Liberté - Page 4

  • Quelle aubaine, Carla !

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    Sur le vif - Samedi 02.04.22 - 15.29h
     
     
    Elle a passé la décennie des années 1990 à instruire à charge, toujours contre les mêmes, toujours en exonérant les autres, les guerres en ex-Yougoslavie. Elle s'appelle Carla Del Ponte. Elle était l'idole des médias, des moralistes, des juges à la petite semaine. Toujours noircir le Serbe, fermer les yeux sur les exactions des autres. Toujours dans le camp de l'Occident, celui de l'Otan, vous savez la gentille organisation qui a bombardé la Serbie pendant deux mois, nuit et jour, en 1999.
     
    Mais les Etats-Unis, la CIA, les services secrets de M. Kohl implantés au Kosovo, ceux qui ont tiré les ficelles de ces guerres pendant dix ans, Mme Del Ponte ne les a jamais dénoncés, jamais attaqués. Prétendument neutre, elle a été, de facto, l'agent de l'Occident, l'ennemie acharnée de ceux qui pensaient encore possible la survie d'une Fédération des Slaves du Sud, dans les Balkans. Mme Del Ponte a été la femme d'un camp, d'une vision du monde, d'une puissance économique, financière et militaire, contre une autre, infiniment plus modeste.
     
    Mme Del Ponte, chez les journalistes de Suisse romande, a toujours ses fans. C'est la génération fin de l'Histoire, juste après la chute du Mur, grande fraternité mondiale, capitalisme américain triomphant, Europe et multilatéralisme pour nous préparer une gouvernance mondiale. La génération des journalistes de centre-gauche, ou alors de centre-droite, ou alors de centre-centre, ne lisant jamais un livre d'Histoire, se pâmant devant les moralistes et les indignés, ne jurant que par les figures immaculées du Bien, les Mandela et les Desmond Tutu. Surtout plus de nations, plus de frontières, le migrant sanctifié, le sédentaire méprisé.
     
    Mme Del Ponte fait partie de ces figures que cette génération va constamment tirer de sa retraite pour lui demander d'immédiatement qualifier de "crimes de guerre" le méchant du moment. Tiens, il y en a un. Il s'appelle Vladimir Poutine. Quelle aubaine, Carla ! Alors, le Temps, qui incarne à lui seul la génération décrite plus haut, ne se gêne pas. Il donne la parole à Carla. Elle dit aussitôt "criminel de guerre". Comme dans les guerres balkaniques, elle ne livre aucune analyse sur les antécédents historiques, ce ne sont pas là des choses qu'elle ait coutume de prendre en compte.
     
    Et voilà, le Temps a fait son travail. Il a donné la parole à Carla. Elle a dit "criminel de guerre". On a relu, corrigé les coquilles, signé la morasse, et hop, Roger tu peux envoyer à la rotative !
     
    Un jour, dans dix mille ans, les historiens s'interrogeront sur ce concept de "justice internationale", sous le Très Haut Patronage des Etats-Unis d'Amérique, depuis 1945, et notamment depuis les guerres balkaniques des années 1990. Ils auront des choses à nous dire, que nous n'entendrons pas. Il y aura eu d'autres guerres, d'autres jeux du pouvoir, d'autres manipulations des âmes. Et l'Histoire continuera, dans la noire continuité du tragique.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Pourquoi parlez-vous anglais, Mme von der Leyen ?

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    Sur le vif - Vendredi 01.04.22 - 18.52h
     
     
    En quel honneur la Présidente de la Commission européenne prononce-t-elle l'intégralité de ses allocutions officielles en anglais ?
     
    Ursula von der Leyen est allemande. Elle parle un allemand d'une grande élégance, avec des tonalités musicales pleines de grâce, comme souvent nous l'offrent les gens de Basse-Saxe, région Hannover. A noter que cette personne cultivée parle aussi le français, impeccablement, très agréable à écouter. Elle a vraiment l'oreille musicienne.
     
    La France, l'Allemagne, sont pays fondateurs de l'Europe communautaire, avec l'Italie, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, au Traité de Rome de 1957.
     
    Le Royaume-Uni est entré beaucoup plus tard. Et surtout, il en est... sorti ! Il n'est plus membre de l'Union !
     
    Dès lors, en quel honneur la Présidente de l'UE devrait-elle systématiquement s'exprimer dans cette langue extra-continentale, parlée dans un pays non-membre ? Pourquoi, au fond, à part le français, l'allemand, l'italien, Mme von der Leyen ne parlerait-elle pas, de temps en temps, en grec moderne, en polonais ? Voire, comme elle semble vraiment douée pour les langues (je l'écris sans ironie), en finlandais, ou en hongrois ?
     
    Parler anglais, à ce niveau politique, c'est faire signe d'obédience. Au monde anglo-saxon. Aux Etats-Unis d'Amérique. Au monde des affaires, des transactions financières. Et, par les temps qui courent, à l'Otan. Dont le siège, comme par hasard, se trouve lui aussi à Bruxelles. Pas si loin de celui de l'Union européenne ! Contiguïté plus éloquente que toutes les démonstrations.
     
    L'Europe mérite mieux. L'idée européenne. Mieux que ce signal d'asservissement. L'Union européenne est un ensemble continental. Elle s'est bâtie, comme une Cathédrale, sur la clef de voûte franco-allemande. On aimerait entendre sa Présidente, qui parle si bien ces deux langues, s'exprimer avec les mots de Verlaine, ou ceux de Hölderlin. Et, si elle devait choisir ceux de Pétrarque ou de Pasolini, qui sont parmi les plus beaux de l'univers sonore, personne, mais alors vraiment personne, ne lui en voudrait.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Notre démocratie directe éclate de santé !

