Liberté - Page 8

  • Les illuminés de la 27ème heure

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    Sur le vif - Mercredi 06.01.21 - 18.50h
     
     
    Les revoilà, les éternels retardataires ! Les illuminés de la 27ème heure ! Nous avons, pour notre part, passé l'année 2020 à condamner la dictature sanitaire, dans les Cantons comme à Berne, défendre les cafetiers, restaurateurs, hôteliers et commerçants. Les retardataires, eux, ont passé la même année à nous faire la morale ! Au nom du respect qui serait dû à l'autorité. Comme si les exécutifs devaient être respectés en soi, comme sous l'Ancien Régime les patriciens, indépendamment de leurs actes.
     
    Et les voilà enfin, les éternels retardataires, qui commencent à dire la même chose que ce que nous avancions, nous, pendant toute l'année 2020 ! Je leur souhaite évidemment la bienvenue. Mais je les invite, la prochaine fois, à exercer leur lucidité, face au pouvoir en place, un peu plus en direct, en simultané avec les abus de pouvoir des exécutifs. Et un peu moins avec six ou neuf mois de retard.
     
    Je les invite, dans la foulée, à réfléchir à la notion de respect de l'autorité. Et à éviter de verser, en la matière, dans toute espèce d'absolutisme.
     
    Aux éternels retardataires, je préfère encore mes adversaires. Ceux qui, dès le début, étaient d'accord avec le confinement, les mesures de fermeture, la mise en ruine de notre économie. Je combats certes férocement leur point de vue, mais eux, au moins, sont cohérents.
     
    Pour ma part, je continuerai, avec éveil et passion, de proposer des décryptages sur la vie politique, les enjeux de pouvoir, les réalités sous les apparences et les paravents. Je continuerai donc à me faire des ennemis. Ca tombe bien, je suis un combattant.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Hugo et Richard : deux génies, comme deux silex

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    Sur le vif - Mercredi 06.01.21 - 15.58h
     
     
    L'un des prochains épisodes de ma Série Allemagne (j'y travaille ces temps, sur une quinzaines de thèmes en parallèle) : le couple prodigieusement fertile formé par deux génies, le musicien munichois Richard Strauss (1864-1949), l'un des plus grands, et le poète et dramaturge viennois Hugo von Hofmannstahl (1874-1929).
     
    Fruits de ces deux esprits fulgurants : Elektra (1908), Der Rosenkavalier (1910), Ariadne auf Naxos (1916), Die Frau ohne Schatten (1917), Die ägyptische Helena (1927), Arabella (1932).
     
    C'est Bernhard Boeschenstein, il y a 42 ans, qui m'a initié, en profondeur, au second. Et la vie qui, depuis toujours, m'a jeté dans la musique du premier. Et pas seulement ses opéras ! Toute l'oeuvre !
     
    Dans mon texte, je tâcherai d'expliquer le miracle de la rencontre entre la versification de Hofmannstahl et la prosodie musicale de Strauss. Et de reconstituer l'horizon d'attente du public musical viennois, au tournant des deux siècles.
     
    Une rencontre sublime, entre ces deux créateurs. Comme Brecht et Kurt Weill. Alban Berg et Frank Wedekind. Mozart et Lorenzo da Ponte.
     
    Hugo et Richard : épisode à paraître dans les mois qui viennent, je ne sais trop quand. Mais ce sera, dans mon processus intérieur, une étape décisive. Par rapport à des émotions littéraires de ma jeunesse. Et musicales, de toute ma vie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Bêlent, bêlent, bêlent...

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.01.21

     

    L'expression "études genres", sans la particule "de", n'est tout simplement pas du français. Elle n'a aucune espèce de justification grammaticale. Si j'avais à l'utiliser (ce qui n'est absolument pas dans mes intentions, pour le temps qu'il me reste à vivre), je refuserais de bêler cet anglicisme.

     

    Car ils bêlent, les blancs moutons, le long des golfes clairs ! Ils bêlent, ceux qui, par peur de la terreur intellectuelle de certains milieux féministes ultras, se contentent de reproduire leur sabir. Le choix d’un langage n’est jamais un acte gratuit. Il détermine une allégeance. Il indique une subordination. Il y a des mots qui ressemblent à des génuflexions devant le suzerain du temps, telle mode intellectuelle par exemple.

     

    De la même manière, vous ne m’entendrez pas vous parler de « transition énergétique », « transfert modal », ou « rupture de charge ». Pas plus que « d’urgence climatique », et autres incantations du Catéchisme Vert. Leur langage n’est pas le mien. Leur vision du monde, non plus. Ils ont leurs mots, j’ai les miens.

     

    J’invite chacun de nous à s’exprimer selon son cœur, selon son style, selon son âme. Mais surtout, que ton verbe soit le tien ! Qu’il surgisse de toi, de tes entrailles, tes joies, tes colères. Que ton langage à toi ne ressemble à aucun autre ! Pour ma part, toute authenticité originale me convient. Et toute duplication, tout plagiat, tout emprunt à des meutes grégaires, me révulsent.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Série Allemagne - No 31/144 - 1918-1919 : la gentille Bavière aux avant-postes de la Révolution !

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    Mardi 05.01.21 - 17.03h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 31 – La Révolution allemande de 1918/19, je vous en parle souvent dans cette Série, et j’y reviendrai largement, tant elle est fondamentale. Mais saviez-vous que la calme Bavière a été le théâtre, dès novembre 1918 et pendant toute l’année 1919, des épisodes les plus radicaux de cette Révolution ? Avec des Soviets locaux, directement inspirés de la Révolution russe, deux ans auparavant ! Au point qu’on nommera la Bavière de ces deux années terribles « la République des Conseils ».

     

    La Bavière ! Que seraient les Allemagnes, sans cet Etat immense, riche d’une Histoire complexe et mal connue, qui s’étend des Alpes, à la frontière autrichienne, jusqu’à la Thuringe protestante, le pays de Luther ? Rien que l’Histoire bavaroise justifierait 144 épisodes, il nous faut choisir, braquer nos projecteurs sur des moments précis, mettre en contexte en tâchant d’être simples. Pour la Bavière, cette tâche de clarification (Aufklärung) vient se heurter à la redoutable puissance d’une imagerie populaire, entretenue par les Bavarois eux-mêmes, principalement ceux du Sud, l’Oberbayern, dans la région – en effet féérique – des lacs et des Alpes. Le blason touristique est une chose. La démarche historique en est une autre. Elle exige d’aller quérir le réel, derrière l’image.

     

    En première lecture, la mythologie bavaroise nous brandit un paravent : les montagnes, les lacs sublimes de l’extrême-sud, les églises baroques, où la Contre-Réforme fit merveille (ne manquez en aucun cas la Basilique d’Ottobeuren, où j’ai passé l’été 1973, et où j’ai vu Eugen Jochum diriger Bruckner), l’Oktoberfest de Munich, les Châteaux de Louis II, la bière, la mousse, les chapeaux à plumes, les culottes de cuir. Tout cela existe, j’y ai passé tant de temps moi-même, encore cet été 2020, au retour de l’ex-DDR. Tout cela existe, mais n’est qu’une partie de la vérité bavaroise. La plongée dans les livres d’Histoire nous invite à lire au-delà du mythe. Et à découvrir une Histoire – sociale, notamment – d’une singulière complexité. Sans doute l’immense majorité de nos profs d’Histoire n’en ont-ils qu’une vision approximative. Voire pas de vision du tout.

     

    Dans cette Série, j’ai souvent abordé le thème de la Révolution de novembre 1919 dans les Allemagnes, c’est un sujet immense, l’un de ceux qui m’occupent le plus, lui aussi totalement sous-estimé dans nos écoles. Officiellement, la Révolution allemande commence le 9 novembre 1918, avant-veille de l’Armistice, lorsque l’Empereur Guillaume II est déposé. En Allemagne, la Grande Guerre ne passe plus, l’opinion publique n’en peut plus, le Kaiser d’ailleurs ne décide plus rien depuis deux ans : c’est un duo de militaires, Hindenburg et Ludendorff, qui mènent le bal. Le territoire du Reich n’est pas touché, mais plus grand monde, en Allemagne, ne veut de cette guerre, et la grande offensive victorieuse des Alliés, menée par Foch, en automne 18, dans l’Est de la France, décide les politiciens, notamment sociaux-démocrates, à faire le coup de force contre l’Empereur. Ils le renversent, il part en exil en Hollande, où il mourra en 1941, dans des Pays-Bas occupés par les… Allemands !

     

    Ça, c’est le début de la Révolution allemande, enchaînement très complexe d’événements, partout dans les Allemagnes, entre 1919 et 1923. On en retient, pour faire très court, les affrontements très violents entre communistes et Corps-francs (lire, dans cette Série, mon épisode sur les Geächeten, les Réprouvés, d’Ernst von Salomon, No 25/144, 12.07.20). On en retient l’émergence, en 1919, de la République de Weimar, et ses débuts terriblement difficiles au milieu du tumulte généralisé. Je reviendrai sur tout cela, dans les mois et les années qui viennent, en détail.

