Liberté - Page 4

  • Pour l'honneur

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.20

     

    Interviewé dans ce journal, la semaine dernière, par Giancarlo Mariani, puis par votre serviteur dans « Les Yeux dans les Yeux », Simon Brandt ne lâche rien. Le candidat malheureux à la Mairie de Genève, interpellé par la police dans des circonstances hallucinantes le vendredi 13 décembre 2019, pour des griefs dont il a plus tard été disculpé, n’entend pas en rester là. Il se bat pour son honneur. Et il a raison.

     

    Le fin mot de l’histoire, je l’ignore. Nous sommes dans un domaine complexe, entremêlé, où le judiciaire se mêle étroitement au politique. Un imbroglio ! Mais une chose est certaine : Simon Brandt n’a rien d’un adepte du grand banditisme, ni d’un homme qu’il faudrait arrêter comme s’il appartenait à la Bande à Bonnot, ou à celle de Baader. C’est un homme parfaitement paisible, ne représentant strictement aucun danger pour la société. Si la justice voulait l’entendre, elle avait d’autres moyens à utiliser pour l’appréhender.

     

    Dans sa contre-attaque judiciaire, Simon Brandt, à juste titre, exige des explications. Nous sommes dans un Etat de droit : nous avons, tous, le droit de savoir ce qui s’est passé exactement. Le rôle de certains policiers. Les consignes d’arrestation du Ministère public. Y a-t-il eu volonté d’humiliation, de pression ? Visait-on, à travers M. Brandt, d’autres personnes ? Avons-nous été, en pleine campagne municipale, en présence d’un règlement de comptes, interne à l’Entente ? Tout cela, les citoyennes et citoyens ont le droit de le savoir.

     

    Pascal Décaillet

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  • Celui qui repart au combat

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    Sur le vif - Mardi 12.05.20 - 16.09h

     

    A qui je pense ? Je vais vous le dire !

    Je pense au patron de pizzeria, qui a mis des années à se faire une clientèle, et qui a réussi. Des clients fidèles, confiants, en nombre suffisant pour lui permettre de payer son loyer, son personnel, ses charges. Cela, dans une pizzeria comme ailleurs, ne vient jamais tout seul : cela nécessite des années de compétences, de sacrifices, de labeur. C'est cela, une entreprise, et pas la frime des start-ups, avec leur marketing.

    Ce patron de pizzeria, qui a commencé à bosser à seize ans, comme pizzaiolo, qui a pris un jour le risque de se lancer comme entrepreneur, qui a consacré toute sa vie à son boulot, on lui a intimé l'ordre, il y a deux mois, de tout arrêter.

    Depuis deux mois, il ronge son frein. Il hante sa pizzeria, le soir, pour quelques plats "à emporter". Il angoisse. Il attend.

    Depuis hier, il a repris. Avec son personnel, ou plutôt une partie d'entre eux. La reprise, c'est calme, très calme. Parce que beaucoup d'entre nous, pendant ces deux mois, ont pris des habitudes. On mange bien, très bien même, à la maison. On s'accommode fort bien du confinement, chez soi. On fait des économies ! On craint pour l'avenir, alors on n'a pas très envie de griller son fric au restaurant.

    Et lui, le patron de pizzeria, il est là. Pour un peu, comme en Italie, il ferait le rabatteur, sur le trottoir.

    Je pense à lui, très fort. Parce que le VRAI ENTREPRENEUR, c'est lui. Celui qui sait faire. Celui qui a pris des risques. Celui qui a tout donné. Celui qui a risqué de tout perdre. Celui qui repart au combat. Comme à seize ans. Comme au premier jour.

     

    Pascal Décaillet

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  • La voix active

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    Sur le vif - Lundi 11.05.20 - 16.25h

     

    Je ne parle jamais du confinement (sauf pour dire que je n'en parle jamais !), pour une raison simple : le thème du confinement m'emmerde. Il range les humains dans la catégorie des passifs. Le confiné, heureux ou non de l'être, est un humain qui subit. Joyeux de subir pour certains, déprimé pour d'autres, là n'est pas mon problème : le confiné, même tout excité à l'idée de repeindre pour la vingtième fois son appartement, conjugue sa vie à la voix passive.

    Je ne dis pas que je n'aime pas le confinement. Je dis que le thème m'emmerde. Je n'ai pas envie, dans mon existence, de parler de ce que je subis. Oh, je subis plein de choses, comme tout le monde, mais je n'entends pas en parler. Das soll für mich kein Thema sein !

    Je suis un homme d'action. Ce qui m'intéresse, chez les humains, ce sont leurs actes. Leur esprit critique, aussi. Par exemple, face à une autorité. Pour préciser encore : face à l'autorité qui nous impose le confinement. Ou des règles sanitaires à n'en plus finir, édictées par les fonctionnaires, à Berne ou dans les Cantons.

