

     

    Pascal Décaillet

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  • Service des votations : l'affaire est gravissime

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    Sur le vif - Mardi 01.06.21 - 11.12h
     
     
    22 caisses, contenant des enveloppes de vote, sont donc restées trois jours, soit tout le week-end de Pentecôte, sur le trottoir, devant l'entrée du Service des votations. Affaire révélée par mon confrère Raphaël Leroy, de la RTS. C'est un scandale, l'un des plus importants de ces dernières années. Il doit avoir des suites. Et pas seulement à la Poste. Pas seulement en jouant du fusible sur le facteur.
     
    Le facteur ? Bien sûr qu'il a commis une erreur monumentale. Il aurait dû ramener ce matériel à la poste, pour distribution remise au mardi suivant.
     
    Mais tout mettre sur le Géant jaune, c'est exonérer un peu vite le Service des votations, la Chancellerie, et, in fine, la responsabilité suprême de contrôle du Conseil d'Etat.
     
    Nous sommes en plein processus de vote pour le scrutin du 13 juin. Des milliers de gens déposent chaque jour leur enveloppe dans une boîte postale jaune, pour acheminement au Service des votations. Ce dernier, avec un minimum de jugeote, pouvait peut-être se douter que des enveloppes arriveraient un samedi, et donner à une personne la responsabilité de les recueillir, et de les placer en lieu sûr. Ou alors, pour le moins, le Service des votations aurait pu, en amont, passer un accord avec la Poste pour prévoir ce genre de cas.
     
    Il s'agit de nos votes, bon sang ! Il ne s'agit pas de prospectus publicitaires. Il s'agit de l'acte - sacré, en démocratie - par lequel les citoyennes et citoyens font part de leur décision suprême sur des affaires touchant aux intérêts supérieurs de la Cité. Nos autorités - clairement, le Conseil d'Etat - ont le devoir absolu de garantir le parfait acheminement de ces votes jusqu'à un lieu sûr, qui sera celui du dépouillement. Puisqu'on en est encore à passer par la Poste, alors le Conseil d'Etat et la Poste doivent avoir mis au point, en amont, le plus parfait des processus, incluant toutes les hypothèses. Celle d'une porte fermée, un samedi, le facteur n'ayant pas le code, et personne n'étant là pour assurer la réception, relève de la galéjade, du pataquès, de la pantalonnade, de l'incurie la plus totale, jusqu'au plus haut niveau de l'exécutif genevois.
     
    Tout mettre sur ce pauvre facteur, c'est exonérer l'autorité politique genevoise de sa responsabilité. Nous n'en sommes pas à la première bourde au Service des votations. Que fait la Chancellerie ? Qu'a fait la Présidence du Conseil d'Etat pour assurer aux citoyennes et citoyens genevois que le vote du peuple, seul souverain dans notre démocratie suisse, serait acheminé en totale sécurité vers son lieu de dépouillement ?
     
    Cette affaire doit avoir des suites. Personne ne doit être épargné, par des petites combines ou des copinages politicards. On ne peut plus laisser le Service des votations, la Chancellerie, le Conseil d'Etat, jouer ainsi avec la démocratie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Que chacun assume ses mots, à lui !

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    Sur le vif - Lundi 31.05.21 - 13.52h
     
     
    Désolé, mais l'expression "neutralité carbone" appartient au jargon des Verts. Tout comme "urgence climatique". Les Verts ont le droit d'en user à leur guise, chacun est libre de ses choix de langage. Mais en aucun cas ces formules, qui reflètent un choix idéologique bien précis, n'ont à être reprises, telles quelles, par des gouvernements.
     
    Quand je vois le Conseil d'Etat genevois nous annoncer, pour après-demain, une conférence de presse in corpore pour nous chanter la liturgie du "Plan climat cantonal", avec comme objectif "la neutralité carbone d'ici 2050", je n'ai pas l'impression d'être à hauteur d'un langage gouvernemental, mais à celle d'une Grand-Messe des Verts.
     
    Je ne conteste en rien aux Verts le droit d'avoir leurs idées, ni de les défendre haut et fort. Mais l'empressement, par peur de déplaire au vent des modes, à reprendre leurs mots, leurs formules, leurs incantations, est insupportable. Tout le monde se met à parler comme les Verts : les gouvernements, les médias, les flous du PLR, les tièdes du Centre. A droite, seuls résistent encore les PLR non-contaminés, les conservateurs, les souverainistes, et une gauche du travail peu sensible aux bobos gentrifiés des villes. Pour le reste, c'est la débandade, le joyeux Rethondes de la capitulation, on prend les mots des Verts, on signe sans regarder, et va pour le "Plan climat cantonal", et vogue la galère pour la "neutralité carbone".
     
    Dans cette affaire, je ne reproche strictement rien aux Verts, ils jouent leur jeu sur l'échiquier politique. Mais de grâce, que chacun assume ses mots, à lui. Le plagiaire est l'incendiaire de la diversité de la pensée. Les choristes, sages repreneurs de formules, étouffent tout courage, toute puissance de solitude, toute aspiration au cisèlement individuel, pourtant fondateur de l'acte de langage.
     
