Liberté - Page 4

  • Liban

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    Sur le vif - Dimanche 09.08.20 - 18.33h

     

    L'avenir politique du Liban appartient aux Libanais. Et à eux-seuls.

     

    Pascal Décaillet

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  • Venir au monde. Ou tenter de s'en extraire.

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    Sur le vif - Mardi 04.08.20 - 15.18h

     

    La puissance du réseau social, incomparable, réside dans l'immense liberté accordée aux usagers. Chacun est libre d'ouvrir un compte, dire (comme dans Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité, mais là il s'agit d'un enclos délimité) : "Ceci est à moi !".

    Il est libre. Il est chez lui. Il est responsable. A lui, le vertige de la page blanche. Se taire, ou parler. S'engager, ou se contenter de ricaner. S'impliquer, ou feindre la neutralité. Attaquer, ou demeurer dans sa tranchée. Sortir ses tripes, ou glisser sur la surface. Surprendre, ou se fondre dans la masse. Oser la guerre, donc se faire des ennemis, ou jouer au gentil Papy, copain de tous.

    Le réseau social, en soi, n'existe pas. Il ne fonctionne, pour chacun de nous, que comme miroir de ce que nous voulons bien projeter. Le héros, ça n'est pas la machine. C'est nous. La question fondamentale n'est justement pas celle du social (car ce réseau, toutes illusions bues, ne nous relie pas, il creuse les fortins individuels), mais celle de l'intensité de chacune de nos solitudes.

    Avec le réseau, non seulement nous vivons nos solitudes, mais nous les proclamons. Je dis "Je suis seul !", je n'en suis pas pas moins seul, mais je le dis. L'urgence première n'est pas celle du social, mais du langage. Unterwegs zur Sprache !

    Le réseau n'est pas une thérapie de la solitude. D'abord, parce que cette dernière, vécue par un être de caractère, est tout, sauf une maladie. Elle n'a donc pas à être guérie.

    Non, le réseau est une sublimation de la solitude. Chacun de nous, doté d'un minimum de sens, sait bien qu'il n'y a là ni "amis", ni solidarité, juste du vent. Ça n'est donc pas, malgré le nom, dans le "social" qu'il faut chercher une issue, c'est dans l'accomplissement de chacune de nos solitudes.

    Ensuite ? Ensuite, chacun est libre. Montrer son chat, son plat de spaghettis, écrire, chanter, hurler, gémir, geindre, soupirer. Venir au monde. Ou tenter de s'en extraire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Haydn, la montagne, le miracle d'un Stabat Mater

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    Sur le vif - Lundi 03.08.20 - 23.56h

     

    L'église de Saint-Luc (VS), ce lundi 3 août, 20h : trompant le furtif retour de l'hiver, avec ces boules de brouillard qui remontent les pentes en s'accrochant aux pointes des sapins (souvenir d'enfance : on courait s'inventer des histoires dans le galetas), le Stabat Mater de Joseph Haydn (1767).

    Un Ensemble instrumental, le Chœur "Le jardin des voix", placés sous la direction de Grégoire May. Huit solistes remarquables. Un moment d'intense magie. Et la réussite recommencée du plus intime et du plus efficace des Festivals : celui du Toûno. Il y règne, depuis des années, une ambiance de famille, de fidélité, de confiance : pas de clinquant, pas de Veau d'or, pas de démesure, juste le souci de ce qui sonne juste, dans la musique et dans les textes.

    Le 18 juillet, dans ma Série Allemagne, no 27/144, je vous parlais du Sturm und Drang littéraire, ce moment sismique qui prend congé de l'Aufklärung, s'en va chercher les racines enfouies des mots allemands, des récits germaniques, préfigure le Romantisme.

    Avec le Stabat Mater de Haydn, voici l'une des œuvres premières du Sturm und Drang musical, sur lequel je reviendrai dans une chronique ultérieure. Avec son homonyme littéraire, d'éminentes similitudes (prédominance du mode mineur, description des sentiments, jeux d'ombres et de lumières, moments d'angoisse).

    Mais aussi, de sérieuses distances : avec le Sturm und Drang musical, nous sommes du côté de Vienne, capitale de toute musique en ces années-là (Mozart a onze ans, Beethoven naîtra dans trois ans). Alors que le Sturm und Drang littéraire, celui de Herder et du Goethe du Jeune Werther, est un mouvement profondément allemand : il préfigure la prise de conscience de l'idée nationale allemande, qui sera exprimée par Fichte dans ses "Reden an die deutsche Nation", à l'Université de Berlin, en 1807, dans une Prusse occupée par les Français.

    Le Stabat Mater de Haydn de ce lundi soir à Saint-Luc, c'était un choeur, remarquable d'homogénéité, et, tout à la fois, une mise en valeur de chaque tessiture de soliste. Une oeuvre intense, sans fioritures, avec une conclusion céleste, "Paradisi Gloria", où la force de l'Esprit ramène la lumière. A la fin, tonnerre d'applaudissements, on quitte l'église, on ôte son masque, on court dans la nuit froide et humide. Et on souhaite longue vie à ce Festival où tout est mesure, et en même temps tout est passion. Il vous reste jusqu'à samedi soir pour découvrir de nombreux autres moments littéraires et musicaux. Avec, notamment, un Don Giovanni. Tous les détails sur festivaldutouno.ch.

    Quant à cette remarquable équipe de jeunes solistes, voici leurs noms : Laura Andres, Léonie Cachelin, Géraldine Cloux, Valérie Pellegrini, Gabriel Courvoisier, Oscar Esmerode, Cao-Thang Jeffrey Pham, Anthony Paccot.

    Longue vie au Toûno !

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - Numéro 28/144 - Littérature allemande, ou littérature de langue allemande ?

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 28 – La question est simple, et… diablement complexe ! Qu’est-ce que la littérature allemande ? Comment la matrice de la langue – celle de Luther, celle de Brecht – parvient-elle à englober dans une communauté d’appartenance des auteurs aussi divers, issus de Bohème, de Roumanie, ou de cet Est lointain dont plusieurs millions d’Allemands furent chassés en 1945 ?

