Liberté - Page 10

  • Le souverain, c'est nous !

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    Sur le vif - Mardi 22.12.20 - 17.10h
     
    J'organiserai, bien sûr, tous les débats qu'il faudra en vue de l'élection complémentaire du 7 mars. Et, le jour venu, j'irai voter. Comme je le fais, sans faille, depuis ma première participation à un scrutin. C'était en septembre 1978, pour dire oui, du fond du coeur, à la création du nouveau Canton du Jura. J'avais vingt ans et trois mois.
     
    Mais je répète ce que j'ai déjà dit ici : citoyen, je suis très fâché que les esprits, à Genève, aient à nouveau à se coltiner une histoire de personnes, avec des visages sur des affiches, des promesses de lendemains qui chantent. Bref, ce qu'on appelle une élection.
     
    Je n'aime pas les élections. Je les traite à fond, professionnellement, depuis 35 ans. Mais je ne les aime pas. Je n'aime pas la démocratie élective. Je n'aime pas la démocratie représentative. Je connais à fond les enjeux de la politique en Suisse. Je les connais mieux que beaucoup de politiques, beaucoup de candidats, et même beaucoup d'élus. Et je n'ai, comme citoyen actif, passionné par la chose publique, aucune envie, au fond, d'être "représenté" par quiconque.
     
    Je milite, vous le savez, pour une démocratie totale, une démocratie directe plus influente qu'aujourd'hui, avec un suffrage universel qui prendrait en mains davantage de sujets. Nous ne sommes plus au temps des ancestrales Diètes, avec des diligences qui conduisaient des "élus" vers la capitale lointaine du pays (Berne, Paris, Berlin), pour qu'ils y siègent de longues semaines !
     
    Nous sommes à l'orée de 2021 ! Nous sommes à l'heure des réseaux sociaux, vous connaissez ma passion pour ce mode de communication. Nous sommes au temps du partage des connaissances, de l'accessibilité à des milliards de données à partir d'un écran d'ordinateur, sans avoir à se déplacer dans ces bibliothèques où j'ai passé (avec bonheur, j'en conviens) une partie de ma jeunesse. Nous n'avons plus besoin d'intermédiaires. Plus besoin de partis politiques. Plus besoin de journalistes. Plus besoin de ces prétentieuses "rédactions", qui viennent nous faire croire que "le journalisme est essentiel à la démocratie".
     
    C'est faux, archi-faux ! Ce qui est essentiel à la démocratie, c'est le libre accès de chacun à la connaissance. Et le libre droit de chacun à s'exprimer dans l'espace public. On peut le faire grâce au journalisme. On peut, tout autant, le faire sans. Il faut arrêter de nous baratiner, je le dis à ma corporation, avec ces sermons sur la nécessité vitale du journalisme pour sauver nos libertés individuelles. Non, non et non ! Ces libertés, ce sont les citoyennes et citoyens qui se battront pour les préserver. Avec ou sans journaux. Avec ou sans médias. Avec ou sans "rédactions".
     
    J'appelle les citoyennes, les citoyens à privilégier à fond les thèmes (donc, les votations, la démocratie directe) sur le cirque électoral des partis. A Genève, le 7 mars 2021, j'irai voter. Mais je ne me fais strictement aucune illusion sur le résultat. Même si nous élisons le meilleur - ou la meilleure - nous n'avons aucune garantie que ce magistrat puisse, à lui seul, élever vers quelque qualité un attelage qui, en trois ans, n'a encore rien prouvé.
     
    Méfions-nous des personnes. Méfions-nous du tintamarre électoral. Intéressons-nous aux thèmes, plutôt qu'au gens. Augmentons la démocratie directe. Rappelons aux élus, législatifs autant qu'exécutifs, qu'ils sont au service du peuple, et non le contraire. Au besoin, culbutons-les. Ils ne sont pas les seigneurs. Nous ne sommes pas les sujets. Le souverain, en Suisse, c'est le corps des citoyennes et citoyens. Ce qu'on appelle, pour faire court, "le peuple".
     
    Le souverain, c'est nous.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Trois guerres de retard !

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    Sur le vif - Lundi 21.12.20 - 11.41h
     
     
    Le papier du Matin dimanche sur le "changement d'ambiance", de Pierre Maudet à Nathalie Fontanet, pour les milieux de l'économie à Genève, ne correspond absolument pas à la réalité.
     
    De deux choses, l'une. Soit il relève d'une instrumentalisation de la rédaction de ce journal par les milieux libéraux et une branche très libérale du patronat genevois, n'ayant qu'un rapport lointain avec les petites entreprises. Soit il révèle une complicité éditoriale de la même rédaction avec l'appareil de propagande libéral en faveur de Mme Fontanet.
     
    Nous avons des élections, à Genève, le 7 mars. Il s'agit, pour certains milieux, d'entreprendre toutes choses pour éliminer un homme. Qui a peut-être commis des fautes, la justice tranchera. Mais qui n'a ABSOLUMENT PAS démérité, pendant les mois de la crise sanitaire où il était aux affaires, dans ses relations avec le monde des petits entrepreneurs en difficulté, à Genève. Lui nier cet actif, c'est tout simplement dégueulasse.
     
    J'invite les observateurs de la vie politique à ne pas avoir toujours trois guerres de retard dans leurs analyses des mécanismes du pouvoir. Et à se méfier plutôt des puissants - et des puissantes - que de ceux qui sont à terre. Administrer à ces derniers un énième coup de grâce, alors qu'ils n'en finissent plus de gésir, ne grandit ni le journalisme, ni le citoyen soucieux de clairvoyance, ni surtout l'homme d'honneur.
     
    Quant à Mme Fontanet, chez laquelle nous percevons surtout une grande capacité d'adaptation à se maintenir dans toute dynamique de pouvoir, nous sommes prêts à en dire le plus grand bien. Le jour où elle aura réduit le déficit et la dette, allégé le fardeau fiscal des classes moyennes, soulagé ceux qui se lèvent le matin pour aller bosser, pour peu qu'un ukase de la bureaucratie sanitaire n'ait pas fermé leur établissement. Hélas, je ne sache pas qu'elle ait, pour l'heure, emprunté ce chemin-là.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Série Allemagne - No 29 - Vienne, 7 mai 1824 : la Missa Solemnis

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    Dimanche 20.12.20 - 17.29h

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux - No 29 – L’événement se passe à Vienne. C’est la Première (non-intégrale) d’une Messe en latin. L’auteur est certes allemand, mais toute sa carrière créatrice s’est déroulée en Autriche. Il la dédie à un Archiduc autrichien. Nous sommes 18 ans après la dissolution du Saint-Empire. Pourtant, nous avons choisi, en toute connaissance de cause, d’intégrer la Première viennoise de la Missa Solemnis, de Ludwig van Beethoven, dans notre Série allemande ! Parce que le compositeur est profondément allemand. Parce que nous sommes au cœur de l’Histoire musicologique allemande. Parce qu’il faut comparer cette œuvre, encore marquée d’une latinité conventionnelle d’Ancien Régime, à une autre, immense, parue 44 ans plus tard : le Deutsches Requiem, de Johannes Brahms, composé cette fois sur texte allemand, celui de la traduction de la Bible par Luther, en 1522.