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    Commentaire publié dans GHI - 30.03.22

     

    Nos compatriotes sont-ils bien conscients de la chance que nous avons en Suisse ? La démocratie directe ! Le référendum, mais surtout l’initiative populaire. Par ces deux mécanismes, le corps des citoyennes et citoyens, qu’on appelle « le peuple », existe comme institution à part entière de notre pays. Au même titre que le gouvernement. Au même titre que le parlement. Au même titre que le pouvoir judiciaire. Non seulement il existe, mais le vrai, le seul patron, c’est lui. Le parlement vote une loi ? Des citoyens la contestent ? Ils récoltent des signatures pour un référendum, un beau dimanche le peuple vote. Si le référendum passe, la loi passe à la trappe.

     

    Mille fois mieux : l’initiative ! Mieux, pourquoi ? Parce qu’elle ne se définit pas, elle, par rapport à un travail parlementaire. Je dirais même qu’elle laisse dormir tout le petit monde de la Coupole fédérale. Elle le contourne. Elle le court-circuite. Une idée vient du peuple. Un comité se forme. Il doit réunir cent mille signatures, ce qui est loin d’être facile. Et, à l’issue d’un vaste débat national, un dimanche, le peuple tranche. Si l’initiative passe, c’est la Constitution fédérale qui est amendée. Le parlement doit trouver des lois d’application. Il doit le faire dans l’esprit de l’article constitutionnel voté par le peuple et les cantons (la fameuse double majorité). D’en bas, l’Histoire suisse aura ainsi été écrite. Unique au monde !

     

    Les hommes et les femmes qui lancent des initiatives, tous bords politiques confondus, doivent être salués. C’est un travail extraordinairement difficile. Il faut du courage, de la persévérance. Il faut affronter l’adversité. Subir les quolibets des corps intermédiaires, le mépris des parlementaires, les leçons de juridisme des profs de droit, qui se permettent de décréter quel texte est recevable, lequel ne l’est pas. Ces gens-là, du haut de leur superbe, adorent venir s’interposer dans un processus démocratique où le peuple défie le peuple. Oui, les quelques partisans du premier jour donnent rendez-vous, un beau dimanche, à l’ensemble du corps électoral suisse. Plusieurs millions de citoyennes et citoyens, dûment informés par des mois de campagne et de débats. C’est quand même mieux que 246 parlementaires !

     

    Le droit d’initiative, au niveau fédéral, existe depuis 1891, l’année même où le pouvoir absolu des radicaux (sept conseillers fédéraux sur sept depuis 1848 !) a été tempéré par l’arrivée du premier catholique-conservateur (ancêtre du PDC), le Lucernois Joseph Zemp. En 130 ans, seules 24 initiatives, sur 225 soumises en votation, ont été acceptées. Un peu plus d’un dixième. C’est la preuve de l’extrême difficulté de l’exercice. Sans compter la nécessité d’obtenir la double majorité, peuple et cantons. Oui, ceux qui se battent pour un texte méritent notre admiration. On vote oui, on vote non. Mais le peuple, comme institution vivante de notre système politique, crée l’événement. Et ce rôle est incomparable. Je vous invite à chérir notre démocratie directe. Et même à la renforcer, dans l’avenir.

     

    Pascal Décaillet

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  • Les yeux voilés

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    Sur le vif - Jeudi 31.03.22 - 09.16h
     
     
    L’examen de ce qui s’est passé contre les russophones du Donbass, depuis 2014, n’intéresse pas nos belles âmes manichéennes. Elles feignent de l’ignorer, ou le nient. Parce que ces événements n’entrent pas dans leur schéma de lecture. Une fois pour toutes, elles ont défini le Bien et le Mal, elles s’y tiennent.
     
     
    Cécité volontaire, vieille comme la nuit des temps. On ne parle jamais de Hambourg, juillet 1943, ni de Dresde, février 1945. Deux Hiroshima avant l’heure. On ne parle jamais de la sauvagerie de trois années de bombardements anglo-saxons sur les villes allemandes, de 42 à 45. Vous croyez qu’on visait des objectifs stratégiques ? Vous plaisantez : on tapissait de bombes, larguées à très haute altitude. Les pires ? Les Anglais. J’étudie tout cela depuis l’adolescence.
     
    Ces actes-là n'exonèrent en rien l'Allemagne de ses crimes, à elle, dont on connaît le nombre, l'ampleur et l'horreur. Mais on se dispense d'en parler : établir et reconnaître les faits, tout simplement. Les vainqueurs écrivent l'Histoire : ils chargent le vaincu, et passent sous silence leurs actes, à eux. C'est vieux comme le monde.
     
    Cécité volontaire : on peut multiplier les exemples. Balkans années 1990-2000, Krajina, Serbes du Kosovo, bombardements aveugles de la Serbie, printemps 1999.
     
    L’Indignation est sélective. Les vainqueurs toujours écrivent l’Histoire, imposent leur récit. La « justice internationale » est toujours celle des vainqueurs. Que l’opinion publique, portée sur l’émotion, l’ignore, passe encore. Que ceux qui prétendent analyser le réel, comme les journalistes, le gomment, c’est gravissime. Parce que l’impératif premier, c’est celui de la lucidité.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Jouir, plutôt que souffrir

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    Sur le vif - Jeudi 31.03.22 - 13.06h
     
     
     
    J'ai juste raté son nom, de quelques secondes, ayant capté à la sortie d'un parking, au tout début de son sommaire. Mais la personne qui a présenté le 12.30h RSR, ce jeudi, était dotée de qualités radiophoniques méritant d'être relevées.
     
    Une voix douce et pleine. Une diction parfaite. Une écriture juste et sobre, directe, claire. Un rythme. Des syllabes parfaitement articulées, sans en faire trop. Des silences respectés. Une virgule est une virgule. Un point est un point. Comme en musique, un soupir, une pause.
     
