Liberté - Page 9

  • L'amour partagé du sens et de la langue

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    Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 16.06h
     
     
    J'ai toujours été opposé à l'idée de coller des images sur des mots. Comme dans certaines méthodes scolaires d'enseignement des langues, niaises et méprisantes pour la capacité d'abstraction de l'élève.
     
    Un mot est un mot. A lui-même, il se suffit. Par son simple énoncé, sonore ou écrit, il porte le sens. Si j'écris "éléphant", vous voyez immédiatement l'animal, dans votre cerveau. Nul besoin pour moi, à moins de vous prendre pour de parfaits demeurés, d'en dessiner un, juste en face du mot, pour être sûr que vous ayez saisi.
     
    De même, j'ai toujours méprisé l'usage des rétroprojecteurs. J'ignore s'il en existe encore, mais il fut un temps, années 80, 90, où tout locuteur, devant une assistance, se croyait obligé de soutenir son discours par le plan de ce dernier, doucement dévoilé au fil des mots, parce qu'on tient caché ce qui va suivre. Ca s'appelle prendre les gens pour des cons.
     
    Or, les gens ne sont pas cons. Si vous les regardez en face, dans les yeux, en vous tenant debout, si vous parlez d'une belle voix, claire et posée, avec des syllabes articulées, du rythme, des silences, de la conviction, rassurez-vous : le message passera. Et vous n'aurez besoin de nul autre support que celui de votre éloquence.
     
    Il ne s'agit pas d'effets d'orateurs. Non. Juste parler. Vouloir convaincre, ou expliquer. Utiliser sa voix, ses cordes, son sourire, son humour, créer une complicité avec l'auditeur. Rien de plus. Ni Démosthène, ni Cicéron, ni Bossuet. Non, juste un humain qui s'adresse à d'autres humains. Dans l'amour partagé du sens et de la langue.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Loi CO2 : le Conseil d'Etat est pour. Et alors ?

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    Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 15.21h
     
     
    "Le canton apporte pleinement son soutien à la loi sur le CO2 dans la perspective de la votation populaire du 13 juin 2021". A quoi rime cette prise de position, publiée à l'instant dans le communiqué hebdomadaire du gouvernement ?
     
    La loi CO2 est une affaire fédérale. Les citoyennes et citoyens du Canton de Genève s'exprimeront sur cet objet à hauteur des intérêts supérieurs de l'ensemble du pays. Ils voteront oui. Ou ils voteront non. Chacun est libre. Nul besoin que le Canton où ils résident vienne en rajouter une couche, en tentant d'influencer leur vote.
     
    Citoyen, je n'aime pas ces procédés. Où on se camoufle sous l'officialité d'un communiqué pour balancer une propagande idéologique.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Prends la plume, et exprime-toi !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.05.21

     

    Dans cette page, depuis une dizaine d’années, j’écris des textes, qui sont des commentaires politiques, et je les signe. On aime, on n’aime pas, on est d’accord, on s’oppose, peu importe ! C’est mon avis à moi, je l’assume, et c’est ainsi. Et chacun d’entre nous peut, notamment grâce au système des réseaux sociaux, publier un texte, sur ce qu’il veut, l’éditer, le titrer, le signer. N’importe lequel d’entre nous peut exprimer son opinion, et avoir un sacré nombre de lecteurs. Il y a encore vingt ans, une telle démocratisation de l’expression n’était pas possible : tout au plus certains lecteurs de journaux, motivés et studieux, devaient-ils prendre la peine d’adresser une lettre au courrier des lecteurs, sans garantie d’être publié, ni d’échapper aux coupes dans leur texte. Ce préambule, juste pour dire que non, tout n’était pas mieux avant. Oui, la modernité a du bon !

     

    J’ai souvent dit, ici, le plus grand bien des réseaux sociaux, et je l’assume. Ne vous laissez pas trop enfumer par les appels à la méfiance des intellectuels, des universitaires, des éditeurs, des journalistes, des professeurs : à la vérité, tout ce petit monde sent le sol se dérober sous ses pieds. D’autres qu’eux transmettent le savoir, les connaissances. D’autres donnent des informations originales, exactes, vérifiées, d’intérêt public, toutes vertus qui ne sont pas l’apanage des seuls journalistes. D’autres font vivre le débat. D’autres creusent des sujets, avec la même rigueur que ceux qui écrivent des livres. D’autres savent capter leur public, lui raconter des histoires, le faire rire, le détendre. Bref, la vie, sous toutes ses facettes. Pourquoi faudrait-il s’en plaindre ?

     

    Bref, pour ceux d’entre nous qui ont des choses à dire, et souhaitent les partager, il n’y a strictement plus aucune excuse, en mai 2021, pour y renoncer, sous prétexte qu’on ne connaît pas d’éditeur. Il faut se lancer là où les gens aujourd’hui s’expriment, échangent, s’engueulent : cela s’appelle les réseaux sociaux. Vous pouvez les bouder tant que vous voulez, les prendre de haut, rien n’y fera : ils sont là, ils sont le lieu d’expression du plus grand nombre. Maintenant, si votre fantasme absolu est d’être publié, dès votre premier texte, dans la Nouvelle Revue Française, et de décrocher immédiatement le Goncourt, libre à vous. Chacun ses choix, chacun son chemin. Pour ma part, j’écris pour tous. Enfin, tous ceux qui veulent bien me faire l’amitié de me lire.

     

    J’ajoute une chose, importante : si le démon d’écrire vous tarabuste, ne perdez pas votre temps, comme beaucoup trop le font, à vous répandre dans des commentaires, ni dans d’interminables débats, sous le texte principal rédigé par un tiers. Au contraire, soyez le tiers ! Soyez, vous, l’auteur du texte principal ! Soyez celui par qui le mal arrive, ou peut-être le bien suprême, soyez l’initiateur de la querelle ! Chacun de nous en a le droit. Il n’y a pas d’un côté l’élite des auteurs, de l’autre la troupe des lecteurs. Chacun de nous peut être auteur. A vos plumes, et excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

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  • Ecole genevoise : rétablir la confiance, rétablir la passion !

