Liberté - Page 6

  • La vie partagée, pour tous

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    Sur le vif - Lundi 08.02.21 - 14.49h
     
     
    Je crois de moins en moins aux débats avec, à la fin, un vainqueur et un vaincu. Pourquoi diable faudrait-il calquer la joute politique sur les antiques tournois, où l'un devrait triompher, et l'autre, suffoquer ?
     
    A ce jeu de vie et de mort, préférons la vie partagée, pour tous. Deux êtres s'affrontent, sans concessions sur le fond, mais avec respect. Les arguments s'entrechoquent, le verbe fuse, bref on s'explique. Chacun amène, dans le royaume inattendu du verbe, sa part de vie.
     
    Dans les fan's clubs de l'un et de l'autre, rien ne change. On se conforte dans le statu quo. On estime, de toute façon, que son champion a écrasé l'autre. On bombe le torse, on astique le prétendu vaincu, on se congratule entre soi, dans le camp des meilleurs.
     
    Pour les indécis, c'est, Dieu merci, plus subtil. On retient quelques chocs d'étincelles, une parole, un contrechamp, un regard. On hésite encore, ou pas.
     
    Je suis pour la clarté des mots, des idées, des attitudes, pour la réalité du combat. Mais je refuse absolument l'humiliation de l'un des deux. Je suis pour le respect. Et je suis pour la vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Madame Fontanet, songez au plus grand nombre !

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    Sur le vif - Dimanche 07.02.21 - 16.39h
     
     
    Madame Fontanet, regardez SVP les VRAIS PROBLÈMES de la population genevoise : économie exsangue, retraites qui stagnent, primes qui s'envolent, classes moyennes qui étouffent sous VOTRE pression fiscale, pour payer VOTRE dette, puisque désormais vous en acceptez le principe, pouvoir d'achat qui s'effondre.
     
    Comment, dans ces conditions, ne pas prendre comme un écran de fumée, ou un paravent sémantique et rhétorique, votre Croisade sociétâââle ? Parler d'autre chose, pour faire oublier l'essentiel.
     
    Madame Fontanet, songez SVP au plus grand nombre. Ceux qui souffrent de la crise. Ceux qui n'en peuvent plus de payer, et ne peuvent pas mettre un sou de côté. Ceux dont personne ne parle jamais, parce que prendre leur défense ne relève d'aucune mode. Ils sont innombrables, c'est pour eux que nous tous, citoyennes et citoyens de ce canton, devons nous mobiliser à fond.
     
    Les questions sociétâââles ? Nous les traiterons aussi. Nous n'en sous-estimons pas la substance. Mais désolé, le degré d'urgence, et surtout la masse des gens concernés, n'ont strictement rien à voir. On doit faire de la politique en priorité pour le plus grand nombre, sauf à sombrer dans une béatitude bobo à laquelle, jusqu'à récemment, vous me sembliez heureusement avoir échappé.
     
    Alors, désolé de vous le dire, mais votre credo sociétâââl, s'il a certes la fougue des néo-convertis, apparaît comme particulièrement décalé, en termes d'urgence, dans les circonstances actuelles, à une bonne partie de la population.
     
    Je pensais jusqu'ici que ce décalage était la marque de fabrique d'une certaine gauche bobo-urbaine, branchée, déracinée de la classe ouvrière et du prolétariat. Je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à contaminer la magistrate compétente que vous êtes, soucieuse du bien public.
     
    Je m'étais apparemment trompé. Comme sur votre collègue M. Dal Busco, qui ne rêve plus que mobilité douce, pistes cyclables, transferts modaux, et reports de charges.
     
    Nous sommes bien peu de choses face à la ductilité de la nature humaine.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Les primes s'envolent ! Et personne ne bronche ?

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    Sur le vif - Dimanche 07.02.21 - 14.24h
     
     
     
    Et les primes qui vont encore augmenter drastiquement, cet automne, pour 2022 ! Et les Suisse qui découvrent cela, en lisant la Sonntagszeitung, ce matin ! Et le gentil M. Berset qui continue de promener, dans tout le pays, un visage de père tranquille de la nation. Et ses homologues, ministres de la Santé, dans les cantons, omniprésents dans les "points presse" (quel odieux anglicisme !), avec leurs grands airs d'experts !
     
    Mais où est passé, dans le public, le sens le plus élémentaire de la responsabilité qu'implique un engagement dans un exécutif ? Ce pacte avec le peuple, cette parole donnée, et respectée, qui, en sept mois (18 juin 1954 - 7 février 1955), avaient fait de Pierre Mendès France le seul véritable homme d'Etat de la Quatrième République ?
     
    D'où vient cette gentillesse des Suisses, qui confine franchement à l'obédience aveugle, face à leurs "autorités" ? Mais enfin, personne n'est obligé de devenir Conseiller fédéral, ni Conseiller d'Etat ! Ceux qui occupent ces postes l'ont voulu, ils ont tout fait pour y parvenir, ils ont écrasé des concurrents, ils règnent en plaçant leurs hommes, ils bétonnent leur place au pouvoir. Et il faudrait, Dieu sait pourquoi, les ménager ! Se prosterner. Leur faire confiance à tout prix : "Leurs journées sont longues, les pauvres, ils n'ont pas la vie facile !".
     
    Nous devons rétablir, pour les ministres, cantonaux ou fédéraux, le principe élémentaire de responsabilité. Ils s'engagent sur des projets. Ils réussissent, ou ils échouent. Dans le second cas, il doivent tout simplement partir. Sans haine de la part du peuple. Sans jugement de valeur sur leur personne. Sans les écarter du corps social. Mais simplement parce que, dans le principe de responsabilité, comme un général dans une bataille, ils n'ont pas réussi.
     