     

    Lundi 03.08.20 - 12.55h

     

    Aimé Césaire est Martiniquais, Senghor est Sénégalais, Simenon est Belge, Ramuz est Suisse. Chacun de ces auteurs est pourtant un magnifique représentant de la littérature de langue française. Il y a leur pays d’origine, pays de combat même parfois, et puis il y a l’autre pays, qui est celui de la langue. L’autre matrice. La vraie mère ?

     

    Il en va ainsi de la littérature allemande. Franz Kafka, l’un des plus grands prosateurs germanophones, est Tchèque. Enfin, disons qu’il est enfant de cette Bohème austro-hongroise qui l’a vu naître (1883), dans une Prague d’une incroyable richesse multiculturelle, et pourtant nul n’aurait l’idée de le classer, comme Musil, dans les auteurs autrichiens. Ni comme un Allemand d’Allemagne, ce qu’il n’est pas. Ni comme un Tchèque nationaliste, il ne l’est pas non plus.

     

    A la vérité, Kafka est Kafka, l’un des plus puissants génies du récit dans le monde, il maîtrise le tchèque, l’hébreu, sa culture juive est remarquable, omniprésente. Il est tout cela. Mais à côté de sa relation matricielle à la ville de Prague (qui le tient entre ses griffes, « comme un petite mère »), il y a l’immensité d’une autre appartenance : la langue allemande. En elle, il s’exprime. En elle, il vit et transmet ses sentiments. En elle, il lègue une œuvre, ou plutôt son ami Max Brod nous la livre, malgré les pulsions de destruction de l’auteur.

     

    Il est convenu de résumer l’affaire en disant que Kafka est « un auteur Tchèque de langue allemande ». Depuis plus de quatre décennies, je trouve cette formule un peu courte. Mais n’en ai pas vraiment d’autre à proposer. Enfin, si : j’opterais pour « auteur universel né dans la matrice de langue allemande ».

     

    Prenez Paul Celan (1920-1970), mon poète préféré du vingtième siècle, dont je vous recommande la lecture, par exemple dans la remarquable édition bilingue NRF/Gallimard, traduction de Jean-Pierre Lefebvre. Il vient d’une famille juive de Bucovine. Au moment de sa naissance, c’est la Roumanie. Deux ans avant (1918), c’était encore l’Empire austro-hongrois. Aujourd’hui, c’est l’Ukraine. Les frontières changent, le tragique de l’Histoire passe (la famille du poète périt dans les camps), mais une matrice nous est transmise : la langue allemande.

     

    Ce germanophone de Roumanie, qui choisit en avril 1970 le Pont Mirabeau (celui d’Apollinaire) pour se jeter dans la Seine, avait pourtant toutes les raisons biographiques de rejeter toute référence à l’Allemagne, qui a anéanti les siens. Mais sa langue est l’allemand. Du premier au dernier jour. Il n’est pas un poète roumain. Il est un « poète allemand », non par la nation, mais par « la petite mère » de la langue. Si vous ne l’avez pas lu, je vous conjure de le faire : vous y découvrirez une langue simple, sobre, concise, le thème de la mort, de la disparition, de l’anéantissement, du néant, du silence. Il ne parle pas expressément des camps, mais l’univers de l’extermination est omniprésent. A tous, je vous demande de lire à haute voix, en allemand, le poème « Die Niemandsrose », dans le recueil qui porte ce nom. Deux ou trois minutes de votre vie. Vous n’aurez pas l’impression, je crois, d’avoir perdu votre temps.

     

    Sur Celan, je reviendrai dans cette Série. Sur Kafka, aussi. Sur la question autrichienne, la littérature et la musique autrichiennes. Sur le statut de la littérature suisse-alémanique, qui sera traitée en soi. Entre autres.

     

    Reste la grande question : qu’est-ce que la littérature allemande ? Celle de tout auteur germanophone, dont les millions d’Allemands établis à l’Est, hors des frontières, jusqu’au Grand Exil de 1945 (cf. le numéro 24 de cette Série) ? Ou alors, seulement les auteurs allemands « de l’intérieur » ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas d’abord les définir par leur région d’origine (la Souabe pour Hölderlin ou Brecht, la Prusse pour Kleist, Fichte ou Fontane, Lübeck pour Thomas Mann, etc.) ? Ou encore, ne les considérer comme « auteurs allemands » que dans la mesure où ils auraient, d’une manière ou d’une autre, dans l’adhésion ou dans le rejet, posé la question de la nation allemande ? Trop compliqué ! La matrice qui tous les réunit, c’est la langue. Pour ma part, tout écrivain ayant pris la plume en allemand, de Luther jusqu’à Christa Wolf, d’où qu’il vînt, quelles que fussent ses origines, ses positions, constitue l’incomparable richesse de la littérature germanophone. Pour la simple raison qu’il nous transmet une langue. Et que, Roumain, Tchèque, Polonais germanophone, Allemand de la Volga, il s’exprime dans la langue de Luther, Hölderlin ou Goethe.

     

    Mais cette langue, qui depuis Luther constitue la littérature allemande moderne (je ne traite pas ici du Moyen Âge littéraire allemand, faute de compétence dans ce domaine), quelle est-elle ? Quel est son trésor ? Son héritage ? Que nous transmet-elle ? Entre la longue période de Kafka ou Thomas Mann, leurs longues phrases (parfois une page entière), le roman bourgeois prussien d’un Theodor Fontane (lire Effi Briest, 1896), les saisissantes formules de Brecht mises en musique par Kurt Weill, la relecture des Grecs chez Hölderlin, les incantations de Heiner Müller, la grande prophétie de Cassandre revue par Christa Wolf (1983), la finesse viennoise d’un Schnitzler ou d’un Hofmannsthal, le picaresque déroutant d'un Günter Grass, et des centaines d’autres témoignages humains et littéraires, quelle communauté ? Quelle Gemeinschaft ? Quel lien d’appartenance ? Quel fil invisible ?