     

    Mais il est une chose que le grand public ignore. L’avant-garde de la Révolution allemande de 1918, c’est la Bavière ! C’est le 7 novembre, à Munich (deux jours avant le début officiel de la Révolution allemande, quatre avant l’Armistice), que le SPD (social-démocrate) Kurt Eisner, incite la population à occuper les casernes, et prendre le pouvoir. Le roi Louis III et sa famille prennent la fuite. C’est la fin de la dynastie des Wittelsbach, qui tenait la Bavière depuis 738 ans. La fin de la monarchie à Munich. 48 heures avant la chute, à Berlin, du Kaiser ! La gentille Bavière, paradis des lacs et des châteaux, est aux avant-postes d’une Révolution nationale qui, jusqu’aux marins de la Baltique, touche toutes les Allemagnes ! Et cela, très peu de gens, chez nous, le savent. Ils se figurent principalement la Révolution allemande à Berlin. Ils ont tort.

     

    Le 8 novembre (nous sommes encore en guerre, pour trois jours !), Eisner proclame la « République socialiste de Bavière ». Il a contre lui la droite nationale, qui le hait, et qui jouera un rôle fondamental, par le bais des Corps-francs, dans la Bavière des années 1919-1923, l’un des orateurs de brasserie de cette mouvance ayant pour nom Adolf Hitler.  Mais Eisner a aussi contre lui les plus modérés des sociaux-démocrates, qui, partout dans les Allemagnes, fin 18, début 19, jouent la carte gouvernementale leur permettant de devenir un pilier de la République de Weimar. A cela s’ajoute le désordre total – le mot « bordel » serait plus indiqué ! – des fractions de Bavière aux mains d’Eisner. Nous avons affaire à une République révolutionnaire qui n’a rien de républicain, et, en matière de Révolution, n’a pas le dixième du potentiel d’organisation de Lénine et Trotski, deux ans plus tôt. Le 12 janvier 1919, Eisner est battu par les sociaux-démocrates modérés aux législatives. Le 21 février, il est assassiné.

     

    C’est dans la foulée de cet événement que les gauches bavaroises, un moment fédérées, proclameront, les 7 et 8 avril, la Räterrepublik, la République des Conseils de Bavière. La plupart des grandes villes bavaroises y adhèrent, notamment en région danubienne, que l’imaginaire populaire se figure si calmes. C’est mal connaître le tempérament souabe, celui des années de formation d’un Bertolt Brecht, par exemple. C’est à ce moment qu’interviennent deux communistes, Eugen Léviné et Max Levien, pour prendre le pouvoir en Bavière. Le pays iconique de Sissi et de Louis II, de Linderhof et de Neuschwanstein, aux mains des Soviets ! Pourquoi personne ne nous parle-t-il jamais de cet épisode ? La Bavière, pays limitrophe de la Suisse par le lac de Constance, serait-elle moins importante que la lointaine Russie ?

     

    Bien sûr, il ne faut pas s’imaginer la République des Conseils régnant uniformément sur la Bavière. Nous sommes dans un phénomène avant tout urbain, dont la vieille paysannerie bavaroise, catholique et conservatrice, est infiniment éloignée. La Räterrepublik, qui commençait à installer la dictature rouge sur le pays et à proclamer la Déesse Raison dans la très catholique Munich, finit écrasée par les Corps-francs, nous y reviendrons largement. Mais il faut imaginer le traumatisme que ces événements de 1918/19 laisseront sur une opinion publique bavaroise foncièrement conservatrice. Après la République des Conseils, c’est l’idéologie des Corps-francs qui s’installe, que viennent grossir les rangs des millions de démobilisés. Parmi eux, un ancien combattant de juste trente ans, nommé Adolf Hitler. A Munich, jusqu’à son putsch raté de novembre 1923, il fera beaucoup parler de lui. Mais c’est une autre histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • L'Allemagne ? Non, les Allemagnes !

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    *** Dissertation intermédiaire sur la complexité des réalités allemandes - Lundi 04.01.21 - 16.35h ***
     
     
    L'Allemagne, au singulier, ça ne veut pas dire grand-chose, même aujourd'hui. Il n'y a, certes, qu'une seule Allemagne depuis 1866, consacrée par la proclamation de l'Empire dans la Galerie des Glaces de Versailles en 1871, mais la diversité politique, dialectale, culturelle, et longtemps confessionnelle du monde germanique m'amène, vous l'avez remarqué, à utiliser très fréquemment le pluriel : "Les Allemagnes".
     
    Il n'y a, certes, qu'une seule Allemagne depuis 1866. Encore faut-il rappeler qu'entre 1949 et 1989, il y en eut deux : celle de l'Est et celle de l'Ouest, nomenclatures qui pour moi (même dans ma jeunesse) n'ont jamais eu le moindre sens : pour la seule DDR, il faut parler de la Prusse, de la Saxe, et de la Thuringe. Oui, les réalités allemandes, c'est complexe ! Et puis, à l'Ouest, quels points communs entre un catholique conservateur bavarois, et un social-démocrate protestant de Basse-Saxe ou des villes hanséatiques ? Entre un Franz Josef Strauss et un Willy Brandt, ou un Helmut Schmidt ?
     
    On pourrait, tel François Mauriac, se réjouir, juste au lendemain de la guerre, qu'il y ait deux Allemagnes : plus il y en a, plus elles sont divisées, mieux la France se porterait. La logique de Mazarin, au fond, lors des Traités de Westphalie (1648), alors que les Allemagnes, dévastées pas la Guerre de Trente Ans, ne sont plus que cendre et poudre, trois siècles avant l'autre ruine immense, celle de 1945.
     
    Mais il faut aller plus loin. Considérer la diversité ontologique d'un monde germanique, qui alla jusqu'à regrouper plus de 300 Etats. Reconnaître les différences. Aller goûter la bière munichoise, le massepain de Lübeck, la salade sucrée de Lüneburg, les Knödel de Franconie, le requin de la Baltique, vendu dans mon enfance sur les devantures des kiosques, en pleine campagne du Schleswig-Holstein. Nous nous arrêtions pour en acheter, comme pour les fraises ou les abricots, dans l'été valaisan.
     
    Reconnaître la diversité. Mais passer une vie, par la lecture, à tenter de comprendre ce que ces peuples peuvent avoir en commun. La langue, bien sûr, malgré le foisonnement dialectal. L'idée de nation allemande, celle de Fichte (cf. mon épisode de 2015 sur le sujet). La Bible de Luther. L’œuvre de Jean-Sébastien Bach, celle de Beethoven, celle de Wagner, celle de Richard Strauss. La poésie de Friedrich Hölderlin. Les romans de Thomas Mann. Le théâtre de Brecht. Les films de Fassbinder. Les gravures de Dürer, que j'ai eu la chance immense de découvrir à Nuremberg, en 1971, l'année du 500ème.
     
    Une seule Allemagne, capable de singulariser toutes les autres. Oui, mais laquelle ? Toute tentative unitaire, dans l'ordre politique comme dans celui de la culture, se heurte au réveil des différences, c'est le charme et l'impossibilité de l'équation germanique. Quelque part, l'Allemagne du Saint-Empire, défait en 1806 par la victoire de Napoléon à Iéna. C'est celle des liens avec le Sud, l'Autriche, la Bohême. Ailleurs, l'Allemagne de l'Ostpolitik, celle des Saxons, des Prussiens, de la Hanse : celle de Frédéric II et de Willy Brandt.
     
    Le destin allemand, entre ces tropismes contradictoires, a quelque chose d'un attelage écartelé, plusieurs chevaux forçant la course dans des directions différentes. Et aussitôt, une Cantate de Bach, quelques mots de Luther, un dialogue final entre la Walkyrie et son père, un passage de Heiner Müller ou Christa Wolf, quelques vers de Paul Celan, comme la Niemandsrose, la Rose de Personne, sur la frontière invisible entre l'être et le néant, et c'est la vision unitaire qui reprend le dessus.
     
    Dès la fin de mon enfance, et très puissamment déjà dans l'adolescence, j'ai senti ce Noeud Gordien entre diversité et unité. C'était encore à l'époque du Mur. Sur lequel j'avais le déroutant privilège de me promener. Quelque part, sur la frontière historique entre la Saxe et la Prusse.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Série Allemagne - No 30/144 - Ostpolitik : à l'Est, du nouveau !