    Il en ressort une impression d'intelligence, de maîtrise, et surtout d'immense plaisir dans l'exercice de l'oralité. Une jouissance, plutôt qu'une souffrance. Un bonheur de travailler les mots, le souffle, la voix. C'est cela, la radio.
     
    Il ne serait peut-être pas inutile que les chefs, dans les radios, montrent beaucoup plus d'exigence dans l'ascèse de ce qui fait l'essence même de ce média : la voix, la densité d'expression et d'informations sur un timing donné, respecté à la seconde. Mais surtout, le bonheur d'être là. Non pour accomplir une corvée. Mais pour donner du sens avec la voix. Et jouir de l'art de parler à un vaste public.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Vivent les Vaudois !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.03.22

     

    Les Vaudois seraient-ils, en politique, beaucoup plus intelligents que nous ? Cette hypothèse atroce, humiliante, nous devons hélas l’envisager, se serait-ce que du bout des lèvres, juste quelques secondes. Lors du premier tour de leurs élections cantonales, le dimanche 20 mars, la droite a fait un tabac. Elle place en tête trois PLR. Et, dans le septuor obtenant les meilleurs résultats, une jeune et prometteuse candidate du Centre (PDC), et un UDC.

    Bien sûr, rien n’est joué. La gauche se regroupe pour le second tour, nous verrons bien les résultats. Mais tout de même, nos amis vaudois nous donnent une leçon. Lorsque la droite part unie au combat, elle gagne. Elle n’a strictement aucune leçon à recevoir de quiconque, et certainement pas de la gauche (qui, elle, ne se gêne pas pour des alliances en forme de grand écart). Elle définit des valeurs communes, sur la conception de l’Etat, les finances, la fiscalité, l’économie, l’école. Elle fait campagne sur ce socle. Les candidats font preuve d’une remarquable cohésion. Et à la fin, les résultats sont là.

    Pourrait-on imaginer que notre droite genevoise, dans les mille éclats de sa pluralité, fasse preuve, juste une fois, pour voir, de la même intelligence ? C’est un vœu d’une infinie piété, celui des âmes simples, comme celle de votre serviteur, profane en politique, et à qui il faut expliquer les choses, comme à un enfant. Essayer l’intelligence, juste une fois. Si ça ne marche pas, on reviendra bien gentiment à la bêtise.

     

    Pascal Décaillet

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  • Un moment de nausée, en attendant la pluie

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    Sur le vif - Mercredi 30.03.22 - 10.39h
     
     
    Face à une foule considérable et enthousiaste, dimanche au Trocadéro, Eric Zemmour a pris la parole. C'était un beau meeting, un moment de rassemblement républicain, dans le cadre d'une compétition électorale.
     
    Pendant un bref moment, des gens ont crié "Macron assassin". Paroles condamnables, assurément. Quelques personnes, au milieu de dizaines de milliers d'autres. Une goutte d'eau, dans l'océan.
     
    Depuis, chaque fois que Zemmour se retrouve face à un journaliste, notamment ceux, innombrables, de la Macronie audiovisuelle, on commence, comme seul angle d'attaque par rapport à ce meeting, par lui brandir ces deux mots de quelques inconnus, noyés dans la foule : "Macron assassin !".
     
    On voudrait tellement pouvoir le coincer. Réduire son meeting à ça. "Comment, vous n'avez pas entendu ? Vous n'avez pas désapprouvé ? Vous avez couvert cette ignominie ? Vous acceptez ces gens-là dans vos meetings ?".
     
    Dire que procédé est dégueulasse est au-dessous de la réalité. Le mot n'est pas assez fort. Cette méthode-là, c'est du Vychinski. On se saisit d'un détail, infinitésimal par rapport à l'ensemble, on le verse au dossier, comme pièce principale. On le brandit à l'accusé, de façon répétée, obsessionnelle, comme dans un interrogatoire.
     
    Face à la méthode, Zemmour ne s'est pas laissé démonter. Il refuse ce petit jeu. Et il a parfaitement raison.
     
    Quant aux justiciers surexcités des chaînes françaises, auxiliaires de la Macronie dans l'épuration de toute parole alternative, prêts à tout pour décider du Bien et du Mal, livrer les gêneurs à la vindicte, ils sont au débat démocratique ce qu'une défécation canine est à l'herbe tendre. Un moment de nausée, en attendant la pluie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • La propagande ? Mais elle est partout !

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    Sur le vif - Mardi 29.03.22 - 14.49h
     
     
    Dans toute guerre, la propagande. Depuis la nuit des temps. La propagande fait partie de la guerre, intrinsèquement. Celle de Poutine. Celle de Zelensky. Celle des Russes. Celle des Américains. Celle du Tsar Alexandre. Celle de la Grande Armée.
     
    Prenez les archives des actualités cinématographiques, pendant la Seconde Guerre mondiale, tiens celles de la Drôle de Guerre par exemple. Entre le 2 septembre 1939 et le 10 mai 1940, France et Allemagne sont en guerre, mais ne s'attaquent pas. Elle s'observent, en chiens de faïence. Nous savons maintenant comment tout cela s'est terminé : attaque allemande le 10 mai 40, capitulation française le 22 juin. Six semaines de Blitzkrieg, et c'était plié. La plus grande défaite de l'Histoire de France, parce que morale, et pas seulement militaire. Lire Marc Bloch, "L’Étrange Défaite".
     
    Pendant cette Drôle de Guerre, le Reich nous livre ses actualités de propagande. A l'époque, la télévision n'existe pas. Les gens vont beaucoup au cinéma. Avant le film, il y a les actus. C'est de la pure propagande, celle de M. Goebbels, et de ses services.
     