    Si les Suisses laissent passer benoîtement cette annonce sur la hausse des primes cet automne, sans songer à appliquer à personne le principe de responsabilité, alors tant pis pour eux. Il n'est pire soumis que celui qui s'en accommode.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le droit de vote appartient aux nationaux

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    Sur le vif - Dimanche 07.02.21 - 01.38h
     
     
    Le droit de vote doit appartenir aux nationaux, et à eux-seuls. Aux membres de la communauté nationale, avec ses droits et ses devoirs. À ceux qui ont servi, et servent encore, cette communauté.
     
    Les nations, les frontières, la préférence aux nationaux, tout cela a un sens. Fruit d'une Histoire, d'une mémoire, d'un rapport au passé, à la durée, à la continuité. Souffrances communes, cicatrices communes, valeurs communes, c'est cela qui crée le sentiment d'appartenance.
     
    En allemand, cette émotion partagée porte un très beau nom, sur lequel, comme vous savez, j'ai beaucoup travaillé : cela s'appelle Gemeinschaft. Il y eut un moment, à partir des années 1770, où les Allemagnes prirent congé de l'Aufklärung, ces Lumières blafardes d'abstraction universelle, pour se plonger à corps perdu dans les retrouvailles avec leur langue, la richesses de leurs mots, de leurs dialectes, de leurs récits : ce fut le Sturm und Drang, puis le Romantisme. Ce fut le travail exceptionnel des Frères Grimm sur le trésor lexical de la langue allemande. Ce sont ces valeurs, ces démarches, qui constituent la Gemeinschaft. Et qui jettent les bases d'une nation. Nous sommes au cœur du sujet.
     
    Ceux qui veulent donner le droit de vote à toute la population, juste parce qu'elle est là, obtiendront exactement le contraire de leurs desseins. Ils feront monter, du cœur blessé des patriotes, la rage légitime de se voir dépossédés, au profit d'un maelström indifférencié, de l'acte majeur de leur qualité citoyenne : pouvoir décider du destin national. Cette différence est leur fierté, ne jouons pas avec cela.
     
    L'humanité n'est absolument pas universelle, du moins dans l'ordre politique. Elle est l'addition de nations différentes, surgies de souches multiples, avec, pour chacune, son Histoire propre, ses mythes fondateurs, ses tensions internes, son rapport à la langue, aux mots, ses lieux de mémoire. Aucune Histoire nationale ne peut être reportée sur une autre. Chacune doit être étudiée en soi, dans ses particularités. Ca passe par la langue, par les mots, par les récits. Le concept d'Histoire universelle est une imposture de Grand Horloger, déracinée du réel, glacée d'abstraction.
     
    Si un étranger veut voter, il doit d'abord accomplir le chemin de naturalisation. Il doit entrer, doucement, en prenant soin de frapper à la porte, dans cet univers de représentation (Darstellung) qui fonde une communauté nationale. Ceux qui, motivés, pleins de cœur pour leur pays futur, heureux d'en étudier l'Histoire et les institutions, se frottent à ce rite, constituent un exemple pour tous. Ils nous rappellent nos propres valeurs. Ils régénèrent notre sève nationale.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le jaune du ciel, les secrets du passé

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    Sur le vif - Samedi 06.02.21 - 11.44h
     
     
    Ce matin, le ciel affiche le jaune sépia des albums de photos de nos parents. Me revient en mémoire l'une d'entre elles, ma mère au sommet du Catogne, 1940 ou 1941. C'était quelques mois avant qu'elle ne tombe dans une vertigineuse crevasse, au glacier d'Orny, sur la route de la Cabane du Trient (1942). Elle en ressortira après des heures d'angoisse, hissée par une corde. Mon père, et le gardien de la Cabane d'Orny, M. Formaz, l'avaient sauvée. Incarcérée dans les glaces, elle avait prié la Vierge, sur son médaillon. Cet épisode lui ôtera pour la vie, contrairement à mon père, le goût de la haute montagne. Dès lors, pour toute ma vie, le goût de la montagne, la passion du travail, c'était mon père ; la nostalgie et les livres, la sensibilité aux mots, c'était ma mère.
     
    Le ciel jaune de Genève donne l'impression de nous inclure vivants dans ce qui sera, un jour, un témoignage du passé : "Tu te souviens du 6 février 2021 ?", un peu comme "Tu te souviens de ce même 6 février, en 1934, à Paris, quand les Ligues ont tenté le coup de force ?", ou encore : "Tu te souviens de la neige de 1985, à Genève ?".
     
    Le ciel jaune de ce matin restera dans nos mémoires. Je le regarde, il me fait un peu peur, une peur d'enfant face à ces albums de ses parents, années vingt, trente, quarante, Valais, Allemagne, montagne, familles nombreuses réunies dans les fêtes, mariages, baptêmes, grillades de famille sur les bords du Trient ou dans le Val Ferret. Et puis, mes quatre grands-parents, qui hélas me furent tous inconnus : Maurice Rausis meurt en 1925 (à 33 ans), Emma en 1959 (je n'avais que quelques mois), Emile Décaillet en 1941, Marie en 1951.
     
    Le jaune de ce matin m'envahit comme la puissance du passé. Quand on n'a connu aucun de ses quatre grands-parents, on a besoin de remonter dans l'Histoire. Cela m'est advenu incroyablement tôt. Savoir ce qui s'est passé avant moi. Ce qu'on dit, et ce qu'on cache. La part du mythe, celle du réel. Toute une vie, pour corriger, ou tout au moins affiner sa vision d'une époque. C'est pour cela que je me suis lancé, en 2015, dans une monumentale Histoire de l'Allemagne.
     