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    Sur le vif - Mardi 04.05.21 - 14.07h
     
     
    Natacha Buffet-Desfayes, Diane Barbier-Mueller, Pierre Nicollier : il existe, au Parlement, une véritable relève dans la manière de concevoir les questions de formation à Genève. Une génération de députés qui ne s'en laissent pas conter par les discours du DIP, les mantras de la cheffe du Département sur l'école inclusive, les rengaines sur la prétendue impossibilité de diminuer la voilure, l'allégeance des apparatchiks face aux sujets à la mode, autour du climat et des questions de genre, notamment.
     
    J'ai mentionné ici trois noms. Il faut évidemment ajouter l'expérience d'un Jean Romain, sa capacité à refuser les dogmes grégaires, sa combativité intellectuelle sur le long terme. Il importe qu'un député de cette qualité demeure un repère, une référence, dans le combat pour la connaissance partagée.
     
    La nouvelle génération parlementaire ne se contente pas d'exiger du DIP des explications, là où c'est absolument nécessaire au nom des citoyens, comme par exemple sur la fronde des directeurs du post-obligatoire. A noter que, sur ce dossier, la réponse adressée à la légitime et pertinente question de la députée Natacha Buffet-Desfayes est au-dessous de tout, en termes de langue de bois. Au lieu de reconnaître ce qui fut - et demeure sans doute - une souffrance, on tient un discours logistique, totalement hors du corps du sujet.
     
    La nouvelle génération de députés ne se contente pas de lancer des piques. De l'une à l'autre des personnes nommées ici, auxquelles j'ajoute Ana Roch sur les questions d'apprentissage, et d'autres encore qui me pardonneront de ne pas les citer, on sent une cohérence d'ensemble. Non une idéologie, justement ! Mais une cohésion, dans l'ordre de l'humanisme, de l'exigence de transmission, de la volonté de rétablir une école simple et passionnée, donc passionnante, centrée sur le savoir, non sur l'appareil.
     
    Pour l'heure, cette génération intervient ponctuellement, sur des sujets apparemment séparés les uns des autres. Le jour pourrait venir où elle serait en mesure de se déployer d'une façon qu'on espère plus systémique. Moins d'usine à gaz. Moins de contrôles internes. Moins de services de recherches. Moins de secrétaires généraux adjoints. Et rétablir, enfin, dans l'école genevoise, la joie de l'essentiel : transmettre des connaissances, dans la passion du sujet, l'amour des valeurs humaines, la confiance si belle entre celui qui enseigne et celui qui reçoit.
     
    Si belle, oui, qu'elle ressemble, comme l'a si bien montré Péguy (Cahiers de la Quinzaine, L'Argent, 1913), au rapport de filiation.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Neirynck, Béglé : amitié et reconnaissance

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    Sur le vif - Lundi 03.05.21 - 18.58h
     
     
    Je ne suis ni PDC, ni Vaudois, mais il se trouve que Jacques Neirynck et Claude Béglé sont deux personnalités politiques que j'apprécie au plus haut point. Le premier, par sa culture, sa vision, sa détermination. Le second, par sa puissance d'action, son énergie, sa vitalité. Je ne partage pas toujours leurs points de vue, mais cela n'a aucune importance. Nous sommes tous des citoyennes et des citoyens libres. Notre magnifique démocratie suisse nous permet à tous de nous exprimer, nous engueuler fraternellement, dans l'amour partagé du pays.
     
    Les affaires internes au PDC vaudois, ci-devant rebaptisé "Le Centre", ne m'intéressent pas. Mais je vois les hommes et les femmes, ceux qui font la politique, tous partis confondus. Je les scrute depuis quatre décennies, leur donne la parole, certains d'entre eux m'apprécient, d'autres me détestent, et c'est très bien ainsi. Mais enfin, disons qu'il existe, entre eux les acteurs et moi le commentateur, comme une invisible communauté d'appartenance, dans l'ordre de la passion républicaine.
     
    Ce sentiment de la chose partagée m'amène, très simplement, à dire ici mon rejet total de la manière dont ces deux personnes ont été traitées par leur formation politique. On ne jette pas ainsi des humains ayant passé des années à défendre le parti, ses idées, dans l'arène politique. On ne met pas au panier, comme un vieux kleenex, des hommes de courage et d'engagement, de haut niveau intellectuel au surplus, ayant tant apporté à leur famille de pensée.
     
    Voilà, je dis cela, c'est tout. J'ajoute une chose : à mes yeux, l'âge, le statut social, le degré de performance, n'ont aucune espèce d'importance. Il y a des gens qui peuvent compter sur mon amitié. Jacques Neirynck et Claude Béglé en font partie.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Bertolt Brecht : l'élan vital des mots

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    *** Réflexions sur la puissance d'invention de l'un des plus grands créateurs du vingtième siècle - Dimanche 02.05.21 - 14.23h ***
     
     
    J'aimerais dire ici, de toutes mes force, à mes amis profs d'allemand, que j'ose encore appeler "mes confrères", bien que je sois journaliste professionnel depuis 35 ans, qu'il faut étudier l'oeuvre - unique et géniale - de Bertolt Brecht sous un angle infiniment plus littéraire que dramaturgique. Rassurez-vous, dans les lignes qui suivent, je vais m'expliquer. Et crever un abcès qui m'enrage depuis l'adolescence.
     
    D'abord, il faut lire Brecht, et pas seulement aller voir ses pièces. L’œuvre, par la puissance inventive des mots, les choix de rythmes et de métrique, l’alternance des dialogues et de formes de chœurs antiques, tient parfaitement sans plateau de théâtre. J'aime lire Brecht, depuis bientôt un demi-siècle. Et, si je vais le voir sur les planches, alors il me faut la garantie - ou tout au moins l'espoir - d'une mise en scène de génie, innovante, éclairante. Je pense à des gens comme Giorgio Strehler, qui aurait eu cent ans cette année.
     