     

    A ces questions, je n’ai pas la réponse. Le salut viendra de l’immersion. Avec une double sensibilité : à l’Histoire, et à la langue. Dans le monde germanique, l’une est inséparable de l’autre. Entreprendre une Histoire des Allemands sans se plonger dans la langue, est une vaine tentative. Sans parler de la musique. Mais c’est encore là une toute autre affaire. A mon sens, la première de toutes. Nous y reviendrons largement, dans les années qui viennent. Excellente journée à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Vous venez de lire le numéro 28, publié ce matin - Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

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  • Défendez la Suisse, M. Cassis !

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    Sur le vif - Dimanche 02.08.20 - 09.49h

     

    Pourquoi nous, Suisses, petit pays au cœur du continent européen, devrions-nous prendre parti dans le conflit - qui pourrait prendre des proportions majeures - entre les États-Unis et la Chine ?

    M. Cassis, vous n'êtes pas obligé de vous aligner systématiquement sur les positions de l'Oncle Sam. Ni face à l'Empire du Milieu, ni sur l'échiquier de l'Orient compliqué, où vous fûtes maladroit, il y a quelques mois, humiliant pour le monde arabe.

    Vous êtes le Ministre suisse des Affaires étrangères. Vous n'êtes pas l'antenne suisse du Pentagone. Ni du Département d'Etat. Ni de la Maison Blanche.

    Dans vos déclarations, pensez en priorité aux intérêts supérieurs de notre pays, qui exigent intelligence et diversité. Nous ne sommes pas un dominion de la superpuissance américaine.

    Nous sommes un peuple libre, indépendant, souverain. Et nous entendons le demeurer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Mais faut-il à tout prix discuter ?

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    Sur le vif - Vendredi 31.07.20 - 10.01h

     

    La souveraineté n'est pas une option, comme le serait le gadget d'une nouvelle automobile. Si on se veut pays, si on se déclare tel dans le monde, alors il faut l'indépendance. Il faut la souveraineté. Et il faut s'en donner les moyens. Sinon, à terme, c'est l'intégration dans un empire plus vaste, ce que d'aucuns souhaitent, pas moi.

    Nation ou partie d'un empire, il faut choisir. L'empire n'est pas le diable, c'est une option. Simplement, ça n'est pas la mienne. Comme humain, comme citoyen, comme petit entrepreneur, je sais ce que signifie pour moi l'indépendance. C'est vital. C'est cela, ou la mort. D'autres voient les choses autrement, se fondent volontiers dans un groupe, c'est leur affaire. Moi, je suis sauvage, intraitable, j'ai besoin de décider de mon destin, au maximum de ce qui dépend de moi. C'est ainsi.

    Ce qui vaut pour un humain, vaut pour un pays. La Suisse n'est ni meilleure ni pire qu'un autre, elle est ce qu'elle est, elle est mon pays. Je respecte tous les autres, tous les peuples, tous les humains. Mais je défends le pays qui est le mien.

    Car aussi individualiste soit mon tempérament, qui rejette les groupes, les factions, les partis, il se trouve que je suis citoyen suisse. J'en assume toutes les responsabilités. J'en assume les devoirs, et l'ai prouvé, par exemple, par quelque 500 jours d'engagement au sein de notre armée. Ou encore, en consacrant toute ma vie professionnelle à traiter les enjeux politiques de la Suisse, et non les faits divers, encore moins le people. Et j'en assume les droits : quasiment jamais raté votation, depuis que j'ai l'âge de me prononcer.

    Citoyen, j'annonce la couleur. Je donne mon point de vue. Comme n'importe lequel des millions de citoyennes et citoyens de ce pays en a le droit. Je ne suis pas un eunuque, je m'exprime. Cela plaît à certains, déplaît à d'autres, ça m'est parfaitement égal. Nul, jamais, nulle part, ne pourra m'empêcher de dire comment je vois les choses.

    Cette férocité indépendante, je la veux aussi pour mon pays. Je la projette sur lui. Indépendance, souveraineté, cela ne signifie absolument qu'il faille se couper du monde. Ni des échanges. Encore moins, de la curiosité culturelle qui nous pousse vers les autres peuples, en apprendre les langues, les Histoires. Il me semble, en ce domaine, avoir, au cours de ma vie, donné l'un ou l'autre exemple. Il est peu de pays d'Europe que je n'aie visités. Je me passionne depuis un demi-siècle pour l'Histoire allemande, l'Histoire de France, celle des Balkans, de l'Afrique du Nord, du Proche-Orient.

    De même, vouloir le contrôle des flux migratoires, ça n'est pas en vouloir l'arrêt. Ceux qui, à dessein, mêlent ces deux notions, pour induire le peuple en erreur, sont des trompeurs. Et des menteurs. Contrôler le flux, c'est adapter la quantité d'immigration à nos besoins. C'est un enjeu citoyen : la décision politique l'emporte sur l'acceptation d'une pression.

    Je suis un homme libre et indépendant. J'ai des amis, et des ennemis. Je défends les causes que je crois justes. J'explique pourquoi. Je fais mon boulot de citoyen.

    Je voudrais tant que mon pays agisse, à son niveau, ainsi. Liberté, indépendance, souveraineté. Travail infatigable pour assurer la survie économique. Diversification des réseaux. Connaissance des autres. Renseignement continuel sur l'état des fronts. C'est autrement stimulant, à mes yeux, que l'intégration à un empire. Pour exister, on commence par s'affirmer soi-même, très fort. Ensuite, s'il le faut, on discute.

    Mais faut-il à tout prix discuter ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Gisèle Halimi : la classe et la grâce

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    Sur le vif - Mardi 28.07.20 - 16.00h

     

    Gisèle Halimi (1927-2020) a été une très grande dame. L'une de celles qui entraînent adhésion et admiration. D'abord, par le courage de son engagement, tout au long de sa vie. Mais aussi, l'immense classe qui l'habitait. La qualité de son élocution, la douceur ciselée des mots, la précision du verbe, la très haute sérénité de sa tenue, face aux causes les plus enflammées. Je pense, notamment, à son combat pour les gens du FLN, dans les dernières années de la Guerre d'Algérie. Rappelons que nombre d'entre eux, combattants politiques, furent guillotinés par la République française. Et qu'un certain Garde des Sceaux, sous Guy Mollet, recommandait au Président Coty que la justice suivît son cours.