    Que les Verts parlent comme des Verts ! Mais alors, que les radicaux se remettent à nous parler d'Etat, les socialistes du peuple, et la droite, qu'elle recommence à s'intéresser aux valeurs intellectuelles, spirituelles et philosophiques qui fondent, depuis la Révolution, son existence dans le débat public.
     
    J'invite chacun à être lui-même. Plutôt que de reprendre misérablement les syllabes de propagande des autres.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le Pont de l'Enfer

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.05.21

     

    A peine Genève commence à entrevoir la fin de la crise Covid, voilà que pleuvent les annonces de leurs déconvenues futures ! Ça concerne la circulation, et ça va faire mal. Dans quelques jours, début des travaux sur le Pont du Mont-Blanc, autant dire l’enfer pour les automobilistes. Plus tard, chamboulement complet de Cornavin, où la voiture sera bientôt réputée indésirable. Et tout cela coïncide avec quoi ? Avec le retour massif des pendulaires, reprise économique oblige.

     

    Bien sûr, il faut entretenir le Pont du Mont-Blanc. Mais un peu de jugeote, de la part de tout qui constitue à Genève le pouvoir, un peu de coordination, un peu de stratégie dans la communication, ne seraient pas de trop. Mais non ! On catapulte les mauvaises nouvelles, sans la moindre vision d’ensemble dans l’opportunité des annonces. On signifie aux automobilistes qu’ils vont, une fois de plus, en baver. En filigrane, on leur délivre du mépris, une totale insensibilité à leur sort : « Ils n’ont qu’à prendre les transports publics ! ».

     

    Eh bien non, nous n’avons pas « qu’à » ! Nous avons, à Genève, le libre choix de nos modes de transports. Nous n’avons absolument pas à nous sentir coupables, parce que ça contredit la doxa des Verts, de nous déplacer en voiture. Rien ne nous oblige à succomber au charme du vélo, ni des bus, ni des trams, ni des trains. Va-t-il falloir, à Genève, recréer un parti des automobilistes, bien poujadiste et bien populacier, pour se faire entendre ? Je vous klaxonne mon salut.

     

    Pascal Décaillet

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  • Plaidoyer d'un souverainiste viscéralement européen

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    Sur le vif - Jeudi 27.05.21 - 14.50h
     
     
    Je suis souverainiste, depuis toujours. Et je suis profondément européen. Non au sens de la machinerie de l'UE, mais dans celui, autrement plus fondateur, de mon appartenance totale à ce continent que j'aime, au sein duquel je voyage depuis six décennies, dont je parle une ou deux langues, en tentant d'en apprivoiser quelques autres, dont l'Histoire m'habite et me passionne.
     
    Toute ma formation, tous mes chemins de connaissance, le français, l'allemand, le latin, le grec, puis l'italien, un peu de grec moderne, me mènent à l'Europe. Elle est mon terroir, mon terreau, je lis ses écrivains, j'écoute ses musiciens. J'ai passé pas mal de temps en Allemagne, y compris à l'époque de la DDR, j'ai étudié avec passion la littérature allemande, je prépare une Histoire de l'Allemagne en 144 épisodes, dont 32 sont déjà publiés. Je lis la presse européenne en plusieurs langues, je m'essaye aux journaux grecs, mais là, j'ai encore un sacré boulot.
     
    Tout ça, pour inviter mes compatriotes à partager mon amour du continent. Je ne suis pas un occidental, encore moins un atlantiste, le monde anglo-saxon ne m'attire guère, je vibre pour l'Europe continentale, les Balkans, le Proche-Orient (où je me suis rendu maintes fois), l'Afrique du Nord. Je rends hommage à mes parents, qui nous ont permis, ma soeur et moi, de découvrir de fabuleux pays, dans notre enfance, aujourd'hui lointaine. Le Proche-Orient, justement, mais aussi par exemple la Scandinavie, été 1968, avec un voyage mémorable jusqu'au Cap Nord, et retour, dans la Mercedes 280 S de mon père. Inoubliable.
     
    Pourquoi j'écris ça ? Pour bien séparer deux choses. Le sentiment profond d'appartenance au continent européen (en Prusse, en Saxe, en Thuringe où vécurent Bach et Luther, je me sens chez moi, tout autant que dans un monastère perdu de la Grèce). Et puis, d'un autre côté, la défense d'une Suisse intraitable sur son indépendance, sa souveraineté. Non parce qu'elle est la Suisse, mais parce que toute nation doit être souveraine, ou n'être pas, sans troisième voie. Le destin de notre pays, pour moi, n'est pas de se fondre dans une entité supérieure. Collaborer, oui. Échanger. Apprendre à se connaître. Partager la culture, les langues. Mais en demeurant souverain.
     
    J'écris ça, aussi, parce que je couvre l'actualité Suisse-Europe depuis plus de trente ans, depuis Delamuraz, dont le souvenir illumine encore ma mémoire. J'ai couvert tous les combats, EEE, bilatérales, initiatives de l'UDC. Et maintenant, j'aspire à l'apaisement. Cet accord institutionnel était touffu, atrocement mal fagoté, le Conseil fédéral a mille fois bien fait de tirer la prise. Maintenant, il nous faut nous calmer. Respirer. Ne rien précipiter. Retirer le dossier aux diplomates et aux technocrates. Prendre quelques années pour nous demander, entre nous, les citoyennes et citoyens suisses, ce que nous voulons, en termes de politique européenne.
     