    Profs d'allemand, emmenez certes vos élèves voir les pièces de Brecht. Mais lisez-les avec eux, ou plutôt faites-les lire à vos disciples, à haute voix. Car cette langue-là, qui surgit et surprend à chaque réplique, est avant tout faite pour être entendue. Ce que les Allemands appellent le Hörspiel. Faites lire, lisez avec eux, toujours "mit lauter Stimme", soyez attentifs à la métrique, au souffle, aux césures, aux silences. Plus vous serez dans la rigueur du texte, plus s'élèvera en vous l’orfèvrerie de l'auteur. Je considère Brecht comme l'un des grands inventeurs de mots de la langue allemande, avec Martin Luther.
     
    Pourquoi j'écris ces lignes, pourquoi est-il question de "crever un abcès" ? Parce que j'en ai un peu assez d'entendre tout le monde, toujours, répéter sur Brecht les grandes déclarations sur la "distanciation" dramaturgique. Non que ces dernières ne soient pas passionnantes, j'en conviens. Mais enfin, un élève qui s'ouvre vers la langue allemande, "Unterwegs zur Sprache", je ne suis pas sûr que la théorie de la Distanzierung soit aussi fondamentale que cela pour l'immerger dans la langue de l'un des plus saisissants auteurs de la littérature allemande. Sa langue, ses effets, sa musique, son rythme, sa drôlerie, sa cocasserie, tout ce qui fait le sel d'un poète.
     
    Alors oui, j'invite les profs d'allemand, quand ils lisent Brecht en classe, à laisser la place au texte, à faire jouer les élèves, laisser libre cours à l'élan vital des mots. Si, en même temps, vous avez des élèves de grec, prenez les versions d'Antigone, chez Sophocle, chez Hölderlin, chez Brecht. Comparez. Toujours à haute voix. Laissez le texte vivre, et s'envoler. La puissance de vie du verbe emplira chaque espace de votre salle de classe.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Bonaparte, l'homme qui surgit

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    *** Essai, d'une traite, à quatre jours d'un bicentenaire - Samedi 01.05.21 - 17.58h ***
     
     
    D'abord, dans un monde qui subit la plus grande mutation politique de son Histoire, qui a pour nom la Révolution française, Napoléon est un être qui surgit. C'est la première chose qui me frappe, depuis l'enfance. Petite noblesse corse, assez modeste pour être l'homme issu du peuple. Capitaine de 24 ans, il lève le siège de Toulon. Rien que cela, c'est prodigieux. Nous sommes en 1793, la Révolution a quatre ans, l'Anglais la menace, un officier gamin renverse le cours de l'Histoire. Déjà là, l'homme surgit.
     
    Et toute sa vie, il surgira. 1796, Général en chef de la Campagne d'Italie, il a 27 ans, il passe les Alpes une première fois, déboule sur le Piémont, puis sur la Lombardie, négocie lui-même la paix avec l'Autrichien, grille Carnot dans son autorité politique, c'est au-delà du prodige.
     
    En Égypte aussi, 1798, il surgit. Bataille des Pyramides. Mamelouks. Il écrit la légende, la sienne, celle de la France, celle du monde. Il revient brutalement au pays, quitte son armée, ça n'est pas loin d'une désertion, peu importe : lui, il arrive à Paris, et s'empare du pouvoir. Nous sommes en 1799. Il a 30 ans.
     
    Le reste, vous le connaissez. Le Consulat, l'Empire, les grandes batailles, les innombrables victoires, le sang versé, les lois, le Code civil, la refonte complète de l'administration : ça n'est plus la Révolution, mais c'est tout, sauf l'Ancien Régime. L'Empire est une période unique, à nulle autre comparable, quand même beaucoup plus proche des grands idéaux révolutionnaires que d'un ordre féodal abandonné pour jamais dans les années 1789-1793. Il n'y aura pas de retour à l'Ancien Régime. Même les trois derniers rois, à la Restauration (Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe) n'ont plus rien à voir avec les Capétiens. L'ordre divin est révolu.
     
    Napoléon surgit. A Austerlitz, il surgit. A Eylau, il surgit, par la Cavalerie de Murat. A Wagram, il surgit. Et encore à la Moskova, il surgit. Il est l'inattendu, l'imprévu, le non-désiré, celui qu'on ne voulait pas, mais qui n'a rien demandé à personne pour assumer son destin. Et encore au retour de l'île d'Elbe, le 1er mars 1815, à Golfe-Juan, sur les rivages de cette France qui s'emmerdait déjà ferme avec le bon gros Louis XVIII, l'Aigle surgit. Et de clocher en clocher, jusqu'à Paris (20 mars), il surgira.
     
    Bien sûr, il y aura Waterloo, Sainte-Hélène. Mais au Retour des Cendres, dix-neuf ans après sa mort, en 1840, l'Aigle surgit. Et son fantôme est encore plus saisissant que le personnage réel. Et Hugo, Stendhal, forgent la légende. Et l'Aigle vole, de coeur en coeur, d'âme en âme. Et la nostalgie de cette épopée immense, toute sanglante fût-elle, envahit la France. Elle ne la quittera plus.
     
    Je m'intéresse à Bonaparte depuis l'enfance. C'est l'homme sur lequel j'ai lu le plus de livres. Et pour cause : c'est celui sur qui on en a le plus écrits !
     
    La droite bonapartiste, grognarde, mais au fond profondément républicaine, la droite nationale, sociale, fraternelle, simple et chaleureuse, proche du peuple, a toujours eu mes sympathies. Les orléanistes, au contraire, me font fuir.
     