    Pendant les deux mois qui viennent de s'écouler, j'ai multiplié éditos et débats sur la situation sociale, économique de notre pays. En mettant l'accent sur les solutions : comment s'en sortir, comment trouver des issues, comment réorganiser nos relations, entre nous ? Projections sur l'avenir, prises de responsabilités demandées aux interlocuteurs. Homme d'action, je m'adresse à des femmes et des hommes d'action. Peu importe que je sois d'accord ou non avec eux. Nous agitons nos méninges dans la voie de l'action. Nous conjuguons nos vies à la voix active.

     

    Pascal Décaillet

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  • La régence des petits chefs, ça suffit !

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    Sur le vif - Lundi 11.05.20 - 10.08h

     

    Les tonalités du Médecin cantonal ont parfois des similitudes avec celles - totalement malencontreuses - de la lettre de Thierry Apothéloz à Mme Theubet. Il faut lire le ton des directives de ce Monsieur au corps médical, ou aux laboratoires d'analyses. On croirait une circulaire de Gamelin aux chefs de fortins de la Ligne Maginot, pendant la Drôle de Guerre.

    Il est temps de rappeler à certains que nous sommes en démocratie. Le souverain, c'est le peuple. Le personnage principal, c'est la citoyenne, le citoyen. Pas l'élu. Encore moins le fonctionnaire ! Le rôle de ce dernier, tout médecin soit-il, tout cantonal soit-il, c'est de servir l’État, non de régenter le peuple en l'infantilisant.

    C'est cela, le message de la rentrée. La politique doit reprendre ses droits. Donc, la démocratie. Donc, le pouvoir des citoyens. La régence des petits chefs, ça suffit.

     

    Pascal Décaillet

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  • Comment les choses DEVRAIENT ÊTRE !

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    Sur le vif - Dimanche 10.05.20 - 16.15h

     

    En aucun cas, l'ordre du jour du Conseil municipal de la Ville (ni, d'ailleurs, d'un quelconque délibératif de l'une de nos 45 Communes) ne devrait regarder le Canton. C'est cela, dans la Constitution, qu'il faut changer !

    En aucun cas, un Conseiller d'Etat ne devrait se sentir autorisé à juger de l'importance de tel ou tel point inscrit à l'ordre du jour.

    La Commune genevoise doit s'affranchir des petits fonctionnaires cantonaux jacobins qui, au nom de la mission "d'Autorité de surveillance", passent leur temps à lui chercher noise.

    C'est dans ce sens que la Constitution doit être amendée. Merci de ne pas me rétorquer "C'est comme cela". Je sais bien que c'est comme cela ! Je vous dis, moi, comme citoyen, comment les choses à mes yeux, dans un ordre nouveau, dûment modifié par le souverain, DEVRAIENT ÊTRE.

    Il me semble que c'est clair.

     

    Pascal Décaillet

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  • 10 mai 40 : la fin d'un monde

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    Sur le vif - Dimanche 10.05.20 - 00.42h

     

    Il y a, jour pour jour, 80 ans, l'attaque à l'ouest. Six semaines d'une offensive foudroyante, l'une des plus impressionnantes de toute l'Histoire militaire. Au bout du chemin, pour la France, la plus grande défaite de son Histoire. Défaite militaire, mais défaite morale surtout. Lire Marc Bloch. Lire Julien Gracq, lieutenant et accessoirement génie de l'écriture.

    Défaite intellectuelle. Défaite conceptuelle : pétri de certitudes défensives, on n'a rien vu venir, on a préparé la guerre d'avant, celle qu'on avait gagnée. On s'est pétrifié dans la routine, dans ses certitudes.

    On s'est enfermé dans une immense forteresse, autour de laquelle rien, au moment décisif, ne s'est passé. Désert des Tartares. On s'est confiné. Oui, confiné ! Là où le destin se jouait dehors, en plein air, dans le monde du mouvement, de la force mécanique, des liaisons interarmes coordonnées par radio. Et non par le vieux téléphone de campagne !

    Ces six semaines, depuis quarante ans ou plus, je les ai étudiées jour après jour, parfois heure après heure. Six semaines d'une exceptionnelle densité dramatique. Avec des points de bascule (le passage de la Meuse), des moments de rupture, la permanence du mouvement, des Allemands parfois dépassés par l'ampleur de la victoire. Pourquoi Hitler, un moment, arrête-t-il la division victorieuse de Rommel, qui vient de percer les Ardennes, fonce vers l'ouest, direction mer du Nord ?

    Et des Français qui, contrairement à une légende tenace (dûment entretenue par Vichy, qui veut charger la prétendue impéritie du Front populaire), se battent, font ce qu'ils peuvent. Mais n'arrivent pas : ils ont affaire à trop forte partie.

    Et finalement, l'effondrement. La fin d'un monde. Pas seulement la fin de 70 ans de Troisième République. Non, la fin de beaucoup plus que cela. Il faut aller chercher plus antérieurement, plus loin, dans les entrailles de l'Histoire de France.

    Défaite militaire. Défaite politique. Défaite morale. Défaite spirituelle, même, peut-être.

    La France ne s'en est pas remise.