    Laissons, quelques années, nos amis Européens tranquilles, tout en maintenant avec eux des relations de confiance et de respect mutuel. Et instaurons le seul débat qui vaille : non pas celui des Suisses avec l'Europe, mais celui des Suisses avec la Suisse. Car à l'intérieur de notre pays complexe et fragile, la plus grande conquête n'est pas d'aller vers la connaissance de l'univers. Mais vers celle de nous-mêmes. Notre petit pays, riche de ses tranquilles inquiétudes, en vaut la peine.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     
     

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  • PLR-UDC : champ libre !

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    Sur le vif - Mercredi 27.05.21 - 11.23h
     
     
    Stupidement divisées pendant trente ans par la question européenne, les deux grandes composantes de la droite suisse, le PLR et l'UDC, ont désormais le champ libre pour cheminer ensemble, beaucoup plus que sur les seules questions économiques, financières et fiscales. C'est valable en politique fédérale. Et c'est valable dans les cantons.
     
    Si, captives de leurs propres baronnies, elles ne saisissent pas la divine surprise d'hier (je connais la référence, l'utilise à dessein, et l'assume pleinement), alors nous aurons définitivement en Suisse la droite la plus bête du monde.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Suisse-Europe : restons calmes, et voyons large !

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    Sur le vif - mercredi 26.05.21 - 16.56h
     
     
    Ce mercredi 26 mai 2021 restera dans l'Histoire de la Suisse contemporaine comme un jour de salut par la clarification. Entre notre pays et l'Union européenne, deux entités parfaitement respectables par ailleurs, trois décennies d'extrême complication devaient trouver une issue, de même que le Noeud Gordien doit être tranché. Depuis aujourd'hui 16h, c'est chose faite : le Conseil fédéral tire la prise. Il enterre l'Accord cadre. Et il a mille fois raison.
     
    Je suis le dossier Suisse-Europe depuis plus de trente ans. J'ai accompagné Jean-Pascal Delamuraz dans plusieurs de ses voyage, lorsque j'étais correspondant à Berne, j'ai couvert avec une rare intensité, dans quasiment tous les cantons et dans la Berne fédérale, la votation du 6 décembre 1992 sur l'Espace économique européen. J'ai couvert Eurolex, les bilatérales, les initiatives de l'UDC, bref j'ai vibré plus de trente ans sur la question.
     
    J'aime la Suisse, mon pays. Et j'aime l'Europe, notre merveilleux continent. J'aime son Histoire, ses langues, sa musique, sa poésie, sa culture. En Provence, je me sens chez moi. En Prusse, je me sens chez moi. En Toscane, je me sens chez moi.
     
    Alors, quoi ? Alors, restons calmes. Respirons. Voyons large. Félicitons-nous d'être de ce continent, et d'avoir ces voisins-là. Les Français, les Italiens, les Allemands, et tous les autres, sont nos amis. Notre refus d'aller dans la machine institutionnelle de Bruxelles n'empêche pas cet élan de fraternité continentale, loin de là.
     
    Le Conseil fédéral a raison de tirer la prise. Notre relation avec l'Union européenne, ni adhésion ni voie solitaire, beurre et argent du beurre, était devenue insupportable de complexité. Déjà l'écheveau de Jean-Pascal Delamuraz, auquel je croyais et auquel j'avais dit oui le 6 décembre 1992, était beaucoup trop touffu. Dévoré par la pieuvre des fonctionnaires ! Dépourvu de la nécessaire clarté en politique dont parle si souvent l'un des hommes que j'admire le plus, Pierre Mendès France.
     
    Le Conseil fédéral arrête les frais, c'est une bouffée d'air. Ne précipitons rien. Restons calmes. Demeurons aimables avec nos partenaires. Et prenons le temps, entre nous, de savoir exactement ce que nous voulons. Ensuite, peut-être, nous donnerons un mandat à nos diplomates. Et puis, peut-être pas. La Suisse est un grand peuple, une démocratie à l'écoute des ses citoyennes et citoyens. Et l'Europe est un grand continent, qui n'a pas à rougir de son rôle dans l'Histoire du monde. C'est avec ces voisins-là que nous devons, sans nous énerver, construire quelque chose de solide pour l'avenir. Il nous appartient, entre nous, à l'intérieur du débat politique suisse, d'en définir les contours, avant de donner le moindre signal à l'extérieur.
     
    Le Conseil fédéral, aujourd'hui 16h, a pris son épée. Et il a tranché le Noeud Gordien. Ca fait du bien. On respire. La Suisse ne va pas s'écrouler, l'Europe non plus. Ne nous laissons plus jamais impressionner par les surexcités, les pistolets sur les tempes. Soyons des citoyennes et des citoyens libres, cultivés, ouverts aux autres peuples, avides de savoir et de connaître. Lisons Thomas Mann, lisons les poèmes de Pasolini, lisons la poésie grecque, ancienne et contemporaine. Pénétrons-nous de la musique de ce continent. Arrachons l'idée européenne aux fonctionnaires et aux pusillanimes. Soyons citoyens. Cheminons vers la connaissance. Cheminons, comme Heidegger nous y invite, vers la langue, et vers le langage. C'est cela, en Suisse et en Europe, l'enjeu de notre destin.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Que la droite assume ses valeurs !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.05.21