     

    Vienne est une ville autrichienne, elle en est même la prestigieuse capitale. A Vienne, on parle allemand. Vienne n’est pas une ville allemande. Mais, comment dire, elle n’est pas, non plus, une ville détachée des Allemagnes. Nous aborderons, plus tard, dans notre Série en 144 épisodes, la très complexe question autrichienne, liée à mille ans d’Histoire du Saint-Empire, un lien coupé en 1806, mais jamais totalement. Les Autrichiens ne sont pas des Allemands. Mais le verbe et la musique, les contours de l’Histoire, la puissance de la langue, font de leur lien avec l’Allemagne une question historique de premier ordre, très délicate et très difficile à traiter.

     

     Ludwig van Beethoven, né à Bonn en 1770, mort à Vienne en 1827, est un Allemand ayant fait sa carrière en Autriche, d’abord dans les dernières années du Saint-Empire, puis sous l’Empire d’Autriche. Il est Allemand de Vienne. Mais il est Allemand, jusqu’au bout des ongles. Il est le compositeur allemand, par excellence. Nul n’aurait l’idée de le classer dans la musique autrichienne, et Dieu sait si cette dernière nous a livré le plus haut degré du sublime : Haydn, Mozart, Schubert, Bruckner, Mahler, Alban Berg, Schönberg. Et tant d’autres. Et Dieu sait, aussi, si le jeune Beethoven, arrivé à Vienne dans son adolescence, doit un legs impérissable à ses maîtres autrichiens. Avec eux, notamment, il étudie l’harmonie et le contrepoint.

    Beethoven compose sa Missa Solemnis au sommet absolu de son art : il a entre 48 et 53 ans, ce sont les dernières années de sa vie, il est complètement sourd, mais cela ne l’empêche pas une seule seconde de composer. Les notes, les accords, la polyphonie des voix, il les a dans sa tête, il sait exactement ce que cela donnera, dans l’univers de ceux qui entendent. C’est l’une des œuvres qui lui coûtent le plus de temps : cinq années d’un travail acharné. Il la considère comme le meilleur de ses ouvrages, « le plus grand ». Il présente pourtant, exactement au même moment, sa fameuse Neuvième Symphonie, dont la terre entière connaît le Final, l’Hymne à la Joie, sur le poème de Friedrich Schiller. Ce sont aussi les années des derniers Quatuors, ceux qui font avancer de deux siècles l’Histoire de la musique.

     

    L’Histoire de la Missa Solemnis a été étudiée à fond par les musicologues. Saviez-vous, par exemple, que la véritable Première s’était déroulée non à Vienne, mais à Saint-Pétersbourg, trois mois plus tôt, le Tsar ayant fait partie des premiers souscripteurs ? On ajoutera aussi que la Première viennoise, le 7 mai 1824, au Kärntnertortheater, le Théâtre de la Porte de Carinthie, ne pouvait être complète, le régime de Metternich interdisant qu’une Messe fût représentée ailleurs que dans une église ?

     

    Reste l’immensité des questions posées. Pourquoi le répertoire sacré occupe-t-il si peu de place (par rapport à Mozart, notamment), dans une œuvre aussi totale ? On pense certes au Christ sur le Mont des Oliviers, et à la Messe en ut. Pouvait-on, en 1824 à Vienne, présenter une Messe autrement qu’en latin ? Là, la réponse est clairement non, et c’est là qu’il faut comparer l’aventure de Beethoven avec celle, en 1868, du Deutsches Requiem de Brahms, dans un contexte d’Unité allemande triomphante (Cf. le numéro 9 de ma Série, "Lepizig, 1869 : Ein Deutsches Requiem", publié le 31 juillet 2015). Quel est le rapport de Beethoven à la religion ? Il se dit certes croyant (dans sa Correspondance, notamment), mais comment se définit-il par rapport à l’Etiquette religieuse étouffante de la Vienne de Metternich, toute sonore de latinité et de liens avec l’Italie pontificale ? Et puis, surtout : pourquoi l’auteur d’une Messe aussi époustouflante n’a-t-il pas davantage consacré d’énergie à la musique religieuse ? A la plupart de ces questions, les réponses fouillées demeurent à trouver.

     

    Reste une œuvre immense, notamment dans la répartition des voix entre les quatre solistes. La discographie est impressionnante. Nous retiendrons Toscanini, Böhm, Karajan (en plusieurs versions), Klemperer, Giulini, Herreweghe, parmi tant d’autres. Pour, ma part, l’une d’entre elles, plus que les autres, résonne en mon âme : celle que j’ai écoutée hier soir, samedi 19 décembre 2020, sur Mezzo : le Concertgebouw d’Amsterdam, sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. En y pensant, 20 heures plus tard, j’en ai encore des frissons. Entre Mozart et Brahms, il y a, quelque part dans l’univers, cette Messe en latin d’un compositeur allemand qui a révolutionné la musique. Tout en acceptant, dans le cas présent, de s’inscrire pour l’apparence dans la codification traditionnelle de la musique sacrée autrichienne, d’expression latine. Un sacré paradoxe, que dissout seulement l’écoute de l’œuvre : elle vous emporte, au-delà du monde. Au-delà de l’Histoire.

     

     

    Pascal Décaillet

     

    *** L'Histoire allemande en 144 tableaux – Une Série racontant le destin allemand, de 1522 (traduction de la Bible par Luther) jusqu’à nos jours. Les 24 premiers épisodes ont été publiés en 2015, et peuvent être lus directement en consultant ma chronique parue le 11 juillet 2020, ici :

    https://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2020/07/11/serie-allemagne-c-est-reparti-307498.html .

    La Série n’est pas chronologique, elle suit mes coups de cœur, mes envies, mes lectures. Lorsqu’elle sera achevée, une version rétablissant la chronologie vous sera proposée.

     

     

     

     

     

     

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  • Ludwig van Beethoven n'a pas fini de nous hanter

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    Sur le vif - Samedi 19.12.20 - 16.17h
     
     
    Le passage de Ludwig van Beethoven sur cette terre, entre 1770 et 1827, marque la plus fulgurante évolution de l'Histoire musicale. Il est le chemin d'un homme perpétuellement en marche. Un destin en Révolution permanente.
     
    Oh, la musique a toujours évolué. Elle n'a fait que cela. Elle est vie, vibrations et lumière, elle est mouvement, elle est en marche. Le jeune Bach, qui vient de suivre en 1705 (il a vingt ans) les cours du grand Buxtehude à Lübeck, n'écrit pas comme le fera, dans les années 1740, le même homme devenu Cantor de Leipzig. Les premiers opéras de Wagner sont beethovéniens. Les premières oeuvres de Richard Strauss sont wagnériennes. Etc.
     