     

    Pascal Décaillet

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  • La jouissance du pète-sec

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    Sur le vif - Samedi 09.05.20 - 12.50h

     

    Genève est un Canton suisse. Le statut de la Commune doit y être ancré, dans la Constitution cantonale, conformément à ce qu'il est dans l'esprit de notre démocratie nationale : l'échelon premier de proximité, majeur, souverain.

    Ne pas l'avoir fait lors des travaux de la Constituante s'avère un monumental raté. Et laisse la place à des dérives jacobines du Canton, à la française. Où tel secrétaire général adjoint d'un conseiller d'État se croit paré, dès qu'il prend la plume pour écrire à la première citoyenne de la deuxième ville de Suisse, des pouvoirs d'un chef de cabinet place Beauvau, voire des attributs verticaux de la préfectorale.

    Tout cela doit cesser. Toute cette arrogance, surgie droit de l'ère Longchamp. Tous ces pète-sec qui, de leur bureau douillet où ils servent le Prince, s'adressent à des élus du peuple comme à des valets.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le jacobinisme anti-Communes a parlé !

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    Sur le vif - Vendredi 08.05.20 - 17.12h

     

    La missive cingle, cinglante et cinglée. Elle pourrait émaner d'un héraut, sanglé dans son uniforme. Ou d'un Commissaire de la République, Place de Grève.

    Une lettre. Signée Thierry Apothéloz, au demeurant le meilleur des hommes. Mais le monde est ce qu'il est, le meilleur y côtoie le pire, le Saint y fraie avec le Maudit, la Fée y sourit à la Fille perdue.

    Le ministre, donc, vit. C'est déjà une excellente nouvelle. Tout sonore de son éveil, il surgit. Et envoie à la Présidente du Conseil municipal de la Ville, Mme Theubet, l'une de ces circulaires que n'eussent renié ni le Général André, ni le Petit Père Combes, ni le Saint Just des charrettes matinales.

    Il lui dit, en substance : "Pas question de reprendre les séances du Municipal, COVID oblige. Je vous donne l'ordre d'annuler toutes les sessions prévues pour mai (les 12, 13, 19, 20, 26 et 28). Vous risquez trois ans de prison".

    Et voilà ! Le tour est joué ! Le jacobinisme anti-Communes, de plus en plus féroce à Genève, portant les griffes de l'ère Longchamp, avec les mêmes commis, les mêmes scribes, les mêmes petits Peyrolles, a fait son oeuvre. Le ministre vit. Il existe. Et le doux confinement de la vie peut continuer. Jusqu'à la prochaine crise.

     

    Pascal Décaillet

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  • Défaite d'étape

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    Sur le vif - 08.05.20 - 08.46h

     

    En ce 75ème anniversaire du 8 mai 1945, une réflexion s'impose sur l'Histoire allemande, et sur la parfaite continuité de la résurrection de ce peuple depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), soit depuis l'immense Roi de Prusse Frédéric II (1740-1786).

    Les Allemagnes venaient de très loin : en 1648, à l'issue de la terrible Guerre de Trente Ans, elles s'étaient retrouvées dans un état de destruction et de dévastation qui préfigure - de façon biblique, saisissante - l'Année Zéro 1945. Lire, absolument, le Simplicius Simplicissimus, publié en 1668 par Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen. Lire aussi Günter Grass.

    Lire aussi l'Histoire du Sac du Palatinat, en 1688-1689, sur ordre de Louis XIV et Louvois (https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/29/serie-allemagne-no-8-le-sac-du-palatinat-1688-1689-269035.html) . Pendant des décennies, après 1648, les armées étrangères, principalement françaises, se promènent dans les Allemagnes, pillent, incendient, se servent. Deuxième partie du 17ème, première partie du 18ème : les Allemagnes, politiquement, sont en état de mort clinique.

    Jusqu'à Frédéric II, il aura fallu près d'un siècle pour que le monde germanique refasse surfasse, en Europe. Friser le néant, le destin allemand avait déjà connu cela, trois siècles avant 1945. Et déjà une fois, il s'était relevé. Et avec quel éclat ! Oui, la renaissance allemande est passée par la Prusse. Par l'armée prussienne. Par l'industrie prussienne. Par la conception prussienne de l’État. Par l'éclosion des sciences en Prusse. Par la philosophie prussienne. L'Allemagne, ça n'est certes pas la Prusse, loin de là. Mais sans la Prusse, il n'y aurait pas eu de nation allemande, à partir de 1866.

    Mai 1945, dans le mouvement inexorable de cette renaissance, ne constitue, au fond, qu'une défaite d'étape. Elle n'a fait que renforcer la détermination allemande en Europe.

    Je ne suis pas sûr du tout que l'Allemagne ait perdu la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est retrouvée détruite, de fond en comble. Hambourg, Dresde, rayées de la carte. Elle a capitulé. Son régime du moment s'est effondré. Et pourtant, malgré toutes ces évidences, je ne suis pas sûr du tout que la nation allemande, dans son chemin de renaissance depuis Frédéric II, ait perdu. Elle a beaucoup moins perdu que la France, en 1940 !