     

    Nous sommes dans une démocratie, nous n’allons pas nous en plaindre. Nous n’avons ni homme fort, ni dictateur, ni sauveur providentiel. Faire de la politique, en Suisse, n’est pas réservé aux élus, surtout pas ! C’est le lot de toute citoyenne, tout citoyen. Les patrons c’est le peuple, c’est nous. Et, comme nous sommes d’avis différents sur les moyens d’assurer le bien de la Cité, nos visions s’entrechoquent, nous nous frottons, nous nous engueulons : rien de plus sain ! Dans les régimes autoritaires, on parle assez peu, on se contente du murmure en catimini, on rase les murs, on a peur. En Suisse, on a le droit de s’exprimer, il est venu lentement à travers les siècles, il est, comme chez nos voisins, le fruit d’une conquête. Aux générations qui nous ont précédés, nous devons notre reconnaissance. Il ne faut pas croire que ces droits sont arrivés tout seuls.

     

    Mais alors, pour le moins, que chacun d’entre nous assume ses positions. Qu’il en ait le courage ! Ne venez pas me parler de neutralité, ça n’existe pas ! D’ailleurs, nous avons en Suisse une exemplaire démocratie directe, le monde nous l’envie, elle nous propose quatre fois par an de dire oui ou non à différents projets, eh bien assumons nos oui, ou nos non. Si on est à gauche, ayons le courage d’être à gauche. Si on est à droite, défendons les valeurs de la droite. Hélas, trois fois hélas, dans le second cas de figure, ça ne fonctionne pas ! Nous avons affaire, au sein de la droite suisse, à part à l’UDC, à une droite qui semble totalement timorée à l’idée d’affirmer ce qu’elle est, d’où elle vient, ce que fut son Histoire, où sont ses fondamentaux. Une droite qui copie la gauche. Une droite qui reprend servilement le jargon climatiste, le langage des Verts, leurs tics verbaux, leur liturgie dans l’ordre de la désignation, de la nomenclature. Bref, une droite qui n’ose pas.

     

    Pour notre démocratie, c’est une catastrophe. Le combat des idées a besoin de clarté, de courage, de précision dans le contour des antagonismes. Il a besoin d’hommes et de femmes qui n’ont pas peur du conflit, ni des meutes de petits délateurs sur les réseaux sociaux, qui s’y entendent à merveille pour détruire une réputation. Il a besoin des Verts, et, s’ils y tiennent, de leur langage. Et il a tout autant besoin, en face, d’hommes et de femmes courageux, pour dire aux Verts : « Nous sommes en désaccord total avec vous, votre sabir ne vaut pas un clou, vous ne nous impressionnez pas, votre mode passera, nous luttons pour d’autres valeurs ». La démocratie, c’est cela ! C’est le courage de s’opposer ! Et c’est, surtout, celui d’aller à l’encontre du courant dominant du moment, celui devant lequel tout le monde se prosterne : les médias, les éditorialistes, le causeurs, les chroniqueurs, les petits bavards des réseaux, et jusqu’à certains humoristes, totalement affidés au pouvoir, eh oui, ça existe ! La démocratie, c’est l’antagonisme. Ça passe par la puissance d’une solitude. Pas par l’intégration à une meute.

     

    Pascal Décaillet

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  • Arvo Pärt, la musique de la vie

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    Sur le vif - Lundi 25.05.21 - 15.03h
     
     
    Enfant, j'accompagnais régulièrement mon père, ingénieur en génie civil, le samedi, sur des chantiers qu'il avait en Valais, des tunnels de montagne. Il avait rendez-vous avec le chef de chantier, nous nous engouffrions dans la roche, il y avait de l'eau, de la boue, les gouttes suintaient de partout dans la pierre, c'était saisissant. Je me souviens aussi qu'il y avait des anfractuosités avec un sifflement d'air, comme du vent qui aurait réussi à s'immiscer dans les galeries.
     
    C'est exactement à cela que j'ai pensé hier soir, en écoutant sur Mezzo le prodigieux concert donnant cinq oeuvres du compositeur estonien Arvo Pärt, né en 1935. Enregistrement le 20 octobre 2018, Philharmonie de Paris, Talinn Chamber Orchestra, Estonian Philharmonic Chamber Chor, le tout dirigé par le grand chef estonien Tonu Kaljuste.
     
    Je vous invite, si vous ne la connaissez pas, à découvrir la musique d'Arvo Pärt. C'est l'un de nos plus grands contemporains. On le qualifie de "minimaliste", et c'est vrai que son style est le plus épuré qu'il nous soit donné d'entendre. Il joue de quelques accords, rejette toute fioriture, toute modulation, nous donne à écouter la note, dans une totalité qui rappelle le plain-chant grégorien. Parfois, cet effet qu'Arvo Pärt appelle le style "tintinnabuli", et qui simule le son d'une cloche, ou de clochettes. Des gouttelettes aussi, peut-être.
     
    La note s'étend dans l'immensité de ce qui pourrait bien être une grotte de montagne. Un tunnel en construction, d'où perlent les gouttes, de partout. C'est une musique de barrage, dans ses entrailles. C'est une musique de cathédrale. Une musique d'une incroyable modernité, contemporaine à nos angoisses, nos aspirations à l'unité retrouvée.
     