    En ce sens, oui, le legs à mes yeux est immense. Je suis Valaisan de Genève, ou Genevois d'origine valaisanne, comme on voudra, je me suis passionné pour l'Histoire de ces deux Cantons. Par hasard, l'un et l'autre, dans la même période (1798-1813), furent profondément marqués pas la France du Directoire, du Consulat, puis de l'Empire. Ca crée des liens, dans le seul ordre qui vaille à mes yeux : celui de la mémoire.
     
    Et puis, je suis tellement habité par l'Histoire allemande. Et aucun pays d'Europe, à part la France elle-même, n'a été aussi imprégné par Napoléon que les Allemagnes. C'est l'occupation de la Prusse, entre 1806 et 1813, par les Français, qui sonne le réveil de la conscience nationale allemande.
     
    Bien sûr, il y eut le sang versé, beaucoup de sang. Mais il y eut, comme dans une tragédie, une Histoire incomparable, de celles qu'on ne cesse de scruter, retrouver, réinventer. L'homme sur qui on a écrit le plus de livres ! Et la légende, sublime et tenace. Plus forte que les Lumières. Plus puissante que la Raison.
     
    Je dédie ces quelques lignes à mon confrère et ami Pierre-Alexandre Joye, camarade d'armée, frère d'armes en journalisme, hélas beaucoup trop tôt disparu. Nous avions pensé à la Bataille des Nations, en juillet 1999, en traversant Leipzig, ville natale de Richard Wagner. Nous passions notre temps à échanger sur l'Empire. Nous avions rêvé d'aller un jour à Sainte-Hélène. Ce sera pour d'autres vies. Le souvenir et la fidélité demeurent.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Joe la Terreur

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    Sur le vif - Jeudi 29.04.21 - 13.58h
     
     
    Joe Biden, le parfait chouchou de nos gentils médias, l'homme qui prétendument fait tout juste depuis cent jours, vient de qualifier publiquement la Suisse de paradis fiscal. Devant le Congrès !
     
    Le Président des Etats-Unis insulte notre pays. A moins qu'il ait confondu avec l'Etat du Delaware.
     
    Le Conseil fédéral aura-il l'élémentaire courage de réagir ?
     
    Dans ces cas-là, on convoque l'Ambassadeur, on lui passe une brossée. Et on lui souffle gentiment à l'oreille : "La prochaine fois, Excellence, c'est le goudron et les plumes".
     
    Imaginez les réactions, chez nos chers indignés professionnels, si le prédécesseur de M. Biden s'était fendu d'une telle saillie !
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La jouissance durable

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    Sur le vif - Jeudi 29.04.21 - 10.15h
     
     
    Jadis, les financiers faisaient de la finance. Et les savetiers, quelque chose comme de la savate.
     
    Aujourd'hui, les banquiers ne disent plus "Je fais de la finance", mais "Nous faisons de la finance éthique". Et les investisseurs font de "l'investissement éthique et durable".
     
    Et les éthiciens ? Ma foi, ils ne savent plus trop ce qu'ils peuvent faire. L'éthique, tout le monde le leur a piquée. Ils peuvent certes dire "Je fais de l'éthique durable", mais ce genre de tics ne dure pas.
     
    Les architectes, les bâtisseurs, affirment s'investir dans la "construction durable". Avec des moyens éthiques.
     
    Les philosophes, qui ont appris le mot "éthique" en lisant en grec un célèbre ouvrage d'Aristote, font désormais de la philosophie durable.
     
    Les proxénètes tiennent à signaler que leur métier aussi, s'il veut s'avérer durable, a une éthique. Le prix de la passe inclura désormais une taxe sur les dégagements de CO2 pendant les ébats. On servira ainsi la cause mondiale. Ce sera la jouissance durable. Une sorte d'impôt sur le sel de la vie. La gabelle de l'extase.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Rapperswil, Altdorf, Liestal

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.04.21

     

     

    Rapperswil, Altdorf, Liestal : trois paisibles bourgades de notre beau pays. Rapperswil, dans le canton de Saint-Gall. Altdorf, chef-lieu d’Uri, avec sa place centrale et sa statue de Guillaume Tell. Liestal, capitale du demi-canton de Bâle-Campagne. Pas vraiment l’ambiance Quartier Latin, Mai 68, jets de pavés, combats contre les CRS !

     

    Rapperswil, Altdorf, Liestal : le réveil, pourtant, d’une Suisse profonde. Une Suisse en colère. Une Suisse qui n’en peut plus de la gestion politique de la crise sanitaire. Tous ne contestent pas les mesures, loin de là. Mais les gens en ont marre : changements d’avis continuels, mouvement de yoyo pour les cafés-restaurants, autoritarisme de Berne. Certes, ça n’est pas la France, qui est allée beaucoup plus loin que nous dans la coercition. Mais ça n’est pas la Suisse. Nous avons, entre nous, et c’est notre richesse profonde, des tonalités de respect, de mesure, d’attention aux libertés citoyennes, qui sont la grandeur de notre pays.

     

    Rapperswil, Altdorf, Liestal : qui d’entre nous, habitué aux manifestations en théâtre urbain (Genève, Lausanne, Berne, Zurich), eût imaginé que les grandes colères de 2021 vinssent des petites villes de notre Confédération ? On est très loin des manifs de bobos, ou des liturgies de kermesses annuelles de la gauche des grandes villes, comme les processions du 1er Mai. On est dans une rage viscérale de la Suisse profonde, sans doute beaucoup de monde des classes moyennes. Dans notre pays, la colère a changé de camp.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le travail est beaucoup trop taxé à Genève !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.04.21

     

    Mais pourquoi diable, à l’école, le principe de l’impôt n’est-il pas enseigné ? D’où vient l’impôt, quelle est son Histoire ? Que fut-il sous l’Ancien Régime ? Comment a-t-il été transformé par la Révolution française ? Comment a-t-il évolué aux dix-neuvième et vingtième siècles ? Quelle différence entre perception directe et indirecte ? Entre l’impôt et la taxe ? Ces questions-là sont non seulement passionnantes sur le plan intellectuel, mais surtout diablement utiles pour éveiller la conscience des futurs contribuables. Ou, tout au moins, des quelque 62% de Genevois qui auront l’honneur de payer l’impôt, près de 38% en étant exonérés, ce qui constitue d’ailleurs un problème, et doit être soulevé, même si c’est tabou.