    Je disserte sur le jaune, et autour de moi, des dizaines de milliers de gens doivent éprouver des sentiments similaires. Chacun l'interprétera à sa manière, ce retour de l'archaïque dans une aube d'arrière-hiver 2021. Parce que chacun de nous est unique. Avec son passé, sa mémoire, ses souffrances, ses cicatrices, l'intimité de ce qu'il garde pour lui. Ce jaune nous ramène à notre fragilité d'humains, juste interpellés par un phénomène météorologique dont nous aurons, ce soir, au téléjournal, les puissantes exégèses scientifiques. Je sais déjà que je ne les écouterai que distraitement. Je serai de retour dans mon passé. Quelque part, entre glacier d'Orny et sommet du Catogne.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Avec Joe, ça promet !

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    Sur le vif - Vendredi 05.02.21 - 07.03h
     
     
    Joe Biden a-t-il l'intention de lancer un nouveau journal en Suisse romande ? Il parle exactement comme ces bateleurs qui, avant même d'avoir réalisé quoi que ce soit, nous font miroiter monts et merveilles. Il promet. Il annonce. Il se pare de slogans, "L'Amérique est de retour !".
     
    C'est bien. Vous savez promettre, M. Biden. Mais commencez par FAIRE. Vous avez 47 mois et demi devant vous. Alors, faites. Et dans quatre ans, nous jugerons.
     
    Puissiez-vous, par exemple, comme votre prédécesseur, n'engager les États-Unis dans AUCUNE GUERRE pendant votre mandat. Cela, M. Biden, ce ne sont pas des mots. C'est un FAIT HISTORIQUE. Irréfutable.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • L'amour, la haine

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    Commentaire publié dans GHI - 03.02.21

     

     Pierre Maudet est un personnage clivant. Il suscite d’un côté l’adulation, et de l’autre le plus féroce des rejets. C’est le lot, dans la vie, de ceux qui osent, ceux qui entreprennent. Nous sommes en démocratie : chacun de nous a le droit d’éprouver face à ce magistrat les sentiments qu’il veut. Le droit, aussi, de les exprimer. Tant qu’il ne franchit pas les limites de toute parole publique : pas d’atteinte à l’honneur, pas de diffamation. C’est valable face à Pierre Maudet. Comme c’est valable face à tout humain, sur cette terre.

     La campagne du 7 mars est rude, les pro-Maudet et les antis se déchirent. Fort bien : la virulence fait partie de l’univers politique. Mais tout de même : d’un côté comme de l’autre, chez les aficionados comme chez les adversaires, on a l’impression d’être dans des chapelles. Des sectes. Une bande de Croisés, livrés à la dévotion de leur cause, se chauffant entre eux pour mieux fulminer. Avec une haine totale de l’adversaire. On s’imagine assez aisément dans les montagnes tenues par les Cathares, à l’époque où Rome les pourchassait.

     Entre ces lignes de front d’où fusent les feux croisés, comment réagiront les citoyens genevois ? Pour ma part, j’appelle à la raison. Que chacun vote selon son cœur, et nous verrons le résultat. Mais souvenons-nous d’une chose : le très grand parti d’où vient Pierre Maudet, le parti radical, est issu d’une philosophie appelée en allemand « Freisinn », ou libre arbitre. Et se revendique, derrière Kant, de la « Vernunft », la raison. Entre citoyens libres, laissons-la un peu exister.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Genève et le conformisme du semblable

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    Sur le vif - Jeudi 04.02.21 - 10.17h
     
     
    Pour graviter dans les cercles du pouvoir, à Genève, il faut désormais accepter le corset d'une Trinité idéologique bien précise : être d'accord avec la dictature sanitaire, combattre le réchauffement climatique, épouser le féminisme, en reproduisant fidèlement son sabir. Hors de cette triple allégeance, point de salut.
     
    Pour avoir donné l'impression d'enfreindre, oh certes du bout des lèvres, l'une de ces trois injonctions, Fabienne Fischer a failli payer le prix fort.
     
    Au sein de l'actuel Sextuor, une magistrate de droite a même décidé d'en surajouter, érigeant les questions sociétâââles en absolue priorité de son discours, alors qu'elle a la charge écrasante de nos Finances, qui justement vont très mal. Elle creuse la dette, en en parlant le moins possible, et dans le même temps, elle nous déplie un immense paravent de belles paroles sur l'égalité, en prenant soin de n'oublier aucune minorité, surtout pas la plus infinitésimale.
     
    Il n'y a bientôt plus de liberté d'expression à Genève. Il faut accepter le moule. Se fondre dans la doxa. Il faut être coroniste, climatiste, féministe. Sinon, vous êtes hors du Cercle.
     
    Le Valais conservateur de la pire époque, seconde partie du 19ème siècle, quand les radicaux devaient s'exiler dans les communes de l'Est vaudois pour y tenir leur droit de réunion, était-il vraiment pire que cela ? Il y avait un dogme. Il y avait une obligation d'adhérer. Il y avait le poids étouffant d'un Clergé. Il y avait un conformisme du semblable. Genève, aujourd'hui, ne vaut guère mieux : la férule d'une triple idéologie dominante s'exerce. Et tout le monde fait allégeance. A commencer par nos magistrats - et magistrates - exécutifs. La liberté de pensée, la passion des idées, valent mieux que cette triste uniformité.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Fabienne Fischer et l'orbite du convenable

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    Sur le vif - Mercredi 03.02.21 - 14.50h
     
     
     
    Candidate des Verts au Conseil d'Etat genevois, Fabienne Fischer a frôlé l'hérésie, comme une comète en fusion qui aurait eu l'audace de venir chatouiller l'écorce terrestre. Elle a frôlé, elle a joué avec la mort politique, elle a nargué Newton et les lois les plus élémentaires de la gravitation. Elle a confessé sa faute de justesse, promis la repentance. Elle pourra demeurer, mais c'est le dernier avertissement, dans l'orbite du convenable.
     