    Hier, sur Mezzo, c'étaient Fratres, puis le Cantus in memoriam Benjamin Britten, puis Adams Lament, puis Salve Regina, puis son fameux Te Deum.
     
    Cet univers sonore nous amène dans un autre monde. Ou plutôt non : dans ce monde-ci, le nôtre, dans ce qu'il a d'élémentaire, d'aérien, de liquide, de minéral. Des tuyaux d'orgues, en plus simple, avec comme seul jeu celui de la vie et de la mort. La vie, avec ses pulsations, son rythme, le temps qu'elle prend. Comme Jean-Sébastien Bach, c'est une musique pour les vivants. La musique de la vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Que la droite soit la droite !

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    Sur le vif - Vendredi 21.05.21 - 07.22h
     
     
    Je l'ai dit, je le répète : le soutien des instances PLR à la loi CO2 est incompréhensible.
     
    Je dis bien "les instances". Pas la base du parti ! Pas les petits artisans, les petits entrepreneurs, les livreurs, les propriétaires de camionnettes, ceux qui se lèvent le matin au fond d'une vallée latérale et doivent faire des kilomètres pour aller bosser dans la plaine. Pas les bons vieux radicaux cassoulet, qui ont encore les mains dans le cambouis, et qui nous manquent tant. Ils ont fait la prospérité de la Suisse !
     
    Cette adhésion de la droite à un projet culpabilisant et surtaxant est révélatrice de la contamination des esprits par la doxa des Verts. Ils réussissent, par leur discours moralisateur et apocalyptique, à faire douter leurs adversaires de leurs propres valeurs.
     
    Quand la droite aura retrouvé ses fondamentaux, dont elle n'a absolument pas à rougir et dont beaucoup ont fait ce pays, elle pourra, tout en se montrant attachée à la protection de la planète (dont les Verts ne détiennent absolument pas le monopole), recommencer à tenir un rôle signalé dans les esprits.
     
    Sinon, ravagée par la mauvaise conscience instillée à dessein par ses adversaires, elle continuera de rouler de défaite en défaite.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Décevant, M. Dal Busco !

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    Sur le vif - Jeudi 20.05.21 - 15.03h
     
     
    La circulation redevient insupportable à Genève, on sent la fin de crise. Le lundi 31 mai, le jour même où les bistrots rouvriront, le Pont du Mont-Blanc transformera Genève en enfer. Rafraîchissante coïncidence.
     
    Il eût été trop simple, M. Dal Busco, de commencer les travaux pendant la crise Covid, alors que la circulation était moins pesante, sur Genève.
     
    Il eût été trop simple de les commencer au début de l'été, laissant ainsi aux Genevois le répit de juin.
     
    Il eût été trop simple d'éviter le collusion avec le redémarrage de l'économie.
     
    Les Genevois, M. Dal Busco, ne vous reprochent pas d'entreprendre des travaux sur le Pont du Mont-Blanc.
     
    Mais une quantité d'entre eux ne supportent plus le manque de coordination, de recul, de vision d'ensemble, de vos décisions. Elles tombent, l'une après l'autre, comme des couperets successifs. On ne sent ni empathie pour le brave automobiliste moyen, ni largeur de vue. Juste des ukases, égrenés sans état d'âme.
     
    C'est décevant, M. Dal Busco. Très décevant. Le Docteur Faust avait vendu son âme au Diable. Auriez-vous vendu la vôtre à la doxa des Verts ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Pour une école enthousiaste et joyeuse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.05.21

     

    L’école genevoise est à la peine. Elle ressemble à une immense machine, dans une gigantesque usine, avec des mouvements répétés, des milliers d’ouvriers qui s’affairent, la tyrannie de la mécanique, sans que personne ne sache exactement ce qu’on y fabrique, dans quels buts, pourquoi tous ces gens sont là, dans quel dessein. C’est impressionnant, mais un peu triste. Le Temps modernes, de Charlot, sans l’éclat de rire toutes les dix secondes, sans le scintillement du génie d’un Chaplin.

     

    Bien sûr, la crise sanitaire n’a rien arrangé. Ordres, contre-ordres, travail à distance, délitement des classes, perte de repères : l’école est sans doute l’une des institutions à avoir le plus souffert de la période Covid. Tous sont passés par un légitime mal-être : les élèves, les profs, les parents. A eux, notre sympathie : tous ces acteurs du monde scolaire ont été les victimes d’un épisode totalement dévastateur de lien social dans notre Histoire. Un virus, totalement imprévisible, a surgi dans leur destin, il a profondément nui au bon fonctionnement de l’institution. On pourrait presque, si l’affaire se prolongeait (ce que nul ne souhaite, bien sûr), parler de génération sacrifiée.

     

    Mais le virus n’explique pas tout. Disons qu’il joue un rôle de révélateur, en aggravant un état général qui, antérieurement à la crise sanitaire, multipliait déjà les signes de morosité. Il y a, dans la machinerie scolaire genevoise, des choses qui ne vont pas. Et le premier sentiment qui se dégage est celui d’une certaine tristesse. Oh bien sûr, vous pourrez me contredire avec d’excellents contre-exemples, me signaler tel prof génial, enthousiasmant, et j’espère bien en effet que cela existe. D’ailleurs, les profs ne sont pas ici en cause. Le métier est passionnant, mais difficile, ceux qui l’exercent méritent notre respect et notre reconnaissance. Mais il y a la machine, toujours recommencée, moins poétique hélas que la Mer, de Paul Valéry.