    Mais chez Beethoven, le chemin est fulgurant. Il signale une exigence créatrice, et surtout rénovatrice d'un opus à l'autre, à nulle autre pareille. Nulle oeuvre n'en rappelle une autre. Et même les fameuses Variations, sublimes, sur les oeuvres de Haendel, tout en déclarant l'emprunt du thème, sont bien du pur Beethoven. On aurait aimé écouter l'homme en concert, son génie de l'improvisation, qui époustouflait les auditeurs viennois.
     
    J'ai évoqué ici, dans un texte récent, la nécessité pour moi d'aborder le chemin beethovénien par une autre approche que celle de la biographie, même si cette dernière est passionnante. Il me faut, il nous faut tous, l'Histoire de l'évolution musicale de cet homme, en 57 ans de vie. Pour cela, il nous faut des musicologues. Des musiciens. Il faut qu'on nous montre des partitions, avec leurs ratures. Il nous faut entrer dans l’œuvre, comme en littérature, par la fréquentation de ce qu'elle a de plus concret. Il nous faut pénétrer les variantes, comparer toutes celles d'un même opus, en fonction du rythme, de la mesure, du tempo. Cela, pour la musique de chambre, pour les Sonates, autant que pour les Symphonies.
     
    250 ans et trois jours après sa naissance à Bonn, on a l'impression que tout été dit sur ce Prométhée, porteur du feu. J'avance ici la thèse contraire. Certes, des textes sublimes ont été composés autour de Beethoven. Mais il me semble que tout reste à dire, à trouver. Je ne parle pas ici de nouvelles partitions. Mais de lectures réinventées du corpus, tel qu'il se présente à nous aujourd'hui.
     
    Cette évolution fulgurante, en quatre décennies de composition active, entre le classicisme des premières oeuvres, où l'on entend poindre encore l'influence d'un Haydn, et l'absolue Révolution formelle des ultimes Quatuors, dans les années 1820, il faut qu'elle nous soit posée, présentée, interprétée. C'est cela, plus encore que les chemins impétueux de la biographie, dont nous avons besoin. Pour mieux accéder à la vie intérieure de cet être unique. Ludwig van Beethoven n'a pas fini de nous hanter. Sa présence, au plus profond de nos âmes, ne fait que commencer. Elle est la promesse d'une éternelle naissance.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     

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  • La voix du pouvoir, à l'état pur !

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    Sur le vif - Jeudi 18.12.20 - 18.01h
     
     
    Titres Forum : "Nous demanderons à la Présidente de la Confédération si ces mesures vont assez loin".
     
    Il leur faut quoi ? Mettre la planète sous clef ? Entrer tous en hibernation jusqu'en l'an 30'000 ?
     
    Et l'interview de Simonetta Sommaruga, derrière, est tout simplement délirante. Et, juste dans la foulée, une membre de la "task force". Et on en remet une couche : "Ces mesures sont-elles vraiment suffisantes ?".
     
    Plus royalistes que le Roi !
     
    La voix du pouvoir, à l'état pur !
     
    La RTS a-t-elle été officiellement investie de la mission métaphysique et morale de confiner l'univers ?
     
    Qui, dans notre pays, se soucie encore des petits entrepreneurs ? Pas les nababs ! Les petits ! Les tout petits ! Faudra-t-il lancer, dans la Suisse de 2021, un mouvement de type poujadiste, comme dans la France de 1956 ? Va-t-il vraiment falloir que nous nous fâchions ?
     
    La RTS, et autour d'elle les courtisans du pouvoir, à Berne et dans les Cantons, éprouvent-ils la moindre empathie pour les dizaines de milliers de cafetiers, restaurateurs, commerçants, indépendants, touchés par les décisions de magistrats exécutifs dont le salaire, qu'il pleuve ou qu'il vente, tombe à la fin du mois ?
     
    Telle est ce soir ma colère. Comme citoyen (je ne revendique aucun autre titre, aucune autre qualité). Mais aussi, comme petit entrepreneur, qui se bat depuis quinze ans pour sa boîte. Et qui dit sa solidarité à tous ceux qui se lèvent le matin. Et qu'on empêche, d'un ukase, d'aller bosser.
     
    Comme citoyen. Mais au fond, comme homme libre, tout simplement. Libre de ses paroles. Libre de ses positions. Et que personne, jamais, n'empêchera de s'exprimer. Personne ! Et surtout pas le pouvoir en place.
     
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Flavio Cotti, aux petites lueurs de l'aube

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    Sur le vif - Jeudi 17.12.20 - 16.47h
     
     
    Peu après René Felber, voilà que disparaît Flavio Cotti. Avec ces hommes, c'est le Conseil fédéral de mes années à Berne, il y a trente ans, qui doucement s'en va. Il reste, Dieu merci, Adolf Ogi. Et un ou deux autres. Le plus éblouissant, celui dont j'ai été le plus proche à tous égards, Jean-Pascal Delamuraz, nous quittait, beaucoup trop jeune, en octobre 1998.
     
    A Flavio Cotti, d'innombrables souvenirs me lient, plusieurs voyages aussi. C'était un homme d'un grande intelligence, parfait polyglotte (il parlait français sans le moindre accent), cultivé, compétent. Ce qui lui a manqué, c'est le charisme d'un Delamuraz, ou d'un Ogi. Flavio Cotti, qui a mené d'une main de fer la valse des diplomates, était un cérébral, très attaché au pays, mais montrant peu ses sentiments. Il fut parfois un mal aimé.
     
    Un souvenir personnel, tout simple, sur cet homme. J'étais à l'époque correspondant à Berne pour la RSR. Je me levais vers 04.45h pour aller à la gare, en alternance avec mes collègues, chercher le paquet ficelé de journaux qui nous permettrait, en direct à 07.20h, de présenter la revue de presse alémanique, avant d'attaquer, au troisième étage, juste sous la Coupole fédérale, une longue journée de journaliste politique. Je faisais, à 05.30h précises, tous les matins mon entrée triomphale dans un Palais fédéral totalement vide.
     
    Totalement ? Pas tout à fait ! Un homme, avant même Jean-Pascal Delamuraz, entrait au Palais exactement en même temps que moi. "Bonjour Monsieur, comment allez-vous ?". Toujours parfaitement courtois. Il voulait être le premier à occuper son poste, dans le silence matinal de la Berne fédérale. Cet homme, intelligent et immensément travailleur, s'appelait Flavio Cotti. Il a été un grand serviteur de la Suisse. Nous lui rendrons hommage, avec Philippe Roch, ancien directeur de l'Office fédéral de l'Environnement, ce dimanche 20 décembre, 19h, en ouverture du GRAND GAC.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Politique : où est passée la confiance ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.12.20

     

    Au cœur de notre pays, la Suisse, il y a la confiance. Sans elle, rien de ce que nous avons construit, nous et nos ancêtres, n’existerait. La confiance entre nous tous, citoyennes et citoyens, hommes et femmes libres, adultes, responsables. La confiance envers nos autorités, celles que nous avons élues pour qu’elles accomplissent une mission. La confiance entre régions du pays, au-delà de nos différences, bien réelles. La confiance entre les habitants, Suisses, étrangers, nomades, sédentaires. La confiance entre les gens des villes et ceux de la montagne, les Suisses de la plaine et ceux de la montagne. La confiance entre les religions. La confiance entre ceux qui se réclament d’une adhésion spirituelle, et ceux qui ne s’en réclament pas. La confiance entre conservateurs et progressistes : visions différentes, mais surgies d’une même souche. Racines communes, branches éparses.