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    Samedi 02.01.21 - 17.01h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 30 – Près de 9000 signes pour cet épisode, pardonnez-moi, c’est un peu long. Mais l’Ostpolitik de Willy Brandt, entre 1969 et 1974, est l’un des thèmes de l’Histoire allemande qui, depuis ma jeunesse (au moment même des événements), m’habitent avec le plus de puissance. Alors, dans ce numéro 30/144 de ma Série, j’ai pris le temps de vous en restituer, en profondeur, le contexte historique. A tous, excellente lecture !

     

     

    Vaincue le 8 mai 1945, l’Allemagne commence par ne pas exister du tout, en tant qu’Etat, pendant quatre ans : seulement quatre zones d’occupation alliées. C’est le temps du déblaiement des ruines, même pas encore celui de la reconstruction. Il faut attendre 1949 pour que naissent, sur les décombres du Reich, deux Etats : la République fédérale à l’Ouest, capitaliste et pro-américaine ; la République démocratique à l’Est, communiste et satellite de l’Union soviétique.

     

    Pendant vingt ans, ces deux Etats d’une même nation vont s’ignorer. Ils ne se reconnaissent pas mutuellement, chacun vit sa vie. Il faut reconstruire, oublier le Troisième Reich (le vrai travail de mémoire ne viendra que beaucoup plus tard), lancer les générations nouvelles sur des rêves nouveaux : à l’Ouest l’économie de marché, à l’Est le Plan. La reconstruction est rapide, elle frappe les observateurs de l’Europe entière. A l’Ouest, elle est carrément fulgurante, mais l’Est, infiniment moins doté en moyens, ne démérite pas, contrairement à tout ce que la propagande occidentale nous raconte.

     

    Chacun vit sa vie, mais c’est en apartheid. Deux mondes, deux systèmes, deux univers. A l’Ouest, le pouvoir de l’argent, subordonné à la vision du monde américaine. A l’Est, le pouvoir du parti, en obédience face à Moscou. Les Allemagnes renaissent, le redressement économique émerveille le monde, en tout cas à l’Ouest. La force de caractère des Allemands, qui ont refait leur pays en quelques années, sert d’exemple. La RFA, en 1969, est la quatrième puissance économique du monde : 24 ans seulement après une défaite comparable à celle de 1648, à l’issue de la Guerre de Trente Ans : là, il faudra aux Allemands un siècle pour se relever, il leur faudra attendre un homme immense, Frédéric II, le roi de Prusse. Je reviendrai un jour sur cette terrible seconde partie du dix-septième siècle allemand, déjà abordée, dans cette même Série, avec mon épisode sur le Sac du Palatinat, par Louis XIV, no 8/144, 29 juillet 2015 ( https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/07/29/serie-allemagne-no-8-le-sac-du-palatinat-1688-1689-269035.html ).

     

    L’année charnière, c’est 1969, avec l’arrivée au pouvoir de celui que j’ai toujours considéré comme le plus grand Chancelier allemand de l’après-guerre, Willy Brandt (1913-1992). J’ai déjà beaucoup écrit, et publié, sur cet homme d’exception, je vous renvoie notamment à mon article « L’inconnu de Lübeck », publié le 6 mai 2004, dans la Revue Choisir.

     

    De son vrai nom Herbert Ernst Karl Frahm, le futur Willy Brandt passe sa jeunesse dans la fascinante ville hanséatique qui avait été, quelques décennies plus tôt, celle de Thomas Mann, et où se déroule l’action des Buddenbrook, le chef d’œuvre de 1901 qui vaudra à son auteur le Prix Nobel de littérature. Brandt, lui, recevra en 1971 celui de la Paix, pour l’Ostpolitik. Willy Brandt s’engage à gauche, devient un opposant au Troisième Reich, passe toute la période hitlérienne en exil en Scandinavie, s’installe à Berlin, ville en ruines, après la guerre, en devient le Maire (Bourgmestre-Gouverneur) de 1957 à 1966, puis Ministre des Affaires étrangères de la Grande Coalition, sous Kiesinger (66-69), puis, sommet de sa carrière, premier Chancelier social-démocrate (SPD) de l’après-guerre, en 1969. Après vingt ans de démocratie chrétienne, atlantiste et totalement subordonnée aux Américains (Adenauer, Erhard, Kiesinger), une page se tourne. L’une des plus importantes de l’Histoire allemande, depuis la guerre.

     

    Willy Brandt, Chancelier de 1969 à 1974, c’est l’homme de l’Ostpolitik. Pour la première fois depuis la guerre, la République fédérale regarde vers l’Est. Elle n’attend pas, pour cela, l’autorisation des Américains, elle s’émancipe, elle définit et poursuit des objectifs nationaux. « Deux Etats, une Nation », les quatre mots sont déjà dans le discours d’investiture de Willy Brandt, en 1969. Le ton est donné. Celui qui, vingt ans plus tard, vieilli, à trois ans de sa mort, sera encore là, pour saluer la chute du Mur, dans ce Berlin dont il avait été Maire pendant près de dix ans, aura, dès le début des années 1970, lancé le très long processus sans lequel la Réunification n’aurait pas été possible.

     

    La genèse et la paternité de l’Ostpolitik sont complexes. Il faut remonter aux trois années (1966-1969) où le SPD Brandt était, dans la Grande Coalition, le Ministre des Affaires étrangères du CDU Kiesinger. Il faut sans doute aussi remonter à ses années passées à la Mairie de Berlin. Brandt sait s’entourer : il a, autour de lui, de brillants conseillers, dont Egon Bahr, l’un des pères de l’Ostpolitik. Une équipe d’hommes, dans l’Allemagne atlantiste des années soixante, qui ressentent l’impérieuse nécessité nationale de renouer les liens historiques avec l’Est. D’abord, la RDA, autre Etat d’une « même Nation » ! Mais aussi, la Pologne, pays martyrisé par la Seconde Guerre mondiale, l’occupation allemande, l’extermination des Juifs : le contentieux est terrible. Mais encore, l’Union soviétique, adversaire no 1 de l’Allemagne nazie, quatre ans d’une guerre d’une violence incomparable, vingt millions de morts, et des millions côté allemand, et finalement la victoire du 8 mai 1945. C’est avec ces pays-là, moins d’un quart de siècle après la guerre, que Willy Brandt et ses équipes entendent renouer le dialogue. L’enjeu est immense, phénoménal. Dans la presse allemande, presque personne n’y croit.

     

    Mais Brandt et un homme de conviction. Quand on a résisté pendant douze ans à l’idéologie nazie, on n’abandonne pas ses objectifs quand on est Chancelier, et que les Américains, les chefs de la CDU-CSU, l’immense majorité de la presse allemande, vous vilipendent à longueur de journées. Ils n’acceptent pas, en pleine Guerre froide, qu’on parle avec des communistes ; le social-démocrate Brandt joue la carte nationale, il porte son regard sur les Marches de l’Est, vieille équation de l’Histoire millénaire allemande, il veut rétablir le dialogue, il est habité par une vision gaullienne (où la question nationale prime sur les choix partisans), il réussira son incroyable pari. Il a mille fois mérité son Prix Nobel de 1971.

     

    Willy Brandt se tourne vers la DDR, l’Autre Allemagne, à laquelle vous connaissez mon attachement, j’y reviendrai longuement, plus tard. Il se tourne vers la Pologne, où les cicatrices sont encore d’une terrible vivacité. Il se tourne vers l’Union soviétique. Il se rend à Erfurt, à 1970, pour la première visite officielle d’un Chancelier de l’Ouest en DDR. Il signe à Varsovie, la même année, le Traité germano-polonais qui reconnaît comme frontière la fameuse Ligne Oder-Neisse (donc, et c’est capital, il renonce aux prétentions allemandes sur maintes villes de Pologne qui étaient germaniques jusqu’à 1945, pensez à Posen ou Breslau, sans parler de Dantzig). Il signe un Traité avec les Soviétiques, à Moscou, en 1971. Enfin, il signe avec la DDR le Traité fondamental du 21 décembre 1972, par lequel les deux Allemagnes, dix-sept ans avant la Chute du Mur, se reconnaissent.

     

    L’œuvre diplomatique de Brandt est fondamentale. Elle frappe par sa cohérence, son courage, sa clairvoyance, sa vision nationale à long terme, le respect (et cela rappelle Mendès France) des engagements pris en 1969, dans le Discours d’investiture. Oui, l’Ostpolitik porte en elle quelque chose de gaullien : la puissance d’un grand dessein, l’opiniâtreté pour y parvenir, la primauté des enjeux nationaux sur les dissensions idéologiques. J’ai toujours pensé, dès mon adolescence, que Willy Brandt était le de Gaulle allemand, un homme au-dessus de la mêlée.