    Habitée d'un feu intérieur, Gisèle Halimi plaidait ses causes avec un calme impressionnant. Cette femme d'exception, par l'universalisme de son engagement, qui allait de la défense des femmes opprimées à celle des peuples se libérant du joug (la Tunisie, l'Algérie), était le contraire même d'une sectaire. Chacune de ses paroles, chacune de ses phrases, respirait l'humanisme. Celui qui abolit les frontières entre les genres, entre les peuples.

    Au-dessus des causes, des combats, des décombres, demeure chez cette femme l'une des qualités les plus rares, le feu d'une vie forgeant la précision du verbe. Cette alchimie, sans crise ni psychodrame : juste la mise en place, à la fois rationnelle et passionnée, du combat.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'Europe de Macron : l'opium des élites

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    Sur le vif - Vendredi 24.07.20 - 11.45h

     

    Entre frugaux et dévoreurs, on s'est bagarré sur quoi, à Bruxelles ? Sur un grand projet d'identité continentale ? Sur un socle de valeurs ? Sur la place de Rousseau, Goethe, Hölderlin, Paul Celan, Kafka, Dante, Pétrarque, Pessoa, Séféris, Odysséas Elytis, ou alors Dvorak, Sibélius, Bela Bartok, dans ce qui serait un Panthéon commun ?

    Pas du tout ! On s'est déchiré sur une affaire de croupiers. Une sombre et visqueuse cause d'arrangement du débiteur avec la banque du casino. Les plus puissants, les flambeurs, les mauvais garçons, les bluffeurs et les crâneurs, bref les Macron et séides, ont exigé de leurs camarades d'infortune qu'on fasse sauter la banque. "Nous sommes endettés ? Aucun problème ! Multiplions la dette !".

    Ça n'est plus l'Europe. Ça n'est plus la politique. Ça n'est plus Colbert, ni Kant. Adieu, la Raison ! Adieu, la responsabilité ! Adieu, l'appel à la Lumière ! Adieu, toute espérance de lucidité ! Adieu, le "Mehr Licht" de Goethe expirant ! En lieu et place, le pouvoir aux usuriers, le culte du Veau d'or, le chemin étoilé de la facilité, le renoncement au sacrifice.

    Et il est des naïfs pour s'en féliciter ! Tendres âmes ! Où le sureau tient lieu de clairvoyance. Sirupeuses errances. Dans le grand jardin du renoncement, elles étendront leur doux feuillage.

    La réalité du monde d'aujourd'hui, c'est encore celle des nations. Chacune d'entre elles, souveraine. Responsable de sa survie. De sa sécurité. De ses frontières. Garante de ses lois, démocratiquement votées. Soucieuse de sa cohésion sociale. Là est le concret. Le réel. Le palpable. Le vrai souci des peuples. Aux élites, laissons l'oisiveté. Et l'opium.

     

    Pascal Décaillet

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  • Alors, allons-y pour le peuple !

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 22.46h

     

    La Suisse doit mettre fin à la libre circulation multilatérale. Et passer, en fonction de ses besoins, des accords sectoriels avec les pays qu'elle souhaite avoir pour partenaires. Sur la base de quotas, de contingents. En tenant le couteau par le manche. Et en faisant systématiquement ratifier par le peuple, entendez le suffrage universel, chacun des accords signés, pays par pays.

    Reprendre le contrôle de la politique migratoire exige cette quadruple posture : fin du multilatéralisme, accords avec des pays choisis, détermination souveraine des flux, décision du corps des citoyennes et citoyens sur chaque accord.

    La Suisse est une démocratie. Ce sont les citoyens qui décident. Pas les hauts-fonctionnaires à Berne. Ni le patronat. Ni les syndicats. Ni les partis politiques. Ni les groupes de pression. Ni les professeurs de droit. Ni les corps intermédiaires.

    La démocratie, c'est le pouvoir au peuple. Alors, osons ! Allons-y pour le peuple !

     

    Pascal Décaillet

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  • On s'la joue à la Suisse ?

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 17.50h

     

    Une idée, juste en passant : et si l'Union européenne faisait ratifier, à la double majorité du peuple et des 27 États membres (au moins 14, donc), la petite plaisanterie des 750 milliards d'endettement ?

    Ils pourraient ainsi tester la prodigieuse popularité de la machinerie européenne auprès des citoyens-contribuables du vieux continent, non ?

     

    Pascal Décaillet

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  • Le Prince, l'usurier, le peuple

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    Sur le vif - Mercredi 22.07.20 - 08.31h

     

    On ne crée pas un sentiment commun d'appartenance en mutualisant une dette ! Aucune solidarité interne, dans aucune collectivité humaine, ne s'est forgée, dans l'Histoire, par un tel tour de passe-passe, où le Prince pactise avec l'usurier, sur le dos du peuple qui travaille.

    On créera, bien au contraire, un sentiment commun de dépossession. Pour les classes moyennes. Éreintées par la fiscalité encore plus lourde pour payer cette nouvelle dette continentale, elles n'en pourront tout simplement plus. Et se révolteront.

    Partout en Europe, il faudrait alléger la fiscalité sur le travail. Et voilà qu'on va la rendre plus pesante encore. Et on crée une Ferme générale européenne pour financer les numéros d'illusion de M. Macron pour se maintenir au pouvoir. La ficelle est énorme, nul esprit lucide n'en est dupe.

    Nous, Suisses, demeurons glacialement distants de ce casino du mensonge. Et, au passage, allégeons d'urgence notre fiscalité sur le travail. Nous avons aussi nos classes moyennes, qui étouffent.

    Les gens honnêtes, qui bossent, ont trimé toute leur vie, et ne peuvent rien mettre de côté parce que l'Etat leur pique tout, ne se laisseront plus tondre très longtemps.