     

    Il ne faudrait tout de même pas que l’école genevoise, infestée de tristesse, se mettre à ressembler à un Cimetière marin. Alors qu’elle a besoin de sens. De passion. D’enthousiasme, dans la transmission des connaissances. De joie, partagée entre tous les acteurs de ce lien sacré : les profs, les élèves, tous ceux qui recréent ce lien de filiation si merveilleusement décrit par Charles Péguy dans « L’Argent », Cahiers de la Quinzaine, 1913. Oui, l’école a besoin de retrouver la joie. Certains, sans doute, la transmettent, hommage à eux. Mais l’impression générale est hélas celle de la tristesse. Comme si la machine – toujours elle – du Département, avec ses commissaires au fonctionnement, l’emportait sur l’émotion d’apprendre. Cela, nos élèves ne le méritent pas. Ils sont au début de leur vie, dans une phase d’appétit et d’ouverture. Le champ du possible leur est ouvert. Le rôle de l’école, c’est de satisfaire cette faim et cette soif de sens. Avec exigence, certes. Mais avec passion.

     

     

    Pascal Décaillet

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  • D'abord les nôtres !

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    Sur le vif - Vendredi 14 mai 2021 - 10.31h
     
     
    La situation économique extraordinairement difficile dans laquelle va s'installer la Suisse post-Covid va vous imposer des choix de survie.
     
    Au premier plan d'entre eux, s'imposera tout naturellement une régulation draconienne des flux migratoires. Le concept "D'abord les nôtres" sera de moins en moins contesté, l'idée s'imposera doucement, de même que la préférence cantonale, à Genève, a progressivement conquis les consciences, ces dix dernières années.
     
    Des secteurs comme l'hôtellerie-restauration, le transport aérien, sont exsangues, parmi hélas beaucoup d'autres. Il faudra une solidarité nationale. Les Suisses y sont prêts. Mais une majorité d'entre eux exigeront que l'aide parvienne en absolue priorité à ceux d'ici, ceux qui depuis des décennies ont fait ce pays, ceux qui ont travaillé toute leur vie pour sa prospérité. Avec une attention toute particulière au régime des retraites. Et à la diminution des charges sur les classes moyennes.
     
    Nulle relation internationale de la Suisse, nulle politique extérieure, notamment face à l'Union européenne, nulle cléricature de diplomates, ne pourra faire l'économie de cette exigence ascendante, puissante, tellurique, de l'opinion publique suisse : d'abord les nôtres.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Blanquer au DIP !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.05.21

     

    Ministre français de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer n’est pas un capitulard. Le 6 mai dernier, dans une circulaire au Bulletin officiel, le successeur de Jules Ferry a officiellement proscrit l’usage de l’écriture inclusive. Notamment ce fameux « point médian » qui brouille la lecture, enfume l’esprit, dissout l’entendement, obscurcit le sens.

    C’était donc possible ! Au milieu d’une France étouffée par la peur des courants dominants, un homme a osé. Il a pris la décision. Il a pris la plume. Il a dit : « On arrête les frais. On trace une ligne rouge ». Il a réagi à l’aplaventrisme généralisé. Et l’immense majorité des Français, ceux du pays profond, pas ceux des « collectifs », lui en seront infiniment reconnaissants. Parce qu’il a défendu la langue. Sa prodigieuse aptitude à la clarté, à la légèreté (dans le plus beau sens du mot, celui de Verlaine). Il a défendu la langue, contre ceux qui la polluent.

    En France, un homme a osé. Et à Genève ? Qui, parmi les gens de pouvoir, aura l’élémentaire audace de dire « Maintenant, ça suffit ». Les points médians, les lourdeurs de l’inclusif, empèsent et empoissent le discours officiel, jusqu’à être rendus obligatoires dans certaines administrations. Il faut maintenant qu’à Genève, une voix se lève. Et, très calmement, très fermement, sans haine, dise simplement non. Si la France le peut, Genève le peut. Nous sommes enfants de la même langue. Amoureux des mêmes syllabes. Lecteurs des mêmes poèmes. Nous dirons non. Nous ne céderons jamais.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La nuit d'effroi des capitulards

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.05.21

     

    Marre des capitulards ! Marre de ceux qui se couchent. Ceux qui plient face à la première mode de pensée venue. Ceux qui se mettent en génuflexion. Ceux qui ploient. Notre société a besoin d’hommes et de femmes libres. Libres dans leurs têtes. Libres dans leurs convictions. Libres d’exprimer ce qu’ils pensent, même si ça déplaît au courant dominant. Or hélas, combien d’entre nous se retiennent ! Combien gardent en eux. Combien réfrènent. Ils n’osent pas, parce qu’en face il y a la meute. Alors, ils se disent « A quoi bon ? ». Plutôt que d’expulser leur pensée dans l’espace public, ils préfèrent la laisser macérer, silencieuse, enveloppée de rancœur, au plus profond d’eux-mêmes. Ils ont tort. Parce que nous sommes en guerre. Et la bataille des idées a besoin de combattants. De femmes et d’hommes d’honneur, fiers de leurs convictions, ne craignant pas la bagarre. Sans eux, sans cette trempe d’humains, les ennemis de la liberté ont déjà gagné.