    Mais je vous invite à visionner, tout autant, les actualités, côté français. C'est exactement la même chose ! On va gagner. Les Allemands sont nuls. On a gagné en 18, on regagnera. Nous irons suspendre notre linge sur la Ligne Siegfried. Nos troupes, dans les fortins de la Ligne Maginot, ont un moral d'enfer. Bref, tout roule.
     
    L'issue, nous la connaissons, nous. Mais les Français qui visionnaient ces films, dans leurs salles de cinéma, ne pouvaient en aucun cas la prévoir. Ils prenaient ces actus pour parole biblique.
     
    Débusquer la propagande ? La décrypter. Faire intervenir les analyses de langage ? Mais bien sûr qu'il faut tout cela ! Mais il le faut, face à tous. Face au langage de l'agresseur. Face à celui de l'agressé. Face aux méchants. Face aux gentils. Face à Poutine. Face à Biden. Face à Zelensky. Face à tout communiqué de presse, d'où qu'il vienne. Et plus largement, guerre ou non, Ukraine ou non, face à toute parole qui sort de la bouche du pouvoir.
     
    Car l'un des attributs du pouvoir - tout pouvoir, d'où qu'il vienne - c'est de prendre la parole. A nous de faire la part des choses. Ca nécessite, en amont, chez chacun de nous, une longue ascèse dans l'étude de l'Histoire, et dans celle du langage.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les intérêts vitaux de la nation allemande

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    Sur le vif - Lundi 28.03.22 - 14.23h
     
     
    Le partenaire naturel de l'Europe, pour l'approvisionnement en gaz, par voie terrestre, c'est la Russie. Absolument pas les Etats-Unis. Même si le commis-voyageur Washington-Varsovie fait son numéro pour nous persuader du contraire.
     
    A cet égard, un pays, dont je parle souvent et qui demeure encore discret en ce début de guerre, va jouer un rôle déterminant, ces prochains mois et ces prochaines années : l'Allemagne.
     
    L'Allemagne, c'est près de 90 millions d'habitants. Quatrième puissance économique du monde. Une industrie inventive et performante. Tout cela, ça consomme de l'énergie. Certes, l'Allemagne a pris une avance phénoménale sur nous en matière de panneaux solaires (jusqu'au moindre village) et surtout d'éoliennes (des milliers et des milliers, dans le Brandebourg, et dans le Mecklenburg-Vorpommern).
     
    Mais cet effort prodigieux dans le renouvelable ne suffira pas. Et comme l'Allemagne a pris la décision de sortir du nucléaire, et s'y cramponne, elle n'a tout simplement pas le choix : elle a besoin, pour des années encore, du gaz russe. Même son bon vieux charbon, mythique dans l'Histoire industrielle du pays, ne suffira pas !
     
    Alors, l'Allemagne maintiendra le contact avec la Russie. D'autant que, depuis trente ans, elle a étendu ses marchés sur l'Europe centrale et orientale. Elle n'a aucun intérêt à une déstabilisation de l'Europe de l'Est. Ni à une guerre qui dépasserait le conflit Russie-Ukraine.
     
    Mais avant tout, elle a besoin du gaz russe. Cet élément concret, vital, sera déterminant pour la suite des événements, dans les années qui nous attendent.
     
    L'actuel Chancelier, Olaf Scholz, est SPD (social-démocrate), le parti de Willy Brandt, et de l'Ostpolitik. Le parti qui a réinventé, entre 1969 et 1974, en pleine guerre froide, la relation avec l'Est. Depuis le Congrès de Bad-Godesberg, en 1959, les sociaux-démocrates allemands sont des pragmatiques. Ils ne forcent pas, comme leurs homologues français, sur les grandes envolées. Mais ils savent compter. Et privilégier les intérêts vitaux de leur pays.
     
    Ah oui, un détail, sans importance : dès le lendemain de la guerre Russie-Ukraine, le Parlement allemand a voté un réarmement de cent milliards d'Euros. Dans l'indifférence générale. Le géant économique, politique aussi depuis trente ans, redevient un géant stratégique, au coeur de notre continent. Au service de quelle politique, dans l'avenir ? Celle de l'Europe ? Ou celle des intérêts vitaux de la nation allemande ?
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les Américains nous refont le coup du "monde libre"

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    Sur le vif - Samedi 26.03.22 - 15.24h
     

    Il fallait s'y attendre, tant ils sont prévisibles : voilà que les Américains nous refont le coup du "monde libre". Kennedy nous l'a fait à Berlin en 63, Reagan l'a copié en 87, Biden nous le sert à Varsovie. Le "monde libre", c'est le passage obligé des Présidents américains pour nous rappeler qu'ils sont le bien, la vertu, la démocratie. Et en face, le mal, le vice, la dictature.
     
    Pendant toute la Guerre froide, l'expression "monde libre" a prospéré. Les Américains passaient au napalm le Vietnam, plaçaient leurs dictateurs en Amérique latine, étendaient leur domination sur la planète, mais c'était au nom du "monde libre".
     
    Face à l'Iran, puis face à l'Irak, ils étaient le monde libre. Face à Salvador Allende, ils étaient le monde libre. Face la Serbie, ils étaient le monde libre. Face à la Russie, vieille connaissance, ils sont aujourd'hui, à nouveau, le monde libre.
     
    Le "monde libre", c'est ce qu'on appelle en analyse littéraire un "topos". Une sorte de passage obligé, dans la matrice du récit. Et puis, le "monde libre", ça sonne bien : qui osera mettre en doute les vertus de celui qui le défend ?
     
    La réalité, depuis que les Américains utilisent ces deux mots, est un peu différente de leur propagande. Kennedy en 63 à Berlin, Reagan en 87, Clinton face aux Balkans, savent parfaitement ce qu'ils font, sous le vernis des mots incantatoires : ils luttent pour l'extension de la sphère d'influence américaine en Europe. Stratégique, mais surtout économique et financière. L'implantation dans les Balkans est un très vieux rêve de l'impérialisme anglo-saxon. Celui des Américains en Pologne, et dans les Pays Baltes, accomplit une démarche dûment planifiée d'extension des troupes, et surtout des marchés, en Europe de l'Est.
     