     

    Pascal Décaillet

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  • Amis Néerlandais, je vous salue !

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    Sur le vif - Mardi 21.07.20 - 15.52h

     

    En 2005, je suis allé à La Haye, pour présenter un Forum spécial sur le référendum néerlandais à propos du Traité européen.

    Ce fut NON, comme on sait. Comme en France, juste avant. Et je nous vois encore, à La Haye, scruter l'immense carte des Pays-Bas, région par région, commune par commune, avec des pointes de NON dans la Frise (dont j'ai enfin fait la connaissance l'an dernier, en revenant d'Allemagne du Nord, sublime région).

    Eh bien nos chers médias de Suisse romande parlaient de ce NON néerlandais avec la même condescendance qu'ils affichent aujourd'hui, face à ce petit pays courageux qui a osé défier le couple franco-allemand à Bruxelles.

    Et les Pays-Bas, c'est un PAYS FONDATEUR, en 1957, de la construction européenne !

    Citoyen suisse, je leur adresse mon salut.

     

    Pascal Décaillet

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  • L'Europe du casino et du mensonge

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    Sur le vif - Mardi 21.07.20 - 10.02h

     

    Mutualiser la dette : tel est, en ce 21 juillet 2020, 63 ans après le Traité de Rome, le galvanisant objectif du projet européen. Il y a eu l'Europe du charbon et de l'acier, il y a eu l'Europe des cœurs, il y a eu (depuis trente ans) l'Europe du Marché sanctifié, voici maintenant l'Europe de la dette !

    63 ans après les Pères fondateurs, voici l'Europe livrée au mensonge, au virtuel, aux croupiers. "Nous sommes tous déjà très endettés, nation par nation, mais rassurez-vous, nous allons nous endetter encore davantage. Et la nouvelle dette, bande de veinards, s'appellera Europe".

    En plus de leurs impôts régionaux et nationaux, les citoyennes et citoyens des 27 auront donc, dans leur charge fiscale, à s'acquitter des intérêts (dont les taux vont très vite remonter) de la dette européenne. Parmi eux, qui ? En priorité, les classes moyennes ! Des gens honnêtes, qui bossent dur, triment toute leur vie, mais ne peuvent rien mettre de côté, parce que les tentacules des États endettés leur fauchent tout. C'est parmi ces gens-là que monte la noire colère des nations. Un jour ou l'autre, elle s'exprimera. Prochain test, grandeur nature : la France du printemps 2022. Et puis, plein d'autres, tout autour.

    Cheville ouvrière de ce tour de passe-passe digne des bluffs de casino : Emmanuel Macron. On reconnaît là le grand illusionniste de la finance internationale, celle qui spécule sur les abstractions, mondialise les échanges, dilue le pouvoir des peuples et des nations au profit d'une gigantesque mathématique d'ombre.

    Dans ce grand casino de prêts et d'emprunteurs, on entrevoit déjà les Staviskys, les Panamas, qui ne manqueront pas d'éclater, ici et là, sur le dos des contribuables européens mutualisés. A terme, le numéro de magicien d'aujourd'hui porte en lui les germes de l'effondrement de cette Europe-là. Les pays frugaux, ceux qui ont tant exaspéré M. Macron, et dont nos médias (notamment nos correspondants et envoyés spéciaux à Bruxelles) ont cru bon de tant se gausser, ont pris date. Cette fronde des petits contre le rouleau compresseur franco-allemand ne fait que commencer. L'Accord de l'Union porte en lui tous les ferments d'une inévitable Sécession.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     
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  • Europe : le salut par la frugalité

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    Sur le vif - Lundi 20.07.20 - 04.35h

     

    Et si les "pays frugaux", qui refusent le diktat Merkel-Macron sur le gigantisme d'un emprunt, sauvaient l'Europe ?

    Vous avez remarqué, partout dans nos médias, la condescendance des journalistes accrédités à Bruxelles, parties prenantes de la machine, pour ces petits pays qui se permettent de résister au dogme officiel franco-allemand ?

    On en parle avec un sourire grinçant, on laisse entendre que le rouleau compresseur aplatira ces tentatives de sédition, on insiste sur l'énervement de Mme Merkel et M. Macron face à l'entêtement des pays qui se permettent de résister. Bref, on se place du côté des deux plus puissants, du côté du pouvoir.

    Mais la question est là : et si les "frugaux" incarnaient l'avenir d'une autre Europe ? Ce qu'ils rejettent, c'est l'aspect évidemment artificiel, menteur, d'un emprunt pharaonique, dont ils comprennent très bien qu'il servira les intérêts de domination interne des deux plus grands, asservira davantage les petits, augmentera la pression fiscale sur les classes moyennes : partout en Europe, la fiscalité du travail demeure outrageusement dominante.

    Car cet emprunt, surgi droit de l'idéologie de casino de l'Europe ultra-libérale et ultra-échangiste mise en place depuis trente ans (Acte unique), il faudra bien, un jour le rembourser ! Cela, le couple Merkel-Macron se garde bien de le mentionner. Magiciens, il font miroiter !

    La fronde des "frugaux" prendra date. Elle marque le refus de l'arrogance des plus grands. Elle met un frein à une idéologie de spéculation, où le banquier qui prête aux nations est roi, et peut ainsi leur instiller une obligation de pensée ultra-libérale. Comme si le continent européen, qui nous a nourris de tant de valeurs, était libéral par essence !

    Telles sont les vraies questions posées par l'émergence des "frugaux". Elles sont passionnantes. Et méritent quelques portes claquées, dans les salons de Bruxelles, par Mme Merkel et M. Macron.

     

    Pascal Décaillet

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  • Sommet de Bruxelles : avez-vous déjà réanimé un mort ?

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    Sur le vif - Dimanche 19.07.20 - 10.32h

     

    Face aux "pays frugaux", qui dénoncent le délirant projet d'endettement du l'Union européenne, le couple Merkel-Macron s'agite avec la dernière énergie pour faire passer la pilule.