     

    Et puis, l’Ostpolitik a eu son moment de sacre et de grandeur. Le 7 décembre 1970, le jour même de l’Accord germano-polonais, Willy Brandt, Chancelier fédéral de l’Allemagne, s’est rendu devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie. Il a déposé une gerbe. Il a reculé un peu. Et puis, au milieu d’une assistance saisie par l’ampleur de l’événement, par la surprise aussi, il s’est agenouillé, en silence. Il est demeuré ainsi, un certain temps qui pouvait ressembler à l’éternité, sans un mot. Quelque chose, entre l’Allemagne et la Pologne, s’était passé. Quelque chose, aussi, de cosmique, entre l’Allemagne et l’Allemagne.

     

    Pascal Décaillet  

     

     *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Suivre Lucie, jusqu'en enfer

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    Notes de lecture - Vendredi 01.01.21 - 16.25h

     

    Dans ce livre, il y a des mandragores, des plantes bénéfiques et maléfiques, un jardin de Perséphone, des trous dans la terre, une cavité glaciaire, quelque chose de nourricier, mais peut-être fatal, qui surgit des entrailles.

     

    Lucie d’enfer, de Jean-Michel Olivier, est annoncé comme un Conte noir. Il y a du Nerval, des prénoms de Filles du feu, des effleurements de fantastique, mais les doses sont savamment pesées, c’est l’une des vertus de cette écriture. La possibilité de se retrouver dans l’univers des Frères Grimm est fréquente, mais jamais achevée, jamais explicite. Elle affleure, s’estompe, disparaît, pour mieux revenir, quelques chapitres plus tard.

     

    Le narrateur rencontre Lucie au Collège Rousseau, Genève, un lien se tisse, fort et troublant. De rapprochements se tentent, jamais jusqu’à l’accomplissement. Jamais, dans tout le livre.

     

    Lucie disparaît, on la retrouve à Montréal, de longues années plus tard, puis sur l’île de Skye, puis dans le Jura, dans un lieu qui s’appelle les Enfers. Elle aime les plantes, les animaux, elle porte la poisse aux hommes qui partagent sa vie. Est-elle sorcière ?

     

    Le narrateur passe le livre dans la quête de Lucie, disparitions, retrouvailles, mystères. Il y a, entre eux, quelque chose de fort, chaque fois le désir mutuel se réveille, chaque fois c’est un fiasco. Dans le jardin de Perséphone, quel secret Lucie a-t-elle enfoui ?

     

    Il y a, dans ce livre, la qualité d’un style. La richesse d’un bestiaire, des chiens, des chevaux, des méduses, des murènes. Des vins, des viandes, décrits et nommés. Il y a la vie qui palpite, l’omniprésence du passé simple lorsqu’il y a mouvement, action, l’arrivée de l’imparfait lorsqu’on tente, le temps d’une journée à la campagne, de s’installer.

     

    La phrase est simple, très accessible. Elle est brève, tout comme les paragraphes, chacun figurant une scène : le récit de Jean-Michel Olivier est découpé en scénario. Il ferait un film remarquable. Mais c’est une autre affaire. Ou peut-être la même. Un livre à conseiller, comme modèle d’écriture épurée, au service du récit. A tous, excellente lecture !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les médiateurs vont disparaître ? Tant mieux !

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    Sur le vif - Mercredi 30.12.20 - 15.57h
     
     
     
    Partout en Europe, c'est le système de représentation qui est en cause. Il est en voie d'écroulement. Cela mettra des décennies, peut-être plus d'un siècle, je ne le verrai évidemment pas. Mais ce système, déjà aujourd'hui, est vermoulu. Il va s'effondrer.
     
    Représentation des citoyens par des parlementaires. Justifié au temps des diligences, et des écrasantes majorités, dans le peuple, qui ne savaient pas lire. On envoyait, dans des capitales lointaines, des gens formés, cultivés, pour qu'ils vous "représentent". Le même système, totalement injustifié aujourd'hui, encore plus demain, à l'heure du partage des connaissances et des prodigieux progrès de la numérisation.
     
    Représentation de l'information par des journalistes, fédérés dans des "rédactions". Justifié au temps des diligences, premiers trains, débuts de la Révolution industrielle, temps balzaciens, fascinants sur le plan romanesque (cf. Illusions perdues, chef d’œuvre), là encore le peuple ne savait pas lire, ou très peu. On faisait confiance à des médiateurs. Ce système a duré deux siècles. Totalement injustifié aujourd'hui : chaque citoyenne, chaque citoyen de bonne volonté accède à une masse impressionnante d'informations, est parfaitement capable de les trier, les hiérarchiser, les commenter, sans qu'une "rédaction" le fasse pour lui. Le journalisme, c'est fini.
     
    Fin des médiateurs, dans les Parlements. Fin des médiateurs, dans les "rédactions". Chacun de nous est un citoyen libre, adulte, responsable. Chacun est, s'il le souhaite, un commentateur de l'actualité. Plus besoin de parlementaires, plus besoin de journalistes. Seulement le corps des citoyens, au sein duquel on échange, on débat, on s'engueule, on s'informe, on se contredit, on partage des connaissances, on construit la Cité. Sans intermédiaires.
     
    Les Parlements, encore quelques décennies et ce sera fini, on aura trouvé un autre système, plus total, de participation démocratique. Les journalistes, encore quelques années, et ce sera fini. On aura trouvé - on a déjà trouvé - d'autres moyens de construire collectivement la connaissance et la critique.
     
    Disparition des médiateurs. Qui s'en plaint ? Je vous le donne en mille : comme par hasard, les deux corporations concernées ! Celle des parlementaires, celle des journalistes. Cette dernière a même le culot de dire : "Les médias sont indispensables à la démocratie" ! Ils nous prennent pour des cons ? Ce qui est indispensable à la démocratie, c'est la démocratie elle-même, constamment réinventée, vivante, plurielle, antagoniste. Avec ou sans médias.
     
    Citoyen, je veux la démocratie. Je m'attache au but, non aux différents clergés ou médiateurs qui, pour survivre dans un monde en mutation, se décrivent eux-mêmes comme indispensables. Et il faudrait payer leurs abonnements, ou financer l'ineffable "aide à la presse", comme on payait naguère des Indulgences, juste avant Luther ? Nous aurions commis quels crimes, à racheter ? Et eux, quel droit d'inventaire auraient-ils, sur nos consciences ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Vous êtes élu ? Et alors ?

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    Sur le vif - Mercredi 30.12.20 - 11.34h
     
     
     
    Rien de pire qu'un élu qui ne trouve rien d'autre à vous dire que "Moi, je suis élu".
     
    "Moi je suis élu, je suis donc légitimé à m'exprimer".
     
    Mais ça veut dire quoi, cette saloperie ? Que les citoyennes et citoyens, eux, n'auraient pas le droit de s'exprimer sur la politique ?
     
    Alors, désolé, on remet les pendules à l'heure :
     
    1) Le personnage principal, dans notre démocratie suisse, c'est le citoyen, pas l'élu. Le corps des citoyens, par la voix du suffrage universel, est le souverain, l'arbitre suprême, de notre pays.
     
    2) Nous n'élisons pas des gens pour qu'ils nous disent "Je suis élu". Nous les élisons pour qu'ils agissent. Les parlementaires, pour qu'ils votent des lois (révocables par référendum), et pour qu'ils contrôlent le gouvernement (ce qu'à Genève, ils ne font absolument pas comme il le faudrait). Les exécutifs, pour qu'ils gouvernent.
     
    3) Nous les élisons, non pour qu'ils se targuent de ce qu'ils sont, tel ce patricien d'Ancien Régime auprès du jeune Voltaire. Mais pour qu'ils agissent. La politique est un principe d'action, non une sublimation de l'être. On juge un élu à ses actes, non à sa conscience profonde d'appartenir au cercle des élus. Nos ancêtres, à la fin du dix-huitième, n'ont tout de même dégommé la Noblesse pour laisser la place à une Cléricature par l'élection.
     
    4) La politique, dans notre démocratie suisse, est l'affaire de tous. Tous les citoyens, toutes les citoyennes. Il y a mille autres manières de faire de la politique que d'adhérer à un parti, siéger avec des bandes de comitards, ourdir dans des factions, se faire élire sur des listes. Nous avons une démocratie directe, des initiatives, des référendums, chacun de nous peut lancer des idées, critiquer vertement le pouvoir, décrypter son fonctionnement, amener sur la place publique des informations d'intérêt général. Ce droit appartient à tous. Nulle corporation n'en a le monopole, et surtout pas les médias. Par pitié, que ces derniers arrêtent de nous répéter : "Le journalisme est indispensable à la démocratie" !
     
    5) Nous, les citoyennes et citoyens, avons à créer ensemble, dans les décennies qui viennent, un système de démocratie beaucoup plus large qu'aujourd'hui, plus vivante, plus réactive. Nous devons renforcer notre belle démocratie directe, étendre ses droits, faciliter son expression, et ne surtout pas nous laisser impressionner par les profs de droit, les élus, bref les tenants de l'actuel système, lorsqu'ils nous font la leçon sur les prétendus dangers des voies directes du peuple. La vérité, c'est qu'ils crèvent de trouille : perdre leurs prérogatives, leurs privilèges.
     