     

    Je m’adresse ici à ceux qui voudraient, mais n’osent pas. Et je leur dis simplement : « Osez ! ». Vous êtes excédés par la tyrannie de la pensée dominante, en matière par exemple de climat, de guerre des genres, vous voudriez rétorquer, mais vous vous retenez, par peur de la chasse aux sorcières que les gens d’en face ne manqueront pas de vous faire subir. Alors, vous bastez. C’est humain. Mais vous avez tort. Dans la vie, si on a des convictions, il faut se battre. Sinon, c’est la victoire assurée de l’autre camp. Personne au monde ne pourra vous reprocher, dans les limites de la loi et du respect des personnes bien sûr, de formuler au plus près le contour de vos idées, et de le rendre public. Comme déjà dit la semaine dernière, chacun d’entre nous peut s’exprimer sur un réseau social, accepter l’auditoire qu’il veut, lancer le débat ou non. Il n’y a plus aucune excuse technique, comme naguère la limitation d’un éditeur, pour ne pas vous lancer à l’eau.

     

    Alors, les capitulards, qui sont-ils ? Ce sont ceux qui voudraient bien, mais qui finalement renoncent. Pour éviter les emmerdes. Terrible calcul, perdant à tous les coups, contraire à l’honneur, contraire au courage, contraire aux lois les plus élémentaires de la guerre. Dans la bataille des idées, il faut se battre. Le choc des armes, donc ici celui des mots, n’est pas à laisser aux autres. Chacun, pour lui-même et en son nom propre, doit mener son combat. Et par pitié, vos textes, vous les signez, de votre nom et de votre prénom ! Lâcheté des pseudonymes, veulerie de tous ces petits malins qui polluent la toile de leur fiel masqué. Non, non et non ! Le débat public mérite mieux. Il exige transparence, courage, puissance de solitude, détermination. A tous ceux d’entre vous qui ont des choses à dire, je dis simplement : « Prenez une plume, ou prenez votre voix, et dites-les ». C’est aussi net que cela. La clarté de l’homme ou de la femme d’honneur, plutôt que la nuit d’effroi du capitulard.

     

    Pascal Décaillet

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  • Penthes, un lieu où doit souffler l'esprit !

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    Sur le vif - Mardi 11.05.21
     
     
    Je suis, depuis des décennies, un amoureux du Château de Penthes, comme je le suis, depuis ma plus tendre enfance, du Jardin Botanique. J'ai passé mes premières années dans le quartier, j'y ai grandi, j'en connais personnellement chaque arbre. Puis, j'ai vécu ailleurs. Et, depuis 28 ans, à nouveau à l'endroit de ma naissance.
     
    Depuis un quart de siècle, j'accomplis toujours la même boucle, environ quatre kilomètres, en passant exactement aux mêmes endroits, qui sont ceux de mon enfance : Parc Mon-Repos, Jardin Botanique, Château de Penthes, avenue de la Paix, Parc de l'Ariana, Nations, puis retour vers le Parc Mon-Repos.
     
    Je ne veux pas entrer ici dans les bisbilles entre l'Etat et telle Fondation, pour les différentes affectations du Château et de ses dépendances.
     
    Amoureux fou de Genève, et notamment de cette Rive droite qui mérite davantage de culture, de reconnaissance et de mémoire, je ne puis imaginer qu'un Domaine aussi sublime que celui de Penthes puisse échoir à d'autres fins que celles du Patrimoine, de la culture, du débat citoyen, de la vivacité de l'esprit, de la puissance des arts. Il faut que Penthes, pour reprendre la très grande phrase de Maurice Barrès, soit de ces lieux où souffle l'esprit.
     
    J'ajoute une chose : le Domaine de Penthes est d'une telle beauté qu'il doit appartenir à tous les Genevois. Le Parc doit impérativement demeurer public. Les dépendances du Château doivent être affectées à l'élévation, voire la sublimation, du niveau culturel du plus grand nombre. Musées, expositions, débats d'actualité, fureur du verbe, puissance des arguments, idées nouvelles. Pas de poussière, par pitié : juste la lumière.
     
    J'ai dit "le plus grand nombre". En clair, tous les Genevois. Le peuple. Accès gratuit. Temple de la connaissance. Respect de la nature et du silence. Oui, l'esprit doit souffler. Et cette petite brise, entre les ramées des arbres centenaires, doit s'entendre comme un signe des dieux. Jusque sur Jupiter.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le champ du possible

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    Sur le vif - Mardi 11.05.21 - 01.33h
     
     
    Profs d'Histoire, en ces heures où tout s'embrase à nouveau,
    enseignez à vos élèves ce qu'est l'Esplanade des Mosquées ! Ce qu'est le Mur des Lamentations ! Ce qu'est le Saint Sépulcre ! Racontez-leur Jérusalem ! Initiez-les à l'Orient compliqué !
     
    Plus ils sauront, moins ils seront péremptoires, moins ils seront partisans, moins ils seront unilatéraux. Plus ils respecteront l'ensemble des peuples impliqués dans les conflits.
     