     

    Bref, la fiscalité, ça nous concerne. L’argent de l’Etat, c’est le nôtre. C’est à nous qu’il le prend pour conduire ses politiques publiques. Et, disons-le tout net, il y a des secteurs où on nous ponctionne beaucoup trop, au point que nous étouffons. Le principal d’entre eux, il suffit de regarder votre feuille d’impôts (si vous n’avez pas la chance d’appartenir aux 38% de dispensés, cités plus haut), c’est celui sur le revenu. Or, le revenu, pour l’immense majorité d’entre nous, de quoi s’agit-il ? La réponse est simple : du fruit de notre travail ! Celui de notre sueur. Et c’est là qu’intervient l’absolu scandale déjà maintes fois dénoncé dans cette page : la taxation ahurissante des classes moyennes. Entendez ceux qui ne touchent aucune subvention, aucune aide, ne vivent que de leur travail, ont peur de le perdre, ne sont pas assez aisés pour tenir plusieurs mois sans revenus.

     

    On dirait que les puissances dirigeantes et les assistés auraient passé comme un pacte tacite : en échange de la paix sociale (notre pays a connu de grandes secousses, comme la Grève générale de 1918), on s’entend pour faire cracher au bassinet les classes moyenne. En leur prélevant un maximum sur le revenu de leur travail. Car ils bossent, ces gens-là, et même plutôt dur ! Les Suisses sont des travailleurs modèles, très comparables en cela aux Allemands, fiables, honnêtes, compétents, qualifiés. Mais attention, je vous l’affirme : ces classes moyennes vont finir un jour par se révolter, tellement elles seront écœurées d’être à ce point mises à contribution, sans jamais rien recevoir en contrepartie. Et ce jour-là, dans notre bonne et paisible Suisse de la Paix du Travail (1937) et du consensus, ça fera mal.

     

    Pour ma part, je défends les classes moyennes, bec et ongles. C’est l’un de mes principaux combats dans la bataille des idées, autour de la politique en Suisse. Et les partis, les élus, les intermédiaires, tous ceux qui se targuent de « faire de la politique », ils feraient bien de les défendre, aussi. Car notre prospérité, notre paix sociale, notre qualité de vie en Suisse ne sont pas éternelles. Notre pays repose même sur des équilibres beaucoup plus fragiles qu’on ne l’imagine. Pour que la Suisse perdure, la justice fiscale doit constamment se réinventer. En évitant à tout prix de surcharger une catégorie de contribuables. A terme, cela peut se montrer dévastateur.

     

    Pascal Décaillet

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  • La soute, l'iceberg

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    Sur le vif - Mardi 27.04.21 - 13.59h
     
     
    La classe moyenne, c'est la salle des machines, au fond du bateau. Les soutiers. Ceux qui savent : ils sont dûment formés pour faire fonctionner l'appareillage complexe. Travailleurs qualifiés ! Spécialisés. Consciencieux. Ponctuels. Fiables. Ceux qui bossent, et en plus ils adorent leur boulot ! Ceux qui ont les compétences. Ceux qui ne se plaignent jamais. Ceux qui ne reçoivent aucune assistance. Ceux dont on ne parle pas.
     
    Le capitaine, l'armateur, les respectent. Ils savent bien que, sans eux, le bateau n'irait pas très loin. Rapport de confiance.
     
    Seulement voilà, le soir, sur le pont supérieur, dans l'ivresse de la musique et le parfum nacré de sublimes compagnies, il y a deux détails qu'on a tendance à oublier : les gens de la soute, l'imminence de l'iceberg.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La vie qui surgit, et qui se précipite

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    Sur le vif - Lundi 26.04.21 - 15.57h
     
     
    Je rumine, depuis des siècles, un texte de ma Série Allemagne en 144 épisodes (32 sont déjà bouclés), sur le Lied.
     
    En sachant que, sur la seule question - centrale - du Lied dans la culture poétique et musicale allemande, il faudrait déjà 144 épisodes.
     
    C'est tout mon problème, dans cette Série : chaque fois que j'ouvre une porte, je me trouve devant un miroir, qui m'offre la perspective de 144 autres miroirs.
     
    Et j'avance, lentement. Et je n'ai aucune intention d'avancer plus vite. Parce que je ne veux pas terminer cette Série. Je ne la terminerai jamais.
     
    Parce que cette Série, c'est la vie.
     
    Le Lied aussi, c'est la vie. Chez Schubert. Chez Schumann. Chez Brahms. Chez Mahler. Chez Hindemith.
     
    Le Lied, ce condensé, cette précipitation de forces vitales : les mots, les syllabes, les notes, les silences, la puissance surgie du ventre, les cordes vocales, le phrasé du poème, son rythme, sa structure. Tout cela, en quelques minutes.
     
    Le Lied, c'est la vie. Et Christa Ludwig vient de nous quitter. Elle était l'une des plus grandes. Dans Schubert, dans Brahms, elle tutoyait le sublime.
     
    Je ne terminerai jamais cette Série. J'avancerai, à mon rythme. J'entrecouperai les épisodes "officiels" de quantité de notes intermédiaires. Je m'y perdrai. Comme dans une forêt germanique. La Forêt de Thuringe, par exemple, dans l'ex-DDR, si chère à mon coeur. Et à mes souvenirs.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Ni rentes, ni subventions : juste la sueur !

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    Sur le vif - Dimanche 25.04.21 - 10.40h
     
     
    Si elle est acceptée le 13 juin, la loi CO2 viendra frapper de plein fouet les classes moyennes en Suisse. Ces même classes qui sont déjà, en termes d'impôts, de taxes, de loyers, de primes maladie, de retraites, de pouvoir d'achat, les dindons de la farce dans notre pays.
     