    La guerre en Ukraine est un conflit territorial, sur un ancestral contentieux qui évolue, au fil des siècles, entre regain et reflux de l'influence russe. Il n'est pas un conflit idéologique. Oh, bien sûr, Poutine est un autocrate, vous pourrez le qualifier de tous les noms d'oiseau que vous voudrez, vous aurez dans doute raison, mais la question n'est pas là. Elle est à chercher dans les zones d'influence, le jeu des équilibres et des pouvoirs, les besoins économiques et énergétiques, les intérêts supérieurs des nations.
     
    En attendant, Biden va se prévaloir, à Varsovie, du "monde libre". Le monde entier va applaudir. Nos rédactions. Nos éditorialistes. Nos moralistes. Les Ligues de vertu. Mais la réalité de ce qui se trame, c'est un rapport de forces. Juste cela. Mais cela, dans toute l'archaïque noirceur de sa permanence.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La vérité jamais ne naîtra de la peur

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    Sur le vif - Vendredi 25.03.22 - 18.45h
     
     
    Je ne suis pas un ami des Etats-Unis d'Amérique, je ne l'ai jamais été. J'ai passé, en 1972, un été décisif pour ma formation historique et intellectuelle, auprès d'un homme qui m'a transmis quelques raisons, très précises et documentées, de me méfier de l'étrange image de bienveillance dont bénéficie ce pays en Europe.
     
    Depuis cette date, un demi-siècle de lectures historiques, souvent en langue allemande, sur des aspects de la présence américaine en Europe qui correspondent assez peu à la légende dorée. J'y reviendrai largement, dans les années qui viennent.
     
    Paradoxalement, je me suis passionné, depuis toujours, pour l'Histoire politique américaine, en tout cas depuis 1776, mais principalement au vingtième siècle. Le deux interventions en Europe, celle de 1917, celle de 1943 (Italie) et 1944 (Normandie), la Guerre froide, l'impérialisme mondial de l'après-guerre. Il y a beaucoup de facettes, dans ce pays, que j'admire : le patriotisme, l'engagement, le dynamisme, le courage. Ceux qui ont débarqué en Normandie en ont fait preuve, de façon éclatante. Même si je tiens immédiatement à préciser que le front principal n'a jamais été à l'Ouest.
     
    Deuxième paradoxe : une passion, nourrie dès le début des années 80, grâce à l'offre exceptionnelle de Rui Nogueira, au CAC Voltaire, pour le cinéma américain.
     
    Cette grande nation de liberté, de responsabilité, est hélas devenue depuis la dernière guerre, qu'elle a gagnée sur deux fronts simultanés grâce à son courage et son esprit de sacrifice, une pieuvre impérialiste. Elle l'a été en Asie du Sud-Est, en Amérique latine. Elle tente de l'être, depuis trente ans, sur le continent européen. Les troupes américaines y sont présentes, sans discontinuer depuis 1943 (Sicile) et 1944 (Normandie).
     
    On peut qualifier comme on veut cette présence, les uns se réjouiront de la protection des "libérateurs", d'autres mettront l'accent sur la constante tentative de colonisation économique et financière. On peut la qualifier, mais c'est un fait : pour la première fois de son Histoire, l'Europe a sur son sol, depuis 79 ans, des troupes extra-continentales.
     
    En 1945, la moitié Ouest de l'Europe, libérée du Reich, a été placée sous parapluie stratégique américain. L'autre moitié, à l'Est, sous celui de l'URSS. Ainsi, la Prusse, la Saxe, la Thuringe, trois régions particulièrement chères à mon coeur, ont été mises sous régime communiste, c'était l'exigence de l'occupant soviétique. Il en est surgi un pays, nommé la DDR, qui me passionne depuis l'enfance, et auquel je consacrerai un jour un ouvrage. Avoir été en contact avec ce monde, notamment par le biais de la littérature, m'a amené à fuir l'image manichéenne qu'on en donnait à l'Ouest. Je ne pense pas, pourtant, être particulièrement communiste, à vous d'en juger.
     
    Dans le conflit qui ravage aujourd'hui l'Europe, je fais la part des choses entre l'urgence humanitaire, évidemment indispensable, et la nécessité de garder la tête froide dans la lecture des causes ayant conduit à cette guerre. Il ne s'agit pas de "justifier" (je n'utilise jamais ce verbe, n'étant ni juge ni moraliste). Il s'agit d'amener des connaissances. Il s'agit d'expliquer.
     
    Garder la tête froide. Se méfier de toutes les propagandes, je dis bien toutes. Décrypter. Comparer. En appeler à l'Histoire. Il n'y a là rien de militant. Il y a juste la mise en oeuvre, dans toute la mesure du possible, d'une démarche, acquise dès l'adolescence. Établir les faits. Donner la parole à tous. Ne pas moraliser l'Histoire. Ne pas ethniciser le débat. Démonter le jeu des pouvoirs, la mise en scène des actes de langage.
     
    Dans cette optique, parmi d'autres, l'extension constante de l'Otan vers l'Est, depuis la chute du Mur, alors qu'on avait prié le Pacte de Varsovie de bien vouloir se dissoudre, est un thème pertinent. Il est à étudier, calmement. Et si on a des choses à dire à ce sujet, on les dit. Tout ne s'explique évidemment pas par cela, tant la relation Russie-Ukraine est en soi complexe, entremêlée, chargée de possibles explosions, depuis des siècles.
     