    L'enjeu est de taille : le "plan de relance" n'est qu'un prétexte. Le sujet réel, c'est la survie de l'Union, qui a montré, pendant toute la crise sanitaire, son admirable propension à la non-existence.

    Pourquoi Mme Merkel et M. Macron veulent-ils sauver le château de cartes européen ? Pour des motifs de politique intérieure !

    La carte de l'Union, c'est la dernière qui reste à la Chancelière pour que sa famille politique, fondatrice en 1957 lors du Traité de Rome, puisse espérer encore jouer un rôle durable, celui du traditionnel Zentrum bismarckien, dans les années qui viennent. En Allemagne, la ligne de front de la politique ne se situe plus au centre, dans la bonne vieille dualité CDU/CSU - SPD, elle s'est éclatée en fonction de partis plus radicaux, à droite comme à gauche. Aucun de de ces nouveaux partis, qui montent, n'est européen. Leurs thèmes tournent autour de la nation allemande, et du peuple allemand.

    Quant à Emmanuel Macron, qui a beaucoup moins bien géré la crise sanitaire en France que Mme Merkel en Allemagne, il sait que son destin politique, à lui, se jouera dans deux ans (présidentielle d'avril-mai 2022) sur deux enjeux majeurs : d'abord, et loin devant, la situation sociale en France (aujourd'hui alarmante) ; et puis, la question européenne. Or, en France aussi, ne cesse de monter une radicalité souverainiste, anti-Bruxelles, et cela (comme en Allemagne) sur la gauche et sur la droite.

    Assez vite, en France et en Allemagne, les deux piliers dont tout dépend, les opinions publiques comprendront que les plans de relance européens, c'est engraisser encore plus des usuriers (ceux qui prêtent aux États, et les intérêts peuvent à tout moment remonter en flèche), donc se lier les mains pour des générations. Car soit l'Euro est une monnaie sans la moindre garantie réelle, et alors l'Union européenne est déjà morte. Soit il a encore une valeur, et les emprunts gigantesques d'aujourd'hui devront, un jour ou l'autre, être remboursés par des contribuables déjà saignés.

    Dans les deux cas, le compte à rebours du modèle ultra-libéral et libre-échangiste en cours depuis trente ans (Acte unique) a commencé.

    L'enjeu du Sommet de Bruxelles, ça n'est donc pas le "plan de relance". C'est la survie d'une certaine construction européenne, dont l'échec est aujourd'hui flagrant.

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - Numéro 27 - Sturm und Drang (1770-1785) : Tempête et Pulsion sur les âmes allemandes !

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 27 – Sturm und Drang : trois syllabes incroyablement sonores, pour un mouvement littéraire qui, juste avant la Révolution française, enflamme les Allemagnes. On le confond souvent avec le Romantisme, et… on n’a peut-être pas tort !

     

    Samedi 18.07.20 - 16.57h

     

    « Freiheit, Freiheit ! » : lorsque le rideau tombe sur les dernières paroles du Ritter Götz von Berlichingen, de Goethe, un soir de juillet 1971 à Nuremberg, où je passe l’été, je suis loin de me douter, à juste treize ans, que je viens d’assister à une pièce emblématique du Sturm und Drang ! J’ai aimé la représentation, vaguement compris l’action, tout au plus saisi qu’il s’agissait d’affranchissement, du combat d’un homme contre les codes de son époque. Mais décidément, c’était trop tôt, dans ma vie, pour saisir tout l’enjeu qu’un jeune auteur de 24 ans avait entendu donner, dans la société qui était la sienne, les Allemagnes en 1773, au combat d’un Chevalier du début du seizième siècle. Je n’avais même pas entendu parler de Werther, best-seller absolu, offert au monde ébloui l’année suivante. Inutile de dire que je n’avais jamais entendu parler du Sturm und Drang !

     

    Sturm und Drang : on pourrait traduire par Tempête et Passion, je préfère pour ma part Tempête et Pulsion, à vrai dire il est très difficile de passer en français le génial condensé sonore de ces trois syllabes : elles nous mettent la pression, comme le couvercle d’une marmite à vapeur ! Nous sommes dans les Allemagnes (j’insiste sur le pluriel : le Saint-Empire ne sera dissous qu’en 1806, après la victoire de Napoléon à Iéna et le début de l’Occupation de la Prusse), dans la seconde partie du dix-huitième, un siècle capital pour l’Histoire allemande, celui de sa renaissance, après le long désert ayant succédé à la Guerre de Trente Ans (1618-1648).

     

    On date le Sturm und Drang, généralement, des années 1770 à 1785, certains poussant jusqu’à 1790. Une période d’une incroyable effervescence dans l’univers littéraire germanique : le jeune Goethe, Herder, puis Schiller, celui des Räuber, les Brigands, sa première grande pièce (1781). On confond souvent (et une certaine postérité a entretenu cela) le Sturm und Drang avec le Romantisme, venu plus tard. Et il est vrai que les points communs sont nombreux : rupture avec le rationalisme des Lumières (encore que cette thèse soit contestée au vingtième siècle par Georg Lukacs, le grand critique hongrois, auteur de la Théorie du Roman), champ libre aux sentiments, retour aux grands récits germaniques, début d’un immense travail lexical sur les mots allemands, qui sera, plus tard, l’œuvre des Frères Grimm, auxquels nous avons déjà consacré un épisode, le no 20 (30 août 2015), de cette Série.

     

    Dans ces années-là, qui précèdent immédiatement une Révolution française dont les conséquences sur les Allemagnes seront immenses, que se passe-t-il ? On prend congé des Lumières. L’Aufklärung vient de jouer un rôle considérable, pendant des décennies, sur les esprits allemands. Elle les a ouverts. Elle les a mis en connexion avec le reste du monde, notamment la France. Elle a donné à l’Allemagne le très grand philosophe Moses Mendelssohn, grand-père du musicien, mais aussi bien sûr Kant et Lessing. Mais voilà, autour de 1770 (l’année de naissance d’une comète en perpétuelle Révolution formelle appelée Beethoven), certains esprits allemands aspirent à autre chose. Radicalisation des Lumières, c’est une école. Rupture avec les Lumières, c’en est une autre, pour laquelle j’ai toujours penché, d’abord sous l’influence de grands professeurs, puis par mes lectures.