    Prenez la voiture : elle est souvent la fierté des plus modestes, la capacité d'un indépendant à se déplacer avec sa camionnette, d'un montagnard à descendre en plaine, d'une famille à partir en vacances, toutes valises dans le coffre, liberté totale de trajet, changer au dernier moment, aller voir les villages, les chapelles reculées. Non, Mesdames et Messieurs les bobos, le train n'est pas générateur d'un bonheur aussi universel que vous le prétendez. Et pour une famille, il est hors de prix.
     
    La taxe CO2 va frapper les classes moyennes. Encore un peu plus ! Sur l'autel de l'idéologie Verte, à laquelle presque plus personne ne semble oser s'opposer. Par conformisme avec la mode du moment, on les sacrifie, ces citoyens et citoyennes suisses qui se lèvent le matin pour aller bosser, ne comptent pas leurs heures, constituent l'une des classes laborieuses les plus compétentes, soucieuses de précision et de finitude, du continent européen, mais ne voient pas la couleur de ce qu'il gagnent, parce que l'impôt, les taxes, leur reprennent tout. Pour eux, aucune aide, jamais. Ni pour l'assurance-maladie. Ni pour le loyer. Ils ne font pas partie, par exemple, des 38% de Genevois totalement exonérés d'impôts. Ils sont là pour payer, payer, et encore payer.
     
    A croire que les hautes sphères dirigeantes du pays et les assistés auraient passé comme un pacte tacite sur le dos des classes moyennes. Pas trop de désordre social, pas de Grève générale de 1918, véritable traumatisme pour la grande bourgeoisie suisse. Le prix à payer ? On fait passer à la caisse les classes moyennes. Ceux qui bossent. Et ne vivent que de leur travail. Ni rentes, ni subventions : juste la sueur !
     
    Dans ce contexte, la taxe CO2, née de la doxa Verte, certes amendée par le Parlement, représente symboliquement l'allégeance de la classe politique suisse aux nouvelles matrices de pensée qu'on tente de nous imposer. On reprend déjà leur langage, j'en ai souvent parlé. On vote leurs lois. On parle comme eux. On fait comme ils disent. Bref, on se soumet. C'est votre intention ? Libre à vous. Pour ma part, la soumission n'a jamais été dans mes fantasmes.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Suisse-Europe : maintenant, ça suffit !

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    Sur le vif - Vendredi 23.04.21 - 17.13h
     
     
    Il fallait s'y attendre, mais c'est encore pire que les pires de nos craintes. La tragi-comédie de Bruxelles, la Farce de Maître Parmelin, aboutit ce vendredi 23 avril 2021 à une situation où la Suisse s'humilie à Bruxelles. C'est un Vendredi Noir pour la diplomatie suisse, Jean-Pascal nous manque, lui qui savait exactement ce qu'il voulait, parlait au nom d'un Conseil fédéral uni, avait une vision, une stratégie, était doté de ce mélange unique de courage et de roublardise pour faire le voyage de Bruxelles sans finir dans les choux.
     
    Il ne s'agit pas d'accabler M. Parmelin. Mais enfin, pourquoi lui ? Certes, il est Président, mais on n'envoie pas ainsi à Bruxelles un franc-tireur esseulé, sans le Ministre des Affaires étrangères, sans l'appui puissant de ses six collègues, du Parlement, du peuple. Les partenaires européens ne sont pas des idiots, loin de là : il leur suffit de lire la presse suisse pour être au parfum de l'absence totale de tir de couverture dans cet envoi aventureux d'un singleton en apesanteur, privé de tout contact avec la base terrestre qui lui a confié cette hasardeuse mission.
     
    Désolé, mais notre Conseil fédéral est au-dessous de tout. Et M. Parmelin a été bien brave de monter ainsi au casse-pipe. Les principes élémentaires de la diplomatie ont été bafoués : on a juste envoyé le Président à Bruxelles, comme ça, en se disant qu'il pourrait peut-être en sortir quelque chose. On a vu le résultat.
     
    On n'envoie pas le Président de la Confédération à Bruxelles sans avoir, en amont, réuni dans le pays les ferveurs et les énergies. On ne l'envoie pas se fracasser contre la ligne des digues, sans avoir l'intime certitude qu'on a le pays profond derrière soi. On n'envoie pas le Président tenter de défendre un accord de hasard, mal fagoté, réprouvé par une grande partie de l'opinion suisse, en se disant que peut-être, il y aurait une chance que ça passe.
     
    La diplomatie, ça n'est pas cela. Et je repense, en cette fin d'après-midi, à mes nombreux contacts avec Jean-Pascal Delamuraz, il y a trente ans, sur l'Europe. Il savait que le Fantôme du Commandeur, c'était le peuple. Il l'a su, en tout cas, le 6 décembre 1992, à 15.22h, et à ses dépens ! Mais lui, tel Don Giovanni, avait eu le courage de l'affronter, cette statue de marbre. Il a joué, il a perdu, il a été grand. Tout le contraire de notre actuel Conseil fédéral, qui se contente de demi-jeu, de semi-certitudes.
     
    Colère. Rage au coeur. Il faut jeter cet accord, très vite. Et retrouver, face à l'Europe, un discours qui jaillisse des profondeurs des cœurs. Et non des conciliabules des experts.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Je panse, donc je souffre

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    Sur le vif - Jeudi 22.04.21 - 12.14h
     
     
    Choqués. Sidérés. Traumatisés. Blessés. Outragés. Et même pas libérés !
     
    Ce qui stupéfie, c'est la propension de nos contemporains, dans nos bonnes sociétés douillettes, et justement pas dans la partie réellement en souffrance du monde, à se revendiquer de l'ordre de la blessure.
     
    Un rien les blesse, un fétu d'insignifiance les offense. C'est le règne de la grande plaie, toujours revendiquée, jamais cicatrisée. On n'arbore plus son savoir, ni sa capacité d'analyse, on se contente de faire valoir l'éternelle vivacité, jamais apaisée, de sa blessure originelle. Je souffre, donc je suis.
     