     

    Devant notre chalet valaisan, dans mon enfance, je me souviens de ces années soixante, où jamais mon père, me semble-t-il, ne fermait sa voiture à clef. Et même la clef du chalet, nous la laissions, comme des grands, quand nous sortions, sur la première poutre que n’importe cambrioleur amateur aurait immédiatement choisie pour aller la dénicher. Nostalgie, je crois, de ces années d’insouciance.

     

    Aujourd’hui, la confiance est à rude épreuve. La crise sanitaire n’a pas arrangé les choses. Le discours de l’autorité est mis en cause, ce qui est d’ailleurs parfaitement légitime de la part d’un peuple qui n’aime pas s’en laisser conter. La parole d’en haut a perdu de son crédit. Trop d’apparitions des dirigeants, trop de mots, « trop de notes », comme le hasardait l’Empereur au jeune Mozart, dans le film de Forman. Et puis, de perpétuels changements de position, un jour on ouvre, un jour on ferme, un jour on confine, un jour on libère. La parole de Berne, celle de Genève, la voix des Cantons, celle des Romands, celle des Alémaniques, celle de Macron, celle de Merkel. On gouverne par la valeur d’une seule parole, pas par la polyphonie.

     

    Ma position sur la démocratie représentative, vous la connaissez. Nous sommes, je crois, à la fin d’un processus, entamé au début du dix-neuvième siècle, au temps des diligences, où le peuple délègue ses pouvoirs à des émissaires, qui s’en vont siéger, pour des « Diètes » de plusieurs semaines, dans des Parlements nationaux. A Berne, à Paris, à Berlin. Je suis, vous le savez, partisan d’une démocratie totale, en tout cas une démocratie directe plus accomplie encore que celle d’aujourd’hui, où le suffrage universel participerait davantage aux grandes décisions. Parce que ma confiance dans le système électif n’est pas illimitée. Et c’est bien cela que nous devons sauvegarder, si nous voulons que la Suisse vive : la confiance ! Je suis le premier, je l’avoue, à ne l’accorder qu’avec parcimonie, chacun fait ce qu’il peut. Mais conservons, entre nous, ce trésor : il nous unit, là où le verbiage nous disperse. Excellente semaine à tous !

     

    Pascal Décaillet

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  • Ludwig, héros porteur du feu

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    Sur le vif - Mardi 15.12.20 - 16.27h
     
     
    Je reviens à ma réflexion d'hier soir sur le Beethoven biographique. Je dis qu'il y a une vraie vie, et que c'est celle de la musique. Mais je comprends fort bien que le parcours biographique, les 57 ans de cette vie d'homme, entre 1770 et 1827, fascinent. J'ai moi-même, dès l'âge de douze ans, ayant commencé fort tôt à écouter les Symphonies (bien avant les Sonates, les Quatuors), donné dans cette fascination totale pour le destin de cet homme, toujours en mouvement.
     
    Les 57 ans de vie de Ludwig van Beethoven correspondent, avec une saisissante magie, à cette exceptionnelle période de l'Histoire allemande (dans laquelle on nous permettra d'inclure Vienne pour la musique), qui m'habite avec la plus démoniaque des présences. Fin de l'Ancien Régime, Révolution française, Consulat, Empire, début de la Restauration. Et influence considérable des idées révolutionnaires sur le jeune Beethoven. Il a lu Plutarque et Rousseau, il épouse les idées nouvelles, il ne sera déçu par Bonaparte qu'en 1804, lorsque le Premier Consul déposera sur sa propre tête la couronne impériale.
     
    Beethoven est, absolument, un homme de son temps. Il avance. Il devance. Il affronte le destin. Il s'émancipe des mécènes. Il fait constamment évoluer la forme musicale, aucune oeuvre ne ressemblant à la précédente. Il façonne. Il invente. Il transgresse les matrices du prévisible. Il cherche. Il trouve. Il ne se repose jamais.
     
    Il est l'homme de la Révolution. Non celle de la politique, qu'il admirait dans sa jeunesse. Mais celle de la constante remise en cause d'une forme musicale, dès que celle-ci deviendrait convention. Le chemin, entre ses premières compositions, très jeune, et les derniers Quatuors, est époustouflant. Des années-lumière. Un autre monde.
     
    Et c'est bien pourquoi j'invite, une fois consommée notre fascination pour le Beethoven biographique, à laisser un peu les 57 années de cette vie terrestre pour nous immerger dans l'étude musicologique de cette évolution, à nulle autre pareille. A la découverte de la vraie vie de cet homme - celle de tout compositeur - les chemins de création, entre la musique d'Ancien Régime (qu'il ne s'agit pas une seule seconde de dénigrer), et l'évolution vers "autre chose", qu'on appellera le Romantisme, la personnalisation, l'irruption du "je" dans la création musicale, tout cela est parfaitement connu, recensé par les musicologues. Quand j'écoute les derniers Quatuors, années 1820, composés par un homme sourd et isolé du monde, je me demande parfois si je ne suis pas en train d'entendre du Bartók, ou du Alban Berg, ou du Sibelius. Des auteurs du vingtième siècle !
     
    J'invite donc, tout en nous plongeant dans le Beethoven biographique, pour être en phase avec l'une des périodes les plus fastes dans l'Histoire des arts, des textes et des idées dans l'univers germanique, à une seconde immersion, vitale cella-là, et sans doute aussi baptismale, dans les chemins de création musicale de cet homme d'exception.
     
    Baptismale, oui. Promesse d'une autre vie. Au-delà du parcours entre une naissance et une mort. La vie de la musique elle-même. Portée par un personnage prométhéen, digne de Kleist. Ou de Friedrich Hölderlin. L'un et l'autre, contemporains de Beethoven. Époque de feu. Le temps des mythes et des récits. Le temps des héros.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Jennifer Covo : soutien total

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    Sur le vif - Lundi 14.12.20 - 18.27h
     
    A l'issue d'une journée consacrée à tenter d'identifier l'un ou l'autre bobos (organiques, pas urbains !), je découvre l'ampleur du miasme contre ma consœur Jennifer Covo. Alors, deux ou trois choses :
     
    1) Il est parfaitement normal, lorsqu'on a face à soi un représentant du pouvoir, sur un sujet muni d'un fort enjeu, de mener une interview sans concession. Hier soir, face à Alain Berset, Jennifer l'a fait. Elle a eu parfaitement raison. Vous auriez préféré un entretien de complaisance ?
     