    Il est vrai que son crime tutoyait l'imprescriptible. Elle avait eu le front, dans un débat, d'émettre des doutes, ou des réserves, sur le principe de vaccination. Dans le climat actuel, c'est comme ouvrir un traité du suicide politique, et le mettre en application. On l'a sermonnée de partout, y compris de son camp, elle a fini par rebrousser chemin. In extremis, on voudra bien la garder dans le camp du Bien. Mais c'est la dernière fois. A la prochaine incartade, c'est l'ostracisme.
     
    Cette affaire, que nous révèle-t-elle ? Sur Fabienne Fischer, rien, si ce n'est qu'elle n'aurait jamais dû faire machine arrière. Cette femme intelligente, libre d'esprit, a parfaitement le droit - et peut-être même le devoir - de proposer une vision critique de la doxa sanitaire qui incarcère nos consciences, c'est même bienvenu de la part d'une force nouvelle, dégagée des contingences de l'actuel pouvoir, aspirant à y apporter fraîcheur, audace et invention.
     
    Non. Ce que l'affaire Fischer met en lumière, c'est toute l'obscure épaisseur du consensus dans lequel toute parole publique, gravitant dans les sphères du pouvoir ou aspirant à cette jouissance satellitaire, doit accepter de se fondre, sous peine de mort politique. Tout coronascepticisme, tout climatoscepticisme (sur ce second point, Mme Fischer n'a aucun souci à se faire) excluent d'emblée l'impétrant. Que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre, il doit parler notre algèbre, poser nos équations, dissoudre nos inconnues, parvenir à nos conclusions. Sinon, toi qui brigues une place dans notre cercle d'élus, tu resteras dehors. Dans les limbes.
     
    Madame Fischer avait parfaitement le droit d'avoir des doutes. Le droit de le dire. Face à une pression innommable, celle des chasseurs d'hérétiques, elle a malheureusement cédé. Ce dernier point, seul, peut lui être reproché. Sur tout le reste, sa parole citoyenne était de nature à nourrir un débat qui, hélas, fait si cruellement défaut.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Journalisme : les bateleurs d'un nouveau monde

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.02.21

     

    « Dès que nous serons nés, vous allez voir ce que vous allez voir ! Nous allons vous étonner. Nous allons vous surprendre. Nous allons vous éblouir. Nous serons insolents. Nous serons impertinents. Nous serons décalés. Notre journal ne sera pas comme les autres. Nous traiterons l’information sous des angles nouveaux, comme vous n’en avez encore jamais vus. Nous vous proposerons un autre regard. Nous aurons de l’humour, à défriser les yacks. Nous saurons vous séduire. Nous ferons du journalisme comme personne, depuis Théophraste Renaudot, le père de la Gazette, sous Louis XIII, n’a jamais osé en faire. Pour les autres journaux, autour de nous, le coup de vieux sera terrible. Nous ferons tomber les murs. Nous détruirons les fortifications mentales. Nous pulvériserons les vieux schémas, qui vous étouffent. Venez, souscrivez, abonnez-vous, un jour nous naîtrons, et la vie en elle-même sera renouvelée ! ».

     

    J’exagère ? A peine ! Ce discours de bateleur, c’est celui qu’enfant, j’entendais tous les automnes, lorsque je me rendais aux Arts ménagers, avec mes parents. Il fallait harponner le quidam, de grandes gueules s’y entendaient à merveille, leur promettant les lendemains enchanteurs d’une batterie de casseroles, ou d’une friteuse. Vieux comme le monde ! Et le plus fou, c’est que ça marchait : les acheteurs faisaient la queue ! Dans le monde des médias, aujourd’hui, en Suisse romande, c’est la même chose : on ne parle plus ni du passé ni du présent, on se contente juste de faire miroiter l’avenir. « Nous allons naître, votre vie en sera transfigurée, juste un peu de patience, en attendant vos dons ou souscriptions sont bienvenus ». Et les voilà, nos camelots, qui déboulent sur toutes les ondes, invités à s’exprimer non sur ce qu’ils ont fait, une fois dans leur vie, non sur ce qu’ils auraient, dans le métier, réussi à lancer, et qui, quinze ans, vingt ans après, perdurerait, non sur un legs, une réussite, mais… sur ce qu’ils se proposent de faire, une fois qu’ils nous auront fait l’honneur, entre l’Âne et le Bœuf, de venir au monde.

     

    Eh bien moi, ces drôles, je ne peux supporter leurs discours. Je ne peux plus les entendre, ni eux, ni leurs fades complices qui leur donnent la parole. Le journalisme est un métier. Il est fort bien de lancer de nouvelles offres, des journaux, des émissions, des sites, tout ce que vous voudrez. Mais il est encore mieux de tenir : des années, ou, comme le journal que vous tenez entre les mains, des décennies. Tenir un quotidien, produire une émission, c’est se battre tous les jours, avec une férocité que le profane ignore, pour que votre journal, votre émission, contre vents et marées, survive. Et pour qu’il garde sa place dans la Cité. Tout le reste, c’est du boniment. A ceux qui, aujourd’hui, travaillent sur des maquettes, dans l’écrit, en radio, en TV, sur internet, peu importe le support, je dis fraternellement « Bonne chance ! ». Mais j’ajoute immédiatement : « Commencez à exister, durez déjà quelques années, et puis, si nous sommes encore de ce monde, nous discuterons ».

     

    Pascal Décaillet

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  • Adolphe Ribordy : un grand Valaisan nous a quittés

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    Sur le vif - Lundi 01.02.21 - 16.48h
     
     
    Avec une très grande tristesse, et je suis loin d'être le seul, j'apprends cet après-midi le décès d'Adolphe Ribordy. Avec cet homme de 78 ans, qui avait en lui le démon de la politique et celui du journalisme, c'est l'une des grandes figures du Valais qui nous quitte. Radical dans l'âme, il aimait son parti. Il aimait son canton. Il aimait son pays.
     