    En chacune des ces âmes torturées, on aimerait tout au moins trouver l'universalité du Jeune Werther. Mais non. Nous vivons sous l'empire des souffrances spécifiques. Communautarisées. Avec des collectifs pour en porter la bannière, mettre au ban, siffler la meute, sonner l'hallali.
     
    Je panse, donc je souffre.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le camp du Bien et le poison du sens

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    Sur le vif - Jeudi 22.04.21 - 07.59h
     
     
    Joe Biden félicité par la presse française, parce qu'il "multiplie les dépenses publiques" ! Et de le comparer illico, alors qu'il vient d'arriver, au grand Roosevelt, entré en fonction il y a 88 ans sur la base de son New Deal, le grand programme de relance économique qui allait changer le visage de l'Amérique, dans les années trente.
     
    Cet accessit totalement prématuré à un homme qui n'a encore rien fait, mais ne fait pour l'heure que promettre, en rappelle un autre : le sommet absolu du ridicule atteint par le jury, lorsqu'il avait attribué le Nobel de la Paix à Barack Obama, au tout début de son mandat. Juste parce que l'icône, en termes de représentation et non d'action, convenait à la doxa du moment. Dans les faits, les huit années d'Obama auront été parmi celles où les États-Unis ont le plus bombardé, sur l'ensemble de la planète, souvent sur des théâtres d'opérations pas du tout médiatisés chez nous.
     
    Biden, Obama, même syndrome : à Trump, nos médias ne passaient rien ; à ces deux-là, les yeux de Chimène. Tout ce qu'ils font est génial, pour la simple raison qu'ils sont du camp du Bien. On refile à Obama le Prix qu'avait reçu Willy Brandt pour s'être agenouillé à Varsovie en décembre 1970, ce qui est l'un des plus grands gestes de l'Histoire allemande. On proclame Biden successeur de Roosevelt, l'homme qui avait sorti les États-Unis de la crise de 1929, et qui en fera avec la guerre la première puissance mondiale.
     
    Bref, non seulement on s'égare, mais on délire. On délivre des prix avant même l'action. On juge les élus non sur ce qu'ils font, mais sur ce qu'ils sont. Sur les vertus morales qu'on leur prête. On encense le Bien, au mépris de toute observation réelle des actes politiques. Bref, on intoxique. Et face à ce poison du sens, nul vaccin, hélas, n'est encore disponible.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Les radicaux, la Patrie, l'amour du pays

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    Sur le vif - Mercredi 21.04.21 - 15.18h
     
     
    Le grand parti qui a fait la Suisse, c'est le parti radical. Il a fait la Suisse moderne, celle de 1848, il a façonné nos institutions, il a lancé notre économie, et avec quelle incroyable vigueur, pendant les 43 années (1848-1891), où il était seul au pouvoir, eh oui sept conseillers fédéraux sur sept ! A ce parti, à ce qu'il a représenté dans notre Histoire, nous devons tous être reconnaissants.
     
    Mais, si le parti radical a tenu près de deux siècles, ça n'est pas seulement parce qu'il incarne les Pères fondateurs. Il y a autre chose : jusqu'à un très grand homme, que j'ai connu et fréquenté de près dans mes années à Berne, Jean-Pascal Delamuraz, le parti radical a été, en Suisse, le défenseur des classes moyennes.
     
    Oh, bien sûr, il y avait la Bahnhofstrasse. Les pontes zurichois de la finance. Mais enfin, sans une puissante assise populaire, ces chers colonels aux nuques raides ne seraient jamais allés très loin dans la présence radicale à Berne et dans les Cantons.
     
    Il y avait la Bahnhofstrasse, et il y avait le peuple. Il y avait les financiers, et il y avait les petits artisans, les commerçants, les indépendants, bref l'USAM. Il y avait la superbe zurichoise, confinant trop souvent à la morgue, et jamais aussi bien décrite qu dans le roman "Mars", de Fritz Zorn. Mais il y avait aussi le Carougeois Robert Ducret, le Vaudois Delamuraz, quelques grands Valaisans, minoritaires dans leur Canton, majoritaires à Berne, tels Pascal Couchepin.
     
    Et puis, il y avait tous les autres. Les quidams. Les inconnus. Ceux qui bossaient. Ceux qui, après la guerre, ont trimé dur comme fer pour reconstruire une prospérité suisse. Des pragmatiques. Des modérés. Des méfiants face aux idéologies. Des gens qui savaient écrire, compter, convaincre, bâtir. En pensant à eux, toute cette génération, je pense en priorité à mon père, Paul Décaillet (1920-2007), ingénieur, bâtisseur, infatigable bosseur. Il n'a jamais fait de politique, mais je crois bien qu'il devait être quelque chose comme radical. Ca allait de soi : on était ingénieur, on était bosseur, on était radical. Mais à quoi bon en parler ?
     
    La puissance du parti radical, c'est de n'avoir jamais décroché des classes moyennes. Il les a défendues. Pour elles, il a permis la prospérité partagée. Pour elles, et pour l'ensemble du peuple, il a fait les grandes assurances sociales. Avec les autres partis, comme le remarquable compromis de 1947 sur l'AVS. Mais au premier plan d'entre eux.
     
    Le radicaux ont fait la Suisse. Ils ont fait les chemins de fer, les routes, les tunnels, les barrages, l'hydro-électrique, la chimie, l'industrie des machines, et j'en oublie. Ils n'ont pas toujours assez défendu le monde paysan, et je leur en veux. Ils ont donné à ce pays certains de ses plus grands hommes, je pense encore une fois à Jean-Pascal Delamuraz.
     
    Les descendants des radicaux, aujourd'hui, où sont-ils ? Leurs partenaires de fusion, en 2011, sont-ils vraiment les bons, en tout cas ceux d'entre eux qui se sont compromis dans l'ultralibéralisme des années 1990-2008, ceux qui voulaient démanteler l'Etat, privatiser jusqu'à nos âmes ?
     