    J'ai encore tant à dire, sur ce sujet, sans doute celui qui m'occupe le plus, pour des raisons personnelles autant qu'historiques, depuis la fin de mon enfance.

     

    Pascal Décaillet

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  • Haut et fort

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    Sur le vif - Mercredi 06.05.20 - 14.39h

     

    Bon, à ce stade, amies citoyennes, amis citoyens, il convient de rappeler un ou deux fondamentaux de notre Etat de droit :

    1) Ton dossier médical n'appartient qu'à toi. Et à ton médecin, qui a l'interdiction absolue d'en faire état sans ton consentement. Cela s'appelle le secret médical. Si ça te chante de raconter à toute la République ton état de santé, libre à toi. Mais nul ne peut t'y contraindre.

    2) Le salaire que tu perçois, ou le revenu que tu déclares, ne concernent que trois entités : toi-même, celui qui te paye, le fisc. Ce dernier a l'interdiction absolue de rendre publiques ces données. Si ça te chante de raconter à toute la République ta situation financière, libre à toi. Mais nul ne peut t'y contraindre.

    3) Ta vie privée, famille, amis, maîtresses, amants, orientation sexuelle, ne regarde que toi. Et ta famille, amis, maîtresses, ou amants. Si ça te chante de raconter à toute la République tes galipettes, libre à toi. Mais nul ne peut t'y contraindre.

    4) Tu es libre de ton mode de paiement, cartes ou cash. Si le type, en face de toi, t'impose le paiement par carte, tu lui brandis le cash en disant : "C'est ça, ou rien". On verra bien s'il prendra le risque de refuser.

    5) Si tu vas au bistrot, c'est pour boire ton verre, peinard. Si tu vas au restau, c'est pour croquer ton plat du jour. Tu n'y vas pas pour remplir des formulaires destinés aux services de traçage de M. Koch, à Berne. D'ailleurs, ce M. Koch commence gentiment à nous les briser.

    6) Ta vie, c'est la tienne. Tu veux bien bosser, et même dur. Tu veux bien aider, participer à la vie sociale. Mais tu n'es pas là pour te faire emmerder. Au besoin, tu dois le dire, haut et fort.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le rêve inavoué du pouvoir absolu

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.20

     

    Depuis la crise du coronavirus, on n’aura jamais autant vu nos pouvoirs exécutifs suisses, dans l’Histoire de notre pays, depuis 1848. Jamais autant vu nos conseillers fédéraux. Jamais autant vu nos conseillers d’Etat. Jamais octroyé autant de visibilité à un chef d’Office, à Berne, ou un médecin cantonal. Jamais autant entendu tous ces braves gens s’exprimer de façon unilatérale, sans la moindre répartie ni contrepartie en face, si ce n’est des questions sagement factuelles, pour préciser des données techniques, ou la portée de telle ou telle consigne. Nos gouvernements paraissent, délivrent la bonne parole, daignent répondre à des interrogations techniques, sur l’application des décisions, puis disparaissent. Le lendemain, ou deux jours plus tard, ils réapparaissent, sur un scénario exactement identique. C’est réglé, comme du papier à musique, comme les bandes perforées de l’orgue de barbarie. C’est la Suisse, celle des instruments de précision, des automates, au service du pouvoir.

     

    Au risque de vous surprendre, je n’incrimine en rien nos gouvernants. Ils exercent le pouvoir en temps de crise, profitent d’une visibilité qu’on veut bien leur donner, ne s’embarrassent pas de Parlements qui justement sont aux fraises, bref ils vivent à fond le rêve inespéré, inassouvi, inavoué, de tout exécutif : le pouvoir sans contradiction, ni partage. Mieux : je reconnais qu’ils le font bien ! Alain Berset est un homme courtois, cultivé, modéré, aux tonalités convenables : c’est d’ailleurs pour cela que les Chambres fédérales l’avaient préféré au tonitruant Pierre-Yves Maillard. Lorsqu’Alain Berset paraît, la Suisse est rassurée. L’aspect oraculaire de sa prise de parole, confirmée par le grand-prêtre de l’Office, M. Koch, ne semble guère contesté par l’opinion, désireuse d’être sécurisée par des Messieurs polis et présentables. L’idée que, peut-être, toute la vérité ne soit pas toujours dite, ne semble effleurer que modérément les consciences de nos concitoyens.

     

    Il va tout de même falloir que ce petit jeu cesse. Et cela, quelle que soit la suite sanitaire de la crise. Notre tradition démocratique suisse, magnifique dans ses équilibres, n’est aucunement celle d’un pouvoir exécutif hyperprésent. Tout au contraire : il est d’usage, dans notre pays, que l’apparition des gouvernants soit rare, précieuse. Nous avons, chez nous, d’autres leviers du pouvoir. Par exemple, les Parlements : Chambres fédérales à Berne, et vingt-six Grands-Conseils dans nos Cantons. Mieux, oh oui beaucoup mieux : le peuple ! Ou, si vous préférez, le suffrage universel, le collège électoral de l’ensemble des citoyennes et citoyens. Hélas, aucune de ces deux instances, législative et populaire, ne s’est réveillée pour l’heure. En quel honneur dorment-elles ? Où est-il écrit qu’elles doivent se mettre en veilleuse à la première tempête venue ? Surtout, quel clairon les réveillera ? La Suisse n’est pas composée de sujets. Mais de citoyennes et citoyens libres. Mûrs, adultes, vaccinés. Ce sont eux qui doivent reprendre la parole.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Là, ça suffit !