    Adolphe Ribordy, figure pleine de vie, homme passionné d'Histoire, de livres, d'échanges, fraternel dans la joute comme dans la complicité, c'était la politique à l'état pur, telle que seul le Valais est capable de nous l'offrir. Une passion qui passe par la langue, le verbe, la connaissance du terrain et des familles, la fougue de communiquer. Le Valais des bannières, celui des fanfares, si fier de mettre des couleurs dans la vie publique. Le Valais festif, jusque dans les actes citoyens.
     
    Adolphe Ribordy a longtemps été député radical, patron du Confédéré, président de Rhône-FM, c'est dire l'ampleur de son engagement. L'action, mais toujours le verbe, toujours l'engagement, toujours tenir les couleurs, brandir la bannière.
     
    Je ne l'avais plus revu depuis quelques années. Je garde de lui le souvenir d'un homme habité par la vie, par la passion de construire le Valais moderne. Il y avait en lui, je veux dire dans les arcanes de sa mémoire, la Bataille du Trient, le Sonderbund, les années difficiles sous le règne conservateur. Et puis, ancrée dans le tréfonds de l'âme, l'aspiration à un Valais d'aujourd'hui et de demain, terre de culture et de fraternité, enracinée dans le terroir pour grimper vers le ciel.
     
    Vers quel ciel ? Je l'ignore. Je dirai simplement une chose : le ciel d'Adolphe Ribordy, j'aimerais qu'il soit aussi le mien.
     
    A sa famille, ses proches, ses compagnons de route, ses frères d'armes, mes pensées émues.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Pierre, Cyril, le feu

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    Sur le vif - Lundi 01.02.21 - 14.58h
     
     
    La CCIG, dont je suis membre depuis longtemps comme petit entrepreneur, et pour mon plus grand plaisir, soutient Cyril Aellen dans la course au Conseil d'Etat. Le directeur général, Vincent Subilia, l'annonce aujourd'hui, dans le bulletin d'information de février 2021.
     
    Je ne désavoue pas ce choix. Mais franchement, Pierre Maudet n'a-t-il pas fait un excellent boulot pour aider les entreprises, pendant les premiers mois de la crise, avant que ses chers collègues ne se liguent contre lui pour lui retirer tout dossier ? En pleine guerre, on prend un général qui se bat en première ligne du front, et on l'envoie se tourner les pouces à Limoges ! Les retours que j'avais, par d'autres entrepreneurs, sur le boulot de Maudet en cette période si difficile, étaient excellents.
     
    Alors, Aellen-Maudet, ça se discute. Deux hommes de qualité, je l'ai dit, je le répète. Je parle au niveau de l'Etat, le seul qui m'importe, non à celui de la morale et des visqueux règlements de comptes. Pour défendre les petites entreprises, il faut surtout le feu d'un tempérament. Pierre Maudet a cette énergie. Cyril Aellen a, lui, l'avantage d'être un VRAI chef d'entreprise, depuis des années, avec toutes les servitudes que cela comporte. Mais le feu, face aux six autres, l'aura-t-il ?
     
    Maudet-Aellen, ça se discute, oui. Au fait, la CCIG en a-t-elle discuté ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Burqa : je voterai NON à l'initiative

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    Sur le vif - Dimanche 31.01.21 - 15.47h
     
     
    Je vais vous parler franchement, n'ai-je jamais rien fait d'autre ? Je déteste cette campagne sur la burqa. De même, j'ai détesté celle sur les minarets. Oh, je ne doute pas une seule seconde du triomphe, le 7 mars, de l'initiative burqa. Je serai donc dans le camp des perdants. J'ai l'habitude.
     
    Je n'éprouve assurément aucune sympathie pour la burqa. Mais je voterai contre l'initiative. D'abord, parce qu'il n'y a quasiment aucune burqa en Suisse, pas plus d'ailleurs qu'il n'y avait de minarets. On nous brandit donc une partie, infinitésimale, pour un tout, on érige un fait quasi-inexistant en thème national de votation, je n'aime pas ce procédé. Ils gagneront, je respecterai le vote, on logera la burqa dans la Constitution de notre pays, comme on y a introduit des minarets. Soit, c'est le jeu. Je suis, vous le savez, un défenseur acharné de la démocratie directe : ils auront gagné, j'aurai perdu.
     
    Il ne faut pas venir me raconter que l'initiative sur la burqa ne concerne que la burqa. Il faut voir le contexte, et c'est, comme dans l'affaire des minarets, celui de notre rapport à l'Islam. La partie pour le tout, la grande métonymie, la burqa pour l'Islam, c'est cela le calcul des initiants. Ils en ont le droit, je respecte la démocratie directe, mais je n'aime pas ces procédés.
     
    Nous avons, en Suisse, un nombre important de Musulmans. L'écrasante majorité d'entre eux ne posent strictement aucun problème. Venus principalement des Balkans (région où je ne sache pas que la burqa exerce un quelconque empire), ils sont chez nous, travaillent, participent à notre vie nationale, et, s'ils le souhaitent, pratiquent leur culte. Comme certains catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, s'ils le souhaitent, pratiquent leur culte. Ces gens-là n'ont strictement rien à voir avec la burqa, tradition venue d'une toute autre partie de la planète, fort peu présente dans notre pays. Ils n'ont rien à voir, mais auront à souffrir, au sein de notre communauté nationale, d'une assimilation scélérate, dûment préméditée par les initiants.
     