    Mais si on a des choses à dire sur l'extension de l'Otan depuis trente ans, on les dit. Que cela plaise, ou non. La vérité jamais ne naîtra de la peur. Ni de l'autocensure.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Tenez, il les tutoie !

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    Sur le vif - Vendredi 25.03.22 - 09.06h
     
     
    J’entends dire que la présidentielle 2022 n’est pas normale. Sous prétexte que la droite libérale et européenne d’un côté, le socialisme de l’autre, qui se partageaient le gâteau pendant des décennies, sont pulvérisés.
     
    Ben oui, ils le sont. Ils l’étaient déjà en 2017. Et là, ça s’est renforcé. Lisez l’Histoire politique : les partis naissent, vivent et meurent. Comme les journaux. Comme les humains. Tout meurt, c’est la vie.
     
    Considérer une élection comme atypique parce qu’elle ne reproduit pas les modèles de notre jeunesse, ou ceux que voudraient les rédactions des journaux convenables, c’est refuser l’évolution naturelle des tissus vivants que sont les partis.
     
    À vrai dire, l’état des fronts, à deux semaines du premier tour, est parfaitement conforme à la nouvelle carte politique de la France.
     
    D’un côté, avec Macron, la France bourgeoise et installée, bons revenus, bonne formation, beaux quartiers, pro-Europe, pro-Otan. La France orléaniste, du bas de laine. La France qui trouve normale la présence, depuis Mitterrand, de la bannière étoilée de l’Europe derrière le drapeau tricolore, qui fut celui des Soldats de l’An II.
     
    Avec Marine, ou Zemmour, ou Mélenchon, la France nationale, profondément républicaine, nourrie des grandes colères révolutionnaires, sensible à ce grand récit-là, celui de Michelet, celui de Péguy, celui de Barrès. Pour Mélenchon, celui de Jaurès.
     
    Un second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen serait parfaitement conforme à la nouvelle frontalité française. Les citoyens auraient à trancher entre deux visions de société vraiment antagonistes. C’est justement cela, la démocratie: un combat entre les forces réelles du moment. Celles qui plaisent, celles qui déplaisent.
     
    Cette élection 2022 n’a rien d’atypique. Elle est très normale. 40% au moins des Français veulent l’indépendance et la souveraineté. Ils ne veulent ni Bruxelles, ni l’Oncle Sam. Ils veulent freiner de façon draconienne l’immigration. Ils ne supportent plus l’invasion du débat public par les questions sociétales, liées au genre, ou à la couleur de la peau. Ils veulent une école qui transmette des connaissances. La moindre des choses, c’est que leur courant soit représenté dans la compétition amirale de la vie politique française.
     
    Si elle est au second tour, face à Macron, Marine Le Pen sera la fédératrice de cette France-là. Son score sera autrement plus massif qu’il y a cinq ans. Elle représentera l’alternance, la vraie, à la politique libérale, atlantiste et européiste du Président sortant.
     
    Un homme si charmant, si intelligent, si élégant, si convenable. Il connaît si bien les grands de ce monde. Avec eux, il parle anglais. Tenez, il les tutoie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Coupable par essence

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    Commentaire publié dans GHI - 23.03.22

     

    Quand vous arrivez en voiture place du Cirque, direction Pont de la Coulouvrenière, vous tombez sur un feu qui ne reste vert que quelques secondes. Seuls cinq ou six véhicules passent, les autres attendent. Vous restez là, plantés. Vous avez tout loisir d’admirer le paysage. Un exemple, parmi tant d’autres. Chacun de vous pourra donner le sien. Chacun a en tête la cartographie des bouchons genevois, ceux qu’on pourrait parfaitement éviter, mais qu’on ne touche pas, pour bien laisser l’automobiliste, ce coupable par essence, mariner dans le jus de sa colère.

    Cette politique ne doit rien au hasard. Elle relève d’un choix idéologique bien précis : rendre la vie impossible aux conducteurs de véhicules motorisés, les inciter à laisser leurs voitures au garage, et à entrer dans le paradis des transports publics.

    Cette politique porte un nom : celui de Serge Dal Busco. A la ville, le meilleur des hommes, je le dis sans ironie. Un magistrat soucieux du bien public. Mais hélas, un ministre qui a, de façon totalement incompréhensible, troqué la politique de son camp naturel, en matière de mobilité, contre celle de ses adversaires. Ce transfert (voyez, je reste poli), unique dans l’Histoire de Genève, demeure l’un des mystères de la législature. L’homme serait-il allé à Damas ? Serait-il tombé de cheval ? Aurait-il été frappé par une révélation ?

    La loi sur la mobilité dite « cohérente et équilibrée » brille par deux aspects singuliers : son incohérence, son déséquilibre. Ainsi va le monde : parfois, il nous déroute.

     

    Pascal Décaillet

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  • Fiche technique

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    Sur le vif - Jeudi 24.03.22 - 11.57h
     
     
    OTAN : organisation visant à placer l’Europe centrale et orientale sous contrôle américain. Contrôle stratégique, mais aussi économique et financier. A tapissé de bombes, nuit et jour, il y a 23 ans, un pays souverain du continent européen : la Serbie. En a profité pour établir ses têtes de pont, militaires et économiques, dans les Balkans, vieux rêve d'un autre Anglo-Saxon : Winston Churchill, l'homme qui s'était couvert de succès aux Dardanelles, en 1915. L'homme qui a rasé Hambourg en juillet 43, et Dresde en février 45.
     
    Signe particulier : se pare de l’étendard du Bien. Jouit de prestige auprès des naïfs, des incultes, des manichéens, de ceux qui n'ont jamais ouvert un livre d'Histoire, et des moralistes à la petite semaine.
     