    6) Lorsqu'un député vient vers vous, et a le culot de vous sortir "Moi, je suis élu", répondez-lui "Très bien, fais ton boulot, obtiens des résultats, prouve-le nous, contrôle le gouvernement plutôt que de t'acoquiner avec lui, sois courageux, fais-toi des ennemis, bats-toi, et nous verrons, à la prochaine élection, ce que nous ferons de toi".
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Verklärte Nacht : quand Schönberg touche au sublime

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    Sur le vif - Dimanche 27.12.20 - 18.03h
     
     
    Mezzo passait hier soir la Verklärte Nacht d'Arnold Schönberg (1899). Et je me demande s'il existe, au monde, beaucoup de musiques aussi sublimes que celle-là. Ce compositeur autrichien me fascine, notamment cette oeuvre unique, pour cordes, qui date d'avant sa période dodécaphonique. Dans ce morceau, il n'y a que des cordes, on croit entendre tous les instruments, toutes les voix.
     
    Je ne sais plus quand j'ai entendu pour la première fois la Verklärte Nacht, il me semble que c'est très ancien. Dans cette musique, il y a Wagner, et il y a Brahms. Il y a une prise de congé du dix-neuvième, pour entrer dans autre chose, et on sait le rôle de tout premier plan que tiendra cet immense créateur dans toute la première moitié du vingtième siècle.
     
    Quand j'étais enfant, on me disait "Schönberg, c'est difficile". Je ne partage absolument pas cette impression. Il faut juste laisser l'oeuvre nous pénétrer. Elle nous élève, elle nous augmente.
     
    Je consacrerai à la Verklärte Nacht, opus 4, sur un poème de Richard Dehmel, un épisode de ma Série allemande.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Genève : pas de cirque électoral !

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    Sur le vif - Dimanche 27.12.20 - 09.19h
     
     
    Cette complémentaire est une catastrophe. Genève n'a que faire d'élire.
     
    Les Genevois n'ont fait que cela, élire. Cantonales en 2018, fédérales en 2019, municipales en 2020. Maintenant, ça suffit !
     
    Priorité absolue aux thèmes, pas aux personnes ! Les Genevois ne veulent pas de visages sur des affiches, ni sur les trams. Ils en ont soupé ! Ils sont saturés. Indigestion.
     
    Les Genevois veulent une économie qui redémarre ! Des cafetiers, des restaurateurs, des commerçants, qui puissent travailler, accomplir leur métier d'entrepreneurs.
     
    Les Genevois veulent la dignité ! Travailler pour gagner leur vie. Ils ne veulent pas être des assistés de l'Etat. Le même Etat qui les empêche de bosser ! Et qui creuse la dette, à n'en plus finir.
     
    Les Genevois veulent vivre leur démocratie. Un parlement réveillé, qui contrôle le gouvernement, comme il en a le devoir. Une démocratie directe pugnace et pleine de vie, elle est notre bien le plus précieux.
     
    Les Genevois veulent une prise directe sur les thèmes. Ils n'ont que faire des visages, des personnes, des têtes d'affiche. Le cirque électoral, ça suffit !
     
    Eh puis, quoi ! Même si le plus génial des candidats est élu le 7 mars, comment voulez-vous qu'une seule personne puisse renverser la tendance à la défaite d'un attelage sans le moindre souffle ?
     
    Nous ferons les débats, bien sûr. Nous irons élire, puisqu'il le faut. Mais par pitié, pas de tintamarre ! Pas de militants ! Pas d'affiches ! Pas de Carnaval électoral !
     
    Genève a autre chose à faire. Panser ses plaies. Relancer d'urgence l'économie. Rétablir la démocratie, avec un vrai parlement qui contrôle, et des citoyens qui font vivre la démocratie directe.
     
    Le cirque électoral n'est pas de mise ! Si les partis ont le culot, dans les circonstances actuelles, de nous en orchestrer un, c'est leur crédit à eux qui s'en trouvera dévasté !
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Adieu, démocratie représentative !

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    Sur le vif - Samedi 26.12.20 - 12.30h
     
     
    *** Dissertation sur le déclin des Parlements et la montée en puissance, en Europe, des voies directes du peuple***
     
     
    Ils ne veulent pas comprendre que la démocratie représentative, c'est bientôt terminé. Encore quelques décennies, peut-être un siècle, un siècle et demi, que sais-je, et nous serons doucement passés, dans nos pays d'Europe, à une autre forme de prise de décision sur les grands enjeux politiques, où le suffrage universel aura pris beaucoup plus d'ascendant qu'aujourd'hui. Je ne dis pas qu'il remplacera les Parlements, mais il les dépassera, dans le rapport de forces.
     
    Les Parlements, dans nos contrées, ont un peu plus de deux siècles. Ils sont arrivés au moment de la Révolution française, un peu avant (chez les Anglo-Saxons), un peu après. Le mot "Parlement" existait certes en France sous l'Ancien Régime, mais dans le sens d'instances judiciaires, la plupart du temps régionales. Ils n'étaient pas la machine à fabriquer des lois nationales, donnée comme modèle au monde par la Révolution française.
     
    C'était le temps des diligences. Au dix-neuvième siècle, on envoyait des gens, dans la lointaine capitale du pays (Berne, Paris, Berlin), pour "représenter" les citoyens. Ils siégeaient de longues semaines, puis revenaient. La genèse des lois se passait très loin des consciences citoyennes, quelque part sous une Coupole. Les parlementaires faisaient la loi. Le citoyen subissait. Il était réduit, comme sous l'Ancien Régime, à l'état de sujet. Son seul droit était, tous les quatre ou cinq ans, d'élire ceux qui allaient, à sa place et en son nom, décider du destin du pays. C'est, à peu près, le système dans lequel est demeuré notre voisin et ami, la France.
     
    La Suisse moderne, celle de 1848, la seule à laquelle je fasse en principe référence (vous ne m'entendez jamais sur les récits plus ou moins mythiques du treizième siècle, en Suisse centrale), a eu le génie de contrebalancer le pouvoir parlementaire par la démocratie directe. Ce chemin s'est fait dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, avec comme fleuron le droit d'initiative populaire, en 1891. Ce système, unique au monde, représente pour nous une chance énorme : le corps des citoyens existe, il peut se mobiliser, il vote quatre fois par an, en plus d'élire les parlementaires fédéraux tous les quatre ans. Il n'est pas une anomalie de la démocratie suisse : il en est, au sens grec (Aristote), un organon, un outil. Le peuple, comme collège électoral, est l'une de nos institutions.
     
    J'écris ces lignes le samedi 26 décembre 2020. Nous entrons dans le deuxième cinquième du vingt-et-unième siècle. Nous écrivons sur des ordinateurs. Nous accédons à internet, avec des milliards de milliards de données sur les connaissances humaines, qui nous épargnent le chemin des encyclopédies, dans les bibliothèques. Je m'apprête à publier mon texte sur un réseau social, j'en suis très fier et très heureux, c'est un mode de communication, de partage des connaissances, que je promeus depuis de longues années. Je le publierai aussi sur mon blog. Nous sommes dans l'univers numérique. Les nouvelles du monde, nous les avons immédiatement, sur notre téléphone portable. Les projets de loi, les initiatives, les grands textes politiques, nous les avons en ligne. En quoi la citoyenne, le citoyen, désireux de vivre activement la Cité, devrait-il encore se faire "représenter" par des "élus" qui, quatre fois par an, vont se tenir entre eux dans la capitale pour prendre des décisions ?
     
    Se tenir entre eux. La politique suisse, à tous les échelons, frappe par la capacité de sa classe politique à se tenir entre elle. On se tient les pouces, ou la barbichette. On se tutoie. On se congratule. Surtout, on s'entend, entre adversaires, pour défendre l'institution parlementaire, comme si elle devait être éternelle. La démocratie directe, on la prend de haut. On la raille. On la vilipende. On la conspue.
     
    Cela traduit quoi ? Une peur ! Celle de perdre ses chères prérogatives de corps constitué. Alors, ils disent "Nous sommes l'institution". C'est faux ! Ils sont l'institution, mais le peuple, sous la forme du suffrage universel, en est une, autant qu'eux. Ils nous mentent donc, sciemment, car nombre d'entre eux sont juristes, et sont passés par le droit constitutionnel. Ils nous trompent, pour s'élever et pour nous diminuer. Ils nous prennent de haut, pour survivre dans leur éternité constituée.
     