    Je suis allé maintes fois au Proche-Orient, depuis mon premier voyage familial, en 1966. Pour l'enfant de huit ans que j'étais, un éblouissement, pour la vie. Onze mois plus tard, c'était la Guerre des Six Jours.
     
    Il faut ouvrir les livres d'Histoire. Les laisser parler. Les confronter. C'est l'œuvre d'une vie, jamais accomplie, toujours recommencée.
     
    Il faut se confronter aux textes, aux langues, aux témoignages.
     
    Je suis, depuis des années, sur une entreprise gigantesque autour de l'Histoire de l'Allemagne, de 1522 à nos jours. Plus j'ouvre des livres, plus je dévore, plus je suis saisi de vertige devant l'immensité de ce qui me reste à accomplir. C'est terrifiant, mais nourrissant.
     
    Il faut, toute sa vie, cheminer vers la connaissance, vers le langage. Non pour résoudre. Mais, peut-être, pour écarter un peu le champ du possible.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les Verts : tous les pouvoirs !

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    Commentaire publié dans GHI - 05.05.21

     

    Les Verts ? Ils ont maintenant, à Genève, d'innombrables leviers du pouvoir. Au Conseil d'Etat. Au Parlement. Dans une quantité de commissions. Au sein des régies publiques. Ils ont pour eux la presse, en pâmoison. L'air du temps. Le vent des modes. La doxa climatique, irréfutable.

     Ils nous imposent leur langage : "urgence climatique", "bilan carbone", "transition énergétique". Et les autres partis, bien penauds, bravaches, reprennent en chœur. Terrorisés par l’idée de déplaire aux Verts.

     Les Verts ne sont plus l'opposition, pour peu qu'ils l'aient jamais été. Ils sont le pouvoir. A Genève, ce dernier s'exerce dans la transversalité, l'horizontalité, l'infiltration. Et puis, ils recasent leurs anciens magistrats : quand vous cessez d'être Conseiller d'Etat Vert, vous continuez d'exercer le pouvoir, autrement.

    Les Verts sont partout. Fort bien. A nous de les considérer comme le parti du pouvoir à Genève, un peu comparables à ce que furent les bons vieux radicaux vaudois dans les décennies d’après-guerre. Ils détiennent les manettes, tant mieux pour eux. A nous de les toiser, les critiquer, les juger. A nous de nous montrer particulièrement attentifs aux éventuels abus de ce pouvoir, là où il opère. Non parce qu’ils sont les Verts. Mais parce qu’ils sont le pouvoir. Et que tout pouvoir, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, doit nous inspirer lucidité, courage de nous opposer, et viscérale méfiance.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'amour partagé du sens et de la langue

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    Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 16.06h
     
     
    J'ai toujours été opposé à l'idée de coller des images sur des mots. Comme dans certaines méthodes scolaires d'enseignement des langues, niaises et méprisantes pour la capacité d'abstraction de l'élève.
     
    Un mot est un mot. A lui-même, il se suffit. Par son simple énoncé, sonore ou écrit, il porte le sens. Si j'écris "éléphant", vous voyez immédiatement l'animal, dans votre cerveau. Nul besoin pour moi, à moins de vous prendre pour de parfaits demeurés, d'en dessiner un, juste en face du mot, pour être sûr que vous ayez saisi.
     
    De même, j'ai toujours méprisé l'usage des rétroprojecteurs. J'ignore s'il en existe encore, mais il fut un temps, années 80, 90, où tout locuteur, devant une assistance, se croyait obligé de soutenir son discours par le plan de ce dernier, doucement dévoilé au fil des mots, parce qu'on tient caché ce qui va suivre. Ca s'appelle prendre les gens pour des cons.
     
    Or, les gens ne sont pas cons. Si vous les regardez en face, dans les yeux, en vous tenant debout, si vous parlez d'une belle voix, claire et posée, avec des syllabes articulées, du rythme, des silences, de la conviction, rassurez-vous : le message passera. Et vous n'aurez besoin de nul autre support que celui de votre éloquence.
     
    Il ne s'agit pas d'effets d'orateurs. Non. Juste parler. Vouloir convaincre, ou expliquer. Utiliser sa voix, ses cordes, son sourire, son humour, créer une complicité avec l'auditeur. Rien de plus. Ni Démosthène, ni Cicéron, ni Bossuet. Non, juste un humain qui s'adresse à d'autres humains. Dans l'amour partagé du sens et de la langue.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Loi CO2 : le Conseil d'Etat est pour. Et alors ?

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    Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 15.21h
     
     
    "Le canton apporte pleinement son soutien à la loi sur le CO2 dans la perspective de la votation populaire du 13 juin 2021". A quoi rime cette prise de position, publiée à l'instant dans le communiqué hebdomadaire du gouvernement ?
     
    La loi CO2 est une affaire fédérale. Les citoyennes et citoyens du Canton de Genève s'exprimeront sur cet objet à hauteur des intérêts supérieurs de l'ensemble du pays. Ils voteront oui. Ou ils voteront non. Chacun est libre. Nul besoin que le Canton où ils résident vienne en rajouter une couche, en tentant d'influencer leur vote.
     
    Citoyen, je n'aime pas ces procédés. Où on se camoufle sous l'officialité d'un communiqué pour balancer une propagande idéologique.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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