    Bénéficie d'un excellent service de propagande, visant à toujours placer ses actions militaires sous le signe de la protection des peuples, de la promotion du "monde libre", de la "liberté". Fait passer les Etats-Unis d'Amérique pour une nation de paix, soucieuse de la seule concorde entre les peuples. Entretient et encourage les trous de mémoire sur les huit années de bombardements du Tiers-Monde, loin des caméras et des médias, sous Barack Obama.
     
    Peut compter sur le soutien sans faille des atlantistes, des amateurs de westerns, des motards de la Route 66, des amis d'Elvis, des centristes belges, du Syndicat des Parrains de la Democrazia Cristiana italienne, du Président sortant de la République française, des orléanistes, des Ligues anti-communistes, des nostalgiques du maccarthysme, des boursicoteurs mondialisés, des maquettistes de B-52 à l'échelle 1/100%, de la Société polonaise de Country.
     
    Et aussi, d'un manifestant de la Place fédérale, nommé Ignazio Cassis.
     
     
    Pascal Décaillet

     
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  • Eric le sprinter, Marine la marathonienne

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    Sur le vif - Mercredi 23.03.22 - 15.42h
     
     
    Si le deuxième tour de la présidentielle française oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron (une hypothèse, parmi d'autres), alors les Français auront, beaucoup mieux qu'il y a cinq ans, le vrai débat autour des sujets de fond qui touchent la Présidence de la République : les Affaires étrangères, la Défense nationale, l'indépendance, la souveraineté, la cohésion du pays, la réforme des institutions pour associer le peuple aux décisions.
     
    Le rôle du Président, c'est cela. 90% des débats, sur les chaînes privées françaises, sont totalement hors-sujet : les Français se choisissent un chef d'Etat, pas un chef de gouvernement, encore moins un ministre des Finances, de l’Économie ou de la Santé. Ni Charles de Gaulle, ni François Mitterrand ne s'occupaient des détails. Ils avaient la vision d'ensemble.
     
    Le débat sur l'appartenance de la France à l'Otan doit avoir lieu. Tout comme celui sur son rapport à l'Union européenne. Sur ces deux points, la vision d'Emmanuel Macron et celle de Marine Le Pen (ou d'ailleurs Zemmour, Mélenchon) sont radicalement différentes. Près de 40% des Français soutiennent le retour à une souveraineté nationale, dégagée de la toile multilatérale, des pouvoirs bureaucratiques de Bruxelles, et plus encore de l'atlantisme stratégique, entendez l'obédience aux Etats-Unis. En bref, près de 40% des Français soutiennent des options fondamentalement gaulliennes, souverainistes, non-alignées.
     
    Pour le moins, ce débat-là doit avoir lieu. S'il est escamoté, tout comme si on passe sous silence la réforme des institutions, et le besoin pressant du peuple (on l'a vu avec les Gilets jaunes) d'avoir institutionnellement voix au chapitre, alors tout cela, au cours des cinq prochaines années, resurgira. Dans la colère. Et dans la rue.
     
    Si Marine Le Pen affronte le Président sortant au second tour, c'est sans doute Emmanuel Macron qui l'emportera. Mais le résultat de sa rivale sera incomparablement plus massif qu'il y a cinq ans, ce qui pourrait donner à l'opposition nationale, sociale et souverainiste une cheffe, une unité, une autorité qui prendraient date pour d'ultérieures échéances.
     
    Eric est un sprinter, attiré par la lumière des caméras. Marine est une marathonienne. Elle prend le temps. Elle sillonne la France depuis des années. Elle laboure. Elle attend. Un jour, elle récoltera.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Non à la pollution inclusive : députés, bravo !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.03.22

     

    La langue française est belle et fluide, elle a le jaillissement d’une eau de glacier, sa clarté cristalline est source de vie. La langue allemande est plus complexe, avec ses racines qui s’entrelacent, des mots inattendus au détour de la phrase, le verbe qui se fait attendre, le risque surexcitant de se perdre dans une forêt. Le même allemand, pourtant, touche au sublime, dans la musique ou la poésie : Friedrich Hölderlin, Paul Celan. Le grec ancien nous fascine par sa richesse, la subtilité de ses formes verbales, sa souplesse dialectale. Et l’italien, ah l’italien, où tout est tonalité, nuances, saveur. Une langue, ça n’est pas rien. Avec elle, nous entretenons un rapport matriciel qui va chercher beaucoup plus loin, dans la mémoire affective, que le simple statut de porteur de sens. Tout ce qui touche à la langue est passionnel, ça vient du ventre, de la gorge, ça surgit du souffle, ça porte le rythme, l’émotion : on ne résoudra pas les questions de langue par de savantes formules rationnelles.

     

    Face à l’écriture inclusive, impossible de demeurer calme. Pourquoi le faudrait-il, d’ailleurs ? Pourquoi faudrait-il laisser cette querelle aux pisse-froid et aux docteurs de la démonstration ? Cette graphie de l’illisible, c’est avec les viscères, avec la bile noire de notre colère, qu’il faut la condamner. Parce que c’est de nos entrailles que vient la langue. Avec l’air surgi du ventre, puis transformé par l’intérieur de la mâchoire, les labiales, les sifflantes, les palatales, avec toute cette machinerie parfaitement physique, se créent les syllabes, puis les mots, les phrases, et parfois les vers, les hexamètres, et parfois l’Iliade, poème chanté bien avant d’avoir été transcrit par l’écriture. Oui, la parole précède l’écrit, l’homme et la femme sont des êtres de chant et de musique, en amont d’être des juristes ou des philosophes. Cet aspect primal de la langue, chacun de nous le sent, au fond de soi. L’enfant commence par la syllabe, il tricote ses sons à lui, bien avant d’accéder au langage de raison.