    Ils ont tort. Ils livrent un combat d'arrière-garde. Partout en Europe, y compris en France, la voix des peuples gronde. De plus en plus, elle se fera entendre. Plus les corps intermédiaires voudront la mettre en sourdine, plus la colère populaire montera en puissance. C'est cela, d'en bas, qui fera basculer les régimes. Un élément y apporte son inexorable concours : la prodigieuse évolution des modes de communication, les chemins de la connaissance par le numérique, la capacité de tous à accéder au savoir, qui fera tomber en poussière les antiques Sorbonnes.
     
    Je vous parle d'un temps que je ne connaîtrai pas. J'ai dit : plusieurs décennies, peut-être un siècle, un siècle et demi. Mais je suis sidéré de voir, dans la caste parlementaire, le refus dogmatique de prendre en compte cette évolution. On s'accroche à la survie d'un monde perdu, on se refuse à entrevoir celui qui émerge. On échappe à son temps, pour sauver ses prébendes.
     
    Exactement de la même manière, dans les années 1780, les plus brillants esprits français, y compris parmi ceux qui célébraient les Lumières, s'accrochaient désespérément à leurs privilèges d'Ancien Régime. Leur cerveau était peut-être éclairé. Mais leur ventre demeurait prédateur.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Allemagne : la profanation du réel

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    Sur le vif - Vendredi 25.12.20 - 17.35h
     
     
    L'éditorial du Temps sur Angela Merkel dénote une méconnaissance des réalités allemandes d'aujourd'hui, des chemins du destin allemand depuis 250 ans, et surtout de la forme que vont prendre nos démocraties, en Europe, ces prochaines années. Moins de "représentation", davantage de démocratie directe. En Allemagne, comme ailleurs !
     
    Trop facile d'étiqueter comme "populistes" ceux qui, partout en Europe, prônent cette démocratie renouvelée, contestent Bruxelles, veulent renouer avec les souverainetés nationales, rendre aux peuples la puissance de leurs voix.
     
    L'auteur, qui n'en est pas à son coup d'essai, croit encore au "multilatéralisme" comme modèle de la politique étrangère allemande, il se fait donc duper par les apparences, et ne voit pas la progression fulgurante, depuis 1989, de l'idée nationale allemande, y compris dans les relations de l'Allemagne avec ses Marches orientales, Ukraine comprise.
     
    Et dans la guerre des Balkans, elle a joué quel jeu, l'Allemagne ?
     
    Le même auteur continue de stigmatiser comme "populistes" les visions alternatives au Zentrum douillet de Mme Merkel. Qu'il se rende dans l'ex-DDR, Saxe, Prusse, Thuringe, pour juger de l'état social réel du pays. Notamment en lien avec la vague migratoire de l'automne 2015. Il ne sent pas la colère monter, inexorablement, dans les plus défavorisées des Allemagnes ?
     
    Enfin, il cite comme Chanceliers de référence, depuis la Guerre, Adenauer et... Schroeder ! A-t-il seulement entendu parler de Willy Brandt, et de son Ostpolitik ?
     
    C'est le type même de l'édito, éternellement recommencé depuis des décennies, qui refuse de prendre en compte la dimension passionnelle, onirique et culturelle de l'idée nationale allemande, d'autant plus redoutable que, depuis trente ans, elle avance masquée. L'officialité du pouvoir ne veut surtout pas en faire état.
     
    Pour saisir cette idée-là, il faut un peu moins de science politique, version HEI, lectures anglophones & Co, et un peu plus d'immersion, par exemple, dans les Allemagnes littéraires et rebelles à la convenance ambiante. Sans oublier les auteurs issus de l'ex-DDR. Bref, des voies de représentation - du symbolique et du réel - un peu moins normées que les communiqués diplomatiques de Mme Merkel, de Bruxelles et de l'OTAN. Les séances de rédaction du Temps intègrent-elles ce type de paramètres ?
     
    L'observateur de la vie politique n'a-t-il pas pour mission de décrypter ce que le profane ne peut pas toujours déceler seul ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La démocratie vous gêne ?

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    Sur le vif - Mercredi 23.12.20 - 06.06h
     
     
    L'UDC a parfaitement le droit de lancer un candidat au Conseil d'Etat genevois. Et Yves Nidegger a parfaitement le droit d'être ce candidat.
     
    Il y a un poste à pourvoir. Les compteurs sont à zéro. Le fauteuil n'appartient à aucune faction, seul le peuple décide. Genève est une démocratie, pas un régime des partis.
     
    Il est parfaitement normal que les partis d'opposition gouvernementale, comme l'UDC ou le Parti du Travail, présentent des candidats. C'est cela, la démocratie.
     
    Quant à l'unité de la droite, laissez-moi rire : elle est en lambeaux ! Pourquoi diable l'UDC devrait-elle se sentir redevable à un PLR et un PDC qui passent leur temps à défendre les Accords bilatéraux, l'Accord-cadre avec l'UE, l'ouverture des frontières, le libre-échange agricole, la Genève transfrontalière, le déficit cantonal, et la dette ? Faut-il rappeler que cette dernière, monumentale, advient sous une Ministre des Finances PLR ? Et qu'au sein de ce parti, on a finalement accepté le renoncement.
     
    L'UDC représente, sur tous ces sujets, un autre point de vue, elle le fait valoir dans une élection, c'est cela la démocratie.
     
    Le siège vacant n'appartient pas au PLR, ni à l'Entente. Il appartient au peuple genevois, qui choisira souverainement d'y envoyer le candidat - ou la candidate - de son choix.
     
    La démocratie, c'est cela. Et rien d'autre.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • 2021 : la Suisse doit panser ses plaies !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.12.20

     

    Nous arrivons enfin au terme de cette année, qui a duré mille ans. Pour notre pays, comme pour ceux qui nous entourent, elle aura été difficile. Nous avons dû traverser une épreuve totalement imprévue : personne, nul expert en stratégie, ne l’avait vue venir ! La Suisse, à l’issue de cette année 2020 (mais pas de l’épreuve, qui est encore bien là), sort meurtrie, fatiguée, morose. Nous arrivons aux Fêtes de Noël, puis de fin d’année. Puissent-elles nous réchauffer les cœurs. Mais franchement, 2020 restera, dans nos mémoires, comme une année de douleur, et, pire que cela, une année de profondes divisions entre nous. La confiance, clef de voûte de notre Contrat social entre Suisses, en a pris un sacré coup. Le crédit de la parole a diminué. Les solitudes se sont creusées. Le peuple ne s’est pas senti écouté par les autorités. Les exécutifs ont pris beaucoup trop d’ascendant. Les Parlements sont partis en liquéfaction. La Suisse va mal. Elle n’a pas le moral. Il faut attaquer 2021 sur d’autres bases. Capables de nous rassembler.

     

    De quoi avons-nous besoin ? De vaincre le virus, bien sûr. Cette priorité va de soi. Guérir nos malades, soulager leurs souffrances, les accompagner. Mais la Suisse, vieille terre de culture, de réflexions, d’inflexions spirituelles, a aussi besoin de laisser émerger toutes ses voix. On ne règne pas en réduisant les voix discordantes au silence. En se contentant de traiter de « complotistes » ceux qui remettent en cause les choix des autorités sanitaires. En muselant les Parlements. En édictant, à longueur d’année, des directives ou des ukases. Ce comportement gouvernemental, à la Confédération comme dans les Cantons, n’est pas dans nos traditions suisses. Pas plus qu’il n’est conforme à nos habitudes de bafouer, sous prétexte d’urgence sanitaire, des libertés fondamentales aussi importantes que le droit de tenir et d’ouvrir un commerce, un restaurant. Un jour on ouvre, un jour on ferme, un jour on confine, un jour on libère. Ce petit jeu de yoyo ne peut tout simplement plus durer. Nous sommes dans une démocratie, l’une des plus belles du monde, le peuple doit être le souverain, il a des droits, des libertés, on ne joue pas avec cela.

     

    Ce qu’il faut réparer, en 2021, c’est la confiance. Et c’est la valeur de la parole. L’une et l’autre, par les autorités elles-mêmes, ont été mises à rude épreuve. Les exécutifs se sont trop montrés. Ils se sont habitués, comme des grands, à ces shows hebdomadaires, où ils pouvaient, tout à loisir, délivrer à sens unique la parole gouvernementale, sans la moindre contradiction face à eux. L’exercice est à double tranchant. Sur le moment, il met en valeur les ministres. Mais sur la longueur, il discrédite le verbe venu d’en haut. Les cafouillages se voient. Le locuteur n’en sort pas vainqueur. Du coup, la confiance s’érode. C’est elle, d’urgence, que nous devons rétablir dans notre pays. Elle est, à l’intérieur même du corps des citoyennes et citoyens, notre bien le plus précieux. A tous, je souhaite de chaleureuses Fêtes de Noël et de fin d’année !

     

    Pascal Décaillet

     

    Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 2 commentaires
  • Le souverain, c'est nous !