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    Sur le vif - Mardi 05.05.20 . 18.02h

     

    Les restaurateurs qui devront fournir les noms, prénoms et téléphones de leurs clients ! Alors là, il faut dire haut et fort que le flicage généralisé, ça suffit ! Nous sommes en Suisse, pays de libertés, de confiance, de citoyennes et citoyens adultes, mûrs et vaccinés. Nous ne sommes pas dans la Tchécoslovaquie de la normalisation, post-Dubcek !

    À ce stade, après l'affaire Swisscom, ça devient du délire. En deux mois, notre magnifique démocratie, modèle à tant d'égards, s'est transformée, sous prétexte de "traçage" sanitaire, en une machine à suspicion généralisée. Sans parler du traitement réservé aux personnes âgées.

    Le Parlement doit reprendre ses droits. La démocratie directe, encore plus. Les voix citoyennes, de partout, doivent s'élever. Pour dire que ça suffit.

    Toute décision concernant les libertés individuelles, la protection de la sphère privée, de la personnalité, doit être frappée du sceau de la démocratie : avalisée non seulement par le Parlement, mais par le peuple ! Nul Office fédéral, nulle association professionnelle, nul pacte passé entre ces derniers, n'en a la légitimité ! Nous ne voulons pas d'une dictature des chefs d'Office, des Koch, des médecins cantonaux. Nous voulons la démocratie !

    Les citoyennes, les citoyens ne vont pas au restaurant pour remplir des formulaires d'identité, destinés à faire d'eux les maillons d'une "chaîne de traçage". Là, désolé, mais c'est non, non et non !

     

    Pascal Décaillet

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  • Tito, les Balkans, l'épopée

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    Sur le vif - Lundi 04.05.20 - 14.59h

     

    Il y a juste 40 ans, le 4 mai 1980, disparaissait, à l'âge de 88 ans, l'une des figures majeures de l'Histoire des Balkans au vingtième siècle : Josip Broz, alias Tito. C'était un homme considérable, un géant.

    Sa biographie, notamment entre 1941 et 1945, mérite d'être étudiée jour après jour, tant elle est saisissante : non seulement il a résisté aux Allemands, mais il a fédéré sous sa bannière les mouvements de résistance, n'hésitant pas à liquider ses rivaux, comme le Colonel serbe Draza Mihailovic. Churchill avait fait son oeuvre, lui préférant Tito.

    Et puis Tito, c'est 35 ans d'Histoire de la Yougoslavie après la guerre, un pays où je m'étais rendu plusieurs fois de son vivant, et puis aussi après, bien sûr. Ce grand rêve d'une Fédération des Slaves du Sud, né des redécoupages de l'Après-Grande-Guerre, Tito avait su le tenir, l'activer, le vivifier.

    J'étais jeune encore, mais nous étions nombreux à suivre de très près cette expérience unique en Europe (à part l'Albanie), celle d'un communisme autonome, non-dépendant de Moscou, pratiquant la cogestion dans les entreprises, ne fermant pas ses frontières. Bref, un Non-Alignement qui, à l'instar de celui d'un Nasser un Égypte, ne manquait ni d'allure, ni de fierté nationale.

    Je me souviens, comme si c'était hier, de ce 4 mai 1980. J'avais déjà tant lu sur l'Histoire des Balkans, notamment entre 41 et 45. J'ai éprouvé ce jour-là, comme beaucoup, le sentiment très vif que l'unité yougoslave allait se déliter. Je ne pensais même pas qu'elle tiendrait encore une décennie.

    Il y eut la transition des années 80, complexe, passionnante. Et puis, il y eut la terrible décennie 1990-2000, qui vit les Balkans une nouvelle fois s'embraser. Et nos intellectuels parisiens à chemise blanche, étincelante, qui voulaient remplacer la connaissance historique par la morale et la philosophie, venir se pavaner sous tous les projecteurs. Pendant que l'OTAN, les États-Unis, les services secrets de M. Kohl, sous couvert de droit d'ingérence, plantaient leurs griffes dans une région qu'ils convoitaient depuis si longtemps. A vrai dire, depuis la Seconde Guerre mondiale.