    2) Un Conseiller fédéral n'a pas à être ménagé. En tout cas, pas plus (ni moins) que n'importe quel interlocuteur. Ni plus, ni moins. Sur ce deuxième point, Jennifer a parfaitement fait son boulot.
     
    3) Elle l'a un peu cuisiné pour obtenir des réponses. Et alors ? Il ne s'agissait pas d'une causerie sur la vie et l’œuvre d'Alain Berset, ses goûts musicaux, ses oeuvres littéraires préférées. L'interview était exactement dans la tonalité qui sied à un entretien sur un enjeu d'actualité brûlante, fort et puissant, correspondant aux inquiétudes légitimes de l'ensemble de nos compatriotes.
     
    4) J'ai travaillé avec Jennifer Covo, pendant des années, à Léman Bleu. Plus exactement, nous ne travaillions pas ensemble. Elle était à la rédaction, comme journaliste. Et moi, venant du bureau de ma propre entreprise, j'arrivais le soir pour présenter Genève à chaud, comme producteur indépendant venant de l'extérieur, ce que je suis depuis quinze ans. J'ai rarement connu une consœur aussi compétente, soucieuse de précision, douée pour la présentation en direct, vive d'esprit, aimable avec ses collègues. Un rayon de soleil dans une équipe. Jennifer est pour moi un modèle de qualité, dans les métiers de l'audiovisuel.
     
    5) Je suis un partisan absolu des réseaux sociaux, vous le savez. Je m'y exprime moi-même fort souvent, les tenant comme un outil de travail précieux pour mon journal de bord, sur la politique, la littérature, la musique, tout ce qui compte pour moi. Mais là, en reprenant le fil de ce qui a été dit sur cette consœur à laquelle je voue une immense estime, je suis simplement ulcéré. La bagarre, oui, les combats d'idées oui. Mais pas ce tsunami sur une personne.
     
    6) Je dis à Jennifer qu'elle est une grande professionnelle. Je l'admire. Je lui apporte mon total soutien.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Juste le verbe. Juste le chant.

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    Sur le vif - Dimanche 13.12.20 - 16.38h
     
     
    Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours été tourné vers l'Orient. Voyages familiaux, puis professionnels, vers le Proche-Orient, le monde arabe, la Grèce (innombrables), les Balkans, l'Afrique du Nord, la Turquie. Mosquées, Synagogues. Eglises orthodoxes des rites chrétiens d'Orient, syriaques, arméniens, coptes. Icônes byzantines. Grec néo-testamentaire. Dans ces pays-là, comme en Allemagne, je me sens dans une sorte de "chez moi", sous les apparences d'un ailleurs.
     
    En ce temps de l'Avent, je pense à ces trois Rois, "venus d'Orient". Porteurs de cadeaux. L'or, la myrrhe, l'encens. Denrées rares, sensuelles, précieuses. De ces passants étranges, fascinants, on ne sait presque rien. Depuis deux mille, ans, à leur sujet, on fantasme sur quelques lignes, toujours les mêmes, tirées des Écritures.
     
    Je pense à Martin Luther, et sa prodigieuse traduction de la Bible, en 1520. Lui aussi, un passeur. Il tire les mots des textes grecs, hébraïques. Il les transmute dans la langue véhiculaire de son temps, l'allemand du début du seizième siècle. Il invente des mots. Il invente la littérature allemande moderne. Et les plus grands musiciens, de Bach à Brahms (Deutsches Requiem), installeront leur musique sur cet allemand-là, ces mots-là. Luther est un Mage. Il encense les mots. Il prend les syllabes, les transforme en or.
     
    On peut aimer l'Orient tout en aimant passionnément les Allemagnes. Par la langue et par la musique. Il n'y plus ni Elbe, ni Jourdain. Juste le verbe. Juste le chant.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • Populisme de la gentillesse

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    Sur le vif - Samedi 12.12.20 - 11.40h
     
     
    Méfions-nous des sourires, des douceurs et des bons sentiments. Méfions-nous du suave. Regardons la réalité des choses.
     
    L'effondrement de la classe moyenne à Genève. La taxation hallucinante du travail. La maigreur famélique des retraites. Le chômage des jeunes. La fabrication de milliers d'assistés. La dette abyssale, que même des ministres de droite contribuent à creuser. La dette, ce poison légué à nos enfants.
     
    Jugeons nos dirigeants - et nos dirigeantes - sur leurs actes. Pas sur leurs belles paroles, leur côté "société libérale avancée", leurs maternalisme façon RH.
     
    Ils parlent d'ailleurs beaucoup trop, avec leurs shows du mercredi. Qu'ils agissent ! Qu'ils diminuent la pression fiscale sur les classes moyennes ! Qu'ils laissent bosser les entreprises ! Qu'ils réduisent le train de vie de l'Etat !
     
    Parce que les beaux discours humanistes, tellement faciles, ce populisme de la gentillesse prétendument accompagnante, ça va un moment.
     
    Suis-je le seul, à Genève, à n'en être pas dupe ?
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Pas dans dix mille ans !

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    Sur le vif - Jeudi 10.12.20 - 11.00h
     
     
    Dans le décryptage du réel en politique, j'aime avoir quelques longueurs d'avance. Je suis, depuis toujours, pour une conception vive, réveillée, simultanée, de mon rôle de commentateur. Parce qu'arriver après tout le monde, cinq ans après, une fois que les acteurs ne sont plus au pouvoir, qu'il n'y a plus d'enjeu, plus de prise de risque, plus de danger... Je laisse à d'autres. Innombrables, au portillon. Les courageux de la 25ème heure !
     
    François Longchamp, c'était du temps de ses réseaux de l'ombre qu'il fallait en parler, pas maintenant. Pierre Maudet, du temps où il faisait valser les fusibles, pas quand il est à terre. Le Triste Sextuor, pire Conseil d'Etat depuis Fazy, équipe grave et préjudiciable pour la République, c'est maintenant qu'il faut souligner ses errances. Maintenant, vous m'entendez, pas demain !
     
    Maintenant. Pas dans dix mille ans.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • La Sphinx

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    Sur le vif - Jeudi 10.12.20 - 01.08h
     
     
    C'est terrible à dire, mais il y a toutes les chances que le Triste Sextuor, entre le printemps 2021 et le printemps 2023, finisse par engloutir le nouvel élu. L'avaler. L'assimiler. Le faire sien, comme la Sphinx de la Machine infernale, de Cocteau, dans son éblouissant monologue.
     
    Victoire du grégaire sur l'individu. De la glaise sur le marbre. Des petits pactes entre amis, sur la puissance d'une solitude.
     
    Oui, cette digestion de l'araignée est possible. Même avec l'élection du plus brillant. Du violent admirable.
     
    Et la tristesse, alors, s'emparera du Septuor.
     
     
    Pascal Décaillet

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  • Le Triste Sextuor ne nous dupera plus longtemps !