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    Sur le vif - Mardi 22.12.20 - 17.10h
     
    J'organiserai, bien sûr, tous les débats qu'il faudra en vue de l'élection complémentaire du 7 mars. Et, le jour venu, j'irai voter. Comme je le fais, sans faille, depuis ma première participation à un scrutin. C'était en septembre 1978, pour dire oui, du fond du coeur, à la création du nouveau Canton du Jura. J'avais vingt ans et trois mois.
     
    Mais je répète ce que j'ai déjà dit ici : citoyen, je suis très fâché que les esprits, à Genève, aient à nouveau à se coltiner une histoire de personnes, avec des visages sur des affiches, des promesses de lendemains qui chantent. Bref, ce qu'on appelle une élection.
     
    Je n'aime pas les élections. Je les traite à fond, professionnellement, depuis 35 ans. Mais je ne les aime pas. Je n'aime pas la démocratie élective. Je n'aime pas la démocratie représentative. Je connais à fond les enjeux de la politique en Suisse. Je les connais mieux que beaucoup de politiques, beaucoup de candidats, et même beaucoup d'élus. Et je n'ai, comme citoyen actif, passionné par la chose publique, aucune envie, au fond, d'être "représenté" par quiconque.
     
    Je milite, vous le savez, pour une démocratie totale, une démocratie directe plus influente qu'aujourd'hui, avec un suffrage universel qui prendrait en mains davantage de sujets. Nous ne sommes plus au temps des ancestrales Diètes, avec des diligences qui conduisaient des "élus" vers la capitale lointaine du pays (Berne, Paris, Berlin), pour qu'ils y siègent de longues semaines !
     
    Nous sommes à l'orée de 2021 ! Nous sommes à l'heure des réseaux sociaux, vous connaissez ma passion pour ce mode de communication. Nous sommes au temps du partage des connaissances, de l'accessibilité à des milliards de données à partir d'un écran d'ordinateur, sans avoir à se déplacer dans ces bibliothèques où j'ai passé (avec bonheur, j'en conviens) une partie de ma jeunesse. Nous n'avons plus besoin d'intermédiaires. Plus besoin de partis politiques. Plus besoin de journalistes. Plus besoin de ces prétentieuses "rédactions", qui viennent nous faire croire que "le journalisme est essentiel à la démocratie".
     
    C'est faux, archi-faux ! Ce qui est essentiel à la démocratie, c'est le libre accès de chacun à la connaissance. Et le libre droit de chacun à s'exprimer dans l'espace public. On peut le faire grâce au journalisme. On peut, tout autant, le faire sans. Il faut arrêter de nous baratiner, je le dis à ma corporation, avec ces sermons sur la nécessité vitale du journalisme pour sauver nos libertés individuelles. Non, non et non ! Ces libertés, ce sont les citoyennes et citoyens qui se battront pour les préserver. Avec ou sans journaux. Avec ou sans médias. Avec ou sans "rédactions".
     
    J'appelle les citoyennes, les citoyens à privilégier à fond les thèmes (donc, les votations, la démocratie directe) sur le cirque électoral des partis. A Genève, le 7 mars 2021, j'irai voter. Mais je ne me fais strictement aucune illusion sur le résultat. Même si nous élisons le meilleur - ou la meilleure - nous n'avons aucune garantie que ce magistrat puisse, à lui seul, élever vers quelque qualité un attelage qui, en trois ans, n'a encore rien prouvé.
     
    Méfions-nous des personnes. Méfions-nous du tintamarre électoral. Intéressons-nous aux thèmes, plutôt qu'au gens. Augmentons la démocratie directe. Rappelons aux élus, législatifs autant qu'exécutifs, qu'ils sont au service du peuple, et non le contraire. Au besoin, culbutons-les. Ils ne sont pas les seigneurs. Nous ne sommes pas les sujets. Le souverain, en Suisse, c'est le corps des citoyennes et citoyens. Ce qu'on appelle, pour faire court, "le peuple".
     
    Le souverain, c'est nous.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Trois guerres de retard !

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    Sur le vif - Lundi 21.12.20 - 11.41h
     
     
    Le papier du Matin dimanche sur le "changement d'ambiance", de Pierre Maudet à Nathalie Fontanet, pour les milieux de l'économie à Genève, ne correspond absolument pas à la réalité.
     
    De deux choses, l'une. Soit il relève d'une instrumentalisation de la rédaction de ce journal par les milieux libéraux et une branche très libérale du patronat genevois, n'ayant qu'un rapport lointain avec les petites entreprises. Soit il révèle une complicité éditoriale de la même rédaction avec l'appareil de propagande libéral en faveur de Mme Fontanet.
     
    Nous avons des élections, à Genève, le 7 mars. Il s'agit, pour certains milieux, d'entreprendre toutes choses pour éliminer un homme. Qui a peut-être commis des fautes, la justice tranchera. Mais qui n'a ABSOLUMENT PAS démérité, pendant les mois de la crise sanitaire où il était aux affaires, dans ses relations avec le monde des petits entrepreneurs en difficulté, à Genève. Lui nier cet actif, c'est tout simplement dégueulasse.
     
    J'invite les observateurs de la vie politique à ne pas avoir toujours trois guerres de retard dans leurs analyses des mécanismes du pouvoir. Et à se méfier plutôt des puissants - et des puissantes - que de ceux qui sont à terre. Administrer à ces derniers un énième coup de grâce, alors qu'ils n'en finissent plus de gésir, ne grandit ni le journalisme, ni le citoyen soucieux de clairvoyance, ni surtout l'homme d'honneur.
     
    Quant à Mme Fontanet, chez laquelle nous percevons surtout une grande capacité d'adaptation à se maintenir dans toute dynamique de pouvoir, nous sommes prêts à en dire le plus grand bien. Le jour où elle aura réduit le déficit et la dette, allégé le fardeau fiscal des classes moyennes, soulagé ceux qui se lèvent le matin pour aller bosser, pour peu qu'un ukase de la bureaucratie sanitaire n'ait pas fermé leur établissement. Hélas, je ne sache pas qu'elle ait, pour l'heure, emprunté ce chemin-là.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Série Allemagne - No 29 - Vienne, 7 mai 1824 : la Missa Solemnis

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    Dimanche 20.12.20 - 17.29h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 29 – L’événement se passe à Vienne. C’est la Première (non-intégrale) d’une Messe en latin. L’auteur est certes allemand, mais toute sa carrière créatrice s’est déroulée en Autriche. Il la dédie à un Archiduc autrichien. Nous sommes 18 ans après la dissolution du Saint-Empire. Pourtant, nous avons choisi, en toute connaissance de cause, d’intégrer la Première viennoise de la Missa Solemnis, de Ludwig van Beethoven, dans notre Série allemande ! Parce que le compositeur est profondément allemand. Parce que nous sommes au cœur de l’Histoire musicologique allemande. Parce qu’il faut comparer cette œuvre, encore marquée d’une latinité conventionnelle d’Ancien Régime, à une autre, immense, parue 44 ans plus tard : le Deutsches Requiem, de Johannes Brahms, composé cette fois sur texte allemand, celui de la traduction de la Bible par Luther, en 1522.

     

    Vienne est une ville autrichienne, elle en est même la prestigieuse capitale. A Vienne, on parle allemand. Vienne n’est pas une ville allemande. Mais, comment dire, elle n’est pas, non plus, une ville détachée des Allemagnes. Nous aborderons, plus tard, dans notre Série en 144 épisodes, la très complexe question autrichienne, liée à mille ans d’Histoire du Saint-Empire, un lien coupé en 1806, mais jamais totalement. Les Autrichiens ne sont pas des Allemands. Mais le verbe et la musique, les contours de l’Histoire, la puissance de la langue, font de leur lien avec l’Allemagne une question historique de premier ordre, très délicate et très difficile à traiter.

     

     Ludwig van Beethoven, né à Bonn en 1770, mort à Vienne en 1827, est un Allemand ayant fait sa carrière en Autriche, d’abord dans les dernières années du Saint-Empire, puis sous l’Empire d’Autriche. Il est Allemand de Vienne. Mais il est Allemand, jusqu’au bout des ongles. Il est le compositeur allemand, par excellence. Nul n’aurait l’idée de le classer dans la musique autrichienne, et Dieu sait si cette dernière nous a livré le plus haut degré du sublime : Haydn, Mozart, Schubert, Bruckner, Mahler, Alban Berg, Schönberg. Et tant d’autres. Et Dieu sait, aussi, si le jeune Beethoven, arrivé à Vienne dans son adolescence, doit un legs impérissable à ses maîtres autrichiens. Avec eux, notamment, il étudie l’harmonie et le contrepoint.