    La vraie Histoire des Balkans demeure à écrire. Cela devra se faire par des historiens, ou alors peut-être par des poètes épiques, comme il y eut un Homère pour les guerres troyennes (on finit toujours par lire plutôt l'Iliade, sublime dans ses hexamètres, que le génial historien Moses Finley). Mais par pitié, surtout pas par des moralistes ! Ni même par des philosophes, avec leur prétention à la lumière et à l'horlogerie universelles. Là où le tragique de l'Histoire se nourrit du local, du particulier, de l'idiomatique, chaque théâtre d'opérations valant pour lui-seul, hors de toute leçon générale. Pour cela, il faut accepter de creuser, étudier les langues, les mythes fondateurs, lire les récits. Plutôt que chercher, comme un démonstrateur mathématique, à raisonner.

     

    Pascal Décaillet

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  • La dette : non, non et non !

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    Sur le vif - Lundi 04.05.20 - 11.25h

     

    La conversion du PLR à l'endettement, en matière cantonale genevoise comme en matière fédérale, constitue un total reniement des positions constamment défendues jusqu'ici par cette famille politique. L'un des virages les plus surréalistes de ces dernières années.

    Fidèle à mes principes en matière de gestion financière, comme citoyen et comme petit entrepreneur, je demeure, pour ma part, férocement opposé à cette facilité perverse et trompeuse.

    Mes mots-clefs : indépendance, travail acharné, gestion saine et rigoureuse, réduction des dépenses, confiance avec les partenaires, qualité des finitions, austérité, autonomie de décision. Tenir la ligne de front.

    Le reste, c'est du blabla.

    Ne lions pas nos destins à celui des usuriers.

     

    Pascal Décaillet

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  • Comme le sous-préfet : aux champs !

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    Sur le vif - Dimanche 03.05.20 - 14.23h

     

    Je ne pensais pas prendre un jour la plume pour regretter l'absence parlementaire dans mon pays. Mes idées, vous les connaissez : je me méfie viscéralement du monde législatif, pour le connaître trop bien, l'avoir fréquenté à Berne, puis ailleurs, dans les entrailles de son intimité. J'ai trop vu le système d'influences, le poids les lobbys, le jeu de miroirs des ambitions personnelles.

    Mon modèle est celui d'une démocratie totale, beaucoup plus de place prise par le suffrage universel, et des Parlements qui se contentent de faire les lois, sans la moindre mystification nécessaire du rôle "d'élu". Ils fabriquent les lois, soupèsent les virgules si ça les excite, votent un texte final, et si le peuple n'est pas content, il attaque la loi en référendum. Surtout, ce même peuple multiplie les initiatives, celles qui viennent d'en bas : les citoyennes, les citoyens sont la pierre angulaire de la nation, ce sont eux qui font la politique, et pas spécialement les élus. Tel est mon modèle.

    Vous pouvez partager ou non ma conception d'une démocratie totale, décrypter (si vous en avez les moyens) ce qu'elle doit à certains penseurs politiques de la première partie du vingtième siècle, dans des pays voisins du nôtre, et d'ailleurs aussi en Suisse. Je ne vous demande pas d'être d'accord, mais de prendre acte de ma conception.

    On aurait donc imaginé que d'autres que moi vinssent à la rescousse d'un pouvoir législatif que je n'adule guère. Oui, mais voilà : il y a eu la crise. Depuis deux mois, les exécutifs sont omniprésents, on ne voit et n'entend qu'eux. Sous l'imparable prétexte (en tout cas moi, n'étant pas médecin, je n'ai pas les moyens de la parade) d'urgence sanitaire, la Suisse est gouvernée par ukases, décrets, arrêtés directs. Le monde parlementaire, dont on nous répète à l'envi qu'il nous est vital par les vertus de son contre-pouvoir, a totalement disparu de notre espace politique. Il est quelque part, ailleurs, entre les fraises encore naissantes et les promesses de première menthe, entre l'Alpe et le marécage. Il est comme le sous-préfet de Daudet : aux champs.

    Les Parlements, en Suisse, ont intérêt à réussir leur retour. Ainsi, les quatre jours de session des Chambres fédérales, dès demain, seront jugés, non au contenu détaillé des délibérations, mais à la présence, à la justesse, au timbre, à la tonalité des voix qui s'exprimeront. Il ne s'agit pas tant de savoir si on va voter la variante A ou la variante B. Non, il s'agit, pour le Parlement, de montrer s'il sert encore à quelque chose dans ce pays, s'il est encore en mesure d'établir un contre-pouvoir à l'exécutif, d'en contrôler le travail et celui de l'administration, de représenter au mieux les intérêts du peuple.

    Si le Parlement devait échouer dans cette mission, alors beaucoup de nos compatriotes se rallieraient, dans les mois et les années qui viennent, au modèle exposé plus haut, celui que pour ma part je défends à terme.

    Dans tous les cas, Parlement fort ou Parlement faible, un troisième acteur, capital, doit lui aussi sortir de sa torpeur : le peuple. Entendez le corps des citoyennes et citoyens, ceux qui forment le suffrage universel, activent la démocratie directe, lancent des idées d'en bas, provoquent de vastes débats nationaux. Bref, la vraie sève politique de notre démocratie suisse, loin des arcanes parlementaires, des lambris du Palais fédéral, et de la combinazione inhérente à toute nomenclature.