     

    Avec le Sturm und Drang, on est moins préoccupé de démontrer (même si la grande école de la philosophie allemande demeure) que de montrer. On raconte des destins humains ! Götz se bat pour la liberté. Werther, débordé par sa passion, se suicide, et son acte fait pleurer l’Europe entière. Les Brigands de Schiller défient la morale et la convenance. On pose le drame (action théâtrale) comme fondement du récit. On germanise les figures. On commence à puiser dans le Moyen Âge allemand. On révoque l’influence française, notamment dans le théâtre. On travaille sur les mots allemands, on en invente. Difficile de ne pas voir dans le Sturm und Drang une absolue, une irrévocable préfiguration du Romantisme !

     

    La grande question : le Sturm une Drang est-il seulement un mouvement littéraire, ou faut-il le comprendre aussi comme un mouvement politique ? La postérité s’est déchirée sur le sujet. Les uns voient dans ce premier grand recours aux mythes allemands l’esquisse de la renaissance nationale qui prendra forme à Berlin, en 1807, avec les Discours à la Nation allemande de Fichte (cf. No 2 de notre Série, 21 juillet 2015). D’autres estiment que ce lien de filiation est prématuré. Une chose est sûre : si le Sturm und Drang n’est pas encore le Romantisme, certains de ses aspects y ressemblent diablement ! Nous parlerons en tout cas, au sens littéraire, pour notre part, d’une préfiguration.

     

    Et s’il n’y avait qu’une œuvre à retenir ? Werther, bien sûr ! Pour sa forme épistolaire, qui rappelle Rousseau. Pour la puissance dévastatrice des sentiments. Pour le tragique du destin. On dit souvent de Goethe qu’il est un esprit universel, avec tout le risque d’ennui que cette formule peut comporter. Mais au milieu d’une œuvre immense, à cheval sur deux siècles, ce roman si frappant, si singulier, si sincère, a fait du jeune auteur, en attendant l’Olympe, l’un des rares capables de toucher universellement le cœur des lecteurs. Et aussi, celui des lectrices ! Excellente lecture à tous !

     

     Pascal Décaillet

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

     

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  • Sommet de Bruxelles : l'amicale des boxeurs groggy

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    Sur le vif - Vendredi 17.07.20 - 12.58h

     

    La crise sanitaire l'a prouvé avec éclat : face à une difficulté majeure, chaque nation ne peut compter que sur elle-même. Chacune, sur notre continent, a fait ce qu'elle a pu, de son mieux, pour renforcer ses solidarités internes, maintenir sa cohésion sociale, venir en aide aux personnes les plus touchées.

    Dans cette tempête, l'Union européenne n'a pas existé. Chaque nation s'est trouvée seule. Respectueuse des autres, il faut le noter, sincèrement sensible aux souffrances de ses voisins. Ce ne fut pas une guerre entre nations, mais une guerre de chaque nation, pour elle-même, au milieu d'autres nations. Certains pays, comme la France, ont eu une gestion dure, jacobine, verticale, fliquée même parfois. D'autres, comme la Suisse, ont respecté la liberté individuelle des gens. Ils ont fait confiance. Nous ne nous en plaindrons pas.

    La crise, comme révélateur. Le génie propre de chaque pays, en fonction de son Histoire, a été mis en lumière par le virus. Dans cette affaire, tous ont existé. Tous, sauf l'Union européenne.

    Et voilà qu'à Bruxelles, des chefs de rencontre, semblables à une amicale de boxeurs groggy, sous prétexte de "relancer l'Union", cherchent à mutualiser leurs difficultés en recourant au pire expédient dans ces cas-là : l'endettement ! On va faire tourner la planche à billets, mettre en circulation une monnaie dont la garantie réelle est de plus en plus faible, et bien sûr reporter la charge finale sur les contribuables des pays membres.

    Un jour ou l'autre, il faudra payer l'addition. Politiquement, ce sera une montée encore plus puissante des partis anti-européens. Un discrédit renforcé de la classe politique, et plus généralement du principe de représentation. La France, par exemple, pourrait en sentir le résultat lors de la présidentielle de 2022.

    La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne. C'est pour elle une bénédiction. Avec ce système de valeurs fictives, où la fuite en avant est reine, notre petit pays doit se montrer plus intraitable que jamais sur sa distance, sa souveraineté, son indépendance. Depuis la guerre, il a trop misé sur son Commerce extérieur avec le continent, au détriment de son agriculture et de sa souveraineté alimentaire. Il doit, en profondeur, rectifier ce déséquilibre, engager des négociations État par État, et doucement signifier à Bruxelles qu'il ne lui doit rien. Tout cela, respectueusement : si l'Union européenne est devenue, hélas, une machine antipathique et technocratique, les différents peuples qui la composent sont nos amis. Tous, sans exception.

    L'Europe, oui. Celle des cœurs, de la culture, des valeurs communes. La machine technocratique, celle qui tourne à vide comme les pantins expressionnistes dans les expos d'avant-garde des années vingt, c'est définitivement non.

     

    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - No 26 - Klaus Mann, Méphisto, l'ambiguïté du diable

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    L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 26 – Quand un acteur de légende, l’immense Gustaf Gründgens, se vend corps et âme, par pur opportunisme, au Troisième Reich, l’écrivain Klaus Mann en fait un livre. Le héros devient « Hendrik Höfgen », il brille dans le rôle du diable, et multiplie les compromissions avec le régime nazi. Et le roman, Méphisto, n’est rien d’autre qu’un chef d’œuvre.

     

    Jeudi 16.07.20 - 17.53h

     

     

    C’est l’un des romans les plus fascinants du fils perdu de Thomas Mann. Je m’en veux déjà, je ne devrais pas dire cela, toujours ramener Klaus Mann (1906-1949) à son immensité de génie de père, Prix Nobel de littérature en 1929, l’un des plus grands romanciers de langue allemande, l'auteur des Buddenbrooks, de la Montagne magique et de Mort à Venise, passages obligés de tout germaniste en herbe, monument de la littérature mondiale.