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    Sur le vif - Mercredi 09.12.20 - 16.52h
     
    Catastrophique contre-prestation de Mmes Emery-Torracinta et Fontanet, à l'instant, en "point presse" du Conseil d'Etat, à propos des rapports no 1 et no 2 sur la gestion du Département de l’Économie.
     
    Sous la neutralité des airs, la fausse objectivité des mots, le jargon RH, on tente de camoufler une liquidation politique. Nous venons d'apprendre que Pierre Maudet n'a plus de bureau. On lui a retiré ses cylindres. Son secrétaire général s'est installé à sa place. Ca, ce sont les faits. La réalité d'une mise à l'écart. L'humiliation d'un ostracisme.
     
    Le reste ? Le reste, ce sont des mots. Des postures. Du vocabulaire de spécialistes en relations humaines. Un immense paravent. Ces deux Conseillères d'Etat parlent, nous entendons autre chose. Elles donnent des signes, nous en décryptons d'autres. Et en face, on se contente, bien sagement, de leur demander "des précisions".
     
    Pendant ce temps, le super-ministre-de-la-Police-et-de-la-Santé se tait. Il est habile.
     
    On pense ce qu'on veut de M. Maudet, la moitié de mes lecteurs est pour lui, l'autre est contre, chacun est libre de juger. Mais moi, je dis vous une chose : ce Triste Sextuor ne nous dupera plus très longtemps.
     
    Pascal Décaillet

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  • A mercredi prochain !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.20

     

    Lorsqu’un gouvernement abuse de la parole, parce qu’il s’exprime en permanence, son autorité s’affaiblit. Les ineffables « points presse » du Conseil d’Etat genevois, depuis le début de la crise sanitaire, en sont un exemple flagrant.

     

    Singulier exercice, que cette monstration hebdomadaire du pouvoir exécutif, le mercredi après-midi. On y voit, filmés en direct, nos ministres pérorer, se remercier entre eux de se donner la parole, « Merci Madame la Présidente », « Comme l’indiquait fort justement mon préopinant », et autres tics de langage de l’officialité politique, quand elle se gonfle d’importance, et tourne en circuit fermé.

     

    Ils pérorent. Enoncent leurs directives, leurs ukases. Ils se passent la parole comme une balle de tennis. Ils sont entre eux. Se congratulent. Et en face, nulle contradiction. Juste des questions, bien sages, sur des précisions factuelles, pour « être sûr d’avoir bien compris ».

     

    La démocratie sort-elle gagnante de de ce super-show du mercredi ? La réponse est non. La parole ministérielle va dans un seul sens. Elle ne souffle nulle contradiction. Elle met en évidence, contre le vœu des locuteurs, les dissensions internes, ce qui est au mieux amusant, au pire fort pesant. Il n’y y rien. Aucun échange. Aucune vie. Juste des magistrats qui parlent, en regardant droit devant eux. « Pas de questions ? ». « Merci Madame la Présidente ». « Pour le reste, le Conseil d’Etat félicite le Président élu, M. Joe Biden ». Et la vie continue. A mercredi prochain !

     

    Pascal Décaillet

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  • Noël, Sappho, l'étoile du soir

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.20

     

    Noël approche. Nous sommes entrés dans le temps de l’Avent, qui est, pour les fidèles, celui d’une attente. La fin d’automne, le règne de la nuit, les brumes, la poisse épaisse, les rigueurs du froid. Ici et là, pourtant, quelques lumières. Noël n’est certainement pas la fête la plus importante du christianisme, en comparaison avec Pâques, mais elle est populaire, attachante, pour tant d’humains sur la terre, chrétiens ou non, croyants ou non. Elle nous annonce l’arrivée d’un enfant, c’est assez universel pour transcender tous les clivages, toutes les adhésions intellectuelles, métaphysiques, spirituelles. C’est une fête simple, imagée, son sens est immédiatement compréhensible par tous, nul besoin d’avoir étudié la théologie, ni l’Histoire des religions.

     

    Il y a des gens qui ne vont à la messe qu’une fois par an, celle de minuit. Il y en a aussi qui n’y vont jamais. Il y a ceux qui vont au culte, aux célébrations juives, musulmanes, et toutes les autres. Il y a ceux que l’idée même de religion repousse. Chacun est libre, chacun doit l’être. Et nul d’entre nous n’a à juger la foi, ni l’absence de foi, ni les doutes, ni les certitudes de son voisin. Pourtant, Noël nous rassemble. Il y a un très beau poème de Sappho, que j’avais étudié en grec à l’Université, avec André Hurst je crois, ou Olivier Reverdin, qui nous parle de l’étoile du soir qui tous nous ramène au foyer : la brebis, la chèvre, l’enfant vers sa mère. La grande poétesse de Mytilène, autour du septième, ou sixième siècle avant notre ère, en quelques mots d’un saisissante concision, nous raconte les retrouvailles de tout « ce qu’avait dispersé l’aurore brillante ». Ce poème m’a toujours bouleversé. Je me le récite, en grec, depuis quatre décennies.

     

    Je ne fais ici ni acte de foi, n’en étant pas capable, ni d’absence de foi. Je m’émerveille, comme des milliards d’humains, devant la résistance des petites lumières face à nuit, celle des sources de chaleur face au froid galactique, celle de l’énergie face à l’inertie. Je m’émerveille de la naissance d’un enfant, ce furent deux de mes plus éblouissants souvenirs. Je m’émerveille du chemin de vie, face au néant. Que dire de plus ? Si ce n’est songer à ces trois Rois, venus d’Orient, avec l’or, la myrrhe, l’encens. Qui étaient-ils ? Où allaient-ils ? Et celle étoile, qui les guidait ? Celle de Sappho, sept siècles plus tôt ?

     

    Noël est une fête ouverte. Elle n’appartient pas au seul domaine de la religion, mais à tous les humains. Elle nous annonce une naissance, et la promesse d’un salut. Elle nous réchauffe les cœurs. Elle nous figure un univers simple, austère, rural, en quête de vie et de chaleur. Elle nous fait danser des lumières dans la nuit glacée. Elle nous invite au chant. Elle nous dessine un sourire dans un décor de tristesse. Elle nous amène à nous rassembler, dans un monde où règnent solitude et dispersion. Elle nous propose une piste, comme l’étoile. Elle nous esquisse une issue. C’est une fête pour les humains, pour les mortels. Un acte de résistance, au cœur de la nuit.

     

    Pascal Décaillet

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  • La burqa, problème no 1 en Suisse !

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    Sur le vif - Mardi 08.12.20 - 16.05h
     
     
    La burqa ! C'est vraiment le problème no 1 que nous ayons à régler, dans la Suisse des années 2020 !
     
    Notre pays traverse une crise économique et sociale sans précédent. Empêchés de travailler, à deux reprises, par leurs propres autorités, des dizaines de milliers de nos compatriotes sont au bord de la faillite. Ou de perdre leur emploi. Ou de finir à l'assistance sociale. Mais non, la burqa !
     