    Quant aux fraises et à la menthe, nous irons nous aussi les cueillir. Lorsqu'elles seront mûres.

     

    Pascal Décaillet

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  • Le retour du peuple, vite !

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    Sur le vif - Mercredi 29.04.20 - 17.02h

     

    Jamais, depuis 1848, un conseiller fédéral n'a bénéficié du quart, peut-même pas du dixième, de la visibilité d'Alain Berset, depuis le début de la crise.

    Le principal intéressé, c'est vrai, communique bien. Il est clair. Il évite le paternalisme. Il s'adresse à des citoyennes et citoyens adultes, mûrs et vaccinés, il ne les infantilise pas.

    Mais tout de même. L'hyper-visibilité du Conseil fédéral, et en général des exécutifs en Suisse, à la faveur de cette crise, doit toucher à sa fin. Depuis des semaines, pour ma part, je la souligne et la condamne. Depuis des semaines, je déplore la disparition des Parlements, et celle de la démocratie directe.

    Dans notre tradition démocratique suisse, le personnage principal, c'est la citoyenne, le citoyen. Pas l'élu. Et surtout pas l'élu exécutif. Que ce dernier multiplie les actes de présence en période de crise, on peut l'admettre. Mais cela, en aucun cas, ne doit devenir la règle. Ni s'étendre, dans la durée.

    L'après-crise, politiquement, ça doit être le retour des Parlements. Et surtout, beaucoup plus important, le retour du peuple. Au premier plan.

     

    Pascal Décaillet

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  • La jouissance du contremaître

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.20

     

    Le télétravail ? Voilà des années qu’il était déjà possible ! Des années perdues, pour les entreprises, pour la société surtout, par conformisme, par ronron, par paresse du changement. Et plus que tout, pour maintenir, dans les boîtes et dans la fonction publique, le bon vieux contrôle physique du petit chef, version bureautique du contremaître industriel, celui qui vient vérifier, derrière votre dos, si vous faites bien votre boulot. Il aura fallu une toute petite bête, maligne et virale, pour souligner la vanité de ces rapports hiérarchiques, où la sournoiserie de la domination le dispute au génie de la tracasserie.

     

    Il y a des métiers où il faut être là physiquement. Mais il existe de nombreuses fonctions, dans une activité professionnelle, qui peuvent s’exercer derrière n’importe quel écran d’ordinateur, là où on est. Dans ce second cas, le télétravail, qui valorise la confiance et la compétence (au final, il faut bien que le boulot soit accompli), vaut mille fois mieux que venir compter ses heures dans les locaux de son employeur.

     

    La notion même de « bureau », création de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et surtout du vingtième, est de plus en plus caduque. Pourquoi continue-t-on à construire des surfaces commerciales à Genève, alors qu’une quantité d’entre elles, aujourd’hui, sont vides ? Moins de déplacements, moins de jouissance dominatrice chez les petits chefs, moins de pollution, et le boulot qui sera quand même fait ! C’est le moment d’être révolutionnaire. Ou alors, c’est à désespérer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Nul ne colonisera nos consciences !

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    Sur le vif - Mardi 28.04.20 - 16.36h

     

    Passionnant reportage, hier soir, sur l'Histoire du café, du thé, du chocolat. Principalement depuis le 18ème siècle, même s'il faut remonter bien antérieurement.

    Le libre-échange britannique, dans toute sa splendeur. Le rôle de la Compagnie des Indes. La guerre commerciale avec la Chine, la guerre de l'opium. La construction de l'empire commercial britannique, via Ceylan (le thé Lipton), les Indes, les colonies d'Asie et d'Amérique. La consolidation, dans le même temps, d'une marine commerciale et militaire (la Royal Navy), incomparable.

    Ce qui frappe, c'est à quel point toute la puissance commerciale britannique est tournée vers la mer, le vaste monde, ces fameux "océans" que Churchill vient convoquer en alliés du salut, dans son discours aux Communes, le 13 mai 40, celui du sang et des larmes.

    Ce libre-échange, vital pour le destin britannique, est à l'exact opposé de nos nécessités, de nos traditions continentales. Tant dans l'Allemagne de Bismarck, avec son protectionnisme et ses lois sociales, que dans la France jacobine et colbertiste, sans oublier la Suisse de 1848, la puissance de l'Etat est centrale. Non pour se substituer à l'économie, mais pour l'encadrer, lui donner des règles, au service d'un impératif supérieur : la cohésion sociale.

    L'Angleterre n'a pas cette tradition-là. Malgré la grande exception que fut la période travailliste d'après-guerre, celle de Clement Attlee, avec ses nationalisations.

    Notre Europe continentale, notre France, notre Allemagne, notre Italie, notre Suisse, ont d'autres valeurs historiques et référentielles que la simple exaltation du libre-échange, du marché, de la valse invisible des exportations, de la plus-value financière sur le travail humain.

    A cet égard, le Brexit demeure, pour qui sait lire l'Histoire, un événement d'importance mineure. Le plus étonnant n'a pas été que le Royaume-Uni quittât la construction européenne. Mais qu'il y fût, un jour de 1972, entré.