     

    Laissons donc le dieu Thomas, que nous avions déjà évoqué ici le 16 août 2015, dans l’épisode no 13 de notre Série, « Sanary, l’exil bleuté des écrivains », et que nous retrouverons pour vous parler un jour de Lübeck. Et intéressons-nous intrinsèquement à Klaus, non seulement fils du divin (je me gifle en le répétant), mais aussi neveu d’Heinrich (cf. numéro 12 de notre Série, 12 août 2015, « Heinrich Mann, le vrai père de l’Ange bleu »), frère d’Erika, frère de Golo, tous artistes, incroyable famille ! Dire que les relations, d’un membre à l’autre de cette Olympe littéraire où chaque nid cache une vipère, respiraient la facilité, serait exagéré.

     

    Parlons de Klaus. Et reconnaissons qu’à l’ombre d’un père qui dévore tout, une place d’écrivain est possible. Et quel écrivain ! Même si Klaus n’avait été le fils de personne, son nom retentirait encore dans la littérature allemande. Et c’est notamment grâce à Méphisto.

     

    L’affaire est assez simple à comprendre, ce qui m’amené, après une nuit (sic !) d’hésitation, à vous proposer ce sujet, qui me permet de remettre à un improbable lendemain un cycle autrement plus complexe, celui des rapports entre littératures grecque et allemande. Donc, de me lancer dans un texte de cette Série qui sera - un jour - consacré à Hölderlin.

     

    Méphisto, c’est bien sûr le diable, dans le Faust de Goethe. Le personnage principal du roman de Klaus Mann, nommé Hendrik Höfgen, fait référence à l’immense comédien allemand Gustaf Gründgens (1899-1963), qui précisément interpréta comme nul autre, sur toutes les scènes allemandes, le rôle de Méphistophélès. Eh oui, dans cette affaire, il y a Goethe, il y a Thomas Mann, on se heurte sans arrêt à des géants statufiés, on aimerait juste respirer un peu. Respirer : ce fut l’affaire de toute la courte vie de Klaus Mann. Il a entretenu une relation avec Gründgens (le vrai), qui entre 1926 et 1929 fut… le mari d’Erika, sa propre sœur ! Nid de vipères, cycle thébain de l’infernale proximité, tout est là, tout se tient. Thèbes, ou plutôt Argos ? Erika-Klaus, comme Electre et Oreste ?

     

    Le Méphisto de Klaus Mann, sorti en 1936, nous raconte donc, par nom à peine transposé et ne dupant personne, l’histoire d’un Gründgens encore bien vivant ! On y découvre un engagement dans les voies les plus progressistes, proches des communistes, dans l’avant-garde artistique de la République de Weimar (très audacieuse, comme on sait, dans l’invention formelle, nous le verrons avec le Bauhaus). Et le même immense acteur qui n’hésite pas, par opportunisme, pour avoir des rôles, des postes, à devenir une icône théâtrale du Troisième Reich ! C’est le destin de Gründgens, qui d’ailleurs survivra à tout cela, continuant d’arpenter les planches après la guerre, et dirigeant même, de 1955 à 1963, le Deutsches Schauspielhaus de Hambourg.

     

    A noter que Klaus Mann, lui, contrairement à son personnage et au vrai Gründgens, fut un authentique opposant de la première heure au régime nazi, tout comme son père Thomas (je me regifle), tout comme son oncle Heinrich.

     

    Mais Gustaf Gründgens, alias Hendrik Höfgen, alias Méphisto (« Ich bin der Geist, der stets verneint», ainsi se présente-t-il à Faust, au début de la tragédie de Goethe), lui, s’est vendu au régime nazi. Pacte faustien ? Âme perdue ? Destin du peuple allemand, tout entier ? Chacun jugera. D’autres artistes l’ont fait, par exemple au plus haut niveau musical. L’un des plus importants philosophes du vingtième siècle, aussi. Et puis, d’autres, beaucoup moins nombreux, ne l’ont pas fait. Parmi eux, un certain Klaus Mann. Une existence orageuse, fracassée, des tentatives de suicide, et puis un jour à Cannes, à l’âge de 42 ans, la mort, la vraie. Dès qu’il apprend l’événement, Thomas, le père (je me fustige), fait allusion à l’ombre sans doute envahissante qui avait dû être la sienne. La main glacée du destin.

     

    Le Méphisto de Klaus Mann est un très grand livre. Et Klaus, un très grand écrivain. Avec lui, on ne fréquente pas la voûte universelle du Ciel, comme avec Thomas (là, je me saigne). Non. On est juste avec des humains fragiles, des hommes et des femmes qui s’aiment et qui souffrent. Et avec Gründgens, pardon Höfgen, on plonge dans le coeur du pacte avec le diable. Juste pour demeurer, un peu plus encore, sur le devant de la scène.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Fichte : grundsätzlich, unentbehrlich !

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    Dienstag, den 14.07.20 - 09.18 Uhr
     

    Wenn nur ein Buch - nur eins ! - über die deutsche Geschichte zu empfehlen wäre... Darüber hatte ich am 21. Juli 2015 einen Text meiner Serie geschrieben (siehe unten !). Jeder Germanist, jeder Student im Bereich der deutschen Geschichte soll unbedingt diese zwölf Reden von Fichte (Berlin, 1807-1808, unter der französichen Besetzung) mit lauter Stimme lesen, als wäre er selbst der Redner. Hier : mein Exemplar vor vierzig Jahren.


    Pascal Décaillet
     
     
     
     

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  • Mise en garde

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    Sur le vif - Mardi 14.07.20 - 06.51

     

    Lorsqu'un groupe de défense communautaire, X ou Y, n'envisage le monde qu'à travers ses intérêts et ses objectifs, jusqu'à revisiter l'Histoire en ne considérant que les aspects qui le concernent, ce groupe finit par nuire à la vision historique, à sa complétude, à sa capacité de nuances.

     

    Pascal Décaillet

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