    Le chômage augmente. Ses statistiques sont éhontément trafiquées par les injections de la Confédération et des Cantons pendant la crise sanitaire. Nous pompons dans les réserves. Nous creusons la dette. Nous préparons des cadeaux empoisonnés à nos enfants. Mais non, la burqa !
     
    Notre belle démocratie suisse se porte mal. La confiance se perd. Le fossé se creuse entre le peuple et les autorités. La démocratie représentative, incapable d'assumer son rôle de contre-pouvoir aux exécutifs pendant la crise sanitaire, perd de son crédit. Notre pays a besoin de trouver un nouveau souffle, qui passera par une démocratie directe renforcée. Mais non, la burqa !
     
    Il est bien connu qu'on ne peut pas faire deux pas, en Suisse, sans tomber sur une burqa. Ou sur un minaret. Eh bien moi, je vous le dis, et tant pis pour les ennemis que je me ferai dans un camp qui partage avec moi les valeurs de souveraineté, d'indépendance, de défense des PME : initié par un homme d'exception, le Père Louis Collomb, aumônier du primaire, entre 1965 et 1969, au respect de toutes les croyances et toutes les religions, initié très jeune à une étude en profondeur des trois religions du Livre, ayant eu très jeune le privilège de me rendre dans de nombreux pays musulmans, et de visiter d'innombrables Mosquées, je ne supporte pas le climat anti-Islam véhiculé par cette histoire de burqa.
     
    Je respecte l'Islam. Je respecte le judaïsme. Je respecte le christianisme. Je respecte la foi, la non-foi, le doute, toutes les convictions sincères du monde. Bien entendu que je condamne, avec la dernière rigueur, l'islamisme combattant qui veut renverser nos valeurs, et qui sème la mort. Mais l'Islam, en tant que tel, je le respecte ! Et l'Islam en Suisse, je le respecte : l’écrasante majorité des Musulmans de notre pays ne posent strictement aucun problème.
     
    Et je dis que derrière cette histoire de burqa (mode vestimentaire pour lequel je n'ai certes aucune sympathie), la vérité des choses, c'est une haine anti-Musulmans travestie sous un prétexte de voile. Et cette haine, comme n'importe laquelle dirigée envers un groupe ethnique, ou religieux, je ne l'accepte pas. Parce que cela ne correspond pas à l'idée que, toute ma vie, je me suis faite de la Suisse.
     
    C'est tout.
     
    Pascal Décaillet

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  • Parlementaires, contrôlez l'exécutif !

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    Sur le vif - Mardi 08.12.20 - 09.38h
     
     
    Le Parlement montrera-t-il, envers les conditions de mise à l'écart de Pierre Maudet par ses pairs, le 28 octobre, la même absence de curiosité investigatrice que face à la gestion de la crise sanitaire par le Conseil d'Etat ? Dans ce second dossier, il s'est refusé à lui-même tout moyen d'enquête. Et des députés ont même applaudi un ministre qui venait de passer une bordée au premier pouvoir de notre Canton !
     
    Gestion de la crise sanitaire, mise à l'écart de Pierre Maudet : deux domaines où l'exécutif a dysfonctionné, et le mot est peut-être faible. Cela doit être étudié, en remontant de fond en comble le processus de décisions. Donc, par des enquêtes sur les actes exacts du gouvernement. Cela exige un esprit d'investigation. Cela ne viendra pas tout seul, si des citoyennes et citoyens (élus ou non) ne s'y mettent pas. Il y a sans doute une affaire Maudet (pas question de la nier, la justice tranchera). Mais il y a - et c'est politiquement beaucoup plus important - une affaire du Conseil d'Etat 2018-2023.
     
    Le contrôle de l'activité du gouvernement n'est pas, pour les parlementaires, une option, comme un allume-cigare, quand on achète une voiture. C'est une obligation ! Ca fait partie de leur job. S'ils s'y dérobent, s'ils vont jusqu'à applaudir un ministre qui leur reproche de faire leur boulot, ils n'ont rien à faire au Parlement de la République.
     
    Manque de curiosité. Manque de courage. Connivence avec les ministres. Le Parlement genevois doit se réveiller. Il est élu par les citoyennes et citoyens, pour les défendre. Il n'est pas élu pour former une caste, toute heureuse de tutoyer le pouvoir exécutif. Le parlement n'est pas l'ami du gouvernement. Il est là pour le scruter, impitoyablement, le questionner, lui demander des comptes sur sa gestion. Se réveiller, lorsque les choses ne vont pas. Ne pas attendre la fin de la législature pour se rendre que, trois ans plus tôt, il y a peut-être eu un problème.
     
     
    Pascal Décaillet
     

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  • L'inconnu de Lübeck

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    A l’occasion du 50ème anniversaire, aujourd’hui, de la génuflexion de Willy Brandt devant le monument aux morts de Varsovie, je republie, ici, ma chronique du 6 mai 2004 dans la revue « Choisir ». Willy Brandt est, avec de Gaulle, Mendès France et Mitterrand, l’homme d’Etat européen du vingtième siècle qui m’a le plus impressionné.

     

     

    L’inconnu de Lübeck

     

     

    Il y a juste trente ans, le 6 mai 1974, Willy Brandt, le plus énigmatique, mais aussi à coup sûr le plus grand chancelier allemand du vingtième siècle, envoyait au président de la République une lettre de démission de treize lignes, écrite à la main : « J’assume la responsabilité politique de l’affaire Guillaume ». Brandt quittait la chancellerie, laissant la place à un autre grand homme, Helmut Schmidt. Il allait encore vivre dix-huit ans, présider son parti, et même l’Internationale socialiste, vivre deux décennies en vieux sage ayant tutoyé l’Histoire, cerné d’honneurs et de louanges, mais Brandt au pouvoir, cette aventure allemande de l’après-guerre, se terminait ainsi d’un coup, bêtement, suite à une histoire d’espionnage entre Allemands que plus personne, de nos jours, ne pourrait imaginer.

     

    Willy Brandt, homme du nord né à Lübeck, le 18 décembre 1913, d’une mère de dix-neuf ans qui ne lui révèlera qu’en 1947 la véritable identité de son père, et mort le 8 octobre 1992, aura donc connu l’Allemagne impériale, traversé la Grande Guerre, la République de Weimar, le Troisième Reich (en exil en Scandinavie), les années de désolation et de reconstruction, la scission en deux de sa patrie, avant de connaître enfin, peu avant sa mort, plus heureux que Moïse, la chute d’un Mur qu’il avait toujours haï, les yeux embués en cette ville de Berlin dont il avait été, de 1957 à 1966, le maire éblouissant. Avant d’être un grand homme d’Etat, celui de l’Ostpolitik et de la génuflexion de Varsovie, avant d’être ce vieillard fatigué et sublime regardant s'écrouler le Mur aux côtés de Kohl et Genscher, en cette nuit du 9 novembre 1989, avant tout cela, Willy Brandt c’est d’abord, comme Mitterrand, le charme étrange et romanesque d’un destin.