    Je dis que le texte sur la burqa est, de façon déguisée (nous sommes, décidément, dans le carnaval sémantique du travestissement), un texte contre l'Islam. Les initiant s'en défendent, férocement. Ils nous mentent. Certains d'entre eux, comme dans l'affaire des minarets, savent parfaitement ce qu'ils font : on brandit à l'opinion un bout d'étoffe, c'est tellement plus facile que de lui donner à lire des ouvrages d'Histoire des religions, on sait très bien que l'émotion vestimentaire va l'emporter sur la réflexion. D'avance, on a gagné. Ils seront les vainqueurs du 7 mars. Je serai parmi les perdants. C'est cousu, comme un masque sur un visage.
     
    Je suis républicain, comme les initiants. Je suis un démocrate, j'accepte le jeu. Je suis un homme libre. Avec les gens qui ont lancé ce texte, je partage les valeurs d'indépendance, de souveraineté, d'attachement aux traditions, et plein d'autres. Mais nos visions sur l'Islam divergent. Elles ont toujours divergé ! J'affirme juste que la mienne est profondément renseignée, depuis l'enfance. Lectures, voyages, séjours, reportages. Bien entendu, je déteste la burqa. Mais je refuse, au risque de déplaire à la majorité des lecteurs de ce texte, de me laisser berner par un appât vestimentaire. Alors que le but réel des initiants est ailleurs. Et ce but-là, au nom de toutes les valeurs qui sont les miennes, et que je tiens d'un homme de lumière dans mon enfance, je le combats.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Réflexions sur les saveurs et les complexités de la question autrichienne

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    Sur le vif - Samedi 30.01.21 - 16.04h
     
     
     
    Ca travaille sec, dans mon for, je rumine à mort l'Histoire littéraire et musicale autrichienne, fin dix-neuvième, début vingtième. Rien que sur ce thème, je pourrais vous proposer 144 épisodes. Seulement voilà, il faut choisir. Et déjà, bien décider dans ma tête la part exacte que veux laisser à l'Autriche dans ma Série Allemagne.
     
    Comme je l'ai déjà écrit ici, l'Autriche ça n'est pas l'Allemagne, mais ça n'est pas non plus la non-Allemagne. Il y eut un millénaire de proximité, ce fut le Saint-Empire (800-1806). Puis, il y eut une rupture. Puis, l'Anschluss (1938-1945), puis à nouveau deux Etats bien séparés. Pour être franc, le statut exact de l'Autriche, dans le monde germanique, me fascine et m'habite intensément, depuis très longtemps.
     
    Mes portes d'entrées, depuis 1806 en tout cas, sont presque exclusivement littéraires et musicales concernant l'Autriche : la rupture du Saint-Empire, causée par les victoires de Napoléon, notamment celle d'Iéna contre la Prusse, a cassé quelque chose dans l'Histoire autrichienne. A bien des égards, la grande aventure de l'Autriche-Hongrie, au dix-neuvième, et le modèle impérial (jusqu'en 1918) avec ses innombrables minorités, montant jusqu'à la Galicie polonaise, ont servi de paravent de gloire à une incapacité, à partir de 1806, à intervenir avec crédit sur les fronts de l'Europe occidentale. Désormais, ces derniers (1870, 1914, 1940) seront franco-allemands. A Sadowa (1866), la Prusse avait vaincu l'Autriche, les Allemagnes du Nord avaient montré à celles du Sud qu'elles étaient, désormais, les maîtresses du jeu.
     
    Alors oui, je pourrais consacrer 144 épisodes à la seule Histoire autrichienne, de 1806 à 1945. Mais pour l'heure, il me faut parler d'Autriche, intégrer la grande équation autrichienne, qui est celle de toute la germanité du Sud, dans ma Série en 144 volets sur l'Histoire allemande. A priori, je pense qu'une bonne quinzaine des 115 épisodes qui me restent à construire devraient être consacrés, de près ou de loin, à des affaires autrichiennes, principalement musicales, poétiques et littéraires. Mais c'est un ordre de grandeur : rien que sur la Prusse, qui me fascine autrement que l'Autriche, et depuis l'enfance, et dont je connais par coeur chaque fragment d'Histoire depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763) je pourrais me plonger dans un monumental ouvrage en soi. C'est compliqué de choisir : cela a toujours été mon grand problème.
     
    Pour l'heure, j'écoute Mahler, que je pensais ne pas aimer dans mon adolescence, et vers lequel, maintenant, une forme irrévocable de puissance astrale m'attire. J'écoute Bruckner, auquel je fus initié dans la plus belle Basilique de Haute-Bavière, en juillet 1973, par Eugen Jochum et les Wiener Symphoniker. J'écoute Schönberg. J'équilibre, en me laissant guider par l'apparence hasardeuse de l'instinct, mon violent tropisme pour le Nord luthérien, par un attachement tout aussi viscéral à la latinité catholique des Allemagnes du Sud. En musique, cela donne un univers d'une saveur et d'une complexité qui, adolescent, me faisaient un peu peur. Et qui maintenant, en vieillissant, en contemplant, dans la jouissance de la simplicité, les splendeurs de la vie, m'emportent complètement. Je ne peux plus vivre sans Mahler. Je ne peux plus vivre sans Bruckner. Je ne peux plus vivre sans Schönberg.
     
    La question autrichienne, ces temps, me poursuit jour et nuit. Alors, je voulais juste vous en faire part. Le prochain épisode, no 30, est en préparation. Ceci n'était pas un épisode. Juste un intermezzo. Une viennoiserie. A l'heure du goûter.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Pourquoi sommes-nous ici ?

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    Publié sur mon site FB - Jeudi 28.01.21 - 14.56h
     
     
    Si le géant sur lequel nous nous exprimons ici, perçu par nous comme espace de liberté, devient un cloître de censure, alors il nous appartient, à nous, de choisir l'émigration.
     
    Pourquoi sommes-nous ici ? Parce que nous sommes des hommes et des femmes libres, et que nous entendons le rester. Nous n'avons pas attendu le féminisme pour nous respecter d'un genre à l'autre. Nous n'avons pas attendu le climatisme pour aimer passionnément la nature. Nous n'avons pas attendu le moralisme pour nous comporter correctement sur cette Terre.
     