    Avec une Europe sociale, solidaire, fondée sur la culture et sur les valeurs, toutes choses dont l'UE est hélas aujourd'hui très éloignée, la Suisse saura, un jour, trouver un chemin. Non d'obédience, mais de partage.

    En attendant, indépendance, souveraineté, travail, confiance et respect mutuels. Nous ne sommes pas une puissance coloniale. Mais nous ne laisserons personne coloniser nos consciences.

     

    Pascal Décaillet

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  • Juste la rage

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    Sur le vif - Dimanche 26.04.20 - 10.33h

     

    Souveraineté. Protectionnisme. Indépendance nationale. Contrôle des flux migratoires. Solidarité à l'interne. Cohésion sociale. Priorité absolue aux citoyennes et citoyens. Suffrage universel. Démocratie directe. Protection de l'environnement, des paysages. Qualité de vie. Respect mutuel. Économie au service de l'humain, et en aucun cas le contraire. Refus absolu de la finance de casino. Défense de l'agriculture, du terroir. Souveraineté alimentaire, énergétique, sanitaire. Et puis, souveraineté tout court, donc politique de sécurité active, éveillée.

    Ces valeurs, je les défends depuis toujours. Aujourd'hui, elles semblent bénéficier d'une certaine audience. Mais il y a vingt ans, au tournant des deux millénaires, fin des années 90, début des années 2000, je les défendais déjà, âprement. Nous n'étions pas beaucoup, en Suisse romande. L'écrasante majorité avait versé dans le culte du Veau d'or, la sanctification de l'argent facile, le profit cosmopolite et mondialisé, l'abolition des frontières, l'universalisme ultra-libéral.

    Mes quelques compagnons de route de ces années difficiles, où il a fallu se battre avec acharnement pour faire valoir ses idées, et payer parfois fort cher (oh oui !) ce combat, je sais exactement qui ils sont. Une poignée ! Avec eux, dans l'ordre d'une invisible communauté d'appartenance et de combat, je communie.

    Les convertis de la 25ème heure, je les identifie aussi, un par un. Sur eux, nul commentaire. Juste la rage.

     

    Pascal Décaillet

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  • Précisions sur le "respect des autorités"

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    Sur le vif - Samedi 25.04.20 - 10.47h

     

    Dans notre démocratie suisse, le premier échelon qui doit être respecté, c'est celui des citoyennes et citoyens. Eux forment un seul corps. Eux sont la pierre angulaire de notre édifice. Les élus viennent après. Ils sont au service des citoyens, non le contraire.

    Dès lors, je m'étonne de lire, ici ou là, à la faveur de cette crise, qu'il faille "respecter les autorités". Il y a, tout au moins, dans l'expression, un malentendu sémantique. Qu'il s'agit de dissiper.

    Dans l'urgence, les autorités décident. Les exécutifs, depuis des semaines, ne s'en privent pas, ils décrètent par ordonnances, interdisent à des centaines de milliers de personnes d'exercer leur travail, imposent des distances, isolent les aînés.

    Cela, devons-nous le "respecter" ? Si c'est au sens que nous devons l'appliquer, d'accord. Je n'y ai, pour moi-même, jamais dérogé. Le Contrat social impose de se conformer aux règles communes, sinon c'est la chienlit. Pour ma part, j'ai toujours respecté les lois.

    Mais chez beaucoup de gens qui utilisent ce mot "respect des autorités", sonne comme un respect moral, un verbe "sollen", avec la rigueur de la Réforme qui serait passée par là, l'ombre immense de Luther, la grande tradition de la philosophie prussienne. Toutes choses, par ailleurs, auxquelles je suis, par mes lectures, mes adhésions, ma passion dévorante pour l'Histoire allemande, personnellement très sensible, c'est le moins que l'on puisse dire.

    Mais cette acception-là, je la récuse. Pour moi, l'autorité politique n'est pas une instance morale. C'est juste une extraction du corps des citoyens, désignée par ces derniers (directement ou non) pour prendre des décisions. Ces dernières ne sont pas bonnes parce qu'elle sont décisions, sauf à sombrer dans un respect du pouvoir qui mène au pire. Et y a en effet mené, dans le passé !

    Il n'y a donc pas à respecter les autorités au nom d'une vertu morale dont elles seraient parées. Il y a juste à appliquer leurs consignes. Ce qui n'empêche nul d'entre nous, hommes et femmes libres d'un pays libre, de contester la pertinence des décisions, mettre en doute les processus, souligner les carences, condamner l'hallucinant silence des Parlements, exiger le retour du débat démocratique, celui de la politique. Exiger, aussitôt la crise passée, le retour des exécutifs dans la modestie des dimensions qui sied à notre esprit démocratique suisse.

    Merci, donc, de ne pas confondre le respect moral avec la simple hygiène de groupe consistant à se plier aux règles. Pour notre part, nous acceptons celle-ci, et récusons celui-là.

     

    Pascal Décaillet

     

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