    La seule chance de survie des radicaux, en Suisse, c'est de retrouver le feu de la défense des classes moyennes. Pouvoir d'achat, lutte pour une fiscalité du travail allégée, passion pour la formation, pour le savoir, la connaissance, la transmission. A quoi s'ajoute l'amour de la Patrie, sans lequel rien n'est possible, et dont nul n'a le monopole. Mais aussi la primauté aux nôtres, le goût de la frontière retrouvée, la passion pour l'indépendance et pour la souveraineté.
     
    Depuis trente ans, ces thèmes-là ne sont plus ceux des radicaux. Eh bien c'est un tort. La Suisse de 1848, moderne, institutionnelle, passionnée de savoir, n'a pas à laisser les grandes valeurs patriotiques aux seuls défenseurs des récits mythiques du treizième siècle. La Patrie est l'affaire de tous, sans exception. Elle est une affaire de raison (Vernunft), et une affaire de coeur. Elle s'adresse aux forces de la nuit comme à celles de la lumière. Elle est une petite mère, qui nous accueille et nous sourit.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • Attaquons les géants !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.04.21

     

    La liberté d’expression ? Laissez-moi rire ! Tous la proclament, nul ne la défend. Je ne connais aucune personne au monde qui tolère vraiment, chez l’autre, une véritable capacité totale à exprimer ses opinions. Il y aura toujours un moment où la personne dira : « Halte, là tu exagères, tu dépasses la ligne, tais-toi ! ».

     

    C’est ainsi, c’est humain, c’est la vie. Il y aura toujours, quelque part, une zone ultra-sensible où le récepteur d’un message se braquera face à l’émetteur. Autour des questions de foi, d’adhésions spirituelles, de mœurs, de mémoire, d’appartenance communautaire, de souffrances. Chacun de nous, dans le mystère de son intimité, a sa part de fragilité, et peut se sentir choqué par les propos d’un autre. Cela doit être respecté.

     

    Et ne venez pas nous dire : « Moi, je suis au-dessus de tout cela, rien ne me touche, je suis capable d’une totale distance par rapport à mon être sensible ». Ceux qui nous produisent les apparentes libéralités de ce discours, ce sont souvent les premiers à craquer, réclamer la censure. C’est humain, c’est la vie.

     

    Alors, quoi ? Alors, exerçons notre sens critique. Attaquons les puissants, plutôt que les faibles. Dispensons-nous de remuer des souffrances, là où les plaies sont encore vives. Ne tirons jamais sur un humain à terre. Dénonçons les abus de pouvoir, là où ils sévissent. Soyons libres, dans nos têtes, oh oui libres. Mais alors, soyons David contre Goliath. Attaquons les géants, pas les fragiles de la terre.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Droite genevoise : des thèmes, pas des stars !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.04.21

     

    La droite genevoise est-elle si malade que cela ? Pas sûr du tout ! Au second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat, cette grande famille politique a certes perdu un siège au gouvernement, et permis une majorité exécutive de gauche (deux socialistes, deux Verts). Mais enfin, regardons les chiffres : près de 60% de l’électorat, ce dimanche 28 mars, a accordé sa confiance à des candidats de droite, et seuls 40% à la gagnante, la Verte Fabienne Fischer. Cette dernière est élue, elle est légitime, mais sa victoire, en termes de sociologie électorale, n’est pas celle d’une volonté d’avoir la gauche au pouvoir à Genève. La droite était désunie comme jamais, elle se déchirait autour d’un homme, la gauche était en ordre de bataille, tant mieux pour elle, donc acte.

     

    Nous entamons une période de deux ans, un peu particulière. Un gouvernement à gauche, un Grand Conseil à droite. Un Conseil d’Etat qui n’a pas du tout convaincu pendant les trois premières années de législature. Deux ans, à laisser un monde se terminer, en attendant un renouvellement général de l’exécutif, au printemps 2023, qu’on souhaite le plus large possible. La politique genevoise a besoin de nouveaux visages, de nouvelles impulsions, de nouveaux enthousiasmes. En attendant, les droites genevoises (le pluriel s’impose, tant cet univers politique est disparate, complexe) ont un impérieux besoin de se refaire une santé. Le seul moyen, pour y parvenir, sera de se réunir sur des thèmes, et non autour d’un homme providentiel. La prédominance absolue des thèmes sur les personnes, c’est l’un des fils conducteurs de ma ligne éditoriale, depuis des années, dans cette page. Je regrettais d’ailleurs, à Noël, qu’elle fût interrompue au profit d’une complémentaire, de nature évidemment à mettre sur orbite des stars, plutôt que des idées.

     

    Oui, la droite genevoise peut se ressaisir. Qu’elle laisse, pendant ces deux ans, les questions d’écuries rivales, au profit d’une puissante réflexion sur les idées. Nous sommes en Suisse, nous avons la démocratie directe, le personnage principal c’est le citoyen, la citoyenne, et certainement pas l’élu. L’essence du combat politique, c’est le choc des idées, le fracas des imaginations, et non le petit destin personnel de tel ou tel représentant du peuple. Si la droite genevoise veut revivre, elle doit empoigner les questions de fond qui touchent la population, à commencer par le sort des classes moyennes, pressées comme des citrons dans notre canton. Fiscalité, logement, mobilité, pouvoir d’achat. Sans compter le chantier amiral de la formation : le Département de l’Instruction publique est à reprendre, à fond. Sur des objectifs d’humanisme et de passion dans l’ordre de la transmission. Il faut se défaire des apparatchiks, et renouer avec l’immense bonheur de la chose enseignée, d’humain à humain. Il faut y réintroduire la jouissance du chemin vers la connaissance. Si la droite genevoise s’engage sur ces thèmes-là, en oubliant ses vedettes, l’horizon lui est ouvert.

     

     

    Pascal Décaillet

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