    Pourquoi sommes-nous ici ? Parce que ce réseau social (Facebook) offre à chacun d'entre nous, tel qu'il est et sans avoir à se farder, une fenêtre ouverte pour s'exprimer. Pour ma part, depuis une dizaine d'années, je tiens ici mon journal. Politique, culturel, historique, musical. J'écris des textes, vous aimez ou non, chacun est libre, et c'est tant mieux. Je tiens mon journal, et je vous prends à témoins, depuis juillet 2015, de l'immense chantier dans lequel je me suis lancé : raconter l'Histoire de l'Allemagne, depuis 1522, en 144 épisodes. Je publie ici ce qui sera, sans doute, un jour, un ouvrage. Je publie en feuilleton, en attendant le résultat d'ensemble.
     
    Pourquoi sommes-nous ici ? Parce que nous aimons la liberté. Celle du verbe, celle de l'esprit. Nous ne sommes pas des traceurs de marges, nous vivons dans le corps des textes, nous voulons vivre, respirer, à visage découvert. Et, puisque le temps est au masque pour raisons sanitaires, que du moins, ici, nous puissions rire et sourire, séduire, laisser se rapprocher nos âmes. Car nous avons des âmes.
     
    Pourquoi sommes-nous ici ? Parce que nous ne trouvons plus, dans les journaux traditionnels, cette liberté d'être et de dire qui vivifie les cœurs. Nous n'y trouvons plus que convenance, obédience, uniformité. Nous espérons mieux de l'écriture. Nous en attendons autre chose.
     
    Nous sommes ici pour la liberté. Mais si le support lui-même se met à ressembler à ces dieux qui dévorent leurs enfants, ou d'autres leurs parents, ou à ces chasseurs d'hérétiques qui bâillonnent les âmes, alors nous émigrerons. Nous irons chercher ailleurs le support de nos échanges. Au besoin, nous en créerons nous-mêmes. Une infinité de réseaux locaux, confiants et fraternels, dans la passion du savoir et dans celle du verbe, plutôt qu'un Moloch mondial.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Courageux Jeunes PLR

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    Sur le vif - Jeudi 28.01.21 - 08.33h
     
    À juste titre, les Jeunes PLR suisses rappellent ce matin l'absolue nécessité d'indépendance de la BNS. Il fallait, dans l'hystérie actuelle, avoir le courage de le dire. Comme il en avait fallu pour attaquer frontalement Billag. Des positions claires, qui tranchent avec la tiédeur du Marais.
     
    Hier après-midi, pour rappel, les sections romandes du PLR défendaient l'idée d'aller allègrement piocher quelques milliards dans notre Banque centrale. Voilà qui arrangerait bien les humeurs capitulardes, face à la dette, de certains de leurs grands argentiers cantonaux.
     
    Les optimistes diront qu'on voit dans cette diversité d'opinions, sur une question majeure, toute la richesse d'un grand parti national, héritier de celui qui a fait la Suisse. Les autres songeront aux dernières décennies de l'Empire romain. Lorsque le ver était dans le fruit. Et que néanmoins, on chantait, on dansait.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Mme Fontanet et ses paravents

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    Sur le vif - Mercredi 27.01.21 - 14.17h
     
     
    Désolé si je suis très seul à le dire et si je jette un froid, mais je ne suis absolument pas convaincu par la passion que semble investir Mme Fontanet dans les questions liées au genre, à l'anti-discrimination et à l'égalité.
     
    Thèmes à la mode, éminemment rassembleurs. Nul n'osera s'y opposer, de peur d'avoir face à lui la meute communautariste des collectifs et des associations, dûment subventionnés par le contribuable pour rugir, s'indigner, anéantir toute opinion contraire à leur dogme, dresser le bûcher des hérétiques.
     
    J'en veux à Mme Fontanet de tant insister sur ces sujets. Je ne suis pas dupe de son petit jeu : en brandissant des questions sur lesquelles le Parlement sera d'accord (en vertu des contraintes et intimidations énumérées plus haut), on s'achète à bas prix un label de rassembleuse, celle qui sait dégager des majorités, oh la grande dame, que même la gauche applaudira.
     
    Eh bien moi, je n'aime pas ce procédé. La ficelle est lisible, pour qui sait lire, c'est une forme de populisme, que personne n'osera condamner, puisqu'il va dans le sens de la doxa ambiante.
     
    J'y vois surtout un immense paravent. Habile, la ministre nous jette un rideau de fumée avec un sujet de société où elle sait qu'elle sera gagnante. Et ce procédé de trompe-l’œil lui permet de cacher quoi ? Réponse : l'essentiel de sa mission ! L'état terrible des Finances genevoises, dont elle a, jusqu'à nouvel ordre, la responsabilité. Les déficits se cumulent, la dette se creuse à n'en plus finir, Mme Fontanet elle-même s'y est convertie, nous allons laisser à nos enfants une ardoise hallucinante. Nous allons à la catastrophe.
     
    Dans ces conditions, en termes d'image, mieux vaut avancer des sujets de société où l'on pourra apparaître comme une réformatrice devant l'Histoire. Déjà, la notice biographique est prête. Déjà, le choeur des louanges est programmé. Le salut des contribuables, des classes moyennes, de ceux qui se lèvent le matin pour bosser, ce sera pour une autre vie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Le populisme n'est pas une parenthèse !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.01.21

     

    Il fallait les voir, le clan Clinton, le clan Obama, se pavaner sur le parvis du Capitole ! Après quatre ans de règne de Trump, le grand retour de l’Ancien Régime. Et cette petite phrase, terrible, dévastatrice, sur leurs lèvres et sur celles de la quasi-totalité de nos braves médias européens : « La parenthèse est refermée, désormais tout va rentrer dans l’ordre ».