    Beethoven compose sa Missa Solemnis au sommet absolu de son art : il a entre 48 et 53 ans, ce sont les dernières années de sa vie, il est complètement sourd, mais cela ne l’empêche pas une seule seconde de composer. Les notes, les accords, la polyphonie des voix, il les a dans sa tête, il sait exactement ce que cela donnera, dans l’univers de ceux qui entendent. C’est l’une des œuvres qui lui coûtent le plus de temps : cinq années d’un travail acharné. Il la considère comme le meilleur de ses ouvrages, « le plus grand ». Il présente pourtant, exactement au même moment, sa fameuse Neuvième Symphonie, dont la terre entière connaît le Final, l’Hymne à la Joie, sur le poème de Friedrich Schiller. Ce sont aussi les années des derniers Quatuors, ceux qui font avancer de deux siècles l’Histoire de la musique.

     

    L’Histoire de la Missa Solemnis a été étudiée à fond par les musicologues. Saviez-vous, par exemple, que la véritable Première s’était déroulée non à Vienne, mais à Saint-Pétersbourg, trois mois plus tôt, le Tsar ayant fait partie des premiers souscripteurs ? On ajoutera aussi que la Première viennoise, le 7 mai 1824, au Kärntnertortheater, le Théâtre de la Porte de Carinthie, ne pouvait être complète, le régime de Metternich interdisant qu’une Messe fût représentée ailleurs que dans une église ?

     

    Reste l’immensité des questions posées. Pourquoi le répertoire sacré occupe-t-il si peu de place (par rapport à Mozart, notamment), dans une œuvre aussi totale ? On pense certes au Christ sur le Mont des Oliviers, et à la Messe en ut. Pouvait-on, en 1824 à Vienne, présenter une Messe autrement qu’en latin ? Là, la réponse est clairement non, et c’est là qu’il faut comparer l’aventure de Beethoven avec celle, en 1868, du Deutsches Requiem de Brahms, dans un contexte d’Unité allemande triomphante (Cf. le numéro 9 de ma Série, "Lepizig, 1869 : Ein Deutsches Requiem", publié le 31 juillet 2015). Quel est le rapport de Beethoven à la religion ? Il se dit certes croyant (dans sa Correspondance, notamment), mais comment se définit-il par rapport à l’Etiquette religieuse étouffante de la Vienne de Metternich, toute sonore de latinité et de liens avec l’Italie pontificale ? Et puis, surtout : pourquoi l’auteur d’une Messe aussi époustouflante n’a-t-il pas davantage consacré d’énergie à la musique religieuse ? A la plupart de ces questions, les réponses fouillées demeurent à trouver.

     

    Reste une œuvre immense, notamment dans la répartition des voix entre les quatre solistes. La discographie est impressionnante. Nous retiendrons Toscanini, Böhm, Karajan (en plusieurs versions), Klemperer, Giulini, Herreweghe, parmi tant d’autres. Pour, ma part, l’une d’entre elles, plus que les autres, résonne en mon âme : celle que j’ai écoutée hier soir, samedi 19 décembre 2020, sur Mezzo : le Concertgebouw d’Amsterdam, sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. En y pensant, 20 heures plus tard, j’en ai encore des frissons. Entre Mozart et Brahms, il y a, quelque part dans l’univers, cette Messe en latin d’un compositeur allemand qui a révolutionné la musique. Tout en acceptant, dans le cas présent, de s’inscrire pour l’apparence dans la codification traditionnelle de la musique sacrée autrichienne, d’expression latine. Un sacré paradoxe, que dissout seulement l’écoute de l’œuvre : elle vous emporte, au-delà du monde. Au-delà de l’Histoire.

     

     

    Pascal Décaillet

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Ludwig van Beethoven n'a pas fini de nous hanter

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    Sur le vif - Samedi 19.12.20 - 16.17h
     
     
    Le passage de Ludwig van Beethoven sur cette terre, entre 1770 et 1827, marque la plus fulgurante évolution de l'Histoire musicale. Il est le chemin d'un homme perpétuellement en marche. Un destin en Révolution permanente.
     
    Oh, la musique a toujours évolué. Elle n'a fait que cela. Elle est vie, vibrations et lumière, elle est mouvement, elle est en marche. Le jeune Bach, qui vient de suivre en 1705 (il a vingt ans) les cours du grand Buxtehude à Lübeck, n'écrit pas comme le fera, dans les années 1740, le même homme devenu Cantor de Leipzig. Les premiers opéras de Wagner sont beethovéniens. Les premières oeuvres de Richard Strauss sont wagnériennes. Etc.
     
    Mais chez Beethoven, le chemin est fulgurant. Il signale une exigence créatrice, et surtout rénovatrice d'un opus à l'autre, à nulle autre pareille. Nulle oeuvre n'en rappelle une autre. Et même les fameuses Variations, sublimes, sur les oeuvres de Haendel, tout en déclarant l'emprunt du thème, sont bien du pur Beethoven. On aurait aimé écouter l'homme en concert, son génie de l'improvisation, qui époustouflait les auditeurs viennois.
     
    J'ai évoqué ici, dans un texte récent, la nécessité pour moi d'aborder le chemin beethovénien par une autre approche que celle de la biographie, même si cette dernière est passionnante. Il me faut, il nous faut tous, l'Histoire de l'évolution musicale de cet homme, en 57 ans de vie. Pour cela, il nous faut des musicologues. Des musiciens. Il faut qu'on nous montre des partitions, avec leurs ratures. Il nous faut entrer dans l’œuvre, comme en littérature, par la fréquentation de ce qu'elle a de plus concret. Il nous faut pénétrer les variantes, comparer toutes celles d'un même opus, en fonction du rythme, de la mesure, du tempo. Cela, pour la musique de chambre, pour les Sonates, autant que pour les Symphonies.
     
    250 ans et trois jours après sa naissance à Bonn, on a l'impression que tout été dit sur ce Prométhée, porteur du feu. J'avance ici la thèse contraire. Certes, des textes sublimes ont été composés autour de Beethoven. Mais il me semble que tout reste à dire, à trouver. Je ne parle pas ici de nouvelles partitions. Mais de lectures réinventées du corpus, tel qu'il se présente à nous aujourd'hui.
     
    Cette évolution fulgurante, en quatre décennies de composition active, entre le classicisme des premières oeuvres, où l'on entend poindre encore l'influence d'un Haydn, et l'absolue Révolution formelle des ultimes Quatuors, dans les années 1820, il faut qu'elle nous soit posée, présentée, interprétée. C'est cela, plus encore que les chemins impétueux de la biographie, dont nous avons besoin. Pour mieux accéder à la vie intérieure de cet être unique. Ludwig van Beethoven n'a pas fini de nous hanter. Sa présence, au plus profond de nos âmes, ne fait que commencer. Elle est la promesse d'une éternelle naissance.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • La voix du pouvoir, à l'état pur !

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    Sur le vif - Jeudi 18.12.20 - 18.01h
     
     
    Titres Forum : "Nous demanderons à la Présidente de la Confédération si ces mesures vont assez loin".
     
    Il leur faut quoi ? Mettre la planète sous clef ? Entrer tous en hibernation jusqu'en l'an 30'000 ?
     
    Et l'interview de Simonetta Sommaruga, derrière, est tout simplement délirante. Et, juste dans la foulée, une membre de la "task force". Et on en remet une couche : "Ces mesures sont-elles vraiment suffisantes ?".
     
    Plus royalistes que le Roi !
     
    La voix du pouvoir, à l'état pur !
     
    La RTS a-t-elle été officiellement investie de la mission métaphysique et morale de confiner l'univers ?
     
    Qui, dans notre pays, se soucie encore des petits entrepreneurs ? Pas les nababs ! Les petits ! Les tout petits ! Faudra-t-il lancer, dans la Suisse de 2021, un mouvement de type poujadiste, comme dans la France de 1956 ? Va-t-il vraiment falloir que nous nous fâchions ?
     
    La RTS, et autour d'elle les courtisans du pouvoir, à Berne et dans les Cantons, éprouvent-ils la moindre empathie pour les dizaines de milliers de cafetiers, restaurateurs, commerçants, indépendants, touchés par les décisions de magistrats exécutifs dont le salaire, qu'il pleuve ou qu'il vente, tombe à la fin du mois ?
     
    Telle est ce soir ma colère. Comme citoyen (je ne revendique aucun autre titre, aucune autre qualité). Mais aussi, comme petit entrepreneur, qui se bat depuis quinze ans pour sa boîte. Et qui dit sa solidarité à tous ceux qui se lèvent le matin. Et qu'on empêche, d'un ukase, d'aller bosser.
     
    Comme citoyen. Mais au fond, comme homme libre, tout simplement. Libre de ses paroles. Libre de ses positions. Et que personne, jamais, n'empêchera de s'exprimer. Personne ! Et surtout pas le pouvoir en place.
     
     
     
    Pascal Décaillet

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