     

    La politique, aujourd’hui, n’aime plus guère les aventuriers. Elle préfère les technocrates. C’est dommage. Que serait l’Italie sans Garibaldi et le tumulte de son parcours ? Il faut lire la vie des grands hommes, à la Plutarque, si on veut saisir les véritables enjeux de leurs paris politiques. L’enfant Louis XIV traumatisé par la Fronde, le jeune Léon Blum et l’affaire Dreyfus, les rapports terribles de Frédéric II avec son père. Pour cela, il faut accepter de lire des biographies, ce genre passionnant, longtemps et scandaleusement méprisé par les historiens de la mouvance de Mai 68, ceux qui préfèrent les structures aux hommes, la matière à l’esprit, la coupe synchronique, désincarnée, au fil magique d’une vie.

     

    Il faut aussi regarder les albums de photos. Le collégien Willy Brandt, 1930, debout en pantalon de golf, posant devant un plan d’eau, sans doute un canal de sa ville natale de Lübeck. La beauté de son visage, la retenue de sa posture, le brin de mélancolie de l’ensemble, la force de solitude intérieure d’un regard pourtant porté vers le lointain. Est-ce déjà Willy Brandt, au destin scandinave et futur prix Nobel de la Paix ? Ou n’est-ce, encore, que Herbert Ernst Karl Frahm, son premier nom, celui de son enfance hanséatique, lui qui allait, d’exil en exil, en porter plusieurs, remplaçant une énigme par une autre. Tout est là, oui déjà, dans cette tristesse semi-éclairée, immensément séduisante, de l’inconnu de Lübeck. Enfin, coïncidence ou non, 1930, l’année de cette photographie si troublante, est celle de son adhésion au SPD, le parti social-démocrate : rien, jusqu’à la mort, ne l’en séparera.

     

    Willy Brandt : un destin allemand. Il aurait pu être raconté par une nouvelle d’Heinrich Mann, ou incarné dans l’un des innombrables personnages de Günter Grass, son ami. J’irais plus loin : j’irais chercher dans Schiller, celui des jeunes années, le Schiller de Don Carlos et du Sturm und Drang, le ressort exceptionnel de Brandt. Une vie nécessairement en mouvement, mais d’un chemin non-tracé, où l’invisible surpasse le prévisible, le rend futile, dérisoire. Les plans de carrière volontaristes sont pour les personnages de deuxième choix, les grands commis, les grands exécutants. L’homme de caractère, lui, accepte les chemins de traverse, la surprise du vent.

     

    Brandt, un destin. Mais aussi un certain sens de la formule, du symbole. A genoux devant le monument aux morts de Varsovie, recueilli au Mémorial de Yad Vashem, ou hagard devant les burins de fortune qui détruisent le Mur, c’est toujours le même homme, le même sens du destin et de l’Histoire. « Jetzt wächst zusammen, was zusammengehört », s’était-il contenté de déclarer en cette nuit allemande du 9 novembre 1989 (Maintenant va pouvoir croître ensemble, ce qui est du même terroir). Et si le combat social-démocrate, tout en étant parfaitement sincère, n’avait été, toute une vie, que le paravent d’un autre enjeu, plus fondamental, plus inavouable : le combat national pour enfin donner un champ d’éclosion à une patrie ravagée, et au fond tant aimée, comme une mère qu’on retrouverait, intacte et prometteuse, au soir de sa propre vie ? La force des grands hommes, Brandt, de Gaulle et les autres, c’est qu’ils nous donnent l’impression, à chaque fois, de recommencer l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

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  • Journalisme : le corporatisme moralisateur d'une profession qui se meurt

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    Sur le vif - Dimanche 06.12.20 - 17.55h
     
     
    Il faut arrêter de parler des journalistes et du journalisme. Ces discussions-là n'intéressent, au mieux, que les... journalistes ! Je dis cela, alors que j'exerce ce métier, avec passion, depuis 35 ans comme professionnel.
     
    Laissons les journalistes discuter entre eux. Affirmer que "les médias sont indispensables à la démocratie", et y croire, si ça les chante.
     
    Ce métier magnifique, né avec la Gazette de Théophraste Renaudot, sous Louis XIII, ayant surtout éclos avec la Révolution industrielle, atteint son apogée sous l'Affaire Dreyfus (sur laquelle, comme on sait, je me suis penché de très près, pour une Série radio, en 1994), est doucement en train de disparaître.
     
    Tout le monde a le droit d'informer ses contemporains. Tout le monde a le droit de vérifier ses sources, ça n'est pas une pratique interdite ! Tout le monde a le droit de publier. Tout humain a le droit d'interviewer un autre humain, de brosser son portrait par écrit, de rédiger des carnets de route, de nous croquer la vie, la dessiner, la filmer, la mettre en ondes. Toute citoyenne, tout citoyen, a le droit le plus absolu d'exprimer son opinion, sous la forme d'un commentaire, dans le champ politique. Nul de ces exercices n'est réservé aux journalistes.
     
    Alors, qu'est-ce qui est encore réservé aux journalistes ? Réponse : rien. STRICTEMENT RIEN. Aucun des actes recensés ci-dessus n'est réservé aux journalistes, aucun ne leur est interdit non plus.
     
    Les histoires de journalistes entre eux n'intéressent personne. Tout au plus, quelques... journalistes ! Les problèmes économiques, liés à une rédaction en faillite, un journal qui cesse de paraître, une chaîne qui se plante, ne doivent pas capter notre intérêt davantage que la fermeture de n'importe quelle PME de taille équivalente, dans le circuit économique autour de nous. Intéressons-nous aux restaurateurs ! Intéressons-nous aux cafetiers ! Intéressons-nous à tous ces commerçants, par dizaines de milliers en Suisse, jetés au bord de la faillite pas les autorités, en cette belle année 2020. Et cessons de pontifier avec l'ineffable "aide à la presse" !
     
    Bien sûr, il y a des techniques du journalisme. Notamment en radio : l'écriture, l'improvisation sur mots-clefs, le rythme, le souffle, l'énergie pour tenir une émission. Cela s'enseigne, cela s'apprend. Mais cela peut se transmettre, et se pratiquer, entre citoyens de bonne volonté, désireux d'en découdre avec le micro, l'oralité, sans se coller à la peau ce titre prétentieux de "journaliste".
     
    Qui sommes-nous, tous, dans le débat public ? Réponse : des citoyennes, des citoyens ! C'est le seul titre qui vaille, le seul dont nous ayons à nous revendiquer. Le reste, c'est le corporatisme moralisateur d'une profession qui, telle Henriette d'Angleterre, se meurt.
     
    Nous avons mieux à faire. Existons dans la Cité ! Soyons citoyens ! Tous, avec les mêmes droits. L'égalité, la vraie. Dans une démocratie totale, vitale, surgie d'en bas, sans médiateurs, sans intermédiaires. Sans moralisateurs qui, au fond, sont juste là pour défendre leur caste.
     
     
    Pascal Décaillet

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