     

    Quel ordre ? Le leur, bien sûr ! L’ordre du Parti Démocrate. L’ordre de l’avant-Trump, et celui de l’après-Trump, immédiatement restauré, et proclamé comme tel, à la seconde même de la prestation de serment de Joe Biden. Prenez les textes, reprenez les émissions : tous nous entonnent le même refrain, celui de la saine Restauration, avec un grand R, le retour de trois petits rois, en 1814/1815, après un quart de siècle de Révolution française, de Consulat et d’Empire. Allez dans la rue, faites un micro-trottoir : tous connaissent Napoléon, personne ne sait qui est Louis XVIII.

     

    Le peuple américain a élu Joe Biden, c’est en ordre. Mais il n’a pas voté pour voir le retour des grandes familles Démocrates devant le Capitole. Il n’a pas voté pour ce petit goût, très désagréable, de déjà-vu. On a l’impression qu’on a changé de Série, mais que l’éternel générique de Dallas, avec son monde impitoyable, et son casting sans cesse recommencé, nous est à nouveau imposé. Et puis, 75 millions d’électeurs ont voté pour Trump, près d’un Américain sur deux. Les Etats-Unis sont coupés en deux, Joe Biden le sait, il doit en tenir compte, toute insolence du nouveau pouvoir, face à ces gens-là, serait une immense erreur.

     

    Cet arrière-goût de Restauration, nous avons aussi pu l’éprouver en Suisse, suite à l’éviction, le 12 décembre 2007, de Christoph Blocher. Ils étaient tous d’accord, ceux qui l’avaient dégommé, pour nous persuader que c’était pour notre bien : ils avaient abattu le tyran, comme Brutus et Cassius, les assassins de César dans la pièce de Shakespeare, ils l’avaient fait pour le bien suprême, pour la démocratie. Ils restauraient le monde d’avant la parenthèse. Et nous, peuple suisse, devions leur être éternellement reconnaissants de leur acte salutaire.

     

    Dans les deux cas, Trump, Blocher, il y a juste un petit problème. Au-delà des hommes, les idées demeurent. Le courant conservateur, y compris dans ses composantes « populistes », est là, il se porte à merveille, il est en phase ascendante. Protectionnisme, soutien aux agriculteurs, lutte contre la mondialisation, retour aux frontières, contrôle drastique des flux migratoires, défense des classes moyennes, étouffées par la fiscalité, méfiance face à la démocratie représentative, besoin irrépressible de démocratie directe, tout cela existe, avec une force inouïe, au sein des peuples. Les grandes familles, qui semblent considérer le pouvoir comme leur propriété privée, leur fief, auront beau se lover sur les marches du Capitole. En face, il y a les autres. Ils n’ont certainement pas dit leur dernier mot.

     

    Pascal Décaillet

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  • Les survivants du Déluge

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    Sur le vif - Mardi 26.01.21 - 23.43h
     
     
    Dans la Saxe de Haendel et la Thuringe de Bach, s'est produit, dans les premières décennies du dix-huitième siècle, comme un éblouissement de la conscience humaine. Une lumière supérieure à celle de la foudre, plus douce et plus intense.
     
    Ce miracle ne s'est pas forgé par la science, bien que nous fussions dans les prémisses de l'Aufklärung, mais par des notes de musique, posées sur des paroles.
     
    Cette parole, c'est, chez Bach, celle de la traduction de la Bible par Luther, deux siècles plus tôt (1522).
     
    De ces provinces paisibles et paysannes, avec leurs villages nichés aux creux des vallons, à l'orée de l'immense forêt, le Thüringer Wald, juste signalés par le surgissement d'un temple, a surgi cette jonction d'une parole, d'un rythme et d'une tonalité, qui ont traversé les siècles.
     
    Il faut savoir une chose. Les Allemagnes du jeune Bach, du jeune Haendel, tous deux natifs de 1685, reviennent littéralement du néant. Une génération plus tôt, en 1648, à la fin de la Guerre de Trente Ans, c'était la ruine totale. Comparable à ce que sera celle de 1945.
     
    Bach, Haendel, et, juste avant eux, le grand Buxtehude à Lübeck, ont pour mission de réinventer un monde. Ils sont, comme Noé et ses fils débarquant sur le Mont Ararat, les survivants du Déluge.
     
    Ils reviennent de l'Apocalypse. Ils doivent tout reprendre à zéro. Pour l'un, c'est la sublimation des Psaumes. Pour l'autre, la narration du monde en opéras et en oratorios.
     
    Et avec eux, le destin allemand qui redémarre. Par les syllabes et par les notes. Par la langue, et par la musique. Par la voix, par le souffle et par le corps. Par le verbe, par l'esprit et par le chant.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Maudites plumes !

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    Sur le vif - Mardi 26.01.21 - 13.07h
     
     
    Dernière minute - Le peuple pakistanais se prononcera le 7 mars sur une initiative visant à ancrer dans la Constitution l'interdiction du costume tyrolien.
     
    La population locale semble avoir de plus en plus de peine à supporter l'omniprésence - bien connue - des chapeaux à plume et cuissettes de cuir dans les rues des quartiers populaires de Karachi.
     
    Le costume bavarois, quant à lui, style Oktoberfest, n'est pas concerné par le texte. "Nous avons voulu, affirment les initiants, concentrer notre texte sur un objet précis. Nous n'entendons en aucun cas amalgamer notre interdiction à l'ensemble des coutumes vestimentaires traditionnelles de l'Arc alpin germanophone".
     
    Philosophes et parlementaires se déclarent favorables à l'interdiction. Et le martèlent à l'envi sur les réseaux sociaux.
     
     
    Pascal Décaillet

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