     

    Le Grand Conseil genevois a dit non, il y a quelques jours, à l’écriture inclusive dans les textes de l’administration. Il a réussi ce renversement, après des années de déculottée de l’officialité face à la mode d’un moment. Il a voté cela, et jamais je n’ai eu autant envie de remercier une majorité de députés. Bien sûr, cela ne concerne que l’écriture de l’Etat, une affaire interne au monde des scribes. Mais le signal est donné. Il est fort. Il est courageux. Il va contre le vent. Il doit, à tout prix, constituer un coup d’arrêt à cette pollution programmée du verbe et du sens. Ce précédent doit maintenant donner à d’autres, partout où il le faudra, l’ardeur d’aller dans le même sens. Jeter au brasier les barres obliques et les points médians. Rendre à la langue française sa clarté, sa simplicité, et au fond sa lisibilité. Allons, réjouissons-nous. Et surtout, trouvons dans nos tréfonds le courage de pulvériser d’autres modes. La guerre culturelle ne fait que commencer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Ignazio défie Cassis

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    Sur le vif - Mardi 22.03.22 - 16.02h
     
     
    A quoi ça rime, un Conseiller fédéral qui manifeste ? Plus surréaliste encore, un Président de la Confédération ?
     
    Il a manifesté contre qui, M. Cassis, samedi sur la Place fédérale ? Contre le Conseil fédéral ? Contre le Président ? Contre lui-même ? Contre la part de sa propre personne qui lui fait peur ?
     
    Car enfin, le pouvoir, c'est lui ! Le dossier ukrainien, c'est lui. Les Affaires étrangères, c'est lui. La Présidence de la Confédération, c'est lui. L'homme le plus concerné, l'homme doté des plus grands pouvoirs, en Suisse, pour la politique à définir face à la guerre en Ukraine, c'est lui.
     
    M. Cassis a donc manifesté contre lui-même.
     
    Une manifestation, ça défie le pouvoir. Pour lui dire la colère de la rue. Ca défie l'autorité. Ca défie les institutions. Or, M. Cassis, aujourd'hui, c'est le pouvoir, l'autorité, l'institution.
     
    Une présence incompréhensible dans notre démocratie suisse. Si ce n'est par la volonté d'aller racoler l'opinion publique, comme un amant déçu qui tente un retour.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Au DIP, la Messe est obligatoire

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    Sur le vif - Mardi 22.03.22 - 14.40h
     
     
    Réforme du CO : nous voterons le 15 mai prochain, suite à un référendum parfaitement conforme à nos usages démocratiques. Il a eu les signatures. Elles ont été validées. Le peuple tranche.
     
    Mais le calendrier démocratique n'est apparemment pas celui du DIP. Déjà, il forme les enseignants à la refonte prévue par la loi. Cette dernière n'est pas encore sous toit ? Peu importe ! Le DIP convoque séminaires et conférences, avec participation obligatoire de l'ensemble des maîtres. Que ces derniers soient en même temps des citoyennes et citoyens, à qui on profitera d'administrer quelques piqûres de propagande, sur les heures de travail ? Aucun problème ! Ainsi fonctionne le DIP.
     
    Un exemple ? Au CO Pinchat, à Carouge, une circulaire du directeur annonce aux parents des heures de libération des élèves, pour que les profs puissent aller recevoir la bonne parole CO 22 de la part de la cheffe de projet.
     
    Au moins, c'est clair. Au DIP, la Messe est obligatoire.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Vous reprendrez bien un peu de nausée ?

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    Sur le vif - Lundi 21.03.22 - 15.28h
     
     
    Face à la moindre déclaration contraire à sa doxa, la gauche morale s'étrangle. Son adjectif préféré : "nauséabond".
     
    Les propos de l'UDC ? Nauséabonds ! Ceux d'un PLR un peu décoincé dans le discours, sceptique sur l'Europe et sur les flux migratoires ? Nauséabonds ! Ceux du MCG, sur la préférence aux résidents ? Nauséabonds !
     
    Le discours de Marine Le Pen ? Nauséabond ! Celui d'Eric Zemmour ? Nauséabond ! Les analyses historiques faites avec le cerveau, plutôt qu'avec l'émotion, sur les causes de la guerre en Ukraine ? Nauséabondes ! Les tentatives de comprendre, entre autres, la cause serbe, pendant les guerres balkaniques ? Nauséabondes !
     
    La passion pour l'Histoire ? Nauséabonde ! Donner la parole à tous, y compris aux maudits ? Nauséabond ! Ne pas adhérer à la religion du Climat ? Nauséabond ! Ne pas se déclarer féministe ? Nauséabond ! Vouloir contrôler les frontières ? Nauséabond ! Prôner une défense nationale forte, crédible ? Nauséabond ! Réserver le droit de vote aux nationaux ? Nauséabond !
     
    Le premier qui commercialise un anti-vomitif bon marché, sans prescription médicale, celui-là, je vous le dis, fera fortune.
     
    Ah mais zut, s'enrichir, c'est nauséabond.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Insupportables Vaudois, qui votent à droite !

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    Sur le vif - Lundi 21.03.22 - 12.32h
     
     
    La RTS n'en revient tellement pas du brillant premier tour de la droite vaudoise qu'elle ne cesse, depuis hier, de nous l'expliquer par un mot magique : l'abstention.
     
    Quand la droite remporte une élection, c'est parce que les gens n'ont pas voté. Sous-entendu : le vote normal, c'est le vote de gauche. Si les gens prennent la peine de voter, alors la loi naturelle s'applique, et la gauche gagne.
     
    En revanche, si la droite gagne, ça ne peut être que par une déplorable anomalie du corps électoral.
     
    L'idée que, peut-être, les abstentionnistes se répartiraient en même proportion gauche-droite que les votants, n'effleure pas nos puissants analystes. Non, impossible : le vote naturel, c'est le vote du Bien, c'est la gauche. Le vote par accident, c'est le vote du Mal, c'est la droite.
     
     
    Pascal